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Interview   

Le monde merveilleux de Snowy Shaw


Il lui aura fallu trente ans de carrière pour se décider à continuer en solo. Fini les groupes et les compromis, à partir de maintenant Snowy Shaw ne naviguera plus que sous son propre pavillon. White Is The New Black, sorti en mai, marque ce nouveau départ. Ce premier album présente une variété de styles à l’image de la carrière de son auteur, passé du heavy metal (King Diamond) au black (Notre Dame, Dimmu Borgir), en passant par le doom (Memento Mori) ou le glam (XXX), mais aussi de la batterie au devant la scène, en chantant pour Therion. Un parcours en forme de montagnes russes, sur lequel il revient pour l’occasion.

Snowy Shaw nous raconte le moment fatidique de sa découverte de Kiss, à sept ans. Il revient sur ses déboires au sein de ses différents groupes, comme Illwill ou Dream Evil. Il se livre sur une grave crise de la quarantaine, dont il s’est sorti par l’écriture, et explique la genèse de cet album, qui annonce pas moins de six disques thématiques déjà en gestation.

« Je ne suis pas très ouvert aux compromis. […] Si je deviens membre à part entière, en droit de contribuer musicalement, d’écrire, ou que ce soit, toute la partie créative, alors j’ai tendance à me battre pour mes idées, car je pense qu’elles sont les meilleures [rires]. »

Radio Metal : À partir de maintenant, tu vas poursuivre une carrière en solo, écrire et jouer ta propre musique. White Is The New Black est ton premier album cent pour cent personnel depuis la sortie du dernier Notre Dame en 2004. Pourquoi t’a-t-il fallu autant de temps pour écrire et sortir ce nouvel album ?

Snowy Shaw (chant, guitare, batterie…) : Tu sais ce que c’est ! Il y a toujours quelque chose qui arrive entre temps, avec la vie personnelle, et j’ai été impliqué dans tellement de groupes, et ci et ça. Ces dernières années, j’ai joué tous mes morceaux préférés de mes anciens groupes, comme tu le sais sûrement. J’ai aussi produit et sorti d’autres albums, j’ai été batteur de session, et ainsi de suite. Je ne sais pas. Je n’ai pas de bonne réponse à ça. Je veux dire, si tu veux faire quelque chose aussi proche que possible de la perfection, tu ne peux pas le faire de façon désinvolte, ou juste le balancer comme ça. Je suis extrêmement heureux que cet album, White Is The New black, reçoive ces retours fabuleux, ces bonnes critiques dans le monde entier, plus ou moins. Je suis très content. Et si tu décides de prendre toutes tes économies pour les investir dans quelque chose, tu as intérêt à être putain de sûr que c’est aussi bon que possible ! C’est pour ça que ça m’a pris un moment !

Pour commencer, j’ai eu des problèmes techniques avec mon studio pendant plusieurs années ! J’étais presque en pleurs, parce qu’il faut le mettre à jour, et ça ne marche pas avec tel logiciel, ce n’est pas compatible, etc. Beaucoup de personnes, très compétentes avec ce genre de choses, m’ont aidé, mais ça m’a pris des années rien que pour en arriver au point où je pouvais commencer à enregistrer. Ensuite, je n’ai pas tout enregistré d’un coup. J’ai fait ça en plusieurs sessions, en fonction d’où ça devait aller et ainsi de suite. J’ai peut-être commencé en 2015 ou 2016, je ne sais plus. Ça m’a pris un moment. Et il faut gagner sa vie avec d’autres trucs aussi, comme enregistrer, tourner, etc. Il m’a aussi fallu des années pour mixer cet album, environ deux ans, parce que j’ai été dans différents studios, j’ai travaillé avec différentes personnes. C’est ce que représente cet album. C’est pourquoi je me suis dit : « Ok, allons chez Fredrik Nordström, au studio Fredman. » Je l’ai choisi pour une direction spécifique, parce que je pensais qu’il serait bon pour ce style. Pour un autre registre, j’ai fait appel à Johan Forsman, un bon ami à moi qui a plutôt travaillé sur de la pop indé et, disons, du rock organique, comme The Soundtrack Of Our Lives, par exemple, des trucs comme ça. Il était idéal pour la direction que j’avais prise à ce moment. Donc c’était assez expérimental, je dois dire. C’est pour ça que ça a pris aussi longtemps, mais je n’aurais pas abandonné avant d’être satisfait à cent pour cent.

L’année dernière, nous avons discuté avec Niklas Isfeldt de Dream Evil, il a dit beaucoup de bonnes choses à ton sujet, mais aussi que tu voulais être un dictateur, et que tu as progressivement pris le contrôle dans ce groupe. Il en a d’ailleurs également parlé à ta release party. Est-ce pour cette raison que tu as décidé de continuer en solo, en faisant tout toi-même, parce que tu as du mal à collaborer et à faire des compromis sur ta vision des choses ?

Oui, pour commencer, je ne suis pas vraiment un suiveur, particulièrement quand j’écris une chanson. Parce qu’alors, j’ai une image en tête, une vision de la façon dont je veux que les choses se fassent, comment je veux que ça sonne. Alors quand des gens viennent pour changer des choses ou contribuer, ou s’ils ne sont pas capables d’interpréter le morceau correctement, je ne suis pas très ouvert aux compromis. Je considère ça comme une œuvre d’art, d’une certaine façon. Vu comme ça, j’imagine que je lutte ou je me bats [petits rires] pour que ça soit fait à ma façon, autant que je le peux. Mais, ceci dit, je n’ai aucun problème à travailler avec d’autres groupes, comme je l’ai fait avec Sabaton, par exemple. J’ai été engagé comme batteur, et je n’avais aucune envie de rester dans le groupe, bien qu’ils m’aient offert une place de membre à part entière. Ça ne m’intéressait pas. Je suis resté avec eux pendant un an, en tournée à travers le monde, et tout a bien fonctionné, il n’y avait aucun problème. Mais si je deviens membre à part entière, en droit de contribuer musicalement, d’écrire, ou que ce soit, toute la partie créative, alors j’ai tendance à me battre pour mes idées, car je pense qu’elles sont les meilleures [rires], comme le ferait n’importe qui. Bats-toi pour tes idées et tes idéaux !

Mais, je dois revenir en arrière, là. Niklas a dit que j’étais casse-couilles… Je veux dire, j’ai grosso-modo pris le contrôle de Dream Evil, comme je l’ai fait avec beaucoup d’autres groupes, comme Memento Mori, et Illwill, qui était mon groupe. Leur plus gros succès est The Book Of Heavy Metal, qui était mon album, en gros. C’est comme ça. Mais j’ai essayé aussi longtemps que possible. Comme j’ai été dans tellement de groupes, et que je finis toujours par partir, les gens semblent penser que je suis quelqu’un d’agité, que je suis une âme tourmentée, que j’agis de façon très impatiente, ou je ne sais quoi. Mais ça n’était pas le cas avec Dream Evil. Je suis resté dans le groupe même quand il ne restait plus que moi et Fredrik [Nordström], nous avions recruté d’autres membres et avons essayé de faire que ça fonctionne. Et puis les autres sont revenus. Nous devions faire le successeur de The Book Of Heavy Metal. J’ai écrit beaucoup de musique, mais j’ai arrêté de travailler avec eux parce que nous avions des intérêts divergents. Ils voient ça plus ou moins comme un hobby, alors que je veux en faire ma carrière, je vis pour ça. Alors ça ne collait pas trop. Ils disaient : « Mais Snowy peut écrire toute cette musique, parce qu’il est très bon à ça, et qu’il n’a pas de travail, ni de famille… » Ouais, mais c’est mon choix. J’ai répondu : « Bien sûr, je peux tout écrire, si c’est ce que vous voulez, mais dans ce cas je veux cent pour cent de mes royalties. » « Non, non, non. Nous devons partager en cinq, parce que nous sommes un groupe démocratique. » « Oh, donc vous voulez dire que je dois faire tout le travail et on partage en cinq ? Dans ce cas je devrais toucher vingt pour cent de votre salaire. » « Non, ce n’est pas la même chose. » C’était terminé pour moi, « ok, merci beaucoup, allez vous faire foutre » [rires]. Mais j’adore Niklas, il a toujours été un bon ami. Je l’apprécie et je le respecte, et c’est un fabuleux chanteur.

« Je vois la musique comme les gens normaux voient la masturbation, je le fais pour moi-même [rires], pour évacuer ma créativité. »

En 2011, tu as mis en place un show où tu jouais tes morceaux préférés de tes anciens groupes. Ressentais-tu, à ce moment, le besoin de faire le point sur ta carrière avant de continuer en solo ?

En résumé, j’étais en tournée avec Therion, nous étions en Europe pour trois mois, à faire des concerts chaque soir. Nous avons été dans beaucoup de pays, comme en ex-URSS, des pays dont j’avais à peine entendu parler avant. Mais chaque jour, je tombais sur des fans qui n’arrêtaient pas de me dire : « Hé mec, tu devrais reformer Memento Mori ! », ou « Tu ne pourrais-tu pas faire un autre album de Notre Dame, s’il te plait ? On adore ça ! », ou encore « Dream Evil n’est plus aussi bon sans toi, tu pourrais revenir dans le groupe ? » Il pouvait y avoir plein de personnes qui me disaient ce genre de choses. « Hé, j’adorerais entendre un autre album d’Illwill ! », et ainsi de suite. Ça n’est pas si inhabituel d’entendre ce genre de commentaires, mais là c’était dans des pays où je n’avais jamais été, et dont je connaissais à peine l’existence. Ils connaissaient tous les détails de ma carrière. Et je n’arrivais pas vraiment à en faire quelque chose, alors je n’arrêtais pas d’y penser, car ça arrivait tous les jours. Je me disais : je ne peux pas jouer dans dix groupes en même temps et essayer de faire plaisir à tout le monde à la fois. Ça a continué comme ça pendant trois mois, et ça me déconcertait un peu. Et puis, un soir, je me disais : « Si je suis le fil conducteur entre tous ces groupes, pourquoi je ne monterais pas un groupe pour aller jouer tous mes morceaux préférés de mes anciens groupes ? Je pourrais inviter des membres de Mercyful Fate, Memento Mori, Illwill, Dream Evil, etc. Je pourrais aussi chanter, comme je le faisais avec Notre Dame, Therion et Dimmu Borgir, jouer un peu de basse, de guitare, de la batterie, comme on me l’a demandé – ‘Nous voulons te voir rejouer de la batterie !’ – Je pourrais switcher entre les postes et tout faire avec mon groupe. »

C’est donc ce que j’ai fait, et je me suis dit que c’était le concept parfait, car plutôt que de sortir mon premier album solo, et me tenir là sur scène pour jouer dix ou douze chansons que les gens n’ont pas tellement entendus avant, je pourrais faire des titres de The Book Of Heavy Metal, par exemple, et plein d’autres vieux morceaux que j’ai écrits. Sur tous les morceaux que nous avons joués, il y avait peut-être soixante-cinq pour cent de chansons que j’ai moi-même composé, tout seul. Le reste, c’était des choses que j’ai faites en tournée, enregistrées avec un groupe, ou les deux. Donc j’ai pensé avoir la légitimité pour le faire. Je voulais faire plaisir à tout le monde, que chacun puisse entendre un morceau de Therion, puis un autre de Dream Evil, et puis Notre Dame, et tout ça. Et puis j’avais derrière la tête l’idée de faire ma propre musique et lancer ma carrière solo, parce que, comme je l’ai dit tout à l’heure, j’ai besoin de faire ça, je ne fonctionne pas si bien en groupe. Je ne reviendrai jamais en arrière… Il ne faut jamais dire jamais, mais dans ma tête, je vais voler en solo pour le restant de mes jours [petits rires].

Donc c’était d’abord pour faire plaisir aux fans, et ensuite tu pouvais te mettre à faire de la nouvelle musique en solo…

Oui, les deux en fait, parce que je fais de la musique pour me faire plaisir. Je dis parfois – c’est une expression amusante : je vois la musique comme les gens normaux voient la masturbation, je le fais pour moi-même [rires], pour évacuer ma créativité. Mais si le public aime ce qu’il entend, c’est un bonus, bien sûr, et rien ne pourrait me rendre plus heureux. Avec ce genre de concept, je me disais que je ne serais pas heureux si je revenais à Memento Mori pour me concentrer dessus. Déjà, je ne pourrais pas parce qu’il n’y a que vingt-quatre heures dans une journée, et ce ne serait pas possible d’être dans douze groupes. Et puis je ne suis pas un grand fan des retours en arrière, c’est comme revenir vers une ancienne copine : nous nous sommes séparés pour une bonne raison et je veux avancer, relever de nouveaux défis, partir dans de nouvelles aventures. Avancer, en gros, dans la vie. Mais c’était une façon de combiner tout ça. J’avance, je fais quelque chose d’entièrement nouveau, basé sur des choses que j’ai faites dans le passé. En même temps, c’est quelque chose que j’apprécie, c’est un défi, et c’est excitant. Le meilleur des deux mondes, comme on dit.

Tu dis avoir besoin de diversité dans ta musique, ce qui explique pourquoi tu as été dans autant de groupes : tu as écrit et joué du black metal, du doom, du heavy, du glam, entre autres. Sur cet album, on retrouve un peu de tout ça, mais ça sonne comme du Snowy Shaw…

C’est très bien ! Je le prends comme un compliment ! [Rires]

Pour ceux qui ne connaissent pas ta musique, comment définirais-tu ton style personnel ? Tu n’aimes pas les étiquettes, mais as-tu une ligne directrice pour tout ce que tu écris ?

Avec un peu de chance, je dirais que c’est de la bonne musique, par opposition à la mauvaise musique [rires], quel que soit le style. Je n’accorde pas tellement d’importance au genre, au classement. Je n’ai pas d’objection à ça, je comprends que c’est plus simple pour les gens de te mettre dans une petite boite, par exemple : « Ok, c’est ce batteur qui joue dans des groupes satanistes [petits rires], et voilà tout ce qu’il est. » Mais chaque personne a ses différentes facettes, et je veux pouvoir exprimer ce genre de choses. Tu peux avoir des idées préconçues sur certaines personnes, « ah ouais, il est dans ce groupe, il fait du hair-metal. » Mais quand tu regardes sa discographie, ça peut te correspondre parfaitement : « Wow ! Il y a du Judas Priest, et Venom, là du Manowar, ici Mötley Crüe, Guns N’ Roses, » peu importe. Il a juste atterri dans différents types de groupes. Donc on ne devrait pas juger les gens si rapidement.

« Traite-moi de hippie, ou ce que tu veux, mais je continue de considérer ça comme de l’art, de faire de la musique et créer ces petits univers. »

Je suis un grand fan de ce qui s’est fait quand j’étais gamin, comme toute cette scène glam qui a explosé en Angleterre, avec Sweet, T-Rex, David Bowie, tout ça, mais j’aime aussi la musique plus extrême. Quoi que ce soit, tout ce qui m’intéresse c’est la bonne musique, bien écrite. Pour moi, faire une seule chose devient un peu pénible, un peu ennuyeux au bout d’un moment. J’ai besoin d’équilibrer les choses, c’est pour ça que dans ma vie, j’ai généralement été dans deux groupes simultanément. J’étais par exemple avec Therion, que je considère comme de la musique lyrique, pompeuse, prétentieuse, d’une certaine façon. Et à côté de ça, je travaillais avec Loud’N’Nasty, qui s’est transformé en XXX, ce qui me faisait du bien. Je pouvais me mettre dans un autre état d’esprit, pour équilibrer. Sinon, avec toute cette prétention, j’aurais fini par en vomir. Pour moi, ça doit fonctionner comme ça.

J’essaie de faire des comparaisons, pour que les gens comprennent… Si tu fais ça à plein temps, pour gagner ta vie, de travailler dans la musique d’une façon ou d’une autre, tu as besoin de ces différentes émotions, ces différentes facettes de toi-même pour te sentir complet, j’imagine. Disons que tu es fan de films d’horreur ou de films d’épouvante : ça n’enlève pas forcément la possibilité de regarder une comédie familiale positive une fois de temps en temps. C’est difficile à exprimer, mais ce que je fais avec ma musique, c’est que je m’autorise à faire tout ce que je veux, putain ! [Rires] Maintenant que je suis en solo, est-ce que je devrais choisir un style en particulier et aller dans cette direction ? On pourrait se demander : « Pourquoi tu ne mélanges pas tout ça ? » C’est grosso modo ce que j’ai fait dans ce premier album, puisque ce sont des chansons tirées de futurs concept-albums. Tout mélanger, c’est plus ou moins ce que j’ai fait avec Notre Dame, le résultat était plutôt… schizophrène [petits rires]. La seule ligne directrice était peut-être le côté horreur, effrayant, mais la musique elle-même pouvait aller de la pop au black metal, en passant par la musique de cabaret à la française, ou autre [rires].

Sur cet album, on dirait que tu as laissé de côté la partie la plus extrême de ta musique. Il n’y a pas de morceau vraiment black metal, comme on en trouvait dans Notre Dame, par exemple. Était-ce un choix conscient ? Ton passage dans Dimmu Borgir t’aurait-il dégoûté du black ?

Non, ça n’a absolument rien à voir avec ça. J’aime beaucoup Dimmu Borgir, j’adorais le concept, l’hybridation d’éléments symphoniques avec de la musique sombre et agressive. Je pense que c’est ce qui les différencie de beaucoup d’autres groupes de black. C’est tellement cinématographique, on dirait de la musique de film, une bande originale sombre, et j’aime beaucoup ça. Mais si White Is The New Black manque un peu de black metal, et autres éléments de ce genre, ça n’a rien à voir. Et je peux t’assurer qu’il y en aura plus sur le prochain album, qui tourne autour d’un concept spécifique. Ce sera probablement plus black metal – ou peu importe comment tu veux appeler ça -, comme quand je fais [chante en voix black], un peu comme ça [rires].

Comme tu l’as mentionné, White Is The New Black est un « greatest hits » de six albums à venir. C’est inhabituel, je n’ai jamais entendu parler d’un projet similaire…

Moi non plus ! [Rires]

Pourquoi as-tu choisi de commencer par un best-of, plutôt que de sortir directement le premier album de la série ?

Tu as commencé par me demander ce qui m’a pris autant de temps : c’est parce que j’ai écrit de la musique. C’est ce que je préfère dans la vie : écrire de la musique, composer et créer ces petits univers. Je le fais depuis longtemps. J’étais dans une période où je faisais une sorte de black metal folklorique forestier, de contes de fées sombres, genre avec des trolls, tout ça. J’étais dedans à cent pour cent et j’étais là : « Wow ! C’est ça le concept ! C’est exactement ça que je veux faire ! » Et j’en ai un peu trop fait. Alors après un moment, je me suis dit : « Merde, j’ai envie de jouer un petit peu comme ça, » et je sors une sorte de glam-rock un peu punk, disons dans le style Guns N’ Roses ou quelque chose comme ça. J’ai été là-dedans pendant un moment : « Ouais, c’est ça le concept ! » Et puis ça m’a ennuyé, je voulais un truc plus grandiloquent, ou sentimental, profond, sombre. Alors je suis parti là-dedans pour un moment.

Tu pourrais dire que je suis ambivalent ou que je m’éparpille. Mais ça s’est passé sur un cycle de plusieurs années, je n’arrêtais pas de revenir au même état d’esprit, dans cette direction spécifique. Pendant un moment, je me suis demandé : « Putain, qu’est-ce que je vais faire de ça ? Je ne peux pas tout combiner sur un album ! » L’idéal pour moi serait probablement d’avoir quatre groupes différents, dans lesquels je serais le moteur créatif et aux commandes, où je pourrais exprimer toutes ces choses différentes et les séparer les unes des autres. Mais en même temps, ça m’a fait réfléchir… Je sais à quel point c’est difficile actuellement ne serait-ce que de répéter, il faut envoyer environ huit mails juste pour réunir les gens dans la même putain de salle. Donc j’ai rapidement éliminé cette option. Et puis je me suis dit : « Qu’est-ce qui m’empêche de tout faire moi-même, mais avec des concepts différents ? » Parce que je n’ai pas besoin des autres pour jouer ces morceaux, pour la plupart. Disons que si j’avais quatre ou cinq projets individuels, je pourrais composer, partir dans tel état d’esprit ici, et là ce serait autre chose que j’aurais aussi décidé de faire…

Donc au bout d’un moment, j’ai commencé à trier les morceaux que j’avais écrits : « Wow, celui-là irait bien avec Wizard In The Wunderwurld », qui est cette espèce de truc sombre, onirique, basé sur des mythes et légendes, des contes de fée. « Ça, c’est plus rapide, plus Plastic Bertrand, c’est le truc glam-punk [rires], c’est un autre concept. » J’ai décidé de m’autoriser à faire toutes ces choses. Mais si je sors d’abord un album, disons, dans le genre de [Edvard] Grieg, le compositeur, et que le suivant est plus Sex Pistols et AC/DC, les gens seraient furieux. Mais les gens sont plus tolérants, ils acceptent mieux si c’est réuni sur un seul album. Donc j’ai pensé que le premier album serait L’Essentiel de Snowy Shaw, avec deux morceaux de chacun des six albums différents. Tu as tout, une vue d’ensemble, et c’est plus simple pour le public, sinon ils auraient pensé que je devenais fou. « Quoi ? Il est passé du black metal au glam rock d’un album à l’autre ! » Ça ne serait pas juste pour le public, je pense [petits rires]. C’est difficile à expliquer, mais je ne fais que suivre mon art, en gros.

« Je veux travailler à fond le visuel, ce que tu vois et ce que tu entends doivent être une seule et même entité. C’est ce que je faisais avec Notre Dame, et c’est aussi ce que je m’efforce de faire maintenant. »

J’ai lu que sur l’album, il y a des morceaux écrits pour d’autres projets, comme « Nachgeist », pour Notre Dame, deux titres de Snowy Shaw And The Star-Spangled Banned, et même un morceau que tu avais écrit à seize ans. Tu dois avoir beaucoup de chansons écrites pour tes anciens groupes, d’autres sont entièrement nouvelles… Quelle part de ces albums est déjà écrite ?

Disons grosso modo cinquante ou soixante pour cent, quelque chose comme ça. J’ai écrit des tonnes de musique, ensuite ça dépend de ce que je sélectionne, ce sur quoi je vais continuer de travailler et finir. Ça dépend aussi de la quantité que je veux utiliser, peut-être que je changerai d’avis, on verra. Les choses ne se passent pas toujours comme on l’imagine. Des fois, tu crois en quelque chose : « Wow, cette chanson va être une tuerie ! Ce sera un hit ! » Et une fois qu’elle est terminée, ça n’est pas tout à fait à la hauteur de tes attentes. J’ai dit quelque part dans une interview que j’avais sélectionné un morceau écrit quand j’avais seize ans. C’est le plus vieux de tous, bien sûr. Il n’est pas sur l’album, mais il apparaîtra sur celui appelé This Is Heavy Metal, Plain And Simple. C’est une compilation d’un tas de chansons que je vais enregistrer maintenant mais que j’ai écrits à différentes périodes. Certaines sont… Je ne devrais pas dire des restes, mais quand j’ai décidé de quitter Dream Evil, j’ai dit : « Ok, allez vous faire foutre, je prends mes morceaux et je m’en vais. » Certains de ces titres vont probablement finir sur cet album. Et qui sait, peut-être que Niklas chantera dessus en tant qu’invité ? Et ce morceau en particulier, écrit à seize ans, était basé sur Torch. C’est un groupe suédois que j’ai vu quand j’étais gamin. Ils m’ont inspiré cette chanson, j’avais même nommé mon groupe d’après un de leurs titres, Rage Age. Aujourd’hui, nous sommes de très bons amis, avec le chanteur Dan Dark, donc je l’ai invité à chanter sur cette chanson. Juste pour boucler la boucle, j’ai pensé que ce serait cool. Donc il y aura en gros des chansons de ma vie entière. Tu as mentionné « Nachtgeist », je l’ai écrite en 2003, quelque chose comme ça. Je n’avais pas encore décidé d’arrêter Notre Dame à ce moment, donc ça devait être un morceau pour le groupe, mais j’ai pensé qu’il était tellement bon que je voulais le faire moi-même, dans ce genre de format.

Il paraît paradoxal que tu aies planifié aussi précisément ce que tu vas faire pendant les six prochaines années. Tu n’as pas peur de t’ennuyer, de changer tes plans, ou d’évoluer ?

Je travaille sur tous ces albums simultanément. Je travaille sur ce qui vient. Ensuite, je me dis : « Wow, ça c’est bon, je peux le mettre dans ce dossier, ce sera pour tel album. » Par exemple, les chansons de White Is The New Black appelés « It’s Getting Dark » et « Gothicburg Bridge / Is This My Destiny? » seront sur un album appelé Mystique Für Alle. Il a une ambiance plutôt sombre, un peu similaire à ce que j’ai fait avec Notre Dame sur la chanson « Dusk ». Les paroles ont un thème différent. Mais je n’ai pas tout terminé, je n’ai pas écrit toute la musique, je ne sais pas exactement ce que je vais faire ces six prochaines années. C’est ma vie, je fais ce que je veux ! [Rires] Donc je peux changer d’avis. Et comme je fais tout en parallèle, je ne vais pas m’ennuyer. Ça sortira simplement à des années différentes, sur différents albums. Je pourrais terminer un album et ne pas le sortir avant trois ans, mais ça reste à voir. Disons que j’ai ces différents groupes ou projets sur lesquels je travaille constamment, d’une façon ou d’une autre.

Tu as dit qu’être indépendant était une question de liberté artistique. Travailler avec des labels a-t-il été une source de frustration par le passé ?

Ces dernières années, c’est devenu pire, je pense, mais avant j’ai eu de bonnes et de mauvaises expériences avec les maisons de disques. Comme l’a dit Niklas, je n’aime pas trop les compromis, parce que je fais les choses pour une bonne raison, je le fais pour l’art. Traite-moi de hippie, ou ce que tu veux, mais je continue de considérer ça comme de l’art, de faire de la musique et créer ces petits univers. Je ne peux pas me voir comme un produit, et me contenter de servir encore un nouvel album. « Ça a bien marché, gardons cette formule, et donnons au public ce qu’il veut. » Je dois suivre mon cœur et faire ce que je veux. Et ma musique n’est pas si facile à classer… Je ne pense pas que les gens aient un problème avec ça, pas du tout. Cet album reçoit de super critiques, les gens disent « wow, c’est tellement toi ». C’est vraiment une extension de ma musique, tu peux y entendre un peu de tout ce que j’ai fait dans le passé avec mes anciens groupes. « Tu joues du death metal ? Du metal indus ? Ou c’est du rock’n’roll ? Qu’est-ce que c’est ? » Je ne sais pas ! Ça ne m’intéresse pas tellement de le savoir. Appelons ça juste de la musique. Et j’essaie de faire de la bonne musique, par opposition à de la mauvaise musique. C’est vraiment tout ce qui m’importe, ce qui veut dire que c’est plus compliqué pour les labels.

Je me suis rendu compte que toute l’industrie du disque aujourd’hui est plus ou moins en train de se dissoudre et de disparaître. Alors tout se résume à l’argent, et ça n’est pas la raison pour laquelle je suis dans ce milieu. Sinon, je serais mac, quelque chose comme ça, ce serait sûrement plus lucratif. Une bonne partie de ce business, c’est : « Ok, Helloween, ou Hammerfall, ou Primal Fear, ou Judas Priest n’ont pas sorti de nouvel album, alors il y a un créneau pour ce groupe en particulier, qui joue aussi une sorte de power metal avec de la double grosse caisse et du chant aigu. » C’est une question de marché, où il faut ranger les choses dans des catégories, dans des boites. Inutile de dire que je n’ai pas envie d’être mis dans une boite [rires] ! Alors je fais ce que je veux, je reste droit dans mes bottes, ce qui fait qu’il est plus difficile pour les labels de me signer. Et je me dois d’avoir cette liberté artistique. Mais je peux comprendre les labels : si je vais chez Mc Donald’s – ce n’est pas le cas, mais imaginons – et qu’ils vendent des pneus, ou des voitures : « Quoi ? Je croyais que vous faisiez à manger ici ! » De leur point de vue, il n’y a pas de différence entre vendre de la musique ou des lave-vaisselles. C’est une question d’investissement, « on veut avoir un retour d’ici trois mois ». Je refuse de voir la musique de cette façon.

« Je n’aurais jamais accroché à Kiss quand j’avais sept ans s’ils avaient ressemblé à Uriah Heep ou Status Quo [rires]. […] J’ai été fasciné quand j’ai vu la pochette de l’album Destroyer, une peinture à l’huile. […] ‘Wow ! Qu’est-ce que c’est ? Une sorte de calendrier ? Quoi que ce soit, il me le faut !’ Je ne savais même pas que c’était un disque. »

Tu as dit dans une interview que dans la musique aujourd’hui, on ne gagne quasiment plus rien en faisant des albums. Alors prévoir six albums, un par an, n’est-ce pas une forme de suicide commercial ?

Bien sûr que ça l’est ! [Rires] Mais c’est ce que j’ai passé toute ma vie à faire. En grandissant, je n’avais certainement pas de posters de Bill Gates, ou d’autres hommes d’affaire qui ont réussi, ou quoi que ce soit dans ce genre. Donc c’est dur, mais je suis convaincu que je peux y arriver, quoi que tout le monde dise, et faire en sorte que ça fonctionne d’une façon ou d’une autre. J’ai besoin de faire ça. Quand j’aurai soixante-dix ou soixante-quinze ans, je pourrai m’asseoir, avec une tasse de thé, faire le point sur ma vie et me dire : « Ouais, j’ai fait les choses à ma façon, je n’ai pas cédé, j’ai eu les couilles d’y aller et de faire en sorte que ça fonctionne. » Et pas : « Oh, j’ai été lâche, j’aurais aimé pouvoir faire comme ci et comme ça. » Non, putain ! Je n’ai qu’une vie et je vais la vivre à fond. C’est ce que je fais. Dans mon cas, ce qui m’importe, ce n’est pas prendre de l’héroïne ou sauter en parachute, c’est me donner l’opportunité d’exprimer ce que j’aime avec ma musique. Mais bien sûr, au bout du compte, il faut bien manger, avoir un toit sur la tête, etc. [rires]. Mais j’ai une volonté de fer et je suis très obstiné, donc j’y arriverai.

Cela fait maintenant trente ans que tu es dans le milieu de la musique, était-ce vraiment plus facile d’en vivre dans les décennies précédentes ?

Il est évident que les choses changent, parce que les produits physiques ne se vendent plus tellement. Internet a tout changé drastiquement, c’est une invention aussi importante que quand on a découvert le feu [petits rires]. Ça a tout changé, tous les plans de l’industrie du cinéma, de la musique, du porno, etc. Les gens ne peuvent plus faire tourner leurs petites boutiques, parce que c’est plus simple d’aller essayer une guitare dans ton magasin local et de la commander sur Thomann, en Allemagne, pour économiser de l’argent. Donc ça devient difficile pour tout le monde, bien sûr. Mais ça a toujours été dur. C’est à double tranchant. Internet a aussi rétréci le monde. Depuis la Suède, tu peux te connecter avec des gens en Argentine, ou en France, et parler comme nous le faisons maintenant… Ça a beaucoup aidé et facilité les choses. Mais tout est aussi facilement accessible, comme sur Spotify. Quand j’ai grandi, si j’achetais un album et que je ne l’aimais pas, je l’écoutais trente fois ou plus. Je pouvais peut-être découvrir quelque chose que je finirais par aimer, en lui donnant sa chance. Aujourd’hui… Je ne devrais pas pointer les gens du doigt parce que je suis pareil : si j’écoute quelque chose, j’écoute les quelques premières notes [fredonne], et puis « ce n’est pas mon truc », je saute au suivant. Donc on ne prend pas tellement le temps de l’appréhender, comme on le faisait avant, quand il fallait vraiment investir quelque chose dans un album. Et c’est pour le pire, parce que c’est comme parier sur une course en ne regardant que les écuries. Tout va beaucoup plus vite.

Mais, pour en revenir à l’industrie de la musique, bien sûr que ça a toujours été dur. Ça n’a jamais été une promenade de santé ; il a toujours fallu lutter pour y arriver. C’est facile de regarder en arrière, vers les pionniers comme Ronnie James Dio, Lemmy, ou autre. Parce qu’ils sont restés dans le milieu pendant cinquante ans, on pense qu’ils ont toujours eu autant de succès. Mais tout le monde a ses hauts et ses bas, et je me souviens que vers le milieu des années 90, avant la révolution d’Internet, tu pouvais voir des gros groupes comme Saxon ou Iron Maiden jouer dans des petites salles pour cinq cent personnes au lieu de remplir des stades. Les choses vont et viennent, il faut juste rester droit dans ses bottes et le faire pour les bonnes raisons. Si tu es là-dedans pour l’argent, alors j’imagine que tu te plantes quelque part.

Tu essaies de profiter des technologies disponibles aujourd’hui, c’est pour ça que tu as diffusé en direct la release party de White Is The New Black. As-tu d’autres idées de ce genre ?

Absolument, en fait j’ai plein de projets dans ce domaine. La release party, je n’ai jamais vu quelqu’un faire ça avant. Je me suis demandé pourquoi faire une soirée pour mon album à Göteborg, dans un club rock local, et toucher trois cent personnes. Quel est l’intérêt ? J’ai passé trente ans à tourner avec de nombreux groupes dans le monde entier, alors si je faisais ça, je voulais d’abord que ce soit plus personnel. J’aurais pu embaucher une équipe de terrain professionnelle, qui fait ce genre de choses pour des événements sportifs, et diffuser la soirée en direct. On peut faire ça sur YouTube, Facebook, tout ça. Mais au lieu de simplement aller dans un club, j’ai décidé d’inviter les gens chez moi. Parce que je vis dans cette espèce de maison bizarre, où j’enregistre mes albums, je filme mes clips – certains, en tout cas –, je construis tous mes accessoires de scène, etc. J’ai pensé que c’était une idée très cool.

Si tu fais une séance de questions-réponses, tu peux t’asseoir et vraiment parler avec les gens à l’autre bout de la planète. Beaucoup de personnes se sont connectées depuis l’Argentine, et l’événement a été suivi depuis plus de cinquante pays. Donc je suppose que c’était une réussite, mais si tu es une sorte de pionnier, et que tu essaies de repousser les limites, ou d’être le fer de lance de quelque chose de nouveau, tu dois toujours te battre contre la résistance des personnes conservatrices, qui disent : [geint] « Oh, je n’ai jamais vu ça avant, donc je n’y crois pas. » C’est contre-productif, il faut être en avance, penser en dehors du cadre. Nous avons les moyens de le faire, maintenant, avec Internet. Tu peux vraiment trouver de très bonnes idées. Et je prévois des choses très cool pour le futur, je ferai plus d’événements comme ça. Il faut gagner de l’argent quoi qu’il arrive, alors pourquoi pas le paiement à la carte pour des vidéos ? Voyons ça. Je n’en révélerai pas trop pour le moment [rire], vous verrez en temps voulu.

Tu sembles penser que le support physique est mort. Penses-tu qu’avec le numérique, il est toujours possible de construire un album complet, avec sa propre atmosphère et son visuel ?

Je ne dirais pas qu’il est mort, en fait. Je ne sais pas comment c’est en France, mais dans certaines parties du monde, et particulièrement en Suède, l’augmentation des ventes de vinyle a augmenté de cinq cent pour cent, quelque chose comme ça, ces cinq dernières années. C’est une sorte de renaissance que je n’attendais pas, donc je suis très content de cette évolution. Mais d’après les statistiques, selon ce que j’ai entendu, quatre-vingt pour cent de ceux qui achètent des vinyles aujourd’hui n’ont même pas de platine pour les lire. Donc on les met sur une étagère et on écoute sur Spotify [petits rires], ce qui est un peu bizarre. Je pense que ça renvoie au fait que nous les humains sommes des chasseurs et des collectionneurs. D’une étrange façon, les gens en ont assez de cette facilité, que tout soit accessible sur Internet d’un simple clic. On veut vraiment collectionner quelque chose, le saisir physiquement, genre « wow, regarde la pochette ! », et entrer dans le monde de l’artiste. Donc j’ai consacré beaucoup d’effort et d’argent pour faire un double vinyle aussi cool que possible. J’y ai ajouté cinq titres bonus, c’est un vinyle blanc, limité à 333 exemplaires, à moitié maléfique (la moitié de 666, évidemment).

« Tu vois Rammstein arriver, ou Marilyn Manson, et beaucoup d’autres groupes. C’était énervant, parce que ce qu’ils faisaient, c’était exactement mes idées, et c’était phénoménal ! Bien sûr, l’amertume est un sentiment très négatif, mais comment ne pas l’être quand tu imagines quelque chose d’assez révolutionnaire, mais n’arrives pas à convaincre les membres de ton groupe ou les labels ? »

Je suis trop vieux, je n’ai jamais été attaché au CD, je trouvais ça petit et ennuyeux par rapport aux vinyles avec lesquels j’ai grandi. Je pouvais m’allonger sur mon lit, regarder la pochette d’un album, tous les visuels, les remerciements, tout ça, entrer dans l’univers du groupe tout en écoutant la musique. Mais il y aura toujours des gens qui ont commencé à collectionner les CDs dans les années 90, et si tu as toute la collection de, disons Iron Maiden, tu ne vas pas te dire « non, je n’achèterai pas le nouvel album, je vais l’écouter sur Spotify ». Si tu as suivi jusque-là, pourquoi arrêter maintenant ? De nombreux jeunes, des ados, s’intéressent aux vinyles, et je ne sais pas combien d’entre eux collectionnent les CDs, en fait. J’ai même entendu que les cassettes étaient de retour [petits rires]. Je trouve ça intéressant.

C’est une question de génération…

Bien sûr, c’est lié à ton âge. Tes goûts musicaux aussi sont liés à ton âge, la plupart du temps, et à ce avec quoi tu as grandi. Je pense qu’on est le plus ouvert d’esprit quand on a, disons, entre sept et vingt ans, quelque chose comme ça. Et après, tu as une vision plutôt bien établie de ce que tu aimes ou pas. Et tu passes le reste de ta vie comme ça. Je veux dire, j’ai cinquante ans cette année, j’ai toujours les cheveux longs, et je m’habille comme si j’avais vingt-cinq ans ! [Rires]

Avant de sortir ton album, tu as demandé à tes fans sur Facebook s’ils étaient intéressés par une version CD ou vinyle. Est-ce ce qui t’a fait changer d’avis ?

Non, mais tu as une sorte de marché cible. Sur ma page Facebook officielle, il y a ceux qui me suivent, mes fans, mes amis, donc c’est bien d’avoir leur avis. Je gère ma propre entreprise, et je ne veux pas consacrer beaucoup de temps, d’efforts et d’argent sur quelque chose que personne n’achètera. Si je pressais, disons, cinquante mille CDs, et que je pouvais en vendre autant, ce serait beaucoup plus lucratif. Mais c’est une édition limitée, parce qu’il y a peu de ventes de produits physiques. Donc ça coûte plus cher à l’unité. Il faut faire une sorte d’évaluation du marché pour voir ce que veulent les gens. Par le passé, j’avais ce projet parallèle, Mad Architect, où j’avais d’abord été engagé comme chanteur, avant de devenir le producteur, batteur, bassiste, etc. Ils ont sorti le premier album en CD, et les gens étaient là : [se lamente] « Eh, on veut un vinyle ! » Ok, donc nous avons sorti le suivant uniquement en vinyle, avec une carte de téléchargement, pour tout avoir en numérique, avec des vidéos supplémentaires, ou je ne sais quoi. Et les gens ont fait : [se lamente] « Eh, on le veut en CD ! » C’est difficile. On ne peut pas faire plaisir à tout le monde tout le temps.

Tu as toujours dit que Kiss était une grosse référence pour toi, pour l’aspect visuel. L’imagerie était très importante avec Notre Dame, tu as conçu les décors de scène et les costumes pour les concerts de Therion, tu as aussi réalisé tes propres clips… De nos jours, Ghost, qui est un groupe très visuel, rencontre un grand succès. Penses-tu qu’aujourd’hui l’image est plus importante que jamais pour intéresser le public ?

Je pense que la présentation, l’emballage de ton groupe, a toujours joué un grand rôle. Je n’aurais jamais accroché à Kiss quand j’avais sept ans s’ils avaient ressemblé à Uriah Heep – qui est un de mes groupes préférés, au passage – ou Status Quo [rires]. J’étais dans les comics, les super héros, comme Batman ou le Loup-Garou, Dracula, et tout ça. J’ai été fasciné quand j’ai vu la pochette de l’album Destroyer, une peinture à l’huile. C’était dans une boutique qui vendait des livres, des magazines, et des disques évidemment. Je ne comprenais même pas ce que c’était. « Wow ! Qu’est-ce que c’est ? Une sorte de calendrier ? Quoi que ce soit, il me le faut ! » Je ne savais même pas que c’était un disque. Par chance, cet album avait une production fabuleuse, avec pas mal d’aspects cinématographiques… Si tu fermes les yeux, c’est presque comme si tu écoutais un film. Des enfants qui pleurent, des accidents de voiture, etc. Ça a été plus ou moins le modèle pour ce que je fais aujourd’hui [rires]. Même si c’était il y a plus de quarante ans, c’est toujours ce que je vise. Je veux travailler à fond le visuel, ce que tu vois et ce que tu entends doivent être une seule et même entité. C’est ce que je faisais avec Notre Dame, et c’est aussi ce que je m’efforce de faire maintenant.

C’est très, très important. Un groupe comme Slipknot, comment seraient-ils sortis du lot face à tous les autres groupes de death metal – ou quel que soit le genre – s’ils n’avaient pas les masques ? Comment Ghost rivaliseraient-ils avec les autres groupes du genre retro-pop-rock s’ils ne s’habillaient pas comme ça ? Et je ne dis pas ça de façon négative, parce que j’adore tout ce concept. Je pense que M. Ghost, Tobias [Forge], fait un travail fabuleux, et j’ai un grand respect pour lui. C’est très impressionnant. J’ai toujours été très attiré par ça, et c’est vrai partout. Tu te souviens quand tu allais au vidéo club, et que tu louais des films, tu regardais la pochette des VHS : « Wow ! Qu’est-ce que c’est ? Ça doit être vraiment cool ! » Et quand tu achetais des albums, quand tu étais gamin, tu ne pouvais pas l’écouter dans le magasin, alors tu voyais une pochette et tu te disais : « Wow ! Ça doit être cool ! » Ça a toujours été comme ça. Ou si tu vas dans un bar : « Regarde cette meuf là-bas, avec les gros seins, ouais, wow ! Elle m’attire ! » Ensuite, tu es content si elle a de la conversation [rires]. Mais tu achètes d’abord avec les yeux. Mötley Crüe n’aurait pas percé s’ils ressemblaient à… Foreigner [rires] ! Pour moi, ça a toujours été très important, sinon je n’aurais pas accroché à Alice Cooper… Et Kiss n’aurait pas réussi sans cette imagerie. Ils ont presque soixante-dix ans maintenant, mais ils mettent leurs masques et remplissent toujours des stades, parce que c’est un concept fabuleux !

Tes musiciens live sont cachés sous une capuche. Est-ce que ça t’a été inspiré par Ghost ? L’anonymat joue-t-il un rôle dans tout ce que tu décris ?

Non, c’est une coïncidence, je n’ai pas été inspiré par Ghost. Mais nous avons les mêmes influences. Je sais que Tobias est un grand fan de Mercyful Fate, King Diamond, Kiss, Alice Cooper, et aussi Notre Dame. Des abrutis malveillants ont dit que j’avais pompé King Diamond. C’est faux. Et il n’y aurait pas de King Diamond sans Alice Cooper. Et sans Arthur Brown avant lui, il n’y aurait pas d’Alice Cooper. Nous faisons tous une sorte de shock-rock, où nous mettons du maquillage blanc, et faisons un show horrifique théâtral sur scène. Je voulais le faire comme ça. Je l’ai fait aussi avec Notre Dame, nous étions en quelque sorte cachés derrière des masques. Pour différentes raisons, l’une d’elles étant que c’est plus simple pour échanger les membres [rires], pour être honnête ! Ça crée aussi un peu de mystique autour du groupe, et ça nous différencie du reste.

« On est d’accord que Brigitte Bardot était la pin-up ultime en 1970, elle était sublime à tomber. Mais si tu la regardes aujourd’hui, elle n’est plus très canon, parce qu’elle a 80 ans [petits rires], évidemment ! Donc je préfère regarder les vieilles images de ses films, c’est pareil avec Kiss ou Manowar. »

Dans Notre Dame, tes musiciens étaient soi-disant des descendants du Marquis de Sade…

Ouais, je n’ai pas révélé grand-chose à ce sujet. J’ai maintenu le mystère et le secret, mais ils ne l’étaient évidemment pas. Ils n’étaient pas français. Ils n’étaient même pas « ils », parce qu’il n’y a jamais eu de groupe, j’étais tout seul [rires]. C’est une longue histoire, que je révèlerai dans le livre que je publierai l’année prochaine. J’ai commencé mon premier groupe à treize ans, en 1981. J’ai eu beaucoup de mal à trouver le groupe parfait. Ça n’était pas difficile de réunir un groupe, des guitaristes, il y en avait treize à la douzaine. Mais le problème était de trouver un chanteur, parce qu’il faut quelqu’un de charismatique, qui peut porter le groupe face au public. Et c’était impossible. Donc, sans chanteur, tu ne pouvais pas faire de concert, tu ne pouvais pas enregistrer, parce que qui s’intéresse à la musique instrumentale ? Ça n’a jamais marché, donc je suis passé par un nombre incalculable de line-ups. J’avais travaillé tellement dur sur Illwill, quand ça n’a pas fonctionné, j’en suis arrivé à un point où j’étais genre : « Allez-vous faire foutre, je vais tout faire moi-même ! » Alors j’ai essayé de chanter, mais être batteur et chanteur n’est pas la meilleure combinaison, parce qu’il faut quelqu’un sur le devant de la scène, pour interagir avec le public. Et je voulais toujours un groupe, pas un truc solo. C’est pour ça que j’ai inventé un groupe [rires]. J’ai imaginé ces personnages, ces jumeaux venant de France… [rires] Parce que j’étais fasciné par certaines choses, et je voulais créer une sorte de mystique, un bon concept ! [Petits rires]

Quand j’ai grandi, j’ai su que le nom d’Ace Frehley était Paul Frehley, et qu’il avait été chauffeur de taxi dans le Bronx ou à Brooklyn. Mais l’histoire officielle, c’est qu’il était Space Ace, venu de la Lune. Et j’ai tendance à préférer cette version [rires] ! C’est plus stimulant, ou stupéfiant, ça fait jouer ton imagination. Je suis prêt à croire… Parce que je pense que nous faisons de la fiction, ici. Je veux dire, ça n’est pas la réalité. La musique, comme ce que tu vois dans les films, c’est un monde imaginaire. C’est pour ça que j’ai appelé mon label Wunderwurld (le pays des merveilles, NDLR), et que j’ouvre mes concerts en disant [voix grave] : « Bonjour, et bienvenue dans mon monde… Le Wunderwurld ! » J’invite les gens à prendre une petite pause dans leur quotidien ennuyeux et à rejoindre cette espèce de monde fantastique. C’est une évasion. « J’ai un mauvais salaire au boulot, ma femme est toujours sur mon dos, allons dans ce monde fantastique, » que ce soit le Seigneur des Anneaux, un concert d’Alice Cooper, ou autre chose. C’est plus ou moins ce que je vise : une façon cool de divertir les gens. Mais c’est marrant, je me rappelle que beaucoup de journalistes, quand je faisais Notre Dame, me demandaient [voix apeurée] : « Es-tu réellement un vampire ? » « Pff, foutez-moi la paix, j’ai trente ans, je ne vais pas au supermarché avec des ailes de chauve-souris et du corpse-paint »… [rires] Chaque chose à sa place ! Je ne dis pas que je fais semblant. Je vis mes rêves d’enfant, je les projette, et je le fais à fond. Je me base sur ce qui m’inspire. Mais en même temps, ça n’est pas la réalité, bien sûr.

Tu as dit que les capuches rendaient plus facile l’échange de membres, donc je suppose que tu n’as pas un line-up fixe ?

J’ai vu passer un certain nombre de gars ces trois dernières années, et avec certains ça ne marchait pas, on ne s’entendait pas, ou ils ne savaient pas jouer comme je le voulais. Parce que faire des morceaux qui vont de XXX à Dimmu Borgir, King Diamond, Dream Evil et tout ça, c’est assez compliqué, je dois dire. Il faut être très compétent pour jouer toutes sortes de styles. J’avais un nouveau batteur au moment de la release party dans mon grenier, et j’étais très content de lui, donc j’espère qu’il restera. Mais le guitariste et le bassiste sont là depuis un petit moment. J’espère qu’ils continueront à être investis dans mon groupe. Nous nous entendons bien, nous passons du bon temps, et ce sont des musiciens compétents. Ils savent que c’est mon groupe, donc ils n’essaient pas d’accaparer l’attention ou de trop me marcher sur les pieds. Ce sont vraiment de bons gars.

Étant batteur à l’origine, tu as dit que ton jeu de guitare semblait pour tes musiciens « peu orthodoxe, très compliqué et rythmiquement avancé », et qu’il leur fallait énormément de travail pour parvenir à maîtriser tes riffs. Cela a-t-il compliqué ta recherche de musiciens ?

Ouais, c’est assez difficile, beaucoup des guitaristes précédents se focalisaient trop sur les solos, comme s’ils voulaient être Yngwie Malmsteen ou Eddie Van Halen. Ils peuvent être très doués et compétents pour ça, mais négligent complètement la guitare rythmique, alors que selon moi c’est la base des morceaux. Dans ma musique, je ne mets pas l’accent sur les solos. Pour la plupart, je les joue moi-même, parce que je peux le faire. J’aime Ace Frehley, je n’ai pas l’ambition d’être autre chose que ça. Mais ça a été assez difficile, parce que je fais ces espèces de rythmes polyrythmiques. Je suis un guitariste autodidacte et on pourrait se demander pourquoi je n’engage pas un guitariste vraiment compétent, qui pourrait peut-être les remettre en forme et les améliorer. Mais non, ça n’est pas ce que je veux. Je veux faire ma musique telle qu’elle est aujourd’hui. Si je voulais jouer comme Eric Clapton ou autre, alors j’aurais appris à le faire, mais ça n’est pas ce que j’aime. Ça peut être assez peu orthodoxe pour un guitariste standardisé de reprendre ce que je fais, parce que je suis batteur. Donc ils doivent travailler dur, et la plupart du temps ils en ont la volonté, parce que c’est un défi pour eux, de s’améliorer et sortir de leur zone de confort. Ça doit être joué à ma façon, avec mon accordage. C’est un bon exercice pour eux, j’imagine [petits rires].

Il y a un morceau que j’ai écrit pour Illwill, que nous avons enregistré en 93, qui s’appelle « Wether With Or Without ». Il est basé sur un break de batterie que j’ai pompé à Vinnie Appice, qui a été batteur de Dio et Black Sabbath. Je l’ai transposé à la grosse caisse, ça faisait [fredonne le rythme], et j’ai pensé « C’est une super rythmique ! Qu’est-ce que ça fait si je la joue à la guitare ? » J’ai essayé et j’ai écrit ce morceau. Je joue toutes les parties de guitare sur mes morceaux de cet album. Andy [LaRocque] est un guitariste phénoménal, mais il n’arrivait pas à faire celle-ci [petits rires]. C’est comme ça que ça marche. Pour en revenir aux compromis, pourquoi j’aurais dû en faire là-dessus ? Tout était construit autour de ce riff. Je me suis dit que si les gens ne pouvaient pas faire ce que je voulais en studio, autant le faire moi-même plutôt que de finir avec un truc médiocre. Comme ça, ils ont tout leur temps pour apprendre si nous devons jouer ces morceaux en live. D’une certaine manière, Meshuggah a fait la même chose en 2008 avec le morceau « Bleed », et les gens étaient là : « Wow ! Ce riff est tellement cool ! » Ouais, bon, je l’ai fait il y a quinze ans et personne n’avait compris. Fredrik [Thordendal] l’a écrit, et il s’intéresse beaucoup à la batterie. Je pense que le metal en ce moment est plus basé sur la rythmique, il n’est plus aussi mélodique qu’avant.

« Être dans Dimmu Borgir a représenté le plus gros défi, pas musicalement, mais personnellement, à cause de leur manageur. C’est aussi pour ça que j’ai quitté le groupe, parce que je ne pouvais pas supporter tout ça. J’ai cru que je me faisais des idées sur cet espèce de harcèlement [petits rires], toutes ces conneries, ces jeux de pouvoir. Je ne pouvais pas le supporter, j’ai cru devenir fou. »

J’ai lu dans une vieille interview que tu avais des idées ambitieuses pour les concerts d’Illwill. Mais Illwill n’a jamais tourné, et plus tard tu as vu d’autres groupes utiliser ces mêmes idées. As-tu toujours de telles ambitions pour tes concerts ?

Absolument. Mais c’est différent. À l’époque, quand nous avons commencé Illwill, j’avais l’idée d’en faire quelque chose dans le genre industriel et militaire. C’était avant Rammstein, je m’intéressais à Laibach, et je voulais aller dans une direction à la Kraftwerk, Depeche Mode, Accept… Un peu allemand [petits rires], d’une certaine façon. L’image aurait collé parfaitement avec la musique que je voulais faire. J’avais beaucoup de bonnes idées, que j’ai essayé d’expliquer aux autres. Sharlee D’Angelo était totalement de mon côté, il comprenait parfaitement. Mais comme personne n’avait vu ça avant, les autres étaient là : « On ne pourrait pas faire plus comme Whitesnake ? » [Rires] C’était assez difficile à expliquer. Si les gens n’ont aucune référence pour comparer, ils manquent d’imagination.

Au bout d’un moment, tu perds confiance en toi, et tu te dis « peut-être que je me trompe ? Je n’arrive pas à l’expliquer de façon à ce que les autres comprennent. » Et puis tu vois Rammstein arriver, ou Marilyn Manson, et beaucoup d’autres groupes. C’était énervant, parce que ce qu’ils faisaient, c’était exactement mes idées, et c’était phénoménal ! Bien sûr, l’amertume est un sentiment très négatif, mais comment ne pas l’être quand tu imagines quelque chose d’assez révolutionnaire, mais n’arrives pas à convaincre les membres de ton groupe ou les labels ? L’album d’Illwill n’est sorti que cinq ans plus tard, le groupe s’était déjà séparé. Pour moi, presque tout a été comme ça. J’essaie de faire quelque chose de nouveau. J’ai tendance à idolâtrer les gens comme Arthur Brown, qui était une icône underground du shock-rock horrifique. Son unique tube (« Fire », NDLR) est sorti en 1968, avant Alice Cooper, Kiss et tout ça. Il était le premier. Ou Jimmy Hendrix : peut-être que Richie Blackmore l’a pompé, a perfectionné son truc et l’a rendu accessible à un public plus large, mais il était le premier. Et c’est dur de faire ça quand tu as derrière toi des gens qui manquent d’imagination.

Tu as dit que le visuel devait aller de pair avec la musique. Maintenant que tu joues différents styles, comment comptes-tu faire ?

Nous préparons une tournée en Europe en décembre, en ce moment, et le concept sera White Is The New Black. Ce sera un show très cool, bien sûr. Ensuite, quand je sortirai les prochains albums, j’irai à cent pour cent dans le concept, y compris pour le côté visuel. Chacun aura son propre petit univers. Ça se traduira sur scène. Les concerts seront remodelés pour correspondre à chaque album. Mais au final, ça reste moi, et je suis moi-même. Bien sûr, tu es influencé par de nombreux éléments différents, mais c’est important en tant qu’artiste d’avoir sa propre expression, sa propre voix, sa propre touche. Et je pense que j’ai réussi à faire ça, que ce soit avec Therion, King Diamond, Dimmu Borgir ou n’importe qui. Ça a toujours été moi. Je n’essaie pas de me camoufler, je reste droit dans mes bottes.

Y a-t-il des groupes que tu trouves intéressant actuellement en termes de show ?

J’ai vu Ghost quelques fois. Ils faisaient la première partie quand je jouais avec Sabaton et que nous tournions avec Iron Maiden. Je ne les ai pas vraiment vus à ce moment-là, mais plus tard, en Suède. C’était très impressionnant. Nous avions été en Allemagne, Finlande, tout ça, et il parlait au public en anglais. Ils sont de Suède, donc je me demandais s’il allait parler en suédois au public. Mais non, comme c’est le Pape, il a parlé en mauvais anglais, avec un accent italien ! [Rires] C’était phénoménal ! Il reste dans le concept. J’ai tellement de respect pour Papa, ou Tobias, il est assez exceptionnel. À part ça, je n’ai jamais eu l’occasion de voir Rob Zombie, ce que j’adorerais. Rammstein, c’est ce que tu peux voir de meilleur. C’est ce qui se fait de mieux. Je suis allé voir Wolfmother, un des rares groupes modernes que j’apprécie – peut-être parce qu’ils sonnent comme s’ils venaient de 1974 [rires]. Ils étaient géniaux aussi. Il y a beaucoup de bons groupes live, mais personnellement je ne vais pas voir beaucoup de concerts. J’étais au Sweden Rock le week-end dernier, j’ai vu Torch parce que nous sommes amis, et je ne les avais pas vus depuis 1983, ou quelque chose comme ça. C’était comme un voyage dans mes souvenirs.

À part ça, j’ai vu un petit bout de Judas Priest, mais j’ai plus eu moins eu ma dose. Le nouvel album est sûrement incroyable, mais j’ai assouvi mon besoin de Judas Priest ! [Petits rires] Il y a quelques autres groupes que j’aimerais voir, qui à mon avis proposent un bon show. Alice Cooper a toujours été un super spectacle. Mais Kiss, je refuse de les voir. Je les ai vus en 96, quand ils se sont réunis avec le line-up d’origine. C’était aussi la première fois que je voyais ce line-up, et je me suis dit : « Ok, je ne verrai plus jamais Kiss. » C’est la même chose avec Manowar, je ne le supporte pas. Je refuse de voir des groupes qui ont autant compté pour moi, dans mes années de découvertes, en grandissant, parce que ça détruit mon univers, en gros. Je n’arrive pas à dormir après un tel concert [rires]. Les gens ont énormément de mal à comprendre ça. On est d’accord que Brigitte Bardot était la pin-up ultime en 1970, elle était sublime à tomber. Mais si tu la regardes aujourd’hui, elle n’est plus très canon, parce qu’elle a 80 ans [petits rires], évidemment ! Donc je préfère regarder les vieilles images de ses films, c’est pareil avec Kiss ou Manowar. Mais ça n’est que mon avis [petits rires].

« J’ai fait une grave crise de la quarantaine et j’ai commencé à tout remettre en question. Qu’est-ce qu’il m’est arrivé ? Je voulais être Kiss quand j’étais petit, et j’ai fini comme un putain de loser ! [Rires] »

Tu as commencé ta carrière en 1989, en rejoignant King Diamond. Tu as joué avec beaucoup de groupes depuis, lancé beaucoup de projets. Lesquels ont représenté le plus gros défi pour toi ?

On me demande souvent quel groupe était le plus amusant. Je n’accorde pas tellement d’importance à l’amusement. Ça peut être stimulant, exigeant, ouvrir l’esprit, être lucratif, toutes sortes de choses. Je ne peux pas choisir un groupe qui a eu plus d’importance que les autres, parce que ça fait partie de mon évolution et de ma façon d’avancer dans la vie. Je dois dire que je suis reconnaissant pour toutes ces opportunités et pour avoir été avec tous ces groupes. Mais je dirais qu’être dans Dimmu Borgir a représenté le plus gros défi, pas musicalement, mais personnellement, à cause de leur manageur. C’est aussi pour ça que j’ai quitté le groupe, parce que je ne pouvais pas supporter tout ça. J’ai cru que je me faisais des idées sur cet espèce de harcèlement [petits rires], toutes ces conneries, ces jeux de pouvoir. Je ne pouvais pas le supporter, j’ai cru devenir fou. Donc après sept mois, j’ai finalement dit : « Allez vous faire foutre les gars, je n’en peux plus. » C’était le plus éprouvant pour moi au niveau personnel. À part ça, pour ce qui est de la musique… Je ne sais pas, rien n’a été vraiment trop compliqué ou techniquement avancé pour que j’arrive à le jouer… Pas vraiment. Rien qui ne me vienne à l’esprit, en tout cas.

Tu chantais déjà dans Notre Dame, mais tu as été chanteur et leader sur scène pour Therion de 2007 à 2013. Cela a-t-il changé ta façon d’utiliser ta voix ou d’appréhender la présence scénique ?

Probablement. Je n’avais fait qu’une poignée de concerts avec Notre Dame, peut-être dix, parce que ça n’était pas vraiment un groupe. Donc j’ai été jeté dans le bain avec Therion, je menais le groupe, parlais aux gens, chantais devant un public nombreux, etc. C’était un sacré défi pour moi, mais je me suis lancé et j’ai adoré. J’ai réalisé que c’est un rôle dans le groupe qui me plait beaucoup. Il y a une sorte de connexion étrange entre les batteurs et les chanteurs. Dave Grohl jouait dans Nirvana, comme tu le sais [petits rires], et est allé vers le micro, pour devenir le leader. Il y a aussi Nicke Andersson d’Entombed, Bon Scott et Iggy Pop étaient batteurs aussi. C’est peut-être un truc du genre « ok, j’en ai marre d’être ici derrière, je veux être devant ! » [rires], si tu as besoin d’attention, je ne sais pas. Je ne sais pas si ça a changé ma façon de voir le fait d’être chanteur et leader. Peut-être un peu. Tu dois être toi-même, c’est la clé. Je me rappelle avoir vu Peter Steele, quand ils ont démarré avec Type O Negative, et j’ai trouvé que c’était un personnage extraordinaire sur scène, bien qu’il soit bien loin de David Lee Roth, par exemple [petits rires]. Mais il était vrai, il était lui-même. Tu ne peux pas essayer d’être quelqu’un d’autre, tu dois avoir les couilles d’être toi-même à cent pour cent. C’est quelque chose que j’ai appris tardivement, j’avais trente-neuf ans quand j’ai rejoint Therion, et pas seize. J’essaie toujours d’apprendre le métier, pour ainsi dire.

Dans la chanson « Gothicburg Bridge / Is This My Destiny? », tu racontes la fois où tu pensais à te jeter du haut du pont de Göteborg, en 2008. Cette période difficile avait-elle quelque chose à voir avec ta carrière ?

Je ne sais pas s’il faut que j’en dise trop à ce sujet, mais c’était une période dure et compliquée de ma vie. Therion avait tourné toute l’année, en 2007, et à ce moment je travaillais avec XXX, et ci et ça, et je me suis plus ou moins aliéné tout le monde, ma famille, ma copine de l’époque, et c’était trop lourd à porter. J’ai eu quarante ans, et je me suis dit « pff, ça n’est qu’un nombre, je m’en tape ! » Mais c’est aussi devenu une sorte de tournant dans ma vie, genre « oh merde, maintenant je suis vieux. La vie est finie ! » [Rires] J’essayais de l’évacuer, le minimiser ou le banaliser. Mais j’ai fait une grave crise de la quarantaine et j’ai commencé à tout remettre en question. Qu’est-ce qu’il m’est arrivé ? Je voulais être Kiss quand j’étais petit, et j’ai fini comme un putain de loser ! [Rires] Bref, je me suis demandé : « Est-ce que je devrais aller voir un psy, et payer des centaines de milliers d’euros pour me faire aider et accepter ma vie, me comprendre, ou plutôt me jeter du haut de ce pont et en finir ? » J’étais vraiment dans un état d’esprit sombre et désespéré. Mais au bout du compte, quand j’étais assis là, les pieds dans le vide comme je le chante dans ce morceau, j’ai repris mes esprits et j’ai ressenti d’un seul coup le besoin de rentrer à la maison et écrire sur ma vie. Une sorte de thérapie maison, juste pour tout mettre noir sur blanc, et prendre du recul. Je n’avais jamais tenu de journal intime ou quoi que ce soit dans le genre. Une catharsis, je crois que c’est comme ça qu’on dit : tu dois te purifier de plein de choses quand tu arrives à un tournant.

J’ai commencé à faire ça. Je suis rentré, j’ai ouvert un document Word sur mon ordinateur, et je me suis simplement mis à écrire, à propos des bons moments, des mauvais, tout. J’ai continué ça toute la journée, pendant des semaines, peut-être quatre ou cinq. Un jour, j’ai regardé par la fenêtre, et le soleil brillait. Ca s’était passé en octobre ou novembre, c’est assez pluvieux et putain de lugubre, sombre et chiant à Göteborg. J’étais putain de déprimé et suicidaire. Mais j’ai vu le soleil et j’étais là : « Wow ! Je suis la voie de la guérison. Je vois vraiment une lumière au bout du tunnel, je vois du positif dans ma vie. » Je n’ai pas sauté du pont, mais il n’est pas trop tard, j’aurai cinquante ans le mois prochain, donc… [Rires] Non, je fais de mon mieux. La vie est une putain de lutte, mais je ne prendrai certainement pas la sortie facile. Ça fait dix ans maintenant, et une chose dont je me suis rendu compte est que la vie n’est pas terminée à quarante ans. Ces dix dernières années, j’ai rencontré l’amour de ma vie, j’ai aussi une chanson à ce sujet (« Wunderkind », NDLR). Yin et Yang, j’ai trouvé mon autre moitié. J’ai tourné à travers le monde, plusieurs fois avec Sabaton, j’ai été dans tous ces groupes, Therion, Dimmu Borgir, j’ai lancé ma propre carrière solo, sorti mon premier album, qui reçoit ces critiques fabuleuses… Donc la vie est loin d’être finie, si ça peut réconforter d’autres personnes qui atteignent la quarantaine [petit rire].

Ce que tu as écrit à ce moment sera ton autobiographie ?

Ouais, j’ai commencé à faire ça comme auto-thérapie, parce que je suis un peu difficile, j’imagine. J’étais très mauvais élève à l’école parce que je ne suis pas les règles, je crée mes propres règles [rires], je ne pouvais pas écouter le professeur… Alors je me suis demandé pourquoi aller voir un psychanalyste, ou un psychiatre, et y passer autant de temps ? Ils auraient probablement pu m’aider, mais j’ai trouvé ma propre solution pour m’en sortir. Après avoir passé ces semaines à écrire, je m’étais soigné, j’étais sur la voie de la guérison et j’ai mis tout ça de côté. Et puis je me suis dit que ça pourrait peut-être être intéressant à lire pour quelqu’un d’autre, tous ces hauts et ces bas, en faire un livre. Ça n’est pas qu’une sorte de conte de fée à la Cendrillon, du bla bla hollywoodien. Beaucoup de personnes veulent raconter leur succès, mais ça, ça ressemble plutôt à des montagnes russes, ma vie entière a été comme ça. À un moment, tu as beaucoup de succès, des gens se couperaient un bras pour être à ta place, dans ce groupe pionnier du black metal, Mercyful Fate, par exemple. Mais il y a aussi une face sombre à ça, et je suis parti. Donc j’ai eu des hauts et des bas dans ce rock’n’rollercoaster pendant toute ma vie, et lutté pour trouver le bonheur, une situation où je serais content, satisfait de ma vie.

« Je ne voulais surtout pas devenir comme mon père, qui s’est tué à la tâche, comme son père avant lui, en travaillant comme ouvrier dans un port, ou quelque chose comme ça. Je voulais être un super-héros, comme Kiss [rires]. »

Je ne me suis certainement pas facilité les choses. Si j’avais juste voulu de l’argent ou du succès, être célèbre, alors j’aurais pu rester avec King Diamond, ou Sabaton, ils ont énormément de succès. Mais je me dois de faire ce que j’ai besoin de faire, exprimer ma musique, c’est ce que j’ai passé ma vie à faire depuis le jour où j’ai découvert Destroyer de Kiss, quand j’étais gosse. Je ne voulais surtout pas devenir comme mon père, qui s’est tué à la tâche, comme son père avant lui, en travaillant comme ouvrier dans un port, ou quelque chose comme ça. Je voulais être un super-héros, comme Kiss [rires], et trouver la tranquillité d’esprit, en gros. Si ça ne marchait pas avec un groupe, j’essayais autre chose. Et maintenant, j’ai atteint un point où je ne veux plus être dans un groupe à l’avenir ; à compter de maintenant, je vais naviguer sous mon propre pavillon. Bien sûr, je peux changer d’avis, mais je vais principalement faire ma propre musique, c’est ce qui me rend heureux. Donc j’ai décidé de mettre ça en place, et continuer à écrire en m’inspirant de tous mes voyages dans la vie, mes expériences, ce que je traverse, et en faire un livre que je compte publier l’année prochaine. J’y travaille depuis dix ans. Ça s’appellera The Book Of Heavy Metal.

Vas-tu le sortir toi-même, comme tes albums ?

Je ne sais pas, c’est bizarre à dire, mais on dirait que je suis le type de personne qui a besoin de faire les choses à sa façon. J’ai juste été en contact avec quelques éditeurs, et ils ne me semblaient pas bons. Ils étaient intéressés mais voulaient trop s’impliquer ou changer des choses. Je ne devrais pas en dire trop. Je n’ai pas vraiment commencé à présenter le livre ou à chercher parmi les différents éditeurs, mais sinon je le publierai moi-même.

Le clip de « Gothicburg Bridge / Is This My Destiny? » sera le dernier pour cet album. Sais-tu quand il sortira ?

Nous n’avons même pas encore commencé à filmer. Comme tu le sais, dans toute l’Europe, y compris en Suède, nous n’avions pas eu ce beau temps en mai et juin depuis environ trois-cent ans [petits rires]. Je prévoyais de filmer en mars, mais ça a dû être repoussé à cause de la préparation de la release party, j’ai dû virer le type du marketing parce qu’il était complètement incompétent et j’ai dû tout faire moi-même. J’ai dû traiter avec différents distributeurs pour l’Europe, le Japon et l’Amérique… Donc j’ai été trop occupé pour avancer et assurer le tournage. Et puis ce beau temps est arrivé. Or le clip est prévu pour être pluvieux, gris, lugubre, sombre… [Petits rires] Comme l’est le morceau, j’imagine, et comme l’est habituellement le temps trois-cent-soixante-deux jours par an à Göteborg [rires], mais pas en ce moment. Donc nous avons dû repousser ça, jusqu’à ce qu’il se remette à pleuvoir, la semaine prochaine, peut-être [petits rires].

Que peut-on attendre maintenant que l’album est sorti ? Tu parlais d’une tournée ?

Je n’arrête pas de recevoir toutes sortes d’offres, venant du monde entier. Mais jusque-là, j’en ai refusé la plupart, parce que je ne pensais pas pouvoir rendre justice à mon show. Il faut qu’au moins je puisse utiliser quelques accessoires et présenter ma musique de la façon qui me semble nécessaire pour le concept. Mais la tournée que nous préparons pour décembre semble plutôt bonne, je serai en tête d’affiche, avec deux groupes de première partie. Je prévois aussi de faire des choses au Japon, puisque l’album va sortir là-bas. Il y avait des projets de petite tournée, avec notamment le Loud Park Festival, mais apparemment il a fait faillite, parce qu’il n’aura pas lieu cette année, donc… On verra bien. Jusque-là, je n’ai vu qu’une date en France sur le planning, mais ça peut changer, rien n’est encore gravé dans le marbre. Tout est encore au stade de la préparation. J’espère que ce sera un spectacle vraiment cool, mais il faut respecter certains critères de base, je ne veux pas faire trop de compromis, jouer dans des pizzerias et des bars, parce que je ne suis pas tant que ça un mordu de concerts, j’ai tourné pendant tellement longtemps avec beaucoup de groupes. Je ne m’attends pas à être au niveau de King Diamond ou Sabaton dès le départ, mais il faut au moins un certain standard, sinon ça ne sert à rien. J’imagine que les fans qui viendront me voir voudront une bonne production et un show cool sur scène.

Y a-t-il quelque chose que tu voudrais ajouter pour terminer ?

Rien ne me vient en tête, je voudrais juste dire aux gens de jeter une oreille à mon album, vous pourriez être surpris de voir à quel point il est bon ! C’est le genre de retours que je reçois de partout. Et je n’ai rien calculé, ou attendu, je faisais juste mon propre truc. À ma grande surprise, je ne pourrais pas être plus heureux que les gens aient aussi bon goût, c’est à dire qu’ils aient les mêmes goûts que moi [petits rires] ! J’ai vraiment envie de venir en France et de faire plus de concerts. Donc gardez un œil là-dessus. Je pourrais bien balancer un ou deux titres de Notre Dame.

Interview réalisée par téléphone le 14 juin 2018 par Antoine Cappelle.
Transcription & traduction : Antoine Cappelle.

Site officiel de Snowy Shaw : www.snowyshaw.net

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  • Vu en concert avec Therion, on peut dire qu’il assure ce grand monsieur.
    Des propos très intéressants.
    Et en plus il me rassure sur ma santé mentale : moi aussi j’achète des vinyles sans avoir de platine…
    Merci M. Shaw !

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