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Chronique   

Monkey3 – Astra Symmetry


Monkey3 - Astra SymmetryS’asseoir, se relaxer et écouter. Il n’y a pas d’autre mantra imaginable pour aborder ce cinquième effort discographique des suisses de Lausanne. Outil aux pouvoirs transcendantaux de l’esprit sur le corps, constitué, parmi tant d’autres artefacts, de la volupté exquise d’un riff englobant, d’une mélodie orientalisante féérique ou d’une ascension vertigineuse vers des sommets d’émotion, Astra Symmetry arrive juste après un The 5th Sun qui avait pourtant déjà mis tout le monde d’accord sur la capacité des suisses à produire un psychédélisme absolu dans leurs compositions aériennes mais puissantes, résolument moderne et jamais léthargique. Le nouvel effort affine cette vision, emportant l’auditeur dans ces extravagances célestes.

Quelle erreur pourrait être commise à isoler, dans l’écoute, les titres de cet opus ! Comme la portée géométrique astrale de son nom l’indique, l’écoute de cet album de Monkey3 a un ordre, une cosmogonie, et nos oreilles éberluées doivent se soumettre au traitement introducteur d’un « Abyss » et son final grandiose avant de se plonger dans la profondeur épatante d’un « Moon », guidé par une batterie itinérante qui forme en grande partie la structure de cet univers méditatif et cérébral, localisé musicalement à exacte équidistance entre Russian Circle et My Sleeping Karma. Puis c’est ce thème de batterie à la Tool sur « Endless Oceans », polyrythmie où de subtils éléments apparaissent et disparaissent au fur et à mesure d’une plongée extatique jusqu’aux abysses.

Le piano fait son apparition, ainsi que des voix rock déclamées comme des lamentations, dans le registre de Pink Floyd, sur l’ouvert « The Water Bearer ». Monkey 3 ne veut pas verser uniquement dans les hymnes instrumentaux et a le mérite d’essayer des choses vocalement. Malheureusement, les tentatives vocales de l’album ratent toutes plus ou moins franchement leur cible, comme sur ce titre et le défaut singulier d’assurance de la voix ou cette voix grave sur « Abyss » qui manque sérieusement de coffre. La présence de ces chants n’est pas assez importante pour décrédibiliser l’ensemble du projet, fort heureusement, mais c’est un point d’amélioration à envisager pour les prochaines sorties du groupe, au risque de faire baisser un niveau instrumental excellent par ailleurs.

Astra Symmetry réussit également à s’imposer par la variété, là ou d’autres sombrent dans un psychédélisme redondant, notamment par l’utilisation d’instruments et de configurations différentes à chaque titre. « Crossroad », par exemple, débute par une sorte de Stoner sombre et aérien à la Mars Red Sky avant de s’envoler dans l’émotionnel rock vers les contrées d’Archive. Puis ce sont des guitares acoustiques, qui viennent apporter une dimension supplémentaire (« Mirrors »), des violons pour une diatribe à la « Kashmir » de Led Zeppelin (« Dead Planet ‘s Eyes »), et un beat électronique trip-hop profond, digne des meilleures heures de Bristol, pour lancer un « Seeds » aventureux de huit minutes, à la fois prog et desert rock, assez révélateur de l’état d’esprit ouvert mais cohérent de l’album.

« Arch », et la fin de l’album, nous ramènera vers des territoires plus connus et empruntés par Monkey3 lors de ses précédents albums, sans toutefois se départir des inspirations orientalisantes qui constellent le disque. Soixante-douze minutes nous sont ici offertes, à l’encontre des sorties musicales actuelles qui ont une tendance au raccourcissement ; difficile de dire si certains passages auraient pu être raccourcis pour faire gagner en efficacité à l’album car là n’est pas le propos. Astra Symmetry se déguste, à l’instar d’un My Sleeping Karma, dans une ambiance apaisée, où il n’y a plus qu’à laisser son esprit voguer. Loin de toutes les préoccupations matérialistes, dans une fuite rassérénante vers un « ailleurs » que les suisses arrivent parfaitement à mettre en place au gré des douze voyages à l’ambiance propre qu’ils nous proposent ici.

La chanson « Abyss » en écoute :

Le clip vidéo animé de « Moon » :

Album Astra Symmetry, sorti le 2 septembre 2016 via Napalm Records. Disponible à l’achat ici.



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