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Chronique   

Monkey3 – Sphere


Acquérir une notoriété conséquente en pratiquant une musique instrumentale n’est pas chose aisée (les sempiternels guitar heros mis à part). Il y a évidemment pléthore de formations prolifiques aux registres différents, parmi lesquelles Animals As Leaders, Russian Circles, Pg.Lost, My Sleeping Karma ou encore Karma To Burn qui se taillent une place de choix. Trop souvent, on oublie de mentionner le pourtant culte Monkey3. Le groupe originaire de Lausanne lorgne davantage vers le stoner et le space-rock, à l’image des deux derniers exemples cités. Astra Symmetry (2016) avait son lot de longues plages atmosphériques et pesantes, à l’instar de « Crossroads » et ses effets cosmiques en tout genre. Sphere, dernier opus en date, ne s’éloigne pas de la formule. Il l’étend encore davantage, l’enrichit et la sublime.

L’introduction des onze minutes psychédéliques de « Spirals » fait honneur au travail de Vangelis ou Tangerine Dream, avec ce cachet sci-fi des années 70-80. Si les progressions planantes, privilégiant les longueurs à dessein, sont des ficelles du stoner, le riffing le plus relevé de « Spirals » fait davantage penser à des groupes de post-metal tels que Cult Of Luna ou Isis, avec une mélodie grandiloquente et massive, presque imperturbable en dépit de la pléthore d’arrangements qui l’entoure. Il faut attendre « Axis » pour retrouver les élans rock de Monkey3 avec un solo déluré, une sorte de Pink Floyd survitaminé. Le guitariste Boris s’en donne à cœur joie avant de revenir à un riff que Truckfighters n’aurait pas renié, les chœurs cryptiques en plus. La véritable immersion commence néanmoins avec « Prism » et ses échos lointains, une invitation à contempler ce que cherche à dessiner Monkey3, une interprétation abstraite des phénomènes naturels et de ses récurrences géométriques. « Prism » est un titre grave, une réminiscence du « Benthic : The Origin Of Our Wishes » de The Ocean avec toujours ce cachet rock et ces nappes et mélodies de clavier d’un autre temps. Monkey3 n’a pas peur de faire voler en éclats les atmosphères créées. La lourdeur de « Prism » se désagrège afin de laisser place à une rythmique effrénée et à une multitude de mélodies enchevêtrées, achevées par un solo à nouveau hommage à David Gilmour. Monkey3 n’est toutefois jamais aussi prenant que lorsqu’il s’illustre par des tempos plus mesurés, à l’image de l’hypnotique « Mass » ou d’« Ida » et de ses mélodies de basse aiguës.

C’est la réussite absolue de Sphere : chaque titre de Monkey3 a une dynamique qui lui est propre, chaque progression est agencée à la perfection et finit toujours par combler les attentes de l’auditeur, jamais déçu par ce qu’il est enjoint d’imaginer. Il n’y a pas de démonstration technique, l’instrumental convainc par son aspect organique davantage que ses prouesses. Le groove orientalisant d’« Ellipsis » (« Forty Six & Two » de Tool n’est parfois pas si loin, influence régulièrement présente dans l’opus) vient conclure l’opus, synthèse des ingrédients parfaitement distillés dans Sphere. « Ellipsis » est une immense construction qui conclut l’épopée par une incitation au trip sans ambages. On décèle à peine les voix susurrées en arrière-plan, le riff évolue de manière circulaire au sein d’une rythmique qui ne cesse de s’intensifier avant de voler en éclats brusquement. Les dernières secondes de Sphere, bruitistes et calmes, sont destinées à la redescente.

Monkey3 n’a pas révisé son arsenal. L’influence stoner/space rock est toujours l’essence du groupe, avec néanmoins un riffing plus agressif et peut-être plus « contemporain » que les opus précédents, et à la fois des atmosphères plus ensorcelantes que jamais. Il y a la permanence de l’esprit rock avec les solos et les grooves simples, l’audace de la musique progressive avec des structures dynamiques sans temps morts, la transe voulue par la circularité du stoner et la puissance brute du metal lorsqu’il s’agit de figurer l’explosion. Sphere est une réussite incontestable de la musique instrumentale : il chante (presque) sans voix.

Clip vidéo de la chanson « Ellipsis » :

Chanson « Spirals » :

Clip vidéo de la chanson « Prism » :

Clip vidéo de la chanson « Mass » :

Album Sphere, sortie le 28 juin 2019 via Spinefarm Records. Disponible à l’achat ici



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  • Je viens de l’écouter : la MEGA Claque comme j’aimerai tant en recevoir plus souvent !
    Enorme concept artistique qui peut se passer du chant. Les influences Floydiennes sont assumées et très bien dosées mais l’album tout entier démontre tellement plus. Transcendant.
    Une des albums de l’année sans conteste.

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  • Eh bien, une fois de plus merci radiometal de m’avoir fait découvrir ce groupe et surtout cet album qui rentre au panthéon des albums « dit » instrumental. Album de l’année pour ma part. Ecoute ferme les yeux et voyage ….

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