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Interview   

Monolord : du désespoir au réconfort


En six ans d’existence, Monolord n’a pas chômé : en effet, le trio a déjà sorti quatre albums, un EP, et joué lors de centaines de concerts. Avec leur doom sensible et sombre à la Electric Wizard, les Suédois se sont fait une place dans une scène toujours florissante au point de collectionner les dates prestigieuses – en première partie de Black Label Society, par exemple. Le dernier album du groupe, No Comfort, est, comme son nom l’indique, particulièrement désespéré : loin des échappées fantasy de beaucoup de ses confrères, Monolord s’inscrit dans une veine réaliste et aborde deuil, fanatisme religieux, vieillissement et catastrophe écologique imminente avec un pessimisme assumé.

Au-delà de la composition de No Comfort, ce sont donc ces questions que nous avons abordées avec Thomas Jäger, chanteur, guitariste et compositeur principal du groupe. L’occasion de parler plus largement du paradoxe qu’il y a à trouver du réconfort dans des chansons tristes, et, plus prosaïquement, de ce que le travail alimentaire, lot de la plupart des musiciens underground, fait à la créativité…

« J’écris de la musique en permanence : j’ai une quantité infinie de riffs, de paroles et de morceaux de chansons enregistrés sur mon téléphone… […] Je garde tout, j’ai des centaines de démos ! »

Radio Metal : Rust, votre album précédent, a été particulièrement bien reçu. De quelle manière ça a influencé votre travail sur No Comfort ? Est-ce que ça vous a donné confiance ou est-ce qu’au contraire, ça vous a mis la pression ?

Thomas Jäger (chant & guitare) : Je crois que la pression est toujours là. Mais en ce qui me concerne, c’est surtout parce que je place la barre très haut… Mais évidemment, le fait que nous ayons eu tant de retours positifs pour Rust, en plus du fait que c’est notre premier album pour Relapse, nous a vraiment donné envie de faire un bon album. Mais ce n’est pas comme si nous avions vraiment décidé au préalable de la direction que nous prendrions pour les chansons de No Comfort… Les chansons que nous avons répétées et que nous avons enregistrées sont celles qui nous sont venues dans cet intervalle de temps – il y en a aussi une autre que nous avons enregistrée mais que nous avons décidé de laisser de côté parce qu’elle ne colle pas avec le reste. C’est la première fois que nous enregistrons une chanson en plus juste pour l’avoir. Et puis cette fois, nous avons enregistré dans un vrai studio. Les albums précédents avaient été enregistrés là où nous répétons.

Cette chanson supplémentaire, tu penses que vous allez la sortir ?

Je l’ai écoutée pour la première fois depuis que nous l’avons enregistrée et mixée il y a quelques jours, justement. Je crois qu’il faudrait que nous la réarrangions un peu mais c’est une bonne chanson, je pense que nous pourrons l’utiliser à un moment ou à un autre. Par contre, je ne sais ni où, ni quand, ni pour quoi…

Comme tu le disais, c’est votre premier album sur Relapse. Qu’est-ce que ça a changé ?

Le changement principal, c’est que c’est un label bien plus gros que Riding Easy. D’un commun accord, nous étions arrivés à la conclusion avec Riding Easy qu’ils ne pouvaient pas vraiment faire beaucoup plus pour nous et qu’il était préférable que nous avancions. Nous avons sorti trois albums avec eux, les trois albums pour lesquels nous avions signé, donc il était temps de passer à autre chose. Nous avons un contrat très chouette avec Relapse et ils ont fait un travail formidable sur la sortie physique de l’album en vinyle, donc c’est parfait !

C’est donc la première fois que vous n’avez pas enregistré de votre côté. Comment avez-vous travaillé cette fois-ci ? Est-ce que ça a modifié votre processus créatif ?

Notre processus créatif a été à peu près le même que si nous avions enregistré nous-mêmes. Le changement principal est que cette fois-ci nous avons enregistré dans un vrai studio conçu pour la musique, donc le son est complètement différent, la batterie est beaucoup plus claire, chaque instrument a sa place. Avant, la guitare et la basse pouvaient se battre un peu dans les basses, mais cette fois, c’est plus clair, le son n’est plus aussi crade et abrasif, même s’il reste très heavy. Je crois que c’est ça, le changement principal, et c’était le but : nous voulions enregistrer ailleurs pour avoir un son un peu différent. Nous en avions un peu marre de tout enregistrer dans notre petite salle de répétition. Ça a ses avantages, mais c’est vraiment petit, nous étions un peu coincés, donc il fallait que nous en sortions !

Est-ce que le fait d’avoir d’autres personnes impliquées dans le processus vous a aidés ?

Oui, complètement. Nous avons travaillé avec Kim [Gravander] du studio Let Them Swing où nous avons donc enregistré. C’est toujours agréable d’avoir quelqu’un qui peut appuyer sur « play » et s’occuper de l’enregistrement pour toi, et il a pu nous conseiller, nous faire quelques suggestions comme si nous avions besoin de faire une autre prise, par exemple. C’est toujours une bonne chose d’avoir une autre paire d’oreilles que la sienne !

Il me semble que c’est toi qui écris toutes les chansons. Dans Monolord, il n’y a pas que du doom : il y a aussi des passages plus atmosphériques, plus rock… Est-ce que tu essaies délibérément de varier ou est-ce que ça se fait de manière naturelle ?

Je crois que c’est un peu les deux. Je n’aurais pas pu écrire quatre albums similaires je pense, ça aurait été incroyablement ennuyeux, à mon avis, donc ça s’est fait assez naturellement. J’ai l’impression que je suis un meilleur compositeur maintenant qu’à l’époque d’Empress Rising. Je ne veux pas dire qu’Empress Rising est un mauvais album, mais disons qu’un peu plus de dynamique n’aurait pas fait de mal. Il est à fond tout le temps, il n’y a aucune respiration. J’ai commencé à me pencher là-dessus sur Vænir et même dès Cursing The One, qui a des couplets plus soft, pour contraster avec un refrain et un pont très intenses. Maintenant, nous avons quatre albums et un EP, ça nous fait beaucoup de différents feelings, de différentes atmosphères, parmi lesquelles nous pouvons choisir en fonction de l’effet que nous voulons produire, c’est vraiment cool.

« À une époque, nous tournions beaucoup, et quand je rentrais, je devais aller au travail le lendemain, et mon employeur n’était pas très content quand je lui disais : « J’ai une autre tournée dans deux mois… » […] Laisser tomber mon job alimentaire a vraiment été miraculeux pour ma créativité… »

Comment Mika [Häkki] et Esben [Willems] sont-ils impliqués dans le processus créatif ?

Ils sont très impliqués. J’enregistre une version très simple de la chanson chez moi – quelques guitares, la basse, avec une batterie électronique en midi et quelques paroles – et je l’amène en répèt. Nous l’écoutons et nous la jouons. Si ça marche, tant mieux : Esben et Mika peuvent y ajouter leur touche personnelle. Mika écrit une meilleure ligne de basse, l’adapte à son style, et de la même manière, Esben « traduit » ce que j’ai fait en vraie batterie, dans son style. Parfois, nous réarrangeons un peu les chansons, parfois nous les gardons comme elles sont. Ils sont impliqués dans la phase de finition, disons.

Le groupe n’a que six ans mais vous avez déjà sorti quatre albums et un EP. Comment tu expliques cette productivité ?

Ces dernières années, je n’ai pas autant travaillé à côté, alors qu’auparavant j’avais vraiment un job alimentaire en parallèle. J’écris de la musique en permanence : j’ai une quantité infinie de riffs, de paroles et de morceaux de chansons enregistrés sur mon téléphone… Et puis j’en fais des chansons que j’enregistre dès que je suis chez moi et que je trouve le temps de le faire. C’est un flux de riffs continu. Parfois, une chanson part d’un riff et le reste vient naturellement, parfois c’est du bricolage : je colle une partie récente avec quelque chose que j’avais enregistré quelques semaines, voire quelques années plus tôt… Je garde tout, j’ai des centaines de démos ! Depuis que nous avons enregistré l’album, j’ai écrit cinq nouvelles chansons. À une époque, nous tournions beaucoup, et quand je rentrais, je devais aller au travail le lendemain, et mon employeur n’était pas très content quand je lui disais : « J’ai une autre tournée dans deux mois… » Je travaillais dans une école et ce n’était pas évident de trouver des remplaçants. J’ai donc décidé de démissionner et de travailler à l’heure, à la place. Ça a vraiment augmenté ma créativité de pouvoir prendre des jours de congé quand j’en ai besoin pour pouvoir me consacrer à la musique. Laisser tomber mon job alimentaire a vraiment été miraculeux pour ma créativité…

Où trouves-tu l’inspiration ?

C’est quelque chose qui peut arriver partout : quand je suis dans la forêt à promener mes chiens, quand je suis dans la voiture pour aller en répèt ou faire des courses… C’est un flux continu. Je ne choisis pas vraiment la manière dont les chansons sonnent ; j’enregistre ce qui sort. Parfois, c’est plutôt rock, parfois c’est du doom plus lent, parfois, c’est plus triste… Ça varie beaucoup. Parfois, je me pose pour essayer d’écrire une chanson à propos d’un sujet en particulier, mais la plupart du temps, le résultat final est très éloigné de l’idée que j’avais en tête au départ ! C’est ça qui est beau dans l’écriture, je trouve ça très intéressant.

Vous tournez aussi beaucoup, souvent avec des groupes qui peuvent être très différents. Vous avez joué lors de festivals prestigieux, et vous avez aussi joué dans des grandes salles en première partie de Black Label Society. Qu’est-ce que ça a apporté au groupe du point de vue créatif ?

Ça a renforcé la cohérence du groupe, et puis à une époque, nous tournions tellement que nous n’avions même plus besoin de répéter entre les tournées. Il y a quelques chansons que j’ai l’impression de ne pas avoir répétées depuis des lustres mais c’est parce que comme elles sont toujours dans la setlist, nous ne les répétons presque jamais, notamment des chansons de nos premiers disques. Je crois que nous avons joué notre trois centième concert à Copenhague en mai dernier, ce qui signifie que nous avons joué « Empress Rising » plus de trois cents fois. Ce serait vraiment bizarre de ne plus arriver à la jouer ! Maintenant, elle est dans notre corps, elle fait partie de notre ADN.

Dans vos chansons précédentes, on pouvait trouver les thématiques super-naturelles, mythologiques, qui sont typiques du doom. Cette fois-ci les paroles semblent plus littérales, plus réalistes. Est-ce que c’est un changement délibéré ?

Le premier album était un peu différent. J’ai l’impression de n’avoir jamais vraiment su écrire des paroles qui parlent de fantasy comme beaucoup de groupes de doom le font, mais disons qu’Empress Rising, c’est ma version de ce style. J’y parle beaucoup de mythologie, de choses anciennes, de la manière dont les gens essayaient d’éviter d’être possédés par exemple, les rituels pour échapper aux esprits de la forêt, des choses comme ça… J’ai beaucoup lu là-dessus. Voilà pour le premier album, mais par la suite, c’est devenu de plus en plus… Peut-être pas politique, encore que d’une certaine manière, ça peut l’être, mais en tout cas, j’ai essayé de trouver de nouveaux angles. Avec la religion, par exemple. Ça a commencé avec « Cursing The One », et puis j’ai repris ce thème dans la troisième chanson de l’album, « Larvae ». C’est une sorte de fil rouge. « Larvae » parle d’une femme très âgée : autour d’elle, tout le monde est mourant ou malade, donc elle se tourne vers Dieu. Elle prie pour son mari malade, mais il meurt lui aussi : elle pense qu’il ne lui reste plus que Dieu, mais comme Dieu n’existe pas, elle meurt seule et misérable. C’est facile d’être inspiré par ces thèmes, il suffit de regarder l’actualité : une église brûle et tous les chrétiens et les millionnaires du monde donnent des sommes colossales pour la reconstruire, alors que pendant ce temps-là, l’Afrique galère depuis des décennies… Peut-être que c’est plus présent dans cet album, je n’y ai pas vraiment réfléchi. En tout cas, c’est plus personnel, c’est certain, et plus triste.

« Parfois, je me pose pour essayer d’écrire une chanson à propos d’un sujet en particulier, mais la plupart du temps, le résultat final est très éloigné de l’idée que j’avais en tête au départ ! »

Tu as dit quelque part : « Nous n’avons pas une vision du monde très positive. » Le titre de l’album, No Comfort, est assez clair de ce point de vue-là. Est-ce que tu pourrais développer ?

Comme je te le disais, il suffit de lire l’actualité, de voir les catastrophes naturelles qui s’accumulent, et puis sur un plan plus personnel, tu es amené à perdre des proches, à être confronté à des problèmes mentaux ; ça peut te rendre triste au point que tu te dis qu’il n’y a aucun réconfort à espérer dans ce monde. Beaucoup de gens peuvent s’identifier à ce sentiment, je pense. Ce qui est formidable, c’est que nous avons déjà eu quelques retours sur l’album et des gens nous ont dit que No Comfort les avait aidés à gérer ces problèmes, justement. Ils trouvent du réconfort dans notre musique, et ça, c’est toujours fantastique à entendre.

Est-ce que tu dirais que ta musique est une catharsis ?

Oui… Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais l’année dernière a été assez difficile pour moi, et assez naturellement, la musique finit par être ma thérapie, ma ceinture de sécurité. Je me tourne vers la musique au quotidien pour me détendre, me calmer… J’ai une playlist Spotify spécialement pour les tournées, c’est de la musique que j’aime beaucoup et qui me calme, quelques albums qui me donnent l’impression d’être chez moi… La musique, c’est très puissant, de ce point de vue-là. Quand nous avons joué à Cleveland aux États-Unis l’année dernière, il y a une fille qui est venue nous voir pour nous dire qu’elle avait perdu ses deux parents l’année précédente, et que nos trois premiers albums l’avaient vraiment aidée à surmonter son chagrin et son deuil… Elle est venue à notre concert alors qu’elle ne sortait presque plus de chez elle car elle était trop déprimée, simplement parce qu’elle voulait acheter nos albums pour pouvoir lire les paroles sur la pochette. Notre musique l’a aidée durant cette période difficile… Elle m’a expliqué tout ça avec des larmes dans les yeux, m’a demandé si elle pouvait me prendre dans ses bras pour me remercier de l’avoir aidée à surmonter cette épreuve, et nous sommes restés dans les bras l’un de l’autre, les larmes aux yeux, c’était très intense, j’ai la chair de poule rien que d’en parler. Si ce nouvel album ou nos disques précédents peuvent faire une chose pareille, c’est fantastique.

Malgré son titre, No Comfort, c’est finalement un disque dans lequel on peut trouver du réconfort !

Oui, c’est paradoxal, je sais ! Pour la chanson « The Last Leaf », nous avons tourné une vidéo, et elle illustre parfaitement les paroles. Je les ai écrites de manière un peu cinématographique, elles sont très narratives. Elles parlent d’un homme qui avait une chouette vie, et puis quelque chose arrive et transforme le monde en paysage post-apocalyptique… Un peu comme dans The Road, le film avec Viggo Mortensen adapté du livre de Cormac McCarthy. À la fin, il trouve un joint, le fume, puis se tue. C’est assez brutal et les paroles ne sont pas très réconfortantes en soi, mais peut-être que le résultat final l’est… Les gens peuvent peut-être s’identifier avec les paroles, et c’est ça qu’ils trouvent réconfortant. Les paroles en soi sont très désabusées, je les ai écrites à une période très compliquée…

C’est parfois difficile d’expliquer comment on peut trouver du réconfort dans une musique qui a, au premier abord, l’air plutôt déprimante. Qu’est-ce que tu en penses ?

Je crois que même s’il y a beaucoup de basses et que nous pouvons avoir l’air un peu énervés, le fait que je chante en voix claire fait que le résultat final n’est pas si agressif. L’équilibre entre lumière et obscurité est très important, je crois. C’est peut-être pour ça. Beaucoup de groupes de nos jours sont géniaux et peuvent être super heavy, mais dès que la voix arrive, ils se ressemblent tous car elle ne fait que hurler. Parfois, j’apprécie, surtout quand c’est bien fait : il y a un groupe norvégien qui s’appelle Sâver par exemple, je te le recommande, leur album They Came With Sunlight est fantastique. Sur cet album, les paroles sont surtout criées, mais dans ce cas, ça marche vraiment bien. Cela dit, dans Monolord, nous ne ferions pas ça. Je suppose que ça peut rendre notre musique plus agréable, d’une certaine manière… Ou peut-être que c’est l’ensemble, le thème, la pochette, l’atmosphère générale, c’est très important aussi… Je ne sais pas trop. Plusieurs facteurs entrent en jeu, je crois.

Göteborg est connue dans le monde entier pour sa scène death metal. Comment c’est de grandir dans cette ville en tant que musicien ?

En fait, aucun membre du groupe n’est vraiment de Göteborg ! Il s’est juste trouvé que nous vivions tous dans le coin. J’ai grandi à deux heures de Göteborg ; comme ce n’était pas très loin, j’entendais parler de tous ces groupes par le bouche-à-oreille, grâce à des amis un peu plus âgés, j’allais à des concerts… Mais à l’origine, Mika est finlandais et Espen est danois. Nous sommes arrivés à Göteborg à des moments différents. En ce qui me concerne, j’y suis arrivé vers 2005 et j’y ai passé huit ou neuf ans. Maintenant, j’habite dans la campagne, à une heure de la ville. Ça fait un moment que de la musique formidable est créée à Göteborg. Personnellement, je crois que je préfère la scène de Stockholm en termes de death metal, mais c’est toujours stimulant d’avoir d’autres groupes qui t’inspirent près de chez toi… Avec le temps, j’ai fait la connaissance de Jonas [Stålhammar] d’At The Gates qui vient de la région de Stockholm et qui désormais habite dans le coin. C’est inspirant de voir ce que font tes amis dans d’autres groupes, surtout des groupes plus confirmés… Nous ne sommes pas aussi gros qu’At The Gates, mais nous pouvons nous inspirer de ce qu’ils font, le faire à notre sauce. Il y a toujours un peu de death metal dans Monolord, mais c’est assez discret. Il y a quelques clins d’œil à des groupes de death metal old school dont nous sommes fans dans le disque. Ça ne sert à rien d’être jaloux, il faut être créatif et essayer de faire aussi bien.

« Il suffit de lire l’actualité, de voir les catastrophes naturelles qui s’accumulent, et puis sur un plan plus personnel, tu es amené à perdre des proches, à être confronté à des problèmes mentaux ; ça peut te rendre triste au point que tu te dis qu’il n’y a aucun réconfort à espérer dans ce monde. »

La Suède est souvent présentée comme une sorte de paradis du point de vue social, politique, etc., pourtant, les productions culturelles suédoises, que ce soit la musique, les livres ou les films, sont souvent très sombres, désespérées, avec un sentiment de solitude ou d’abandon. Comment est-ce que tu expliques ça ?

Sur Rust, il y a une chanson instrumentale, « Wormland » [le pays des vers], dont le titre est en fait un jeu de mots. C’est une allusion à la région de Suède dont je suis originaire et qui s’appelle Wermland, donc à une lettre près… C’est une sorte d’hommage à là d’où je viens. Quand nous étions petits, à l’école, nous devions chanter ces vieilles chansons folkloriques, et elles avaient exactement le feeling que tu décris. Il y a un sentiment de solitude, d’isolement… La musique traditionnelle suédoise a vraiment un ton, une atmosphère particulière et nous avons essayé de convertir ça dans notre musique. Je crois que c’est toujours présent dans mon inconscient… « Wormland » en est un bon exemple, mais « Larvae » du nouvel album aussi. Il y a un mot suédois un peu difficile à traduire qui exprime très bien ce sentiment de solitude et de mélancolie : « viemod ». Certaines tonalités, mélodies et harmonies de cette vieille musique folklorique sont vraiment une source d’inspiration pour moi. Je n’ai jamais vraiment entendu ça ailleurs. Peut-être que c’est typiquement suédois, en effet…

La pochette de Rust était assez unique et celle-ci aussi. Est-ce que tu peux nous la décrire ? Pourquoi l’avez-vous choisie ?

En fait, tout a commencé bien avant la sortie de l’album. Cette peinture a été faite par un jeune artiste, Alexander Fjelnseth, qui ne vit pas très loin de chez moi. La femme de Mika est artiste, elle vend des peintures, des T-shirts etc., et un jour, ils étaient à une exposition où se trouvait le tableau que nous avons utilisé. Mika l’a pris en photo et nous l’a montré. C’est une peinture superbe. Nous l’avons laissée dans un coin pendant un moment, et puis nous sommes tombés dessus à nouveau lorsque nous venions de finir d’enregistrer l’album. Nous avons eu immédiatement l’intuition qu’elle serait la pochette idéale. On ne voit pas tous les détails si on regarde l’image sur son téléphone par exemple, mais sur la pochette du vinyle, on voit beaucoup mieux : il y a une fusée qui décolle à l’arrière-plan… Pour moi, il y a deux symboles sur l’image : la chouette, qui représente le fait que nous soyons très proches de la nature, et la fusée, qui représente quelque chose de plus… Je ne sais pas si tu as entendu ce mec, Elon Musk, dire que si nous ne colonisons pas Mars, l’intégralité de la race humaine aura disparu dans quelques centaines d’années… Moi, c’est à tout ça que ça me fait penser. Peut-être que nous pourrons quitter la planète dans quelques centaines d’années comme il le dit, mais rien ne dit que nous ne ferons pas exactement la même chose sur une autre planète, donc ça ne résoudrait rien. Et puis évidemment, ce n’est pas comme si on pouvait faire rentrer l’intégralité de l’humanité dans une fusée pour aller sur Mars, donc ça signifie que les plus riches seraient les seuls à partir. Donc ce n’est pas réconfortant du tout, comme idée ! Voilà comment je l’interprète. Les autres membres du groupe en ont sans doute une interprétation différente, mais pour moi, l’essence est là, et elle fonctionne très bien avec le thème de l’album – encore que je ne sais pas si on peut vraiment parler d’album à thème.

Qu’est-ce qui vous attend pour les mois à venir ?

Nous partons en tournée européenne vendredi (interview réalisée fin d’année dernière, NDLR). Nous commençons par trois concerts au Royaume-Uni puis nous rejoindrons un groupe qui s’appelle Firebreather, qui vient lui aussi de la région de Göteborg, pour jouer une dizaine de concerts dans le sud de la Scandinavie, puis nous irons à Oslo, à Stockholm et en Finlande. Ça nous mènera jusqu’à fin octobre, et début novembre, nous partirons en tournée aux États-Unis, donc nous serons très occupés les mois à venir. Ensuite en décembre, nous jouerons à deux festivals à Berlin et à Dresde, et puis après, nous avons rien de prévu pour le moment. Nous avons eu quelques propositions pour des festivals, mais rien n’est calé pour le moment. En tout cas, nous allons jouer à Paris à un festival qui s’appelle Saturday Mud Fever en octobre. Je crois que le concert où je me suis rendu compte que nous tenions vraiment quelque chose avec Monolord, c’était au Glazart à Paris, lors de notre première tournée. Nous jouions avec Salem’s Pot. Je crois que c’était la troisième ou la quatrième date de la tournée, et nous étions vraiment bluffés par le nombre de gens qui étaient venus. C’était l’un de ces concerts complètement dingues où tout peut arriver. Je ne sais pas si tu connais cette salle ; quand ce n’est pas l’été, elle est vraiment froide et humide, donc avec quelques centaines de personnes à l’intérieur, ça devient vite très intense ! C’est là que j’ai fait mon premier stage diving [rires]. Paris, c’est spécial à chaque fois. Nous avons fait la première partie de Black Label Society au Bataclan. Vu l’histoire du lieu, c’était aussi très particulier comme expérience !

Comme tu le disais plus tôt, tu as déjà pas mal de nouvelles chansons prêtes…

Oui, nous prendrons du temps en début d’année prochaine pour jouer de nouvelles choses et voir ce que ça donne. Je ne suis pas sûr de quand nous pourrons enregistrer le nouvel album, mais dans ma tête, je travaille déjà dessus. Nous verrons quand nous nous y mettrons… Quand nous aurons le temps !

Interview réalisée par téléphone le 24 septembre 2019 par Chloé Perrin.
Retranscription & traduction : Chloé Perrin.
Photo : Ester Segarra.

Site officiel de Monolord : monolord.com.

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