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Chronique   

Monster Magnet – A Better Dystopia


Monster Magnet honorait le rock des années 70 quand le « revival » de ce dernier n’était pas encore à la mode. Précisément parce qu’il s’en servait comme d’une inspiration fondatrice de son rock stoner psychédélique qui lui a permis d’arpenter les routes pendant trente ans. Le groupe vit pour la scène, sa véritable raison d’être. Monster Magnet a tout juste eu le temps de terminer sa tournée avant que la pandémie ne rebatte les cartes. Seulement, le groupe ne pouvait pas pratiquer de la « visio-musique » ou se complaire dans le streaming, insuffisant pour reproduire l’expérience live selon eux. Dave Wyndorf a donc décidé de réaliser un « album-bunker » complètement autoproduit aux Freakshop Studios du batteur Bob Pantella. Faute de nouvelle musique, Monster Magnet a décidé de s’adonner à des reprises, des morceaux choisis de la jeunesse de Dave Wyndorf, sa « playlist de la quatrième dimension ». Le frontman ne s’y est pas trompé, A Better Dystopia intègre parfaitement l’ADN de Monster Magnet. Le chaos des années 70 est préférable à notre capharnaüm contemporain.

A Better Dystopia est donc une sorte d’hommage au trip subtil, une immersion au sein des influences obscures qui ont forgé Monster Magnet. Dave Wyndorf ouvre les débats par un monologue à peine soutenu par une ligne ininterrompue de guitare qui établit une forme de tension via « The Diamond Mine ». Il s’agit d’un texte de Dave Diamond, un animateur radio américain de la fin des années 60 qui a mis en lumière pléthore de groupes de rock psychédéliques. De quoi introduire le rock grassouillet de « Born To Go », classique d’Hawkwind. Monster Magnet revient aux sources mêmes du stoner avec cet effet de transe recherché par la répétition du riff et une voix volontairement sous-produite. « Epitaph For A Head » appuie le feeling hendrixien de J.D. Blackfoot et honore son apport à l’acid-rock. Dave Wyndorf module sa voix avec aisance : sa polyvalence est l’un des atouts majeurs d’A Better Dystopia. Sans abuser des artifices vocaux, la prestation de Dave est un effort constant d’interprétation. Les clameurs et le phrasé presque naïf de « Mr. Destroyer » de Poo-Bah évoquent bien davantage la créativité débridée de l’époque que ses réactualisations forcées. Le pont fait de percussions, de larsens et d’échos de voix lointains offre un panel de ces sens altérés d’alors, de ces explorations de soi à l’aide d’adjuvants qui font transpirer.

Surtout, A Better Dystopia met une lumière une certaine diversité. Le stoner de « Born To Go » n’est pas voué à se répéter. Monster Magnet met en lumière ses ascendances punk à travers « Motorcycle (Straight To Hell) » de Table Scraps. Un punk dansant à l’énergie relative : celle de l’énervé exténué, un brin titubant. Le genre de rébellion parfaite pour Monster Magnet, celle où l’on s’écorche la voix sans vraiment s’apercevoir de sa destination. Dans un registre inverse, « Death » de The Pretty Things nous plonge dans son rock planant, réveillé et dynamisé par les soubresauts du jeu de batterie. « Learning To Die » voit le groupe honorer le hard rock classique de Dust en accentuant son interprétation, comme si Monster Magnet s’amusait des ficelles à la Black Sabbath. « Solid Gold Hell » de The Scientists a quant à lui un cachet résolument goth-rock avec le chant caverneux aux syllabes prolongées de Dave. Des traits qu’il utilise à loisir sur le blues survitaminé de « Be Forewarned », jusqu’aux vocalises fantomatiques du pont qui convoquent les images d’un film d’épouvante. Une revisite qui échange le poignant de l’interprétation de Macabre pour prendre du muscle.

A Better Dystopia est exactement ce qu’il décrit : une synthèse des angoisses et des vices de l’époque marquée par la peur d’une catastrophe nucléaire, les errances de la guerre du Viêt Nam, les tueries de Manson, les tensions raciales et l’afflux du LSD. Une époque sombre qui s’incarne dans la musique sélectionnée et interprétée par Monster Magnet et qui lui paraît pourtant préférable, sans doute parce qu’elle stimule notre sens du fantasme. Les reprises d’A Better Dystopia portent ainsi un message clair : le pire d’antan avait au moins le mérite de susciter la créativité et l’imagination.

Lyric vidéo de la chanson « Learning To Die » :

Lyric vidéo de la chanson « Mr. Destroyer » :

Album A Better Dystopia, sortie le 21 mai 2021 via Napalm Records. Disponible à l’achat ici



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