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Chronique   

Monster Magnet – Mindfucker


Il faut voir Dave Wyndorf sur scène aujourd’hui pour comprendre la folie qui s’empare toujours de Monster Magnet en 2018 et leur permet de balancer un Mindfucker à la fraîcheur qui pourrait paraître surprenante pour un brûlot de vieux soldats du rock psychédélique comme eux. Wyndorf le survivant (il a réchappé d’une overdose en 2006) est également le seul membre issu de la formation originale, ayant, avec un acharnement sans faille, continué à mener la barque Monster Magnet au gré des (nombreuses) tempêtes qui ont affecté le groupe au cours des années : changements incessants de line up, déceptions commerciales à l’époque où les ventes de disques étaient encore un critère important dans la réussite d’un groupe… le grand Dave tient bon la barre depuis 1989. Et Mindfucker prouve qu’il le fait toujours avec à-propos.

Oui, on s’imaginerait parfaitement Iggy Pop chanter cette version de « Ejection » (reprise de l’ex-chanteur d’Hawkwind Robert Calvert), au cœur de Mindfucker, comme d’autres perles heavy rock de ce nouveau disque. Simplement, parce qu’il flotte un air de MC5, des Stooges ou de Grand Funk Railroad, héros de la scène de Détroit apparus à la fin des années 60, et à qui Dave Windorf rend un hommage appuyé dans ce onzième album du groupe. Son univers ne se résume pourtant pas à cela : Mindfucker est aussi une belle synthèse des différentes représentations du groupe à travers le temps. C’est, par-ci, un riff punk à la Bad Religion ou Stooges dans l’entraînant et accrocheur « Want Some », à l’image de l’immense « Mindless Ones » de Last Patrol. C’est par là, un retour, justement, exceptionnel d’émotion, vers le space rock de Last Patrol dans l’épique « All Day Midnight » et ses cocottes orientalisantes (ainsi que le son d’un sitar) qui nous renvoient dans la fumée de la fin des 60’s. C’est, encore, un saut dans un impressionnant essai de folk rockabilly sur « Brainwashed » qui nous emmène une nouvelle fois ailleurs.

Définitivement plus rentre-dedans que le titanesque Last Patrol et ses folies éthérées (surtout après la revisite de 2014, encore plus psychédélique), les paroles de Mindfucker ont été écrites dans le contexte de l’élection de Donald Trump, fournissant à Dave Wyndorf matière à décrire la folie de notre monde actuel et sa colère face à cela. Pourtant, comme toujours, il y a beaucoup d’introspection, une sorte de retour romantique sur ses propres émotions, qui jonche les mots de ce Mindfucker : sur le drôle de blues apocalyptique de « Drowning » aux brèves inspirations Zeppeliniennes, il chante « Is there a sun up in the sky ? » (Y’a-t-il un soleil là-haut ?), « I’m tired of asking why » (Je suis fatigué de demander pourquoi) ou « I’m drowning and it’s all because of you » (Je me noie et c’est entièrement ta faute) dans une longue et puissante complainte, reflets de ses propres interrogations et incertitudes liées aux blessures de la vie. Vise-t-il une femme, la drogue, les deux ? Ou la vie, tout simplement ?

Alors que l’alchimie musicale entre tous les membres du groupe est évidente par une complémentarité exemplaire entre l’ensemble rythmique et les envolées mélodiques ou autres jams solistes, dans un line-up qui se veut stable depuis 2013, une rareté depuis la création de Monster Magnet, l’écriture de Wyndorf n’a peut-être jamais été aussi efficace et diversifiée. Difficile désormais de qualifier la musique de Monster Magnet de simple « stoner » tant le spectre se veut de plus en plus large, fruit de nombreuses pérégrinations dans différents styles à travers le temps et des affinités avec de nombreux courants américains du rock. Paroles jouissives entre ironie et poésie désenchantée, ambiances guitaristiques extatiques (le déferlement de guitares sur « I’m God », notamment), Mindfucker laisse Monster Magnet très haut dans les cieux d’un rock US subversif qui aurait absorbé autant de Led Zeppelin que de MC5, avec à sa tête, un inusable Dave Wyndorf, au meilleur de sa forme.

Chanson « Ejection » en écoute :

Clip vidéo de la chanson « Mindfucker » :

Album Mindfucker, sortie le 23 mars 2018 via Napalm Records. Disponible à l’achat ici



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