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Interview   

Monte Pittman entre les lignes


Pour ceux qui en douteraient encore, Monte Pittman, guitariste de Madonna, après son passage chez Prong et diverses collaborations, est bien décidé à développer sa carrière solo et ne fait même que commencer. Il se sera fait remarqué par son sens du riff avec The Power Of Three (2014) et Inverted Grasp Of Balance (2016), et revient calé comme un métronome deux ans après son dernier opus avec non pas un mais deux nouveaux albums ! Between The Space est destiné aux fans de heavy metal, centré sur l’efficacité, dans l’optique des concerts. Better Or Worse plaira plutôt aux amateurs d’acoustique, notamment ceux qui avaient pu le découvrir sur son premier album The Deepest Dark.

Deux albums antagonistes, voire symétriques, que l’on peut toutefois relier par une thématique générale, récurrente dans l’œuvre de Monte Pittman, celle des opposés justement. Ainsi dans l’entretien qui suit, le guitariste nous dévoile les dessous de la décision de sortir deux albums simultanément et de de leur conception, mais aussi des idées qui émaillent ces deux opus.

« Une chose qui est toujours importante quand on fait du divertissement est d’avoir cette polyvalence. Si on regarde ma carrière, ça a été le plus important, c’est ce qui m’a aidé à survivre. »

Radio Metal : Tu sors non pas un mais deux nouveaux albums : Between The Space et Better Or Worse, l’un étant un album heavy électrique et l’autre un album acoustique. Comment l’idée de créer deux albums t’es venue ?

Monte Pittman (chant, guitare, basse & batterie) : Il se peut que tu entendes souvent ça mais en tant que guitariste, on aime tout type de musique différent et j’ai commencé en jouant de l’acoustique avec mon groupe solo, car ça permet de toujours jouer ça quoi qu’il arrive, et à mesure que les choses ont avancé, j’ai fait un album heavy qui m’a permis de signer sur Metal Blade Records. Pour ce qui est d’aujourd’hui, j’ai eu une conversation avec Brian Slagel de Metal Blade : « Ce serait super de proposer quelque chose pour les gens qui aiment la musique acoustique et quelque chose pour ceux qui aiment la musique heavy, et puis il y a aussi des gens qui aiment les deux. Il y a des gens qui n’aiment que les trucs heavy et n’aiment pas la musique acoustique ; il y a des gens qui n’aiment que la musique acoustique et n’aiment pas la musique heavy. » J’ai donc dit : « Je pourrais faire deux albums. C’est possible ? » Il a dit : « Ouais, bien sûr ! » Voilà comment c’est venu. Aussi, je ne sais pas si quelqu’un a déjà fait ça auparavant, et j’aime bien cette idée. Des gens ont sorti des doubles albums, or là ce n’est pas forcément un double album. Ce sont deux albums différents. Il y a des thèmes et idées qui se reflètent et se référencent, mais ça reste deux albums complètement différents. J’aurais pu les sortir avec cinq ans d’écart et on aurait pensé que ce sont deux choses différentes, mais le truc c’est justement de sortir deux choses différentes d’un coup et avoir quelque chose pour tout le monde. Une chose qui, je pense, est toujours importante quand on fait du divertissement est d’avoir cette polyvalence. Si on regarde ma carrière, ça a été le plus important, c’est ce qui m’a aidé à survivre, parce qu’on peut se retrouver dans une situation où on peut faire telle chose, puis être dans une situation où on fait autre chose.

Comme tu l’as précisé, ton premier album solo, The Deepest Dark était un album acoustique. Penses-tu qu’il était temps que tu remettes en avant cette part de ta fibre artistique, après t’être concentré sur des albums heavy ?

Ouais, ça m’a inspiré à trouver des choses quand j’étais vraiment concentré dessus. C’est un peu comme si tout ça bouclait la boucle. Et tu sais, parfois j’écris une chanson heavy sur l’acoustique. Beaucoup de choses sur The Power Of Three, je les ai écrites sur une acoustique, une bonne partie de « A Dark Horse », « Blood Hungry Thirst », « On My Mind », tout ça a été plus ou moins composé quand j’étais en voyage à camper dans Death Valley. Je n’arrêtais pas de trouver ces choses et ensuite tu les joues sur une électrique et c’est vraiment heavy.

Y a-t-il des chansons sur Between The Space qui ont démarré en acoustique aussi ?

Pas sur celui-ci. J’ai écrit « Evidence » tout de suite après avoir fini Inverted Grasp Of Balance, c’est un peu la chanson où j’ai dit : « Ok, où ça va aller à partir de là ? » J’ai commencé à jouer ce riff et j’ai su : « D’accord, voilà comment le prochain album va commencer. » « Ominous / Hope », j’ai trouvé le riff principal, et j’ai pensé : « D’accord, ce fera une super seconde chanson. » « Changing Of The Guard », je l’ai eue plus tard ; elle devait apparaître plus tard dans l’album et je l’ai jouée à des amis lorsque je l’avais presque finie. Un de mes amis à dit : « Mec, ça me file des frissons quand ce riff démarre. C’est le meilleur truc que tu aies jamais écrit. » Alors j’ai dit : « D’accord, dans ce cas il faut que cette chanson soit en numéro trois. » « Between The Space », le morceau, je pensais que c’était quelque chose de très différent et assez unique, et c’était une chanson qui peut être allait être plus loin dans l’ordre, même s’il n’y a que huit chansons. Je l’ai jouée à un de mes étudiants, lorsque je donne des cours de guitare, et elle avait cette énorme sourire sur le visage, elle était là : « Oh, j’adore ça ! » Je me suis dit : « Oh, d’accord, vraiment ? » Elle était là : « Ouais, c’est ma préférée. » « D’accord, donc cette chanson devrait intervenir plus tôt. »

Et je voulais que les quatre premières chansons sur cet album soit comme si ça pouvait être mon set live, au lieu de changer la position des chansons. Habituellement, parfois, quand je mets une chanson vers la fin d’un album, on dirait que c’est la chanson que tout le monde aime. Comme sur The Power Of Three, quand j’ai joué l’album à Brian Slagel, il a dit qu’un de ses morceaux préférés était « Before The Mourning Son » et j’ai dit : « Ouais, mais c’est une chanson vers la fin de l’album, » et il semblerait que ce soit une de mes chansons les plus populaires, c’est celle qui comptabilise le plus de vues sur YouTube pour son clip. Pour le dernier album, Inverted Grasp Of Balance, « Be Very Afraid » était une des chansons préférées de tout le monde là-dessus, et « Skeleton Key » était la chanson préférée de Don Jamieson ; il était là : « je veux faire un clip avec cette chanson ! Je veux faire un truc dans la veine des vieux clips de ZZ Top. Je travaille et le patron me malmène mais alors je rencontre des filles et ça change tout. » Donc cette fois j’ai voulu prendre des chansons qui, selon moi, correspondaient à une fin d’album et les mettre au début.

« Once Upon A Time », ça c’est venu du riff de guitare d’ouverture que j’ai écrit et ensuite j’avais cette mélodie dans ma tête. « Equal Temperament », pareil, c’est venu en jammant et jouant de la guitare, et j’ai trouvé ce riff. Je voulais que ce soit un peu comme une chanson de Van Halen, c’était mon idée. « Reverse Magnetism », j’avais cette idée super heavy, je voulais une chanson avec un pont super heavy. Lorsque j’ai enregistré la batterie là-dessus, j’ai bu deux boissons énergisantes [petits rires], il n’y avait que comme ça que je pouvais jouer ça. Lorsque j’étais en train d’enregistrer, rien n’allait. J’ai pensé que je n’allais pas pouvoir enregistrer, ce qui allait complètement ruiner mon planning pour tout. J’étais vraiment énervé quand j’ai enregistré ces parties de batterie, et voilà comment j’ai pu malgré tout exécuter tout ça. « Beguiling » a une intro acoustique, donc j’ai effectivement composé ça sur l’acoustique mais tout le reste était sur l’électrique. J’avais cette chanson telle quelle où c’est heavy et j’avais l’intro acoustique, et une nuit, je n’arrivais pas à dormir. Au beau milieu de la nuit, je me suis levé, j’étais assis à jouer sur ma guitare avec un casque et sur mon ampli Kemper, il y a un effet qu’on appelle un dual harmonic delay, c’est comme ça que j’ai fait l’intro, et j’ai enregistré ça là sur le moment, j’étais là « oh mon Dieu, c’est quoi ce son ? » Voilà comment tout ça s’est fait.

« Quand je mets une chanson vers la fin d’un album, on dirait que c’est la chanson que tout le monde aime. […] Donc cette fois j’ai voulu prendre des chansons qui, selon moi, correspondaient à une fin d’album et les mettre au début. »

Est-ce qu’il y a une différence d’approche à faire un album heavy et un qui soit acoustique ? Ou bien le processus est-il similaire ?

Pour l’album heavy, je voulais aller un peu plus droit au but. J’essaye toujours de faire que chaque album soit le radical opposé de celui qui précède, tout du moins c’est comme ça que je vois les choses. L’album précédent, Inverted Grasp Of Balance, je voulais que ce soit le truc le plus dingue et heavy que je puisse faire. Richard Christy a joué la batterie dessus et je lui ai dit : « Joue juste les trucs les plus dingues que tu peux par-dessus ces chansons. » Pour cet album, je voulais faire complètement l’inverse et le rendre plus simple, et j’ai joué la batterie sur cet album. Je savais que si je jouais la batterie dessus, alors n’importe qui pourrait le jouer. Un peu comme quand tu as de la musique à la « Back In Black » ou Tom Petty, ou quelque chose comme ça, n’importe qui pourrait jouer ce genre de rythme, on au moins le comprendre. Ce n’est pas comme si on jouait une chanson de Rush ou de Meshuggah. Je voulais donc que tout soit relativement concis, que ça aille à l’essentiel. Mais pour l’album acoustique, une chose qui le différencie est que je voulais qu’on entende plus d’instrumentation à mesure que l’album progresse. Donc ça commence juste en acoustique mais au fur et à mesure de l’écoute, de nouvelles choses apparaissent.

Verrais-tu ceci plus comme une créature vivante ou plutôt comme un voyage ?

Un peu des deux parce que ça devient son propre truc. Après avoir tout enregistré, le résultat est différent de ce que tu avais en tête, et ça, en soit, ça devient inspirant. Et c’est un voyage, rien que d’arriver à destination, c’est la moitié du plaisir. C’est presque introspectif, c’est un peu comme une séance de thérapie où tu découvres des choses sur toi-même que tu n’avais jamais réalisées. Maintenant, je donne des interviews pour ça et pendant qu’on me demande de décrire les chansons et d’en parler, des choses que je ne réalisais pas avant ont maintenant du sens, je me rends compte de nouvelles choses à mon sujet et par rapport à ce dont je parle.

Tu joues chaque instrument sur ces deux albums. Pourquoi n’avoir pas fait appel à d’autres musiciens pour gérer la basse et la batterie, comme tu l’as fait sur les deux derniers albums ? Pourquoi avoir tout fait toi-même cette fois ?

D’une certaine façon, c’était un défi, mais après que j’ai enregistré la batterie, au lieu de donner ça à quelqu’un d’autre, je me suis dit que je n’avais rien besoin de plus, c’était exactement ce que je voulais, ça n’avait aucun intérêt de le faire refaire par quelqu’un. Généralement je joue la basse sur mes albums ; Billy Sheehan a joué la basse sur une partie d’Inverted Grasp Of Balance ; Max Whipple a joué la basse sur The Power Of Three parce que nous avons enregistré ça tous ensemble, moi, Max et Kane Ritchotte, le batteur. Pour mon second album Pain Love & Destiny, j’ai joué la basse dessus. Et souvent ça vient du fait que je manque de temps en faisant l’album, et je me dis « ok, il va falloir que je dégomme ces parties de basse. » Sur une partie de Inverted Grasp Of Balance, Jay Ruston a dit : « Ecoute, personne n’égalera ta main droite sur ce genre de riff bien compact. » Lorsque je jouais dans Prong, je jouais aussi la basse. J’ai joué la guitare, puis j’ai quitté le groupe parce que je ne pouvais pas être à deux endroits en même temps, et ensuite je suis revenu et j’ai joué la basse, ce qui a été très bon pour mon jeu de guitare, ça m’a aidé à voir la guitare complètement autrement. C’est genre : « D’accord, voilà quelles sont les notes de basse, » et je joue un peu la guitare comme un bassiste, d’une certaine façon. C’est comme si tu laisses le bassiste jouer les notes basses, ensuite tu peux en faire plus avec les accords. Et aussi avec Madonna, il y a des fois où il n’y a pas de guitare et je joue la basse sur la chanson.

On te connaissait déjà comme chanteur, guitariste et bassiste, mais pas vraiment en tant que batteur. Comment as-tu fait pour maitriser également cet instrument ?

J’ai commencé comme batteur ! Beaucoup de gens ne le savent pas. J’étais… A l’école, on appelle ça « première chaise ». J’étais un des meilleurs batteurs lorsque j’étais au collège. Mais ensuite, quand j’ai eu une guitare, c’était fini, j’ai abandonné [petits rires]. J’ai même complètement oublié comment faire ! Tout ce qui m’intéressait était de jouer de la guitare. J’ai un peu changé ma façon de penser. Et puis j’avais toujours un super batteur qui jouait avec moi et était nettement meilleur. Donc c’est amusant de m’y remettre. J’ai un peu commencé à m’entraîner sur le kit de batterie de mon fils. Mon fils a joué de la batterie sur la chanson « Torchbearer ». Il a huit ans maintenant mais il en avait sept au moment où il l’a fait. Je suis assez impressionné par son sens du rythme, étant donné son âge, tout ce qu’il jouait était parfaitement dans le temps. Nous nous amusions et j’avais cette partie pour cette chanson, donc j’ai repiqué la batterie avec des micros, j’ai mis un casque et j’ai ajouté ces effets d’écho et de délais sur la batterie, donc il a joué avec ça et j’ai enregistré cinq pistes différentes. Je disais « ok, cette fois, concentre toi sur la caisse claire, cette fois concentre toi sur la grosse caisse, cette fois concentre toi sur les cymbales, » et il a joué sur ça, donc ce sont cinq pistes différentes réparties à droite et à gauche sur les enceintes de différentes façons de manière à ce que ça sonne comme une machine une fois terminé. Donc techniquement, il est le batteur sur l’album acoustique [rires].

En fait, non seulement tu as joué tous les instruments, mais tu as aussi produit les albums et les as mixé. Ça fait beaucoup pour un seul homme !

Oh oui ! C’était beaucoup de travail mais le bon côté est que je pouvais travailler quand je le voulais. Si je suis en train de jouer avec ma guitare, je suis échauffé, je me sens vraiment bien, genre « oh, il faut que j’enregistre ce riff ou cette chanson tout de suite, » alors je peux le faire, au lieu de travailler dessus et dire « oh, ouais, dans deux semaines je vais aller en studio et ça sera le moment pour enregistrer, j’espère que je le ferais comme il faut. » Tu pourrais avoir l’esprit ailleurs quand ça arrive. C’est pareil pour mon chant. J’ai fait de mon placard une cabine de chant, et c’est super ! [Petits rires] Ça ressemble à plein de cabines de chant dans lesquelles j’ai chanté. Donc si je me sentais inspiré par quelque chose, je pouvais y aller et enregistrer. La façon dont j’ai fait le chant sur celui-là était que j’ai joué un vendredi et un samedi soir, donc ma voix était échauffée, et ensuite le dimanche, je revenais à la maison et je commençais tout de suite à enregistrer le chant, et je continuais à enregistrer le chant tous les jours. Ensuite je suis revenu, peut-être deux semaines plus tard, après avoir à nouveau joué un vendredi et un samedi soir, et j’ai encore enregistré. Ensuite, j’ai pris les meilleures prises parmi tout ça. Mais en fait, la plupart de l’album a été fait la première fois. Ou si je voulais corriger quelque chose, comme « tu sais quoi ? J’aurais aimé dire ça autrement, » il était possible d’aller changer cette phrase. C’est quelque chose qu’on ne peut pas faire quand on est en studio. Tu as un créneau réservé et c’est dans ce temps imparti que tu dois enregistrer, et parfois il se peut que tu n’aies pas la tête à enregistrer. J’ai donc pu aussi capter toute l’inspiration dans cet album.

« J’étais un des meilleurs batteurs lorsque j’étais au collège. Mais ensuite, quand j’ai eu une guitare, c’était fini, j’ai abandonné [petits rires]. J’ai même complètement oublié comment faire ! »

Tu as précédemment travaillé avec deux grands producteurs : Flemming Rasmussen et Jay Ruston. As-tu utilisé des choses que tu as apprises durant ces expériences ?

J’ai énormément appris de Flemming au sujet des sons de guitare, et c’est la personne vers qui tu peux aller et avoir confiance en ce qu’il dit. J’ai appris énormément de choses de Flemming, et Jay aussi. Mais de Flemming, une chose est le son de guitare et comment obtenir le son que je veux. Avec Jay, beaucoup de choses sur la production vocale et comment faire le chant. C’est deux gars ont été très utiles et m’ont vraiment aidé à arriver là où j’en suis maintenant. Là aussi la boucle est bouclée. Et le gars qui a fait mon second album – qui n’est pas sur un label -, il s’appelle Noah Shain, un excellent batteur avec qui j’ai joué, il était vraiment génial avec la production de la batterie, donc j’ai appris des choses de lui sur ça.

En portant autant de casquettes, n’avais-tu pas peur de manquer de recul sur ton travail ?

Ouais, c’est assurément un sujet parce qu’il y a un dicton : « Le producteur sauve l’artiste de lui-même. » Mais heureusement, j’avais de très bons amis à qui je pouvais jouer la musique et ils pouvaient me donner leur opinion, mais il n’y a pas vraiment eu de remarques. A ce stade, je sais exactement ce que je veux faire et ce que je dois faire. Comme je fais chaque album en opposition à ceux que j’ai fait avant, tout du moins dans la manière de le penser, pour le prochain album, j’aimerais collaborer avec mon groupe et avoir à nouveau un producteur, simplement pour avoir de la musique différente, faire quelque chose en dehors de ma zone de confort.

Ce qui amène un peu à ma prochaine question, car l’état d’esprit dans lequel ces albums ont été conçus semble très différent de quand tu as fait Inverted Grasp Of Balance, où tu avais deux musiciens prestigieux et un producteur prestigieux, et je sais que tu avais une vraie vision et de vraies attentes pour cet album. Donc on pourrait se demander si ta vision et tes attentes par rapport à tes albums solos n’ont pas évolué ou changé entretemps…

Ouais, ça évolue constamment et c’est aussi pour beaucoup parce que je regarde ce dont j’ai besoin pour mes concerts. Par exemple, je m’apprête à ouvrir pour Sebastian Bach à partir du 26 septembre, et là j’en suis à un stade où ma setlist est de la pure dynamite, car je prends toutes mes meilleures chansons et ça fait mon set. Mais aussi, un autre côté de ça est que je vois « oh, j’aurais aimé avoir une chanson où je fais ceci, j’aurais aimé avoir une chanson où je fais cela. » C’est donc à ça que je pense lorsque je compose l’album suivant.

Le son paraît plus organique et moins produit, et comme tu as presque tout fait toi-même, qualifierais-tu plutôt ces deux albums d’artisanaux ?

Ouais, mon inspiration était en fait de faire un album comme lorsque Metallica a fait Garage Days, quand Pantera a fait le morceau « The Badge », quand Anthrax a fait sa reprise de « Sabbath Bloody Sabbath ». Je voulais que ça donne presque comme un album de garage. Je ne voulais pas que ça sonne comme un album bien propre. Je voulais qu’il sonne rugueux. Et tel est le résultat, en ayant fait ça à l’époque moderne, en 2018. J’ai grosso-modo enregistré cet album dans mon garage ! Mais le matériel qu’on a et les façons de faire les choses aujourd’hui permettent de faire sonner ça plus propre que ce qu’ils pouvaient faire à l’époque où ils ont fait ces autres enregistrements que j’ai mentionnés.

Tu as déclaré qu’avec Between The Space, ton « but est de trouver de la musique qui convient à [ton] show live. » Quels sont les principaux éléments sur lesquels tu te focalises à cet égard quand tu fais des chansons ?

Il faut quelque chose d’entraînant. Parfois on veut quelque chose de très rapide, parfois on veut quelque chose sur lesquels les gens… Une chanson sur laquelle on peut bouger la tête ! [Petits rires] Ce genre de choses. Des chansons qui retiennent l’attention des gens. On veut que ce soit quelque chose où, visuellement, on fait un truc excitant à voir sur la guitare mais aussi qui sonne cool, on ne veut pas que jouer un paquet de notes juste pour jouer un paquet de notes, il faut que ça apporte à la musique. Aussi on veut avoir une mélodie qui reste en tête et que les gens peuvent chanter.

Te retiens-tu consciemment de faire des choses qui pourraient être intéressantes mais tu penses ne seraient pas assez efficaces en live ?

Je fais probablement ça, ouais [rires]. Je pourrais probablement avoir des choses bien plus accrocheuses pour lesquelles je dis « oh, je n’aime pas ça. » C’est là que ce serait bien d’avoir quelqu’un avec qui échanger des idées.

Tu as dit que « Better Or Worse » est un album acoustique mais qui donne l’impression d’un album heavy. » Du coup, qu’est-ce que « heavy » signifie pour toi, à cet égard ?

Oh, super question ! [Réfléchit] Bon, d’un côté, la chanson la plus calme ou la plus jolie, peu importe comment tu veux la décrire, qui est « Better Or Worse », possède le texte le plus lourd, il est très révélateur et émotionnel. Quand on entend les paroles, je voulais que ce soit quelque chose qui fasse dire : « Wow, je n’arrive pas à croire qu’il dit ça. » Mais aussi la musique en tant que telle ressemble à une chanson heavy mais jouée en acoustique. Donc là où j’ai seulement la possibilité de jouer en acoustique, la musique n’est pas toute à un tempo plus lent. Ou j’ai des choses qui retient vraiment l’attention des gens, c’est ce que je voulais que « Depth Perception » fasse. Parfois [en live] je joue en acoustique et je jam sur des trucs, et je trouve quelque chose sur le moment où je shred sur la guitare acoustique, et les retours sont toujours supers, et donc j’ai pensé « il me faut une chanson comme ça. » La chanson « Have Faith », qui est un autre super morceau qu’on peut qualifier de heavy, un matin je déambulais et j’ai attrapé ma guitare et commencé à jouer ce riff, et j’ai créé la chanson complète là sur place, mais je voulais que tout dans cette chanson paraisse cassé. Je voulais que ça sonne cassé, je voulais que ma voix sonne cassée, je voulais que la guitare sonne cassée, je voulais que tout donne l’impression d’être sur point de se désagréger. D’une certaine façon, d’un côté on peut voir ces deux albums comme se reflétant l’un et l’autre, d’un autre côté, on a « Have Faith », la seconde chanson de l’album acoustique, qui sonne vraiment cassée, tandis que « Ominous / Hope », la seconde chanson sur Between The Space, parle d’espoir. De nombreuses chansons sur l’album heavy ont des paroles pleines d’espoir, donc elles s’équilibrent.

« Il ne s’agit pas de ce qu’on joue, il s’agit de ce qu’on ne joue pas, c’est l’espace entre les espaces. […] Comme dans Star Wars lorsque Yoda dit que la force est entre les rochers. »

La chanson « Ominous / Hope » a un feeling très proche de Prong, surtout dans les lignes de chant. Est-ce que ce groupe fait toujours partie de toi, d’une certaine façon ?

J’essaye d’en rester écarté. Je n’essaye pas du tout de sonner comme Prong. S’il y a quelque chose qui sonne comme Prong, je ne le fais pas. Car j’ai joué dans Prong et Prong est Prong, c’est le groupe de Tommy [Victor]. Mais forcément, ça ressortira dans mon jeu et mes influences parce que ça a toujours été un de mes groupes préférés et j’ai joué avec ce groupe pendant près d’une décennie. Ce n’est pas quelque chose dont j’ai honte. J’en suis content car, comme je l’ai dit, Prong est un de mes groupes favoris et il n’y a de toute façon pas assez de Prong [petits rires]. Mais ce n’est clairement pas quelque chose que je recherche. Et c’était un peu étrange en réécoutant, genre « oh, ça fait un peu Prong, d’une certaine façon. » Je n’ai pas cherché à sonner comme ça. Si je pouvais faire ça, alors j’appellerais Tommy et dirais : « Hey, écrivons de la musique ensemble ! » [Petits rires] Car lorsque je composais une chanson de Prong et que je proposais une idée de chanson à Tommy, ou lorsque nous composions ensemble, c’était quelque chose de très différent, ça sonnait presque plus comme ma musique. Par exemple, si tu écoutes Power Of The Damager ou Scorpio Rising, je vois la comparaison maintenant, il y a diverses choses que je fais sans arrêt sans m’en rendre compte, certains accords que je joue, certaines façons de jouer des riffs… Il y a une chanson sur Scorpio Rising, « Regal », où j’ai voulu faire une chanson heavy avec des blast beats, comme une chanson de death metal, mais avec du chant, parce que beaucoup de gens disent « oh, j’aime la musique mais je n’aime pas la voix. » Et c’est aussi comme ça que j’ai composé ma chanson « Guilty Pleasure », qui est sur Inverted Grasp Of Balance, où c’est comme une chanson de death metal mais avec du chant. Ce sont deux mondes différents, et c’est un peu une expérimentation, pensant : « Est-ce que ces deux mondes peuvent aller ensemble ou bien les gens n’aimerons pas ? » J’ai eu des retours allant dans les deux sens [petits rires]. J’ai eu des retours de gens disant « ne refais jamais ça, » et j’ai eu des retours de gens disant que ça leur rappelait quand Faith No More a débarqué en rappant et les gens disaient « wow, ces deux choses ne vont pas ensemble, on ne devrait pas faire ça. »

The Power Of Three et Inverted Grasp Of Balance amenaient chacun de nouvelles choses. Du coup, y a-t-il de nouveaux trucs et expériences d’un point de vue technique sur ces nouveaux albums ?

Oui, il y en a un : sur le solo de « Equal Temperament » où, un peu comme au début de « Before The Mourning Son », il y a ce truc de tapping à deux mains, deux doigts. Ce n’est rien de neuf, Joe Satriani faisait ça aussi, Steve Vai fait ça, mais je n’étais pas tellement habitué à l’entendre dans une chanson à proprement dite. Mais bref, c’est comme ça que c’est venu, mais c’est quelque chose que je fais sur le solo de « Equal Temperament » où ma main gauche fait des hammer-ons et pull-offs sur une corde et ma main droite fait un tapping à deux doigts atour de cette corde. Ma main gauche est sur la troisième corde, ma main droite est sur les seconde et quatrième cordes. Voilà un exemple.

Between The Space parle de connexion, d’alignement et de ce qui divise ces choses, et Better Or Worse parle d’être attaché à quelque chose ou en être détaché, il y a donc à nouveau cette idée de connexion et division. Du coup, comment as-tu abordé ces deux idées dans ces albums ? Quelle est la différence si on les compare ?

Better Or Worse, chaque chanson là-dedans peut porter un regard sur un sujet ou une situation depuis un côté ou un autre, et ensuite ce qui est mieux, ce qui est pire, ce n’est que notre perception des choses. On pourrait dire « d’accord, si je pars en tournée, c’est mieux parce que je travaille et je fais circuler ma musique. Bon, d’un autre côté, je serais loin de chez moi, loin de ma famille et mes amis. » C’est donc cette idée de voir les choses sous deux angles différents. Between The Space est venu de quelque chose que je disais à un de mes étudiants durant mes cours de guitare. Je le dis tout le temps et on entend d’autres gens le dire : il ne s’agit pas de ce qu’on joue, il s’agit de ce qu’on ne joue pas, c’est l’espace entre les espaces. Comme lorsqu’on chante, il faut prendre sa respiration ; un public a besoin de prendre sa respiration aussi, tu ne veux pas continuer sans t’arrêter. Lorsque je parle aux étudiants de jouer un solo, c’est un peu comme parler, on ne veut pas continuer à radoter. Si tu ne t’arrêtes jamais, il y a des moments où on le fait, mais il y a aussi des moments où quelqu’un continue à parler à fond les ballons et ça te rend dingue et ça te fatigue. C’est un peu un secret dans la vie, l’espace entre les espaces. Comme dans Star Wars – je prends toujours cet exemple, je suis un grand fan de Star Wars – lorsque Yoda dit que la force est entre les rochers, c’est tout ce qu’il y a entre. C’est ainsi que je le vois. J’ai vu Santana jouer une fois dans les années 90, à un moment il joue comme un fou sur sa guitare mais ensuite il s’arrête et ne joue qu’une note, et il continue à jouer cette notre encore et la tient, et c’est là que le public devient dingue. C’est là qu’ils commencent à applaudir.

On pourrait donc peut-être dire que Better Or Worse parle de deux options opposées, tandis que Between The Space parle de ce qu’il y a au milieu, connectant ou divisant ces deux options…

C’est intéressant. Je n’y avais pas pensé. C’est très intéressant. Tu vois, j’apprends sur mon propre travail. Ouais, c’est super ! Tu y as toi-même répondu ! [Rires].

Est-ce que ces chansons sont inspirées de situations de la vraie vie ?

Oh oui. Tout l’est. Mais un mot, une phrase peut tout changer. Je veux dire, tu commences d’une certaine façon, en parlant d’une chose, mais ensuite ça peut prendre sa propre direction. Si tu utilises souvent un mot dans d’autres chansons, et tu t’en rends compte en regardant tous tes textes, alors tu changes ce mot pour ne pas trop l’utiliser et ça pourrait changer tout le truc. « Equal Temperament » est une chanson que j’ai écrite à propos de la vie à Los Angeles, et ensuite j’ai trouvé ces autres thèmes et mots qui collaient. Un exemple : c’est très beau et ça a l’air génial mais il y a aussi un côté obscur.

« Maintenant Madonna pourrait se charger de toutes les guitares elle-même parce que je lui ai apprise, et pour moi c’est encore plus cool que si c’est moi qui joue la guitare. »

Dirais-tu, plus généralement, que se lier aux gens et gérer les divisions représente une bonne partie de la vie ?

Wow, de chouettes questions ici. Oui, effectivement. Tu deviens un peu un médiateur, pour ainsi dire, je suppose. Dans la vie, on peut voir les choses de tant de façons différentes. Il y a un bon et mauvais côté à tout, tout comme il y a la nuit et le jour, le chaud et le froid. C’est un thème sur lequel je me retrouve à constamment écrire. En tant qu’enseignant, je suppose, si on devait apprendre une des plus grandes leçons dans la vie, ce serait ça, parce que souvent, c’est la réponse à nos questions. C’est une autre chose, la réponse à notre question est entre les espaces, c’est ce qu’il y a entre tout. Le moment où il y a le plus de clarté le matin, parfois, est lorsqu’il y a les premières lueurs du jour, lorsque c’est la nuit mais le soleil est tout juste sur le point de se lever, c’est là que tout est illuminé différemment des autres moments de la journée. Ceci étant dit, c’est une question difficile ! Je ne suis pas certain d’y avoir bien répondu.

La chanson « Once Upon A Time » sonne très mélancolique, intime et nostalgique. On dirait une chanson très personnelle…

Tu vois, c’est un autre exemple, et je trouve que c’est un des plus grands dons que peut avoir un auteur-compositeur, c’est d’écrire une chanson et faire croire à quelqu’un que ça parle de lui-même. C’est dans cette optique que j’ai écrit cette chanson. Je n’ai pas écrit cette chanson sur moi. J’ai écrit cette chanson du point de vue de quelqu’un d’autre. Enfin, cette chanson pourrait parler de moi parce que, assurément, ça se réfère également à moi. La façon dont je pourrais me voir dans cette situation serait que n’importe qui pourrait repenser à comment il en est arrivé là où il en est, et alors on voit les choses qui ne sont plus là, on voit les opportunités manquées, on voit les erreurs qu’on a commises, comment on ferait autrement et à quel point on n’est plus cette personne. On peut prendre n’importe quelle énorme artiste emblématique, dans n’importe quel style de musique, et voir comment à la fin de la… pas forcément à la fin de la journée pour eux, mais à n’importe quel moment où ils repensent à leur vie et comment ils en sont arrivés là. On peut avoir la gloire, l’argent, la fortune, la richesse, toutes ces choses, mais peut-être qu’on est passé à côté de relations et d’expériences personnelles. Ou peut-être qu’on n’a jamais eu de succès quelle que soit notre carrière. Si on est un avocat ou un médecin, et on n’a jamais réussi là-dedans, mais d’un autre côté, on a une famille, on a des amis. On peut voir ça de différentes façons. C’est comme ça que j’écris sur tous les sujets, ça ne va pas que dans un sens. Je ne vois pas la vie ainsi, parce que ce n’est pas comme ça qu’elle fonctionne. Voilà en gros de quoi parle cette chanson.

Se pourrait-il que tu sois parfois inspiré par Madonna pour écrire ce genre de texte ?

Mon inspiration par rapport à Madonna vient d’une situation très proche et personnelle, comme comment elle est toujours en train de se réinventer et elle prête toujours beaucoup d’attention aux détails. Elle dit toujours ce qu’il faut, en fait. Parfois elle fera des choses et tout le monde pensera qu’elle est folle, mais ensuite tu y repenses et te dis : « Wow ! C’était tellement bien vu d’avoir fait ça ! » Une chanson qui était en quelque sorte inspirée par elle était la chanson sur l’album acoustique qui s’appelle « Whose Side Are You On ? » C’était une chanson qui pouvait être comme une chanson politique. Je n’avais rien de ce genre, donc je me suis dit « d’accord, je vais écrire une chanson comme ça. » C’est une chanson que j’ai écrite comme si je l’écrivais pour elle.

En parlant de Madonna, vu que tu as fait deux album dans un temps où habituellement tu n’en fais qu’un, est-ce que ça signifie que tu n’as pas eu beaucoup d’activité avec elle ces derniers temps ?

Ouais, ça a été un peu… Nous avons fait des concerts caritatifs, des concerts ponctuels l’année dernière, mais elle vient de déménager au Portugal, elle a passé beaucoup de temps avec sa famille et elle était en train de travailler sur un nouvel album avec Mirwais, ce que je trouve palpitant. Je suis surexcité par le fait que Mirwais revienne et à l’idée de ce qu’il va apporter, car ils n’ont pas travaillé ensemble depuis 2003. J’attends de voir ce qu’ils auront à proposer.

Tu n’es pas impliqué dans cet album ?

Non. Pas à ce que je sache. Parfois je suis là le premier jour, parfois je suis là le tout dernier jour. Je peux imaginer, ce qui serait une encore plus grande réussite pour moi, qu’elle pourrait enregistrer les guitares. Maintenant Madonna pourrait se charger de toutes les guitares elle-même parce que je lui ai apprise, et pour moi c’est encore plus cool que si c’est moi qui joue la guitare. Aussi Mirwais est un super guitariste. Donc ils ont ce qu’il faut. S’ils ont besoin de moi, ils savent que je suis là, ils savent que je peux le faire, mais j’aime bien aussi qu’il y ait de nouvelles idées, du sang neuf et de nouvelles influences, parce que ça m’inspire. Donc peu importe la direction que ça prend. Je suis toujours là dans les parages. Peu importe comment ça se passe, j’ai toujours hâte de jouer en concert, mais je suis excité de voir ce que ces deux feront. Et puis j’ai mes propres albums, j’ai un tas d’enregistrements où je joue de la guitare, et je ne fais que commencer. Je commence à peine à comprendre, genre : « D’accord, voilà ce que je devrais faire, je devrais faire plus de ça, je ne devrais pas refaire ça… »

Interview réalisée par téléphone le 18 août 2018 par Nicolas Gricourt.
Transcription & traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Monte Pittman : montepittman.com

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