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Interview   

Monte Pittman, partie 1 : le pouvoir du heavy


Avec son troisième album solo, intitulé The Power Of Three, et revenant à ses premières amours, le guitariste-chanteur Monte Pittman, notamment ancien Prong, nous a bluffé. Une machine à riffs de grande classe qui renvoie directement aux années de transition de la fin des 80s et début des 90s. La surprise est d’autant plus forte que Monte Pittman est encore peu connu du public, en étant relativement resté jusqu’alors un musicien de l’ombre – mais son expérience dans l’industrie musicale n’en est pas moins immense. Espérons que l’avenir changera cet état de fait et mettra les talents de cet artiste en lumière. Car dans le genre heavy metal (au sens large), The Power Of Three est à la fois un rappel aux fondamentaux et une bouffée d’air frais.

C’est un entretien fleuve qui a duré une bonne heure, découpé en deux parties, que nous proposons. Dans cette première partie, le loquace et très amical Monte Pittman parle avec nous de The Power Of Three, sa genèse particulière qui a tout d’une aventure, avec la passion pour moteur. Et c’est avec passion qu’on l’écoute (ou le lit) nous parler de son expérience incroyable avec Flemming Rasmussen, le producteur derrière le légendaire Master Of Puppets de Metallica, son « album préféré de tous les temps », ou de sa rencontre avec Brian Slagel, l’un des plus grands découvreurs de talent du monde du metal (c’est lui qui a poussé Metallica ou Slayer dans leurs jeunes années) et patron depuis trente-deux ans du label Metal Blade.

A noter que la seconde partie de cette interview, qui sera publiée dans quelques jours, se concentrera sur sa collaboration – en tant que musicien mais aussi professeur de guitare – qui dure depuis plus de dix ans avec l’une des plus grandes pop star au monde : Madonna.

Monte Pittman (chant/guitare) : Comment vas-tu ?

Super et toi ?

Je vais bien, je fais en sorte de rester occupé !

Occupé à faire quoi ?

J’essaye de caler le plus de concerts que je peux.

Comptes-tu venir en France ?

Uh… Je galère rien que pour venir à San Diego [rires]. J’adorerais mais je dis toujours : « une étape à la fois ». Je fais le South By Southwest à Austin, et je suis du Texas, donc je comble les trous. Je n’ai pas eu beaucoup de temps parce que ça arrive bientôt et le temps que tout le monde revienne vers toi ils sont là : « Oh, on a réservé cette date… » et du coup ils prennent d’autres groupes. La communication est tellement importante. Il y a des gens qui ne comprennent pas ça. Enfin bref, je suppose que plus tu joueras l’album [à la radio], plus de chances j’aurais de venir !

Dans ce cas, je vais le diffuser toute la journée ! [Rires]

Excellent ! N’arrête pas de le diffuser et je viendrais et jouerais partout. Où te trouves-tu ?

Nous sommes basés à Lyon, en France.

Eh bien, Lyon était ma seconde supposition. J’y ai joué avec Prong en 2008. J’ai passé un bon moment, j’aime bien là-bas.

« J’ai toujours fait toutes sortes de choses car c’est en étant polyvalent que j’ai survécu. »

Tu as un album qui vient de sortir, The Power Of Three. Le titre semble de toutes évidences être une référence au fait que le groupe est un power trio. Est-ce le format de groupe que tu préfères ?

Ça s’est simplement fait comme ça. Parfois nous avons un quatrième membre, Alex Skolnick. Il a joué de la guitare avec nous quelques fois lorsqu’il était disponible. Nous vivons dans des villes différentes et il est évidemment très occupé, mais, oui, ça me va bien d’évoluer dans un groupe à trois. Je ne peux pas imaginer ajouter un autre membre. Mais ouais, c’est le troisième album, nous sommes un groupe à trois, donc j’ai baptisé l’album The Power Of Three, parce que j’aime le fait que les choses arrivent par trois. Je connais beaucoup de choses qui bénéficient du pouvoir du chiffre trois que je trouvais vraiment cool. On m’a beaucoup demandé ça, car tout le monde a sa propre idée. Parfois quelqu’un me demande : « Est-ce que c’est à propos de ça ? », et je suis là : « Non, je n’ai même jamais entendu parler de ça ! » Donc, en fait, j’ai beaucoup appris en appelant mon album ainsi. [Rires]

Peux-tu nous présenter tes collègues dans ton groupe solo ?

Oui. Kane Ritchotte joue la batterie, et Max Whipple joue la basse. J’ai rencontré Kane parce qu’il a joué sur mon second album, Pain, Love & Destiny. Il a joué la batterie là-dessus, et lui et Max ont eu un groupe ensemble. Ils ont grandi en jouant ensemble, et le type qui a fini par produire mon second album allait faire leur album juste après. Il a donc impliqué Kane là-dedans, et lorsque nous avons eu besoin d’un bassiste, Kane a dit : « Prenons Max ! » C’est comme ça que nous avons fait appel à Max, et c’est resté comme ça.

Comme tu l’as dit, tu as fait un album dénommé Pain, Love & Destiny qui était plus calme et plus rock. Qu’est-ce qui t’a motivé à changer d’orientation et revenir à tes racines metal avec The Power Of Three ?

J’ai un autre album avant ça dénommé The Deepest Dark. C’est simplement un album acoustique. Il y a une chanson sur cet album qui s’appelle « Out Of The Black » et lorsque je la joue en concert, elle est heavy. A l’époque, c’était la chanson la plus heavy de mon set. Mais sur l’album, c’est en quelques sortes une version acoustique, car ainsi ça me permet de la recréer. Ici, à L.A., il peut être vraiment difficile de rassembler les gens, d’avoir tout le monde en phase sur le planning, car tout le monde est constamment en train de faire quelque chose. On dirait que lorsque arrive le moment où tu lances quelque chose, les gens ont déjà trouvé d’autres boulots et font autre chose. Je faisais donc ces concerts acoustiques, j’ai amélioré mes timings de setlists, et lorsque est venu le moment de faire mon deuxième album, j’ai voulu que ce soit un album acoustique avec de la batterie et de la basse, mais aussi avec des solos de guitare. Ensuite, le gars qui l’a produit, Noah Shain, a dit que nous devrions faire quelque chose avec des parties électriques. Nous avons alors ajouté des parties de guitare électrique là-dedans, et c’est ce qui en a fait une sorte d’hybride entre un album acoustique et un album de rock. Mais, encore une fois, je voulais que ces chansons aient du sens si elles étaient jouées en acoustique, et que lorsque je les jouaient en live, il fallait qu’elles envoient.

Il y a une chanson qui s’appelle « (I Am) The Black Rabbit » qui semble être l’une des plus populaires de Pain, Love & Destiny : lorsque elle se développe vers le refrain, c’est là que les éléments heavy ont pour la première fois commencé à réapparaître. Tu vas d’une partie qui fait [il chante le rythme] et ensuite va sur une autre partie de la chanson. On utilise donc ça comme une transition. Des gens me disaient : « Oh, c’est cool, j’aime la manière dont tu ajoutes ces trucs heavy metal là-dedans », et je disais : « Où ça ? » C’était ce que d’autres gens auraient qualifié de heavy metal, mais je ne le voyais pas comme ça. Donc, le fait de jouer ça en concert, j’ai ressenti le besoin de chansons plus rapides et heavy, et quelque chose m’ait venu, j’ai continué à écrire de telles chansons, et ça a commencé à couler comme si les vannes étaient ouvertes. Ensuite j’avais prévu de faire un EP acoustique avec Flemming Rasmussen, et lorsque je lui ai donné toutes mes démos avec des chansons acoustiques, des chansons blues et des chansons heavy, il a dit : « Il faut que nous enregistrions ces chansons heavy ! » J’ai donc dit : « D’accord, faisons-le, ouais ! » Dès lors que j’ai accepté cette idée et ait pris la décision que ok, je vais le faire, Flemming m’a vraiment aidé à me concentrer là-dessus. J’ai toujours fait toutes sortes de choses car c’est en étant polyvalent que j’ai survécu. Après avoir enregistré ça, je l’ai fait écouter à Brian Slagel, il m’a signé chez Metal Blade et ça m’a vraiment fait réfléchir : « OK, c’est ce que j’ai besoin de faire. »

« [Flemming Rasmussen] tourne les boutons et paramètre les amplis exactement comme il faut. […] J’ai même songé à utiliser de la super glue et en mettre sur les boutons pour qu’ils ne bougent plus jamais ! »

Mais, n’as-tu pas peur de décontenancer ceux qui t’ont suivi en tant qu’artiste solo, et qui aimaient la musique plus rock voire même acoustique que tu faisais avant ?

Non, j’ai toujours voulu être capable de tout faire. Mon prof de guitare m’a appris à pouvoir tout jouer. Si je voulais apprendre une chanson de Slayer, alors il me poussait à apprendre une chanson de jazz ou de country. Je n’ai toujours pas appris les solos de country. Il n’y avait pas moyen que je joue ça [rires], donne-moi du Slayer ! Pour les guitaristes, c’est le type de musique qui fonctionne bien avec une guitare : tu adores brancher l’instrument et pousser l’ampli et envoyer la sauce, mais c’est aussi super de simplement se poser et jouer en acoustique. J’aime les deux, et donc c’est de là, je pense, que ça vient.

Penses-tu qu’être polyvalent soit important pour un musicien ?

Ça a été essentiel à ma survie. Les goûts changent avec l’audience, la musique change constamment et puis, même si tu adores ça, tu ne peux pas écouter Master Of Puppets sans arrêt. Il faut que tu écoutes quelque chose d’autre aussi. Je compare ça à la nourriture : je ne pourrais pas manger la même chose chaque jour. Tu veux briser la routine. Il arrive très souvent que je fasse un projet, et ensuite je vais sur un autre projet, et les deux se nourrissent l’un et l’autre. Je fais une chose, et ensuite ça m’aide à me préparer à faire l’autre chose. Depuis le début des années 2000, pas forcément maintenant, mais la décennie précédente, j’allais et venais à jouer de la guitare pour Madonna et à jouer avec Prong. Lorsque je joue les chansons de Madonna, des chansons pop, en me posant pendant les balances, ça me donne envie de jouer des trucs heavy. Mais ensuite j’allais en tournée avec Prong, et simplement pour me changer les idées par rapport au fait de ne jouer que des trucs heavy, je me trouvais des idées acoustiques, une chanson de dance ou autre. Les deux aspects se nourrissent l’un et l’autre.

La musique sur The Power Of Three sonne comme un mélange de metal de la fin des années 80 et du début des années 90. On peut y entendre des références à des groupes comme Metallica ou Alice In Chains. Est-ce que tu as un attachement particulier à cette époque pour le metal ?

C’est là où j’ai eu ma première guitare. J’ai atteint ce point – je ne sais pas comment le dire autrement – où tous les trucs que j’ai commencé à aimer lorsque j’ai eu ma première guitare sont revenus. J’ai d’une certaine manière appuyé sur le bouton « reset » en moi, et suis retourné à ce pourquoi j’ai commencé à jouer de la guitare et à ce que j’adorais. Cette époque est celle où parmi les meilleures musiques ont été faite, à mon avis. Ce que nous voulions faire, c’est revenir en arrière et réaliser l’album ultime que je n’ai jamais eu, mais avec une approche nouvelle sur l’ensemble.

L’album a été produit par Flemming Rasmussen. Est-ce son travail sur Master Of Puppets de Metallica, un des plus grands classiques du metal, qui t’a poussé à vouloir travailler avec lui, ou bien est-ce totalement autre chose ?

Ce qui s’est passé c’est que j’étais en tournée avec Madonna, et nous avions un jour de libre à Copenhague. Je cherchais quelque chose à faire, et quelqu’un est venu me voir et j’ai dit : « Hey, le studio Sweet Silence est dans le coin, je devrais aller voir ça. » J’ai trouvé l’adresse et je suis allé voir l’endroit imaginant que je pourrais avoir une carte de visite. Je voulais juste voir où tous ces albums avaient été faits, mais le bâtiment était sur le point d’être démoli, il avait été vendu et il était sur le point d’être rasé (NDLR : il a été fermé en 2009 puis détruit pour bâtir un ensemble d’appartements et un parking). Ça m’a conduit à faire des recherches sur le sujet et j’ai trouvé les informations qu’a donné Flemming. C’était sur sa page MySpace et il disait : « Le bâtiment a été vendu et démoli, mais je suis toujours disponible pour des mixes, voici mes coordonnées. » Je l’ai donc contacté et dit : « Hey, je sais que tu ne me connais pas ou quoi mais je joue demain. Si tu n’as rien d’autre à faire, je souhaiterais t’inviter au concert. » Et pour faire court, ça nous as amené à débuter une amitié : lorsque je revenais en ville nous sortions ensemble, prenions quelques bières et parlions et nous nous disions : « Un jour nous travaillerons sur un projet ensemble, nous allons enregistrer quelque chose ensemble. » Et la fois suivante où je suis venu, il a dit : « Hey, on a parlé à un moment d’enregistrer quelque chose ensemble, est-ce que tu veux que je mette le studio en route ? » C’est donc ce que nous avons fait et nous avons enregistré l’EP acoustique. C’est à cette occasion que je lui ait donné toutes mes démos. A partir de là, nous avons planifié de revenir pour enregistrer The Power Of Three.

Master Of Puppets est sans doute mon album préféré de tous les temps. Il a aussi changé ma vie plus d’une fois. Ça aide d’avoir quelqu’un dont je sais qu’il a fait ces grands classiques. Parfois, ce que j’ai fait par le passé, c’est que tu enregistres quelque chose avec quelqu’un, et une bonne part c’est du tâtonnement, faire des suppositions : « Oh, essayons ça avec la guitare », ou : « Je vais essayer en plaçant le micro par-là, essayons cet ampli, faisons ça. » C’est beaucoup comme ça. Avec Flemming, tu sais ce que tu fais. Je n’ai même pas touché l’ampli. Les amplis sont là, je m’apprête à jouer et il arrive, tourne les boutons et paramètre les amplis exactement comme il faut. J’ai mis des marques dessus, me disant que c’est ainsi que l’ampli devra sonner pour toujours. J’ai même songé à utiliser de la super glue et en mettre sur les boutons pour qu’ils ne bougent plus jamais ! Mais avoir quelqu’un qui a réalisé des albums aussi incroyables était clairement un plus : il a travaillé avec Cat Stevens, avec Rainbow… La raison pour laquelle Metallica l’a embauché c’est parce qu’il a travaillé avec Rainbow, et puis il a aussi travaillé avec Morbid Angel. Mais la manière dont il enregistre est très… J’utilise le mot « symphonique ». Je crois qu’il a fait pas mal de classique, de symphonies et des trucs dans le genre, car il n’enregistre pas simplement l’ampli directement, il enregistre la pièce entière, et ensuite il a le son de la pièce pour travailler le tout. Il a essayé de m’expliquer ça mais je ne suis pas assez malin pour le suivre [rires]…

(A propos de Metallica) « Ils avaient de sales cheveux avant, je les aurais coupés aussi si mes cheveux ressemblaient à ça. »

Est-ce pourquoi cet album sonne si naturel, en fait, pas sur-produit ? On peut vraiment entendre tous les instruments et pas une batterie triggée ou des trucs du genre…

Ouais, il nous a poussé à enregistrer ensemble dans la même pièce, nous nous sommes donc enregistrés en simultané. Tout analogue, tout sur bandes, nous avons tout fait exactement comme il aurait fait Ride The Lightning ou Master Of Puppets, en utilisant qui plus est les même micros qui ont servi à enregistrer les guitares sur ces albums, le micro de chant que j’ai utilisé est le même avec lequel « Trapped Under Ice » a été enregistré… D’un côté ça te remonte à bloc pour être dans le studio. Ça m’a vraiment excité, et tu sais aussi que ça va rendre bien, tu sais que le matériel fonctionne. Et ça joue sur l’aspect psychologique, lorsqu’il s’agit de te mettre dedans. Je ne sais pas comment d’autres personnes auraient perçu ça, mais pour moi, le fait d’avoir travaillé directement avec lui, je vois bien ce qu’il a apporté à un groupe comme Metallica. Je suis un énorme fan d’à peu près tout ce qu’à fait Metallica, ils ne peuvent rien faire de mauvais, excepté l’album Load [rires], mais, hey, tu ne peux gagner à chaque fois… Et tu peux entendre la différence drastique entre les enregistrements qu’il a réalisé et ceux dans lesquels il n’a pas été impliqué. Chaque jour il faisait quelque chose pour nous motiver. Il nous a poussé à louer un appartement pour que nous vivions ensemble ; il allait nous chercher, il nous conduisait pour aller travailler ensemble, en écoutant sur le chemin les démos de ce que nous allions enregistrer, et c’était différent chaque matin. Un matin il pouvait dire : « arrêtons-nous et prenons un petit déjeuner », et ensuite il nous incitait à nous asseoir dans la salle de pause. Et je ne pouvais rien avaler, j’étais juste excité à l’idée d’enregistrer, mais il était là : « Non, assis-toi », il faisait du café et parlait de choses diverses et variées, simplement pour que nous communiquions entre nous. Nous étions dans cette pièce, entourée par les disques d’or et de platine de Master Of Puppets. La première fois que Ride The Lighting est passé disque d’or, cette récompense, ce disque d’or, était sur le mur. Tout ceci était vraiment inspirant. Il essayait simplement de nous mettre dans un certain état d’esprit chaque jour pour nous enregistrer.

Tu viens de mentionner l’album Load. Tu veux dire que tu préfères Lulu à Load ?

Je préfère Lulu à Load ! Je n’aime pas Load ou Reload. J’adore ces mecs, je ferais n’importe quoi pour eux, mais je n’aime pas cet album. Mais je les adore, des mecs super. Je ne serais pas là sans eux, mais non, Load est l’album que j’aime le moins de tous les temps. Désolé ! [Rires] Et ça n’a rien à voir avec leurs cheveux ! Je m’en fiche de quoi ressemble leurs cheveux. Ils avaient de sales cheveux avant, je les aurais coupés aussi si mes cheveux ressemblaient à ça. Mais, non, je ne suis pas fan de Load ou Reload. Je prends Lulu à la place sans problème.

Car beaucoup de personnes qui à l’époque n’ont pas aimé Load ont changé d’avis une dizaine d’année plus tard, trouvant finalement que cet album n’était pas si mal… Mais toi, tu n’as jamais changé d’avis ?

Non ! Je sais que je suis en train d’être trop cynique, donc il faut que je dise quelque chose de positif : « The Memory Remains » et « Fuel » sont correctes et le refrain de « Bleeding Me » est correct. « Until It Sleeps », le truc avec le jeu tordu ? Non, désolé ! La vidéo ? Non, non, non ! Je les adore, je ne peux pas exprimer à quel moins j’adore ces mecs, ils sont comme les grands frères que je n’ai jamais eu.

L’illustration de l’album par Cam Rackham dépeint un portrait de Charron. Qu’est-ce que ça représente ou symbolise pour toi ?

Eh bien, j’avais besoin d’une illustration pour l’album, et parfois tu n’accroche pas à une illustration tant que tu n’as pas entendu la musique, parce qu’elle a besoin de représenter ce que tu écoutes. Un ami à moi m’a parlé de Cam et j’ai vu ses illustrations et particulièrement ses peintures, et j’ai pensé : « Ça y est, c’est l’illustration pour cet album. » Ensuite, lorsqu’il m’en a parlé, je me suis rendu compte qu’il a fait quatre pièces basées sur la mythologie grecque. Je crois que ça se dit « Charron », je ne sais pas non plus exactement comment ça se prononce, mais c’est le batelier qui t’emmène dans l’au-delà lorsque tu meurs. Et je me suis dit : « Tu sais quoi ? Ca fait parfaitement sens car ça me représente en train de revenir à la musique heavy. » Mais au bout du compte, je trouvais simplement que c’était une superbe image et j’ai dit : « Hey, voilà. J’ai besoin d’une illustration pour l’album et ça, ça fonctionne. » Mais le fait qu’il y ait une histoire derrière qui colle, je trouve ça vraiment cool.

« Je trouve ça vraiment cool qu’aujourd’hui, les labels qui récupèrent la bonne musique sont les labels qui avaient tous les groupes de death metal au début des années 90. »

Pain, Love, & Destiny est sorti de manière indépendante et tu as justifié ce choix en disant que tu voulais avoir le contrôle total sur ta musique. Comment ça se fait, donc, que cette fois-ci l’album sorte chez Metal Blade ? Pourquoi ne pas avoir continué à être indépendant ?

J’avais prévu de sortir The Power Of Three par moi-même. En fait, je voulais sortir le troisième album sous la forme de trois EPs. L’EP que Flemming et moi avons fait était terminé en un jour, il s’appelait M.P.3 : The Power Of Three Part 1, et j’avais prévu d’avoir Part 1, Part 2 et Part 3. Part 2 allait être heavy et Part 3 allait être blues. J’ai eu des soucis du fait de l’appeler M.P.3 car c’est un format audio. Ça voulait dire « Monte Pittman 3 », mais beaucoup de gens ne voulaient pas l’appeler comme ça car le MP3 est une manière d’écouter la musique. Si j’avais à tout recommencer, j’aurais simplement appelé ça un single avec un titre d’une des chansons. Pour moi, maintenant, le fait de faire cet EP, M.P.3 : The Power Of Three Part 1, résume les trois premiers enregistrements : The Deepest Dark, Pain, Love & Destiny et l’EP ou single, peu importe ce que c’est, M.P.3. Après l’enregistrement de The Power Of Three, j’étais assis là avec Flemming et il passait en revue les sons, il était assis à la table de mixage, moi j’étais assis derrière lui en train de le regarder, et j’ai pensé : « Je ne peux pas sortir ça par moi-même. Il doit bien y avoir quelqu’un là dehors qui voudrait porter cet album. » Et c’est le destin qui veut ça, car un ou deux mois avant ça, Rachel Fine du Howard Stern Show a envoyé un tweet juste avant Noël qui disait : « Citez votre invité de Noël ultime » et elle a mentionné là-dedans Brian Slagel (ndlr : patron du label Metal Blade) et moi. J’avais quelquefois rencontré Brian par le passé, et récemment Chris Barnes (ndlr : chanteur de Six Feet Under), qui est un de mes potes, nous a présenté à nouveau. Brian et moi avons parlé de se retrouver et prendre un déjeuner, un dîner ou un café, donc après être revenu de l’enregistrement de l’album, je lui ai écrit : « Hey, retrouvons-nous ! » Nous nous sommes organisés, avons mangé ensemble et j’ai dit : « Hey, je veux que tu écoutes quelque chose que nous venons juste d’enregistrer avec Flemming. » Et ça l’intéressait de savoir sur quoi planchait Flemming Rasmussen, et j’ai dit : « Ecoute, je ne veux pas sortir ça moi-même », en me disant qu’il connaîtrait un nouveau label qui débute, que peut-être ça aiderait pour avoir un soutien, et en me disant aussi que ce n’était pas assez heavy pour Metal Blade. Lorsque je lui ait fait écouté, il me disait que le label ce n’était pas juste Cannibal Corpse, qu’ils ont aussi Ghost, et il me parlait de Uncle Acid & The Deadbeats, qui est devenu un de mes groupes préférés. Ensuite il a dit : « Hey mec, je prends ça ! » Et j’étais là : « Wow… Vraiment ? » Je ne m’attendais même pas à ça ! Nous avons donc immédiatement discuté de ma signature chez Metal Blade.

Un jour je me disais : « C’est super », et le jour suivant : « Non, je ne sais pas quoi faire avec ça », et encore le jour suivant : « Si je ne sais pas quoi faire, qu’est-ce que je suis en train de faire ici ? Je devrais laisser tomber, tout arrêter et point barre. » J’essayais de me convaincre et de me projeter. Est-ce que ça a un sens ? Et ensuite, le jour suivant, je pensais : « C’est la meilleure décision que je pourrais jamais faire dans ma vie. Ça tombe sous le sens. » Je ne sais pas si Brian Slagel et Flemming Rasmussen ont déjà travaillé sur un projet ensemble auparavant. Ils ont tous les deux beaucoup de responsabilité dans le fait d’avoir créé l’un de mes groupes préférés de tous les temps. Sans ces deux mecs, je ne serais pas en train de te parler là maintenant, je ne sais même pas si je serais en vie ! Pas que je cherche à être morbide avec toi [rires]. Mais ça faisait parfaitement sens, alors j’ai signé chez Metal Blade, et c’est là l’une des meilleures décisions que j’ai jamais prise dans ma vie. C’est une structure tellement formidable, c’est une maison de disque qui a plus de trente ans de succès, et c’est pas souvent que tu peux dire ça. Je trouve ça vraiment cool qu’aujourd’hui, les labels qui récupèrent la bonne musique sont les labels qui avaient tous les groupes de death metal au début des années 90. Regarde, tu as Metal Blade, Nuclear Blast, Century Media, Prosthetic, et [pendant ce temps] les autres labels sont en train de s’écrouler… Ça en dit vraiment long. J’ai entendu dire – je ne sais pas si c’est toujours le cas, je n’ai pas vraiment suivi – l’année dernière, que Warner Bros. avait annoncé qu’ils allaient utiliser Kickstarter pour trouver tous leurs nouveaux artistes. Pourquoi aurait-on besoin de ça si on a déjà ce qu’il faut ?

Penses-tu continuer sur cette lancée musicalement ?

Ouais, après avoir signé sur Metal Blade, je me suis dit : « D’accord, ok, jouons le jeu un peu. » [Rires] Je vais miser là-dessus. J’écris toujours dès que j’ai terminé : lorsque j’ai terminé The Power Of Three, j’ai vu où je devais aller après ça. Faire un album c’est comme j’imagine faire un film. En l’occurrence, dès que j’avais terminé Pain, Love & Destiny, masterisé l’album, trouvé l’illustration et il était en train de sortir, j’étais assis dehors et j’ai fait un feu ; j’adore m’asseoir à côté du feu avec une bouteille de vin et une guitare acoustique. J’étais assis là et quelque chose m’est venu : « Un cheval noir dont tu as cauchemardé durant des années… » J’étais là : « Génial, il faut que j’écrive ça ! » Et ensuite j’ai tweeté quelque chose – il faut que tu me suives sur Twitter, tape Monte Pittman – : « Je viens tout juste de commencer le prochain album » [rires]. Donc après avoir terminé The Power Of Three, j’ai commencé à écrire davantage, et je vais vraiment profiter de ça. Je veux dire que je ne peux pas arrêter ça ; le heavy sort tout seul. Et tu te fies à ce que les gens aiment, lorsque les gens me disent : « Oh, j’adore ‘All Is Fair In Love And War’ » ou « J’adore ‘Delusions Of Grandeur’ ». Je leur demande ce qu’ils aiment à leur sujet, et ils disent : « Oh mec, j’adore ce solo de guitare, j’adore ces parties rapides. » Dino Cazares (ndlr : guitariste de Fear Factory), un de mes bons amis, lorsque je lui parlait de ça, il me disait : « Tu as fait un album heavy ? Avec du jeu de guitare rapide ? » Et je lui répondais : « Ouais ! » Et ensuite il me demandait : « Est-ce qu’il y a de la double grosse caisse dans certaines chansons ? Il faut que tu mettes de la double grosse caisse là dedans ! » Et moi : « Mmh, OK… » Je suis retourné chez moi pour jeter une oreille sur mes démos et ait pensé : « Je pourrais programmer de la double grosse caisse ici… Oh, OK, j’aime ça ! » [Rires] Donc ouais, il y aura au moins deux albums heavy de plus, et on verra ou ça ira à partir de là, mais je veux toujours avoir quelque chose pour tout le monde. Et ensuite je retournerais faire du blues. J’ai le sentiment que je ferais ça quand je serais vieux [rires]. C’est ce que font les personnes âgées, n’est-ce pas ?

Interview réalisée le 25 février 2014 par Spaceman.
Retranscription : Chloé :
Fiches de questions, traduction et introduction : Spaceman.

Album The Power of Three, sorti le 22 janvier 2014 chez Metal Blade Records



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