ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Interview   

Monte Pittman, partie 2 : l’homme qui a mis Pantera dans les mains de Madonna


Peut-être que certains d’entre vous on déjà vu, sans doute incrédules, cette fameuse vidéo filmée à un concert de Madonna où la pop star interplanétaire se fendait d’un « A New Level » de Pantera, qu’elle jouait elle-même à la guitare. Un épisode qui ne fait que confirmer que la madone est tout sauf une artiste pop comme les autres et qu’elle reste une nana finalement très rock’n’roll. Derrière cette curiosité, un homme : Monte Pittman, son professeur de guitare, devenu par la suite son guitariste depuis plus d’une dizaine d’années.

Nous avions décortiqué avec lui son excellent nouvel album solo The Power Of Three dans une première partie d’entretien publiée il y a quelques jours que nous vous invitons vivement à aller lire par ici si ce n’est pas déjà fait. Aujourd’hui, dans la seconde et dernière partie, le guitariste nous parle de Madonna et explicite la relation musicale qu’il entretient avec elle, notamment comment un lointain conseil de Dimebag Darrell, de guitariste à guitariste, a fini par mettre un riff de Pantera dans les mains de la pop star. En fin d’interview, il est également question d’Adam Lambert, le participant qui a amené le hard rock et le metal à s’incruster dans l’émission de télé-crochet American Idol, et de Prong, le groupe de son ami Tommy Victor, dans lequel il a officié fut un temps.

Radio Metal : Tu es depuis plus de 10 ans le guitariste de Madonna. Comment devient-on le musicien d’une telle pop star ?

Monte Pittman (guitare/chant) : J’ai commencé en lui donnant des cours de guitare. Lorsque j’ai déménagé du Texas à Los Angeles, j’ai commencé à donner des cours de guitare. J’ai commencé à lui enseigner la guitare et un mois après mon premier cours avec elle, elle m’a demandé de jouer à l’émission de David Letterman. C’était un moment qui a changé ma vie, c’est le moins qu’on puisse dire. Peu après ça, elle a dit : « Je vais partir en tournée. » Elle n’avait pas fait de tournée en sept ans. Je me suis dit qu’elle allait prendre quelques cours de guitare et que ça serait tout. Mais ensuite elle me disait : « Hey, je vais partir en tournée, je veux que tu continues à m’apprendre la guitare », car elle adore jouer de la guitare, c’est comme une échappatoire pour elle. Maintenant, imagine tout ce qui se passe dans la tête de cette femme, toutes les choses dont elle doit s’occuper : la famille, le business, être une artiste, payer le jardinier [rires], tu sais, mais elle a dit : « Allez, viens en tournée avec moi et joue de la guitare pour moi. » Je n’avais jamais été en tournée avant ! Mais je voulais le faire, alors j’ai répondu : « oui, sans problème ! » Je connaissais déjà la plupart de ses chansons. Par exemple, l’album Music venait tout juste de sortir lorsque je l’ai rencontré pour la première fois, et heureusement pour moi, cet album contient un paquet de guitares acoustiques associé à l’électronique. Le français Mirwais a produit ces albums, il faut que je le remercie pour ça. Ca a facilité les cours, je pouvais lui dire : « Voici cette chanson, c’est cet accord et ensuite celui-ci et puis celui-là, et regarde, voici ta partition d’accords pour pouvoir jouer ça… » Alors j’ai commencé à lui apprendre ses propres chansons pour quelle puisse avoir quelque chose à jouer. L’une des plus grosses difficultés pour moi lorsque j’enseigne la guitare à un élève, c’est de trouver une chanson que nous connaissons tous les deux. Un étudiant peut apporter une chanson que tu ne connais pas, et ensuite il faut que tu l’apprennes et la déchiffre. J’enseigne à pas mal de gamins qui ont entre cinq et dix ans, donc je leur dit : « OK, je vais t’apprendre ‘Crazy Train’ », et ils sont là : « C’est quoi ça ‘Crazy Train’ ?! » [Rires] Je dis alors : « Eh bien, tu le sauras après ça. » C’était quelque chose de cool. Je jouais dans Prong à l’époque mais nous n’avions pas encore donné de concerts, il a donc fallu que je quitte Prong et ensuite ailles rejoindre Madonna. Les gens demandent : « Donc, c’était comment pour toi d’enseigner et commencer à jouer de la guitare avec Madonna ? » Et j’aime dire que… Mets-toi dans la peau de Madonna ! Elle a pris un petit gars du Texas qui n’a jamais fait de tournées avant en tant que guitariste ! C’est un sacré risque ! J’estime qu’elle a pris un énorme risque avec moi en me prenant avec elle. J’aurais pu péter un câble et dire : « Je ne fais pas cette tournée ! » Qui sait ce qui aurait pu se passer ? Je trouve qu’elle a pris un énorme risque en me prenant mais je suis heureux qu’elle l’ait fait. J’ai énormément appris, j’apprends toujours énormément de ces expériences.

« J’étais là : ‘Comment se fait-il qu’il n’y a personne ? Il n’y a que moi et elle dans la pièce, pourquoi personne n’est là pour voir ça ?!’ [Rires] Madonna et moi, en train de jouer du Pantera à la guitare ! »

D’ailleurs, il y a une vidéo de Madonna en train de jouer un riff de Pantera. Je suis certain que tu es responsable de ça !

Oui, j’en suis responsable. Ce qui s’est passé, c’est que nous nous préparions à faire la tournée Sticky And Sweet, et elle avait un nouveau directeur musical dénommé Kevin Antunes. Il voulait faire sa chanson « Hang Up » qui est en Ré mineur, et la manière dont il jouait les accords, pour l’exemple, sur son clavier – il a tellement de claviers et sur l’un d’eux il a un son de guitare électrique – ça impliquait de sous-accorder la guitare, je me suis donc dit : « C’est une très bonne manière de lui présenter l’accordage en drop de Ré. » Si elle n’accordait pas la guitare aussi basse, nous aurions dû nous trimbaler deux guitares partout pour ses leçons, pour seulement une chanson. Je lui ai donc montré l’accordage en drop de Ré et ai dit : « Tu sais quoi ? Il faut que nous travaillions sur ta main droite, solidifions cette main droite ! » Je lui ai raconté cette histoire à propos de lorsque je jammais avec Prong : Dimebag était venu à un concert à Dallas après les balances. Tommy Victor, Dimebag et moi traînions ensemble. Tommy m’a présenté à Dimebag, nous avions un paquet d’amis commun, et nous nous étions croisés une fois ou deux auparavant je crois. Donc Tommy était là : « Voici le nouveau gars », nous avons parlé de la setlist et ensuite Tommy est parti faire autre chose. Il n’y avait donc plus que moi et Dimebag à traîner et il a demandé : « Qu’est-ce que vous jouez les gars ? Est-ce que vous faites ‘Cut-Rate’ ? » et je lui ai dit que oui. Il a dit : « Oh mec, c’est l’un des riffs qui déchirent le plus de tous les temps. » Il disait que Tommy était l’un de ses guitaristes préférés et qu’il avait l’une des meilleures mains droite du business, juste en dessous de James Hetfield. Il a demandé : « Tu peux jouer cette partie dans le solo qui fait [il chante la partie] ? » Il connaissait la chanson, ça m’a stupéfait ! Je lui ai répondu : « Ouais, c’est la chose la plus difficile que je n’ai jamais eu à jouer car ça ne s’arrête pas… » Tommy joue le solo, donc sa main fait une pause en quelque sorte. Alors que ma main et moi on continue, donc Dimebag m’a dit : « Tu dois rester au-dessus de cette corde », et j’étais là : « Ouais, ouais, je sais… » Mais il n’arrêtait pas de le répéter. Des années plus tard, j’ai compris ce qu’il voulait dire lorsque je suis revenu jouer de la basse dans Prong, je me demandais : « Comment diable Raven faisait ça sur la basse ? Les cordes sont tellement plus grosses et pourtant il jouait cette partie ! » Alors cette voix m’est venue en tête : « Tu dois rester au-dessus de cette corde, reste au-dessus de cette corde ! » Tout d’un coup, j’ai compris ce que ça signifiait, et ça a changé mon jeu à jamais.

J’ai donc transmis ça à Madonna. Je lui ai raconté cette histoire, et j’ai dit : « Tu dois rester au-dessus de cette corde ! Ton médiator n’a pas besoin d’être loin de la corde ! Lorsque tu joues vite, ta main s’éloigne naturellement de la corde. Donc, vraiment, détends-toi et c’est plus, pour ainsi dire, comme si tu grattais quelque chose à la surface de la corde. » Le jour suivant, Madonna est revenue et a dit : « Regarde ça ! » [Il fait le riff] et j’étais là : « Wow ! » Je n’y croyais pas, elle s’était tellement améliorée ! Et elle a dit : « Ouais, tu dois rester au-dessus de cette corde, frangin ! » Dime m’a dit quelque chose et je l’ai transmis à Madonna et ça l’a aidé. Alors je me suis dit : « Maintenant, il faut que je lui apprenne un peu de Pantera. » Je lui ai montré le riff de « A New Level », accordé en drop de Ré, parce que ça serait facile pour elle de se souvenir comment ça évolue, comment la chanson monte de manière dramatique. Pour moi, Pantera n’était pas simplement ce groupe que j’aime : je suis du même coin, je connaissais donc Pantera dans les années 80, de mon cousin qui m’en parlait et autre. C’était un peu nos héros du quartier. C’est comme si ton équipe locale allait faire le Super Bowl ou gagnait la coupe du monde ! Et ensuite Madonna n’arrêtait pas de jouer ce riff. Et j’étais là : « Comment se fait-il qu’il n’y a personne ? Il n’y a que moi et elle dans la pièce, pourquoi personne n’est là pour voir ça ?! » [Rires] Madonna et moi, en train de jouer du Pantera à la guitare ! Nous étions donc en répétition en train de faire sa chanson « Hang Up », c’était là où nous en étions dans la setlist – nous faisons une chanson par jour et nous ne permutons pas les chansons, c’est comme « ok, voici la première chanson avec laquelle nous ouvrons, et ça restera la première chanson du set » – mais lorsque nous en sommes arrivés à « Hang Up », elle ne voulait pas arrêter de jouer ce riff. Alors le reste du groupe a commencé à taper le bœuf dessus, sans connaître Pantera et cette chanson. C’est pour ça que tu as leur propre interprétation de cette chanson, et c’est resté dans le set. Voilà comment s’est arrivé.

Excellent ! [Rires]

[Rires] Je sais que c’est une longue histoire, je divague, mais l’histoire n’a pas de sens à moins de raconter tous les détails. Je trouve que c’est une belle histoire pour les guitaristes, tout le truc sur le « reste au-dessus de la corde ». Tu vois beaucoup de guitaristes jouer rapidement, et ta main, ton médiator n’a absolument pas à s’éloigner de la corde.

« Ce n’est pas comme si elle se posait pour écouter Amon Amarth, mais tu peux lui faire écouter et il y aura quelque chose qu’elle appréciera dedans. »

Donnes-tu des cours à d’autres pop stars ?

Ca va et ça vient. Je vis et j’enseigne à L.A. depuis quatorze ans maintenant, donc ça fait un paquet de gens. Je n’ai personne en particulier qui me passe par la tête. J’ai vu tant de gens que du coup j’oublie plus que je ne me souviens. Certains d’entre eux sont devenus célèbres après que je leur ai donné des cours. Il y a une fille, Kathryn Morris, qui avait l’habitude de prendre des leçons avec moi, et des années après, elle s’est retrouvée dans la série télévisée Cold Case. Certaines personnes veulent simplement apprendre la guitare pour le plaisir, ou simplement pour avoir une compétence supplémentaire. Ce n’est pas qu’ils veulent être le meilleur guitariste du monde, pour beaucoup de gens que j’ai rencontré et beaucoup de mes étudiants, ils veulent juste être capable de jouer quelques accords, « Wish You Were Here » (ndlr : la chanson de Pink Floyd) ou quelque chose comme ça.

Je sais que Madonna est une personne très ouverte d’esprit…

Oh, ouais !

Est-ce qu’elle écoute du metal, en fait ? Est-ce qu’elle apprécie ça ?

Elle écoute un peu de tout. Quelquefois son iPod était posé et je le regardais en me demandant « qu’est-ce qu’il y a là-dedans ? » Elle écoute beaucoup de musique dance, car son programme d’entrainement physique est vraiment hardcore. Donc il y a forcément beaucoup de musique dance, mais elle aime plein de choses différentes. Ce n’est pas comme si elle se posait pour écouter Amon Amarth, mais, encore une fois, tu peux lui faire écouter et il y aura quelque chose qu’elle appréciera dedans. Elle aime toujours que je lui fasse découvrir de nouvelles choses. Si tu y réfléchis, Maverick (ndlr : la société de divertissement qu’elle a créé) a signé les Deftones. Beaucoup de gens la voit comme une pop star, et peut-être que je la vois un peu différemment parce que je lui ai donné des cours, que je suis son professeur et qu’elle est mon étudiante, mais particulièrement lorsqu’elle joue de la guitare, je vois cette fille qui a déménagé à New York vers la fin des années 70, début des années 80, avant qu’elle ne soit signée, avant qu’elle ne soit devenue Madonna, qui est allé au CBGB, qui était cette énorme fan de Patti Smith et des Sex Pistols… Elle aurait pu suivre ce chemin aussi. Lorsqu’elle a été révélée, Seymour Stein l’a signée, et je crois que c’est le type qui a signé – était-ce les Ramones ou bien les Sex Pistols ? – parmi les plus grands groupes, je ne sais plus exactement lesquels, il faudrait que je regarde. Mais ensuite toute l’époque MTV a commencé juste après. Donc ça a pas mal orienté les choses, mais elle aurait facilement pu devenir une nana punk-rock, si tant est que cette route se soit présentée à elle.

Est-ce que ton travail avec elle t’a changé ou influencé d’une manière ou d’une autre en tant que musicien ou artiste solo ?

Oh oui, car avant, je jouais pour m’amuser, je jouais pour le plaisir. Mais la manière dont elle regarde les choses… Par exemple, lorsque j’ai commencé à lui donner des cours, elle voulait tout savoir sur la manière de tenir un médiator, tout sur chaque rythme que je grattais. Et j’étais là : « Eh bien, simplement tient le médiator et joue ! Je ne fais que gratter, donc simplement fait ce rythme ! » Et elle était là : « C’est quoi ce rythme ? Combien de fois est-ce que le médiator descend avant de remonter ? » Il a donc fallu que je réapprenne et repense à ce que je faisais en jouant.

Est-ce que tu as subi des expériences négatives venant du monde du metal du fait que tu jouais avec une pop star ? Le monde du metal est parfois très conservateur…

Oh ouais. Et je comprends ça, j’aurais pu agir de la même manière si j’avais entendu que quelqu’un d’autre jouait avec elle. Mais il ne faut pas perdre de vue qu’elle n’est pas n’importe quelle pop star. Prends n’importe quelle autre pop star qui n’est pas Madonna, si son guitariste arrivait avec un album de heavy, elle serait là : « Pourquoi ? On s’en fout ! » Mais il faut bien comprendre qu’elle est très différente de n’importe quel autre artiste, et pas seulement des artistes pop. Il y a beaucoup d’autres personnes qui ne seraient même pas là sans elle. Il y a des fois où des gens demandaient : « Pourquoi joues-tu avec Madonna ? C’est naze ! » Ces mêmes personnes qui des années après étaient là : « Oh mec, c’est super, tu joues avec Madonna ! » L’histoire en quelque sorte change les choses. En 2003, elle a sorti l’album American Life, et je n’oublierais jamais le jour où son manager m’a montré la vidéo pour la chanson « American Life » : il y avait des acteurs jouant le rôle de George W. Bush et de Saddam Hussein en train de s’embrasser. Je me suis dit : « Oh la vache ! » Dès que c’était fini, il y avait George Bush qui apparaissait aux infos disant : « Nous allons envahir l’Irak. » Et il y a eu toute cette controverse… Si tu te positionnais contre la guerre, c’était fini. Toute l’histoire avec les Dixie Chicks, par exemple, a fait qu’elles ont été directement black-listées. Mais désormais, l’Histoire à en quelque sorte changé ça. A l’époque où j’ai entendu cet album, les gens s’en détournaient. C’était et je pense que c’est toujours probablement mon album préféré de Madonna, car il était différent. Tu avais la musique électronique, comme la batterie et les synthés, et un élément organique, les guitares acoustiques. C’était un mélange de deux choses que tu n’imaginerais pas forcément aller ensemble. Mais aujourd’hui, les gens se repenchent sur cet album et le trouvent cool. Je crois donc que l’Histoire change les choses, et les gens qui trouvent qu’une chose n’est pas cool lorsqu’elle débarque pour la première fois, finissent par regarder en arrière et peut-être l’aimer.

« En ce qui concerne Madonna, il n’y a aucune comparaison possible avec qui que ce soit, de la même manière que tu ne peux comparer quiconque à Hendrix. »

D’ailleurs, il semblerait qu’il y a eu pas mal de metalleux ou de hard rockers qui se sont retrouvés musiciens pour des pop stars, je pense en l’occurrence à Nuno Bettencourt d’Extreme qui joue avec Rihanna. Comment expliquer ça ? Sont-ils de meilleurs musiciens ?

Je pense que si tu regardes de manière globale, les musiciens metal sont généralement les meilleurs musiciens que tu puisses trouver. Dans la musique metal, il y a beaucoup de choses qui se passent, c’est bien plus amusant à jouer sur la guitare. Donc, en conséquence, je crois que tu deviens meilleur plus rapidement. Par exemple, je n’ai jamais été vraiment dans la funk car je n’avais pas l’impression qu’il s’y passait beaucoup de choses, c’était juste quelques notes que tu jouais par-dessus toute la chanson et pour moi c’est ennuyeux. Je préfère jouer « Angel Of Death » à la guitare. Pour moi, c’est très fun à jouer. Mais je suis certain que si tu joues de la funk, c’est mieux de le faire si tu es dans une boite de nuit. Regarde Nuno, c’est un guitariste et un musicien phénoménal. J’ai failli faire la même audition que lui, mais je faisais autre chose à l’époque. Rihanna recherchait un guitariste et je crois que Lady Gaga également, mais ça ne m’intéressait pas. L’unique raison pour Rihanna c’est que je connaissais beaucoup de personnes du staff de Madonna qui faisait [ces auditions], et certains étaient là : « Hey, tu devrais venir et faire cette audition », mais j’allais être occupé sur autre chose à l’époque. Et puis, ils me disaient plus tard : « Oh, mec, Nuno Bettencourt est là pour auditionner. » Et j’ai dit : « Pourquoi m’as-tu demandé de venir ? Pourquoi me choisiraient-ils s’ils ont lui ? » [Rires) Enfin bref, je pense que tu trouveras beaucoup de meilleurs musiciens dans le monde du metal, c’est bien plus musical. C’est la chose la plus proche que tu trouveras de la vieille musique classique.

Tu viens de mentionner Lady Gaga. Tout le monde la compare à Madonna. Quelle est ton opinion là-dessus ?

Il n’y a aucune comparaison possible. Tu sais, je ne sais pas dans tous ces trucs qu’elle fait quelle portion est authentique. Beaucoup de gens font des choses pour que l’on parle d’eux. Si tu fais référence au fait que « Born This Way » est la même musique que « Express Yourself », je ne sais pas. J’ai une opinion en tant que personne extérieure : je me dis que le fait d’avoir provoqué Madonna en disant « Ok, t’es finie, je suis la nouvelle reine » n’a pas très bien marché pour elle. J’ai rencontré Lady Gaga à plusieurs reprises et elle a été très agréable avec moi, je n’ai donc rien de mal à dire à son sujet. Elle est une excellente pianiste et joueuse de synthé, et elle sait écrire une chanson, tu sais. Mais en ce qui concerne Madonna, il n’y a aucune comparaison possible avec qui que ce soit, de la même manière que tu ne peux comparer quiconque à Hendrix. Il peut bien y avoir d’autres guitaristes extraordinaires, ils ne seraient pas là sans Jimi Hendrix. Il est celui qui a ouvert la voie. Madonna en est à 35 ans de carrière, dans ces eaux-là, et tu ne peux pas dire la même chose de beaucoup de gens.

Tu as aussi joué avec Adam Lambert, avant même qu’il ait participé à American Idol (ndt : La Nouvelle Star), et fait un album avec lui intitulé Beg For Mercy, mais pour certaines raisons ça a fait polémique…

OK. Je voulais commencer un groupe de rock, c’est pourquoi j’ai déménagé à Los Angeles : pour jouer de la musique professionnellement, ou peu importe ce que j’avais à faire. Mais au bout du compte, je voulais avoir mon propre groupe, et je faisais ces concerts où… Et c’était vraiment sympa, il y avait tous ces musiciens différents, ces groupes différents, et ensuite tu avais différents chanteurs qui chantaient sur chaque chanson, et tous ces chanteurs viennent de comédies musicales. Et je suppose que ça doit être une condition nécessaire, il faut être un chanteur phénoménal, car tous ces chanteurs sont incroyables. J’ai demandé à un ami : « Mec, je veux démarrer un groupe, qui est le meilleur chanteur que tu connaisses ? » Il a dit que c’était Adam. Nous avons donc fini par jouer ensemble. Nous avons commencé un groupe et il était à fond là-dedans à l’époque, mais c’était difficile de rassembler tout le monde. Je jouais la guitare et était celui qui calait les dates de concerts, écrivait les chansons, et prenait tout en charge. Adam était le chanteur et faisait partie de la pièce « Wicked ». Tommy Victor jouait la basse, et c’est d’ailleurs ce qui m’a amené à jouer de la basse dans Prong, il a dit : « Je veux jouer de la basse pour simplement me recentrer sur certaines choses et pour m’amuser. Qu’est-ce que tu dirais que je joue de la basse dans ton groupe et que tu joues de la basse dans le mien ? » J’ai donc dit : « Ouais, cool ! » Steve Sidelnyk jouait la batterie. Il était le batteur de Madonna à l’époque. Il a joué avec Massive Attack et toutes sortes de gens. C’était le groupe ; nous l’avons appelé The Citizen Vein. A l’époque, American Idol était à la TV et je disais à Adam : « Mec, tu devrais aller faire cette émission, tu gagnerais ! » A l’époque il se disait : « Non, je préférerais aller à un show du genre Rock Star sur CBS… » Mais ensuite, je suis parti en tournée avec Madonna et lorsque je suis revenu j’ai découvert qu’il allait faire American Idol. J’étais là : « Oh mec, c’est top ! » Il m’a dit : « Je dois quitter le groupe, je ne peux pas être dans un groupe », et j’ai dit : « Tu as toute ma bénédiction. Vas-y et botte les culs de tout le monde, alors. »

Nous avons travaillé ensemble en tant que compositeurs, comme un boulot. C’était mon job : je travaillais pour cette société et j’écrivais des chansons, parfois simplement en assemblant des accords ou peu importe. Et ensuite cette musique était envoyée sur un serveur et tous ces chanteurs choisissaient quelque chose pour chanter dessus. J’ai amené Adam parce qu’il avait besoin d’expérience pour chanter en studio et parce qu’il n’avait jamais joué dans un groupe avant, il n’avait jamais chanté en studio, il n’avait jamais chanté sur ses propres pistes. C’est un chanteur incroyable et il avait fait beaucoup de trucs du genre comédie musicale. Donc, après avoir été à American Idol, il avait prévu de monter son propre groupe. Il m’a auditionné et je suis devenu son guitariste, et je disais pour plaisanter : « Adam était mon chanteur et maintenant je suis son guitariste » [rires]. Il a fait une tournée après American Idol et j’en étais le directeur musical, et c’était fini. C’était la fin de tout, et beaucoup de choses a changé pour tout le monde. Il est très rapidement devenu très célèbre, et c’était fini. Malheureusement, tout ça est pour ainsi dire une histoire triste, mais les gars avec qui nous avons travaillé ont publié les chansons que nous avions écrit ensemble. C’est ce que l’on appelle le « music business », tu sais, il est certain qu’ils ne font pas ça pour se faire des amis, pas que c’est ce qu’ils devraient faire… Mais c’est à l’époque où je sortais Pain, Love & Destiny qu’ils ont sorti les chansons que nous avions faites ensemble, en appelant ça un album d’Adam Lambert. Ca, évidemment, ça l’a mis hors de lui, et ça m’a moi-même aussi mis hors de moi. Mais à l’époque, il n’y avait pas beaucoup d’information sur le sujet, donc tout le monde était conduit à croire que c’est moi qui publiait ça. Je n’aurais jamais fait ça. Il n’y avait personne pour dire : « Hey, non non, Monte n’a fait que jouer dessus et le composer. » J’ai donc parlé ouvertement pour dire : « Hey, écoutez tout le monde, ces gens peuvent publier cette musique. Et regardez ! Vous avez de la musique en extra à écouter. Si vous ne l’aimez pas, ne l’écoutez pas ! C’est du bonus, c’est nous, voilà, profitez. » Et ça non plus, ça n’a pas été bien pris. Ce fut malheureusement la dernière fois que nous nous sommes parlés.

« [Tommy Victor] est la personne la plus proche que j’ai jamais eu d’un frère. »

Et comment se fait-il que tu as quitté Prong et n’a pas continué avec eux ?

J’ai quitté Prong parce que Tommy avait besoin de quelqu’un qui est là à temps plein, et c’est le groupe de Tommy. Je ne suis pas vraiment parti. Nous n’avons même pas beaucoup tourné pendant le cycle de tournée de Power Of The Damager car Tommy est retourné dans Ministry, et ensuite il avait aussi Danzing. Lorsque est arrivé le moment de faire l’album de Prong Carved In Stone, Tommy et Tony [Campos] boeuffaient ensemble car ils étaient tous les deux dans Ministry, et ensuite il n’y a jamais eu d’occasion pour moi de revenir. En fait, ce qui est amusant, c’est que ces situations se recoupent en quelque sorte, car les chansons qui sont sorties sous le nom Beg For Mercy, [l’une d’entre elles] avait été écrit comme une chanson de Prong, et Prong avait prévu d’intégrer ça sur l’album Carved In Stone. Mais pusique Adam l’a chanté, ça a été publié avec le reste des chansons et j’ai dû appeler Tommy pour dire : « Mec, on dirait que cet album va sortir… » et donc du coup ils ne pouvaient plus la jouer. Je ne sais pas s’ils auraient voulu la jouer… Car tout ça a malheureusement été entouré de beaucoup de drame. Tout ça pour dire que la situation n’était pas propice à ce que je revienne.

Tommy et moi sommes toujours très proches, très à l’aise ensemble et il a un nouvel album qu’il termine là maintenant. Nous avons discuté du fait de nous retrouver et de composer, mais nous avons été tellement occupé à faire nos propres trucs que nous n’en avons pas eu l’occasion. Je suis toujours là pour aider Prong de n’importe quelle manière qu’il me sera possible, que ce soit en jouant de la guitare ou de la basse, ou simplement en prenant mon appareil photo et en prenant des photos du groupe… Peu importe ce que je peux faire pour que ce groupe soit là dehors à faire de la musique. Je changerais les cordes de guitare de Tommy, peu importe ce qu’il faut faire, du moment que ça aide. Et je lui ai dit : « Nous devrions nous retrouver et faire des concerts, avec moi en ouverture, faire des concerts avec Prong et Monte Pittman à l’affiche, » mais Prong va sans doute lui-même ouvrir pour d’autres groupes. Tu ne sais jamais ce qu’il pourra se passer, mais Tom est la personne la plus proche que j’ai jamais eu d’un frère, un de mes guitaristes préféré, et un de mes meilleurs amis. Mais on dirait qu’il avait la tête dans son nouvel album, qui s’appelle Ruining Lives, et ils arrivent par ici en avril ou à la fin mars. J’aime vraiment le line-up qu’il a aujourd’hui, et le sang neuf a toujours été ce qui a permis à Prong de continuer à avancer. Même lorsque tu regardes au début, pour Beg To Differ, tu avais Tommy, Ted (Parsons) et Mike Kirkland, ensuite Prove You Wrong avait Troy Gregory à la basse et il avait un son différent. Après celui-là, ils ont fait Cleansing avec Paul Raven à la basse et John Bechdel aux claviers. Cleansing est l’un de mes albums favoris. Ensuite, après ça, tu avais Rude Awakening, mais Prong a été largué par Sony à peu près une semaine après sa sortie car il n’avait vendu que 10 000 unités. Je suis certain que ça a été difficile à encaisser. Ensuite il a fait des trucs avec Danzig, il a jammé avec Rob Zombie, et ça l’a en quelque sorte mené à remonter Prong, lorsque je l’ai rencontré.

Interview réalisée le 25 février 2014 par Spaceman.
Retranscription : Chloé
Fiches de questions, traduction et introduction : Spaceman.

Album The Power of Three, sorti le 22 janvier 2014 chez Metal Blade Records



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Alice Cooper @ Paris
    Slider
  • 1/3