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Interview   

Monte Pittman remet l’envers à l’endroit


Monte Pittman 2016Il y a deux ans on flashait sur cet illustre inconnu du nom de Monte Pittman et son album The Power Of Three, avec son orgie de riffs et bonnes idées. « Illustre inconnu » ? Pas tant que ça quand on sait que le guitariste a fait un passage chez Prong et qu’il est depuis quinze ans le guitariste de Madonna. On ne va pas vous refaire sa biographie, et on vous renvoie à notre dernière interview – où il explique notamment comment Madonna s’est retrouvée à jouer du Pantera lors d’une de ses concerts – pour faire du rattrapage sur le bonhomme (la partie 1 et la partie 2).

Toujours est-il que le successeur de The Power Of Three était attendu de pied ferme, et le voilà aujourd’hui dans les bacs, intitulé Inverted Grasp Of Balance. Un album qui s’inscrit dans la continuité, à savoir heavy et gorgé de guitares affûtées, inspiré autant du death metal que du rock ou du grunge, mais avec cette fois-ci deux poids lourds à la batterie et à la basse, respectivement, Richard Christy (Charred Walls Of The Damned, ex-Death, ex-Iced Earth) et Billy Sheehan (Mr. Big, The Winery Dogs).

Nous décortiquons donc avec lui, dans l’entretien qui suit, ce quatrième opus, mais en profitons également pour revenir sur cet épisode émouvant lorsque lui et Madonna se sont retrouvés le 10 décembre 2015 à organiser un mini-concert surprise sur la Place de la République à Paris, en hommage aux victimes de l’attaque du Bataclan.

Monte Pittman 2016

« Lorsque les gens demandent ‘parle-moi de ton nouvel album,’ mon argument de vente pour l’album est devenu : ‘C’est rapide et heavy et il y a des nichons sur la pochette.’ Et ils disent : ‘D’accord, est-ce que je peux en acheter trois ?’ [Rires] »

Radio Metal : Tu es souvent en tournée avec Madonna. Du coup, comment trouves-tu le temps et la possibilité de composer de la nouvelle musique pour ton projet solo ? N’est-ce pas compliqué parfois ?

Monte Pittman (chant & guitare) : Je suis tout le temps en train d’écrire ! Si j’ai le temps de m’asseoir et de jouer, alors j’enregistre… Bon, j’avais pour habitude de m’enregistrer via mémo vocal mais ensuite j’ai commencé à inverser la caméra sur mon téléphone et me filmer. Donc si tu joues quelque chose, tu vois par exemple où tes mains sont sur le manche ou ce genre de choses. Car parfois, je fais un solo et je suis là : « Attends, comment j’ai joué ça ? » Donc maintenant, je sais exactement comment je l’ai fait. Donc je suis toujours en train de composer et essayer de trouver de nouvelles idées de chanson et ce prochain truc qui, j’espère, vous scotchera !

Tu as dit que tu avais « une vraie vision pour cet album dès le départ. » Quelle était cette vision ?

Je voulais faire l’album le plus heavy que je pouvais faire. Je voulais me pousser bien au-delà de mes limites avec mon jeu de guitare, et simplement embarquer sur cette prochaine évolution dans ma carrière. Ceci est mon quatrième album, j’ai commencé avec un album acoustique parce que je pouvais aller recréer ça n’importe où, et ensuite j’ai commencé à ajouter des trucs électriques, faire des solos de guitare sur les chansons acoustiques, donc mon second album est un peu un genre d’hybride. J’ai fait mon troisième album avec Flemming Rasmussen, et c’est The Power Of Three. Je l’ai fait et je l’ai joué à Brian Slagel et il m’a signé sur Metal Blade. Donc maintenant, c’est la première fois que j’avais un label et tout le monde à bord dès le premier jour de la conception de l’album, ce qui m’a offert une bonne supervision derrière l’album cette fois.

Tu as en fait commencé cet album presque immédiatement après The Power Of Three…

Ouais, lorsque j’ai fini un album et que je n’ai plus à y penser, alors je vois où ça devrait aller après. C’est un peu de là que tous les trucs sur Inverted Grasp Of Balance proviennent. Ou si tu joues les chansons en concert, tu te dis : « Oh mec, j’aurais aimé avoir une chanson avec plus… » Tu sais, une chose qui a favorisé ceci était que Dino Cazares de Fear Factory venait à mes concerts et il a dit : « Mec, il te faut des trucs avec de la double grosse caisse ! » Et j’étais là : « D’accord, lorsque Dino te donne un conseil, tu le prends ! » [Petits rires]. Donc j’ai commencé à faire de choses comme ça et à composer des trucs avec plein de double grosse caisse.

Est-ce que tu as cherché à faire de cet album une sorte de suite à The Power Of Three ? Car je sais que tu t’es vraiment épanoui sur cet album.

Ouais, je veux dire que c’est un album indépendant mais tu pourrais dire que c’est une suite. A chaque fois, tu apprends de ce que tu as fait avant. C’est une suite et une évolution. Avec un peu de chance, chaque album que je fais sera à chaque fois meilleur, c’est le but. Je ne veux pas sortir quelque chose qui ne soit pas aussi bon que l’album d’avant, ça n’aurait aucun sens. Une chose que Brian Slagel m’a dite, c’est : « Donne-moi l’album quand tu penses qu’il est parfait car je ne veux pas l’entendre tant que tu ne penses pas qu’il est parfait. » Donc c’était cool. Je n’ai pas forcément prévu que ça se passe comme ça mais lorsque tu écoutes les albums dans l’ordre, car je les mets tous dans une playlist, disons que tu écoutes Inverted Grasp Of Balance et après tu mets The Power Of Three et encore après tu mets Pain, Love & Destiny, la façon dont la dernière chanson de l’un se termine et ensuite la première chanson de l’album d’avant commence, la façon dont ils s’enchaînent, je trouvais que ça formait un voyage, naturellement. Donc Inverted Grasp Of Balance, la dernière chanson s’appelle « New Blood Keeps Us Alive » et sur une enceinte il y a la pluie, et sur l’autre enceinte il y a le feu. Donc j’aimais ces genres d’oppositions entre le feu et la pluie, mais ensuite, à la fin de l’album, la façon dont le feu et la pluie disparaissent en fondu et ensuite tu arrives à la première chanson de The Power Of Three, c’est intéressant les similarités sonores entre le feu et la pluie et puis le son de tourne disque au début de « A Dark Horse ». Donc d’une certaine façon, on pourrait les voir comme ça, à l’envers, ce qui, je suppose, colle bien au titre Inverted Grasp Of Balance [petits rires]. Ces choses ont toujours tendance à se faire d’elles-mêmes, je ne suis qu’un catalyseur !

Puisque la conception de cet album était un processus continu, comment a-t-il évolué au cours de ces deux années ?

Une grande part est restée identique ! Il y a des choses que j’ai changées… Il y a toujours quelque chose que tu changes lorsque tu es en studio en train de le concevoir, mais tu veux être sûr de ce que tu es en train d’enregistrer et concevoir, tu ne veux pas vraiment faire des suppositions. J’ai fait les démos et ensuite j’ai voulu simplement un peu l’oublier, pour ensuite y revenir avec des oreilles neuves et voir ce que j’aimais et n’aimais pas. Et ensuite, après ça, c’est là que Jay Ruston s’y est mis et a commencé à travailler avec moi sur les démos, et travailler avec moi sur les mélodies, les différentes parties et les arrangements. Par exemple, si j’avais une chanson, disons que dans mon couplet je fais une mélodie pour le premier vers, puis une mélodie pour le second vers, il m’aidait à faire évoluer ces mélodies et rendre les mélodies que je chante plus intéressantes. Et ensuite, il y avait quelques parties où c’était : « Tu sais, tu devrais mettre des harmonies ici. » Et une fois que j’ai mis les harmonies là, je disais : « Ça change un peu ce que je devrais faire. » Et ensuite, tu changes l’accord ou la façon dont tu l’abordes. La chanson « Double Edged Sword » était une chanson à laquelle il a beaucoup apporté, il avait plein de super idées sur celle-là !

The Power Of Three a été produit par Flemming Rasmussen mais cette fois, donc, tu as choisi de travailler avec Jay Ruston qui est connu pour ses productions plus modernes. Est-ce qu’il y a une raison particulière à ça ?

Je ne pouvais pas retourner à Copenhague, je n’avais pas les moyens ou le temps de le faire. Et Jay est ici à Los Angeles et je le vois tout le temps, c’est un bon ami à moi. Et donc c’est ainsi que ça s’est fait. C’est un peu comme ça que tout s’est dessiné. Je veux dire que ce n’est pas la fin, tu sais. Je veux retravailler avec tous ces gars, je n’ai pas prévu d’arrêter de sitôt !

Comment comparerais-tu ces deux producteurs, Flemming Rasmussen et Jay Ruston ?

Les deux sont incroyables. J’ai beaucoup de chance d’avoir travaillé avec les deux. Avec Jay, nous avons pu beaucoup travailler sur le processus de démo. Avec Flemming, j’ai apporté mes démos. Car j’ai pris l’avion pour Copenhague pour enregistrer avec lui, et nous avons enregistré live dans une pièce et il a vraiment poussé le groupe, s’assurant que nous livrions nos meilleurs prestations en jouant ensemble. Avec Jay, nous avons vraiment prêté attention aux détails, aux mélodies, à certaines structures de chansons et parties, au son et comment tout s’emboitait. Et il trouvait des effets. Comme au début de « Pride Comes Before The Fall », lorsque Billy [Sheehan] commence à jouer sa partie de basse, avec le filtre sur la basse qui arrive, c’est lui qui l’a rajouté, ce genre de choses. Flemming a fait le son de The Power Of Three, il a placé les micros sur les amplis, il a plus ou moins paramétré le son des amplis. Pour Inverted Grasp Of Balance, c’est moi qui ai fait ça et je l’ai donné à Jay. Et une chose que Jay m’a dite, c’est : « Ecoute, tu sais ce que tu fais pour ce qui est d’obtenir un son de guitare, et personne ne le saura mieux que toi. Alors donne-moi le son que tu veux et ensuite laisse-moi travailler à partir de ça. »

Monte Pittman 2016

« J’étais assis dans mon jardin devant ma maison, en train d’admirer les étoiles et les constellations, et j’ai pensé : ‘Et si tu mettais ces motifs sur un manche de guitare ?’ Voilà comment j’ai pris certaines constellations [petits rires] et les ai utilisées comme si c’était ta tablature pour jouer. »

Tu as dit que tu avais « prévu que ce soit thrash à fond » mais « de belles parties plaintives s’y sont immiscées. » En plus, l’album comporte une chanson presque pop rock comme « Skeleton Key » qui est simple et courte, ainsi que des parties brutales comme dans « Guilty Pleasure » et des structures plus complexes de chanson comme « Be Very Afraid ». Est-ce important pour toi de ne pas faire un album qui soit unidimensionnel ?

C’est simplement ce qui est ressorti dans ces chansons. Je suppose que c’est important d’offrir un peu de repos aux oreilles. C’est comme s’il y avait quelqu’un qui parlait tout le temps d’une voix monocorde, tes oreilles s’y habitueraient, si ça a du sens. Mais ouais, ce genre de parties se sont immiscées là-dedans. « Skelteon Key » convient à l’album en raison des paroles, car je sais que c’est plus ou moins une chanson de rock, et je pense que « The Times Are Changing » est également plus ou moins une chanson de rock. Donc elles t’offrent un peu de respiration. Et qui sait ? Il pourrait y avoir quelqu’un qui n’est pas très porté sur les trucs heavy, donc je veux aussi avoir quelque chose pour lui.

Tu as en fait dit que tu voulais « faire la musique la plus heavy et folle que [tu aies] jamais faite. » Qu’est-ce qui t’as poussé dans cette direction ?

Je voulais juste faire quelque chose auquel les gens ne s’attendraient pas vraiment de ma part, jusqu’à la pochette de l’album. Lorsque les gens voient la pochette, ils sont là : « Wow ! Il a trois femmes nues sur la pochette ! » [Rires]. J’aime vraiment la musique heavy ; Et je pense que j’ai aussi été très influencé par tous les groupes de Metal Blade après avoir signé sur le label, car je me suis plongé dans tout ça. Je voulais m’instruire sur tout. Je veux dire qu’il y a aussi plein de groupes dont je suis un énorme fan. Et il y avait plein de trucs sympas qui sont sortis au même moment où mon album est sorti, comme le dernier album de Behemoth, le dernier album de Whitechapel, le dernier Amon Amarth… Donc ouais, the Satanist, Deceiver Of The Gods, « The Saw Is The Law » (une chanson du dernier album de Whitechapel, Our Endless War, NDLR), tout ça est sorti à la même époque. J’ai donc écouté tous ces trucs. Surtout Behemoth, j’ai écouté cet album tous les jours ! Donc, avec le recul, il y a pour ainsi dire pas mal de similarités avec ça [petits rires]. Et aussi Uncle Acid & The Deadbeats, Ghost… Tellement de super musiques ! Et je me suis senti vraiment honoré et chanceux de partager le même label avec tous ces gens. Je suis certain que ça doit être une énorme influence, mais je ne pense pas vraiment en ces termes. C’est juste que tu écoutes un paquet de trucs et ensuite ça ressort dans ce que tu composes.

Tu viens de dire que tu « voulais faire quelque chose auquel les gens ne s’attendraient pas vraiment de » ta part. A ton avis, à quoi les gens s’attendent de ta part ?

Eh bien, tu sais, j’imagine que c’est une bonne question ! [Réfléchit] C’est une assez bonne question parce que je ne sais pas à quoi les gens s’attendent mais je ne pensais pas qu’ils s’attendraient à avoir des chansons qui sont presque death metal mais avec du chant, mais ensuite, j’ai un break où ça devient très calme et ensuite ça devient très intense vers la fin. Je voulais que cet album attire votre attention, et j’avais le sentiment que si j’avais juste fait un autre album, avec des chansons de rock sympas ou quelque chose comme ça, ça aurait été super mais je voulais que les gens se disent « wow ! » Tu vois, lorsque Pantera est arrivé avec Far Beyond Driven et sur l’une des cassettes vidéos – je crois que c’était sur Vulgar Video –,  Phil parle au public et il leur dit que lorsqu’ils vont entendre Far Beyond Driven, ils penseront « bordel mais qu’est-ce qui ne va pas chez eux ? » C’est un peu ce que j’ai ressenti ! Je voulais que les gens l’entendent et disent « wow ! Qu’est-ce qu’il se passe là-dedans ? »

Tu as mentionné Behemoth, est-ce de là que provient la partie brutale à la fin de « Arising In Broad Daylight » qui s’enchaîne plus ou moins sur l’intro de « Guilty Pleasure » qui est elle-même très brutale ?

Ouais, il se peut que j’aie écouté un peu de Behemoth pour ça… Et Cannibal Corpse fait ça, Morbid Angel fait ça, nombre de mes groupes préférés dans ce style font ça. Pour « Guilty Pleasure », je voulais… Peut-être qu’il y a quelqu’un qui a fait ça et dont je n’ai pas connaissance mais j’ai toujours pensé que ce serait cool d’entendre une chanson très rapide, avec des blast beats, mais avec du chant. Je veux dire que si je pouvais avoir une voix comme Chris Barnes ou quelqu’un dans le genre, je le ferais mais voilà les capacités qu’on m’a donné, donc… [Petits rires] « Arising In Broad Daylight » allait être plus longue, en fait, et plein de parties dans la chanson « Obliterated » allaient également être plus longues… J’allais faire d’ « Arising In Broad Daylight » une sorte de chanson épique mais ensuite, je me suis dit que ce serait trop long et que ce serait cool de faire une chanson où il y a… Dans la structure de composition d’ « Arising In Broad Daylight », il y a trois refrains, et lorsque tu regardes les structures, il y a habituellement un couplet, un pré-refrain, un refrain et ensuite ce que j’appelle un post-refrain qui résume plus ou moins le refrain, et ensuite tout repart du début. Et lorsqu’on décortique les choses, la plupart des chansons font ça, pas seulement les trucs de pop. Mais je voulais faire en sorte que le refrain soit décliné en trois refrains, trois parties, où ça évolue continuellement, où c’est presque une chanson en soi. Et ensuite, j’avais cette fin et j’ai pensé : « Wow, ça serait cool que la fin d’ ‘Arising In Broad Daylight’ s’enchaîne directement sur ‘Guilty Pleasure’. »

Penses-tu que tu pourrais aller plus loin dans le death metal ?

Peut-être ! Ca dépend ! Tout dépend de ce que j’écris. Je veux dire qu’on ne sait jamais… Il pourrait se passer deux ans avant que je fasse un autre album. Pour l’instant, je sors cet album, mais il y a une chose dans mon processus de réflexion… Car, comme je l’ai dit, lorsque je finis un album, lorsque j’obtiens le master final, je livre l’album, j’ai tout terminé, ensuite je vois où l’ensemble peut aller et je commence à regarder : « Ok, maintenant, si j’ai ces chansons dans ma setlist et que j’ai les autres chansons dans ma setlist, quelle est la prochaine chose dont je vais avoir besoin dans ma setlist ? » Si on devait les comparer – et pas que je me permettrais de comparer quoi que ce soit à ces classiques -, si cet album était Reign In Blood, alors peut-être que j’aurais envie de faire un South Of Heaven pour le prochain, donc peut-être faire des genres de trucs lents. Mais on ne sait jamais ! Encore une fois, j’aime écrire des choses, avoir une idée et ensuite l’oublier, et puis y revenir et voir où ça va à partir de là.

Monte Pittman - Inverted Grasp Of Balance

« Ces paroles signifient énormément pour moi et je les ai écrites il y a un an ou quelques années, et je ne savais pas que c’était presque comme si j’étais en train d’écrire des messages pour moi-même dans le futur. »

Tu as déclaré que tu as incorporé « des gammes étranges et des accords différents dans une grande partie » de l’album. Etant professeur de guitare, es-tu plus enclin à analyser la musique, et au bout du compte ta propre musique ?

Ouais, comme pour « Obliterated », la chanson démarre avec des harmoniques. Sur la guitare, si tu es sur la grosse corde, elle est accordée en Mi, et si tu joues l’harmonique sur la douzième frette, c’est un Mi, et si tu joues l’harmonique sur la cinquième frette, c’est aussi un Mi, mais le Mi de la cinquième frette est à une fréquence différente, c’est une octave plus haut. C’est la même note, bien sûr, mais c’est à une fréquence différente. Mais il y a trois endroits sur le manche où tu peux jouer une harmonique et ça ressort à exactement la même fréquence, et c’est sur la seconde frette, la quatorzième frette et juste devant le micro aigu. Donc je faisais ça en tant que petit exercice que je trouvais sympa : « Wow, c’est dingue, ma main bouge mais la même note sort à la même fréquence. » Et c’est ainsi que c’est devenu l’intro d’ « Obliterated ». Donc ça, c’était une chose, et puis pour le premier couplet, j’étais assis dans mon jardin devant ma maison, en train d’admirer les étoiles et les constellations, et j’ai pensé : « Et si tu mettais ces motifs sur un manche de guitare ? » Voilà comment j’ai pris certaines constellations [petits rires] et les ai utilisées comme si c’était ta tablature pour jouer, et voilà ce qui en est ressorti. Et j’ai trouvé que ça sonnait bien ! Sur l’album précédent, The Power Of Three, sur la chanson « Missing », tout vient de la gamme énigmatique. J’étais juste en train de m’amuser avec cette gamme et je me disais : « C’est étrange ! Comment vais-je utiliser ça ? » J’aime aller chercher des gammes avec lesquelles je n’ai peut-être pas beaucoup joué ou sur lesquelles je ne me suis pas vraiment mis à niveau, et les incorporer, ou leurs notes. Il y a une chose que j’ai faite sur « Cadabra » qui vient de l’accord magique, qui est une expérience où tu prends deux pianos et tu les places sur des côtés opposés de la pièce et tu joues des notes séparés d’une moitié de ton, et si tu te tiens pile au milieu, entre les deux, ça créé un effet de stéréo, car une oreille entend une note et l’autre oreille une autre note, et lorsque tu bouges, ça va et ça vient. Donc j’ai pris ces notes et j’ai fait des inversions de tous les accords et voilà comment ceci est venu [petits rires]. Il se peut que j’aie besoin d’être aidé [rires]. J’ai peut-être besoin d’une thérapie…

Ta musique, son moteur, c’est vraiment le riff. Du coup, est-ce ce à quoi la musique metal se résume pour toi : les riffs ?

Ouais, et tu sais, je suis un guitariste, donc c’est ainsi que j’écris et c’est ainsi que je joue. Et parfois, tu assembles uniquement des accords, et tu équilibres un peu les choses. Parfois ça créera la surprise lorsque tu fais un riff heavy et ensuite tu tiens simplement un accord, et tu lui donne cet espace et ça ouvre vraiment la chanson, mais lorsque c’est toi qui joue, tu ne le vois pas vraiment comme ça. Il y a un dicton : tu es trop près de la forêt pour voir les arbres, c’est un peu comme ça. Car lorsque tu joues, tu essaies de rester occupé, et tu ne penses pas « ok, je vais simplement tenir cet accord » mais pour un auditeur, parfois, tu tiens cet accord… C’est comme plein de chansons que tu entends à la radio normale, ce n’est pas très chargé, il y a plein de notes longues, plein d’accords, plein d’espace. Plein de groupes qui jouent dans des stades, jouent comme ça. Tu ne vois pas beaucoup de groupes rapides qui jouent vraiment dans des stades, car pendant le temps qu’il faut pour que le son voyage jusqu’au fond, tout commence à se marcher dessus. C’est pourquoi des groupes comme Kiss et AC/DC ont eu tant de succès, car ils avaient énormément d’espace dans leur musique.

Les chansons paraissent plus concises que sur The Power Of Three. Etait-ce délibéré ?

J’essaie toujours de m’améliorer, donc avec un peu de chance, la composition était mieux… Tu sais, je crois que c’est la première fois que j’ai fait un album où toutes les chansons ont démarré le processus de conception de cet album. Sur le dernier album, « A Dark Horse » et « Delusions Of Grandeur », j’avais ces riffs depuis des années mais ça partait un peu dans tous les sens, et puis un jour ils se sont tous emboités les uns dans les autres ; Et « Before The Mourning Sun », j’avais une autre chanson complètement différente qui s’appelait comme ça, et puis je l’ai refaite et elle n’a pas cessé d’évoluer.

Tu as travaillé avec deux musiciens monstrueux sur cet album : le batteur Richard Christy et le bassiste Billy Sheehan. Comment se sont-ils retrouvés impliqués dans cet album ?

Rcihard et moi avons le même manager et il est sur Metal Blade. Et pareil, je connais Billy par le biais de l’équipe Metal Blade. Et j’allais peut-être avoir quelques autres invités aussi, mais les emplois du temps n’ont pas marché.

Qui étaient ces autres invités que tu voulais ?

[Rires] Je ne pense pas que ce soit juste de les nommer, car ils n’ont pas pu le faire, mais ça aurait été tout aussi génial. Mais nous nous en sommes restés à : « Hey, je vais faire un autre album, peut-être que tu pourras jouer sur le prochain ! » Et peut-être que c’est comme ça que ça va se passer. Peut-être que j’aurais différentes personnes tout le temps. Un peu comme Steve Vai le ferait ; Steve Vai a toujours différents batteurs, différents bassistes, mais il utilise les mêmes personnes à des moments différents. Genre, le premier batteur joue sur cet album et puis le second batteur joue sur le prochain album mais ensuite ça revient et le premier batteur joue cet album… Peut-être que ça finira comme ça, je ne sais pas.

Comment se fait-il que tu n’aies pas continué avec Kane et Max qui a fait The Power Of Three avec toi ?

Eh bien, j’ai fait une grande part de cet album sur la route, donc nous n’étions pas dans la même ville. Il n’y a rien qui cloche avec ces gars. Je les aime tous les deux à mort, j’adore ces deux gosses comme s’ils étaient mes fils. C’est juste que tout le monde est occupé sur des turcs. J’étais souvent à New York et c’est là où Richard vit. Donc voilà pourquoi.

En dehors de l’enregistrement de la batterie et de la basse à proprement parler, quelle a été leur implication ?

Je leur donnais la démo et disais : « Voilà ce que je vois. Maintenant, tu le prends et tu le joues comme un batteur jouerait, ou comme un bassiste jouerait. » J’ai dit : « Simplement, fait le truc le plus dingue que tu peux me donner ! » [Rires] Mais tout en faisant en sorte que ça reste des chansons. C’est un autre truc, pour revenir à ce que tu as mentionné à propos des structures, je ne veux pas que ce soit dingue pour être dingue. Il faut quand même qu’il y ait un couplet, un refrain et un pont, et un très long solo de guitare [rires]… Non, pas toujours, je blague.

Monte Pittman 2016

« Je regardais juste deux feuilles tomber simultanément d’un arbre, me disant qu’elles ont été ensemble depuis le début de leur existante, et puis elles tombent à terre, elles se sont séparées et chacune est partie de son côté. Et j’ai trouvé que c’était une métaphore intéressante pour la vie. »

Etait-ce également inspirant d’avoir ces supers musiciens avec toi ?

Oh ouais, très. Comme je l’ai dit, j’ai donné la démo à Richard, je lui ai dit ce que je voulais, il l’a pris, il a fait son propre truc et l’a fait sonner comme lui le jouerait. Donc lorsque je suis revenu et ai réenregistré par-dessus ce qu’il a fait, il y a certains endroits, comme à la fin de « Be Very Afraid », où j’ai aimé le roulement qu’il a fait et j’étais là : « Tu sais quoi ? Je ne vais pas jouer là et laissé le roulement. » Et donc ça m’a aidé à approcher la chanson un peu différemment. Lorsque Billy a joué la basse, la guitare était déjà faite. Donc, pour revenir à « Be Very Afraid », sur la fin du premier couplet, il y a un vers qui fait « be careful what you wish for », ensuite il y a quelque chose que Richard a fait et j’ai ensuite joué un remplissage par-dessus ça, et puis Billy a fait cette partie avec moi, donc nous sommes tous ensemble, et c’est super précis et dément.

Avec qui vas-tu partir en tournée, si tant est que tu prévoies de tourner ? Car Richard et Billy sont des musiciens très occupés…

Ouais, Richard travaille avec Howard Stern, Billy a une tonne de trucs en cours… Je ne sais pas. D’abord, j’ai besoin d’obtenir une tournée. C’est clair que j’adorerais voir si Max et Kane qui ont joué avec moi sur The Power Of Three sont intéressés pour jouer. On ne sait jamais. Ces gars sont également occupés avec une tonne de choses. En ce moment, pour être musicien pro, il faut faire une tonne de choses. Je veux dire qu’il y a trop de gens qui ne font qu’une chose et puis sont là à ne rien faire, à moins d’avoir un autre boulot qui les maintient en activité. Mais j’ai l’intention de tourner ! Quiconque veut bien me prendre…. Je veux dire que j’ai besoin d’un tourneur, donc dès que je trouve un tourneur, il pourra me placer en tant que première partie. Une chose que j’adorerais voir arriver, et je vais balancer ça, c’est de tourner avec certains de mes amis qui ont commencé au même moment, j’adorerais faire une tournée avec Crobot, Holy Grail et Scorpion Child ; ces groupes sont tous de très bon amis à moi et je pense que ce serait une super tournée à mettre en place un jour, plutôt tôt que tard. Mais tu sais, tout le monde est très occupé avec ses propres emplois du temps ; ils se portent tous bien. L’album de Crobot sort le même jour que le mien, et ce que j’en ai entendu tue ! Ces mecs sont mes frères. Il y a vraiment de supers groupes qui existent et j’ai beaucoup de chance de jouer à une époque où ils jouent également.

Le titre Inverted Grasp Of Balance vient d’un vers dans « Panic Attack ». Pourquoi as-tu choisir cette phrase pour englober l’album ?

J’ai juste assemblé des mots… Lorsque quelque chose est inversé, bien sûr, il se retrouve à l’envers et j’aime le concept de quelque chose qui soit un antipode. Avec ma carrière, la façon dont elle a démarré, c’est que j’alternais entre jouer avec Madonna et jouer avec Prong, deux antipodes, quelque chose qui est complètement inversé. Et puis la saisie d’équilibre (grasp of balance, NDT) [, l’inverse] revient à être déséquilibré, donc tu penses que tu contrôles tout, tu penses que tu as tout compris, et puis la route se dérobe sous tes pieds. Mais ce n’est pas la fin, tu es au fond. « Qu’est-ce que ça fait d’être au fond ? Lorsque la montagne se dresse devant toi » – je suis en train de te donner mes paroles de la chanson « The Times Are Changing », qui est un peu ma chanson préférée de l’album. Et tu prends ce que tu apprends et tu le mets en pièce et tu le reconstruis. Ça devient encore un mal pour un bien. Parfois une chose peut avoir l’apparence d’un désastre complet mais, en fait, c’était la meilleure chose qui pouvait t’arriver. Et c’est une chose à laquelle, je me suis dit, tout le monde peut s’identifier.

Et Inverted Grasp Of Balance, cette phrase que j’ai dans « Panic Attack »… J’avais tout le temps des crises de panique. Je montais dans ma voiture, je conduisais, j’allais sur l’autoroute et je ne pouvais pas sentir mes mains ! J’avais l’impression de ne pas pouvoir respirer et j’étouffais. J’étais là : « Qu’est-ce qu’il m’arrive ? » Et j’ai découvert que j’avais des crises de panique. Et je pense que ce qui explique ça, c’était que je prenais trop de vitamines d’un coup [rires], mais j’ai écrit une chanson à ce sujet et puis ça s’est arrêté de se produire. C’était donc un don ! Et ce titre d’album, Inverted Grasp Of Balance, touche un peu à tous les thèmes de chaque chanson, où il peut y avoir des sortes d’idées radicalement opposés ; tout l’album est à propos du titre Inverted Grasp Of Balance. Comme « Guilty Pleasure », les paroles de cette chanson, je ne sais pas si elles parlent de… J’aime dire que tu ne sais pas si tu es la victime ou si tu es l’antagoniste ; ça pourrait être écrit indifféremment de l’une ou l’autre des perspectives. « The Times Are Changing », comme je viens de le mentionner, en est une autre. « Double Edged Sword », les paroles sont « j’ai pris le mauvais côté d’une épée à double tranchant, tout ce que tu aimes te laissera avec une blessure. » Ce genre de choses.

Et ce titre m’est simplement venu, je m’en souviens parfaitement, lorsque j’étais à un match de hockey avec des gars de Metal Blade. J’étais avec Vince de Metal Blade, j’étais assis là et j’avais « inverted grasp of balance. Inverted grasp of balance… » Ca se répétait sans arrêt dans ma tête, « Inverted. Grasp. Of Balance.” Je me suis gardé ce titre dans un coin mais ensuite, plus tard lorsque je me demandais : « Comment vais-je appeler cet album ? » Je l’ai appelé ainsi. Parfois ça sort tout seul. Et puis pour The Power Of Three, ça vient de la chanson « Blood Hungry Thirst », avec la phrase « Strength in the power of three, » et j’étais là : « Oh, the power of three ? Attend ! C’est mon troisième album ! »

Les chansons « Panic Attack », « Be Very Afraid » et « Obliterated » ont des paroles très anxiogènes. Sont-elles inspirées de l’état préoccupant du monde et de nos sociétés actuelles ?

Ouais, il y a pas mal de ça et elles se sont faites ainsi. « Be Very Afraid » pourrait être… J’ai vécu dans une maison que tout le monde disait hantée, et ils ont vu des choses et des trucs étranges s’y sont passés. Mais tu pourrais aussi… C’est un peu comme lorsqu’est arrivée la crise des saisies immobilières il y a pas mal d’années ici. Tu peux aussi voir ça dans les deux sens. Et j’aime écrire des paroles dont l’interprétation de l’histoire dépend de toi. Car là maintenant, sans rentrer dans… Ces paroles signifient énormément pour moi et je les ai écrites il y a un an ou quelques années, et je ne savais pas que c’était presque comme si j’étais en train d’écrire des messages pour moi-même dans le futur.

Monte Pittman 2016

« Avec la musique, il n’y a que douze notes. Ce ne sont vraiment que les réglages des amplis et ce que tu y mets dedans qui font le style de musique. »

Tu as une chanson qui s’appelle « California ». Est-ce que tu as une relation particulière à la Californie ?

Cette chanson… Ok, voilà l’histoire de « California ». Lorsque nous étions en train de travailler sur l’album Power Of The Damager avec Prong, nous le faisions chez Al Jourgensen lorsqu’il vivait à El Paso. Nous avons été là-bas et nous avons enregistré l’album, et puis je suis revenu pour jouer la basse sur l’album. Paul Raven devait jouer la basse mais il était occupé. Je jouais la basse simplement en attendant qu’il revienne. Et bien sûr, bref, avec les emplois du temps et tout ça, ça n’a pas marché. Et un truc qui m’a vraiment fait planer à propos de tout ça était que moi et Raven, nous trainions à un concert, et il était là : « Mec, j’ai vraiment hâte de travailler avec toi et Tommy sur ce prochain album de Prong. » J’étais là : « Oh mec, je ne crois pas que je vais faire quoi que ce soit. Je ne peux pas, je suis tellement occupé et ce n’est pas juste pour le groupe que je sois toujours à devoir être là ‘hey, il faut que j’y aille, maintenant vous devez trouver quelqu’un d’autre,’ ‘oh, je suis de retour !’ ‘Oh maintenant vous avez calé ça, vous savez quoi ? Il faut que j’y aille, ça vient juste d’arriver, Madonna vient d’appeler…’ » Et il était là : « Non, tu vas le faire. » Et c’est marrant qu’il ait dit ça parce ce que je l’ai vraiment fait ! Et il est décédé juste après ça. Ça m’a toujours paru vraiment étrange. Aussi, un autre truc bizarre en parlant de lui, c’est que j’ai joué la basse sur une partie de cet album aussi – Billy a joué sur une partie et j’ai joué sur l’autre partie – et le jour où j’ai enregistré la basse, j’avais trois corbeaux (raven, en anglais, NDT) à l’extérieur de chez moi ! Et ils ne sont venus à aucun autre moment [petits rires].

Mais bref, pour revenir à l’histoire, Tommy et Mike Scaccia ont écrit et enregistré une sorte de chanson pour blaguer. Tommy m’appelle PA Pittman, c’est un peu mon pseudo pour blaguer dans Prong, et puis j’ai un ami, Doug Anderson, et il était toujours en train de me prendre en voiture, et l’une des paroles que Tommy avait dans la chanson était : « J’ai parlé à mon ami Marcus – Marcus Brown qui était dans le groupe de Madonna -, et j’ai dû me faire conduire par DA – Doug Anderson -, mon nom est PA… » Ce n’est qu’une chanson stupide [rires]. Mais j’ai écrit cette chanson à propos de mon expérience lorsque j’ai déménagé à Los Angeles et conduit jusqu’en Californie, ensuite j’ai en quelque sorte combiné ça avec toute cette histoire, en ayant tout le monde dans la chanson – le fait d’aller chez Al Jourgensen, travailler sur cet album de Prong et puis Doug Anderson est venu me prendre à Los Angeles, car j’en avais fini avec l’album, avec ce que j’avais à faire, la basse et certaines parties de chœurs, et sur notre voyage retour, c’était un peu surnaturel, nous avons vu des choses étranges dans le désert, surtout lorsque nous arrivions à Roswell et certains endroits en Arizona. Et après avoir commencé à sculpter d’autres paroles, voilà ce qui est resté – « Lost somewhere in time where the ocean and the sand begin. Had to get a ride from our friend, Doug Anderson.” [Rires] Donc j’en ai parlé à Doug, je lui ai dit: « Mec, je t’ai cité dans une chanson… » [Rires] Et puis lorsque Billy a fait ce solo de basse au début, j’étais là : « Mon gars, Billy Sheehan fait un solo de basse sur une chanson qui contient ton nom. » [Rires].

Les paroles de « New Blood Keeps Us Alive » te sont venues lorsque tu étais assis dans ton jardin devant ta maison avec ton chat…

Ouais, j’ai une table de pique-nique dans mon jardin de devant et j’étais assis là avec ma guitare acoustique, il venait toujours s’asseoir à côté de moi lorsque je composais, ce qui est vraiment cool. Et il a toujours été une espèce de chat de sorcière, par exemple il s’asseyait là à regarder la pleine lune se lever, il ne ressemble à aucun autre animal que j’ai rencontré. Et j’étais assis là, j’ai trouvé une partie acoustique et les vents ont tourné, ces genres de nuages sombres avançaient très rapidement et il allait commencer à pleuvoir, ce qui arrive rarement à Los Angeles. Je regardais juste deux feuilles tomber simultanément d’un arbre, me disant qu’elles ont été ensemble depuis le début de leur existante, et puis elles tombent à terre, elles se sont séparées et chacune est partie de son côté. Et j’ai trouvé que c’était une métaphore intéressante pour la vie. Elles se sont connues toute leur vie mais ensuite elles ont pris leurs distances l’une avec l’autre. Ça pourrait être tant de choses dans la vie.

As-tu toujours un regard poétique sur ces choses en apparence insignifiantes de la vie ?

Ouais, je veux dire, j’essaie. Avec un peu de chance, il y a une petite leçon à en retirer. Avec un peu de chance, il y a quelque chose qui permettra d’aider quelqu’un à atteindre quelque chose ; ça m’aide à atteindre quelque chose. Et je veux que ce soit intéressant. S’il y a quoi que ce soit que tu puisses faire en tant que musicien ou en tant qu’artiste qui puisse aider d’autres gens, c’est super ! Mais j’aime aussi m’entraîner à ces exercices d’écriture où tu écris à propos de quelque chose que tu vois. La première fois que j’ai écrit ma propre chanson, j’imagine que tu pourrais dire une chanson de Monte Pittman, et pas quelque chose qui était collaboratif avec un groupe, c’était lorsque mon professeur de guitare – il s’appelle Robert Browning -, pendant notre cours, nous a tous donné un devoir qui consistait à écrire une chanson et les paroles devaient parler d’un objet qui était dans la pièce. Le mien était un portemanteau. Et ensuite, j’ai dû écrire une chanson à propos d’une agrafeuse [rires], des choses comme ça. Donc tu dois écrire des paroles qui sont des sortes de métaphores pour ça. Et donc, ouais, ce genre d’exercices d’écriture.

Cette chanson a un côté très mélancolique mais elle inspire également l’espoir. Est-ce pourquoi tu as terminé l’album avec ?

Ouais, et je voulais vraiment avoir le feu et la pluie là-dedans. Après que j’aie fait cette chanson, je ne voulais pas revenir aux trucs vraiment heavy. Au départ, lorsque les gens étaient là : « A quoi ressemblera ton nouvel album ? » Je disais : « Eh bien, tu vas monter dans ta voiture, tu vas mettre le CD, tu vas monter le son et il va te défoncer la gueule pendant une heure ! Mais ensuite, il va te dire que tout va bien se passer au final [rires]. »

Peux-tu nous parler de l’artwork ? Il est très différent du côté old-school de The Power Of Three…

J’ai rencontré Sean K Hughes dans un bar à Melbourne, en Australie, qui s’appelait The Black Rabbit. J’ai vu ses œuvres et j’étais là : « Oh mon Dieu ! » Parce qu’il était… Tu sais, parfois, tu vois la chose et, simplement, tu le sais ! C’est ça. Il n’y avait pas à tergiverser. C’était comme : « Ok, ouais, ce mec est génial. » Je lui ai demandé si je pouvais utiliser ce qu’il m’a montré mais il l’avait déjà utilisé et il a dessiné sur plein de skateboards et ce genre de choses. Donc je lui ai donné les paroles de l’album et dit : « Ok, dessine ce que tu lis. » Genre : « Lis ces paroles et puis fais avec ce qui te viens. » Et voilà ce qui lui est venu et j’ai laissé ça tel quel. Donc lorsque les gens demandent « parle-moi de ton nouvel album, » mon argument de vente pour l’album est devenu : « C’est rapide et heavy et il y a des nichons sur la pochette. » Et ils disent : « D’accord, est-ce que je peux en acheter trois ? » [Rires] Et je voulais vraiment… Pour ma part, je suis très attaché à la pochette. Je doute qu’un jour tu voies… Bon, maintenant que je dis ça, c’est probablement ce que je vais faire… Mais je doute que tu me voies mettre une photo de moi sur une pochette, comme tu verrais un chanteur de pop ou quelque chose comme ça le faire. Je veux que ce soit de l’art. J’aime me poser et regarder [des pochettes d’album]. La pochette du premier album était une photo que j’ai prise avec mon appareil photo lorsque je conduisais de… Tu sais, j’ai grandi dans le Texas et j’ai déménagé en Californie, et il y a une photo que j’ai prise qui est devenue la pochette de l’album. Tu sais, il fallait que je trouve quelque chose pour mon premier album. Mais Pain, Love & Destiny, c’est mon second album, c’est le premier pour lequel j’avais un vrai artwork et j’ai dit : « Je veux que la pochette soit une œuvre d’art. » Je trouve ça vraiment cool lorsque tu regardes ces trois albums ensemble – ou tu pourrais dire ces quatre, mais regarder tous ces artworks est vraiment cool. Mais ouais, c’est très important pour moi que ce soit de l’art. Je n’aime pas simplement balancer ça et dire : « Voilà ce que c’est ! » Je veux que tu te fasses ton idée. Comme lorsque tu vas dans une exposition d’art ou peu importe, et tu regardes une œuvre d’art, tout le monde dira que ça signifie quelque chose de différent.

Etant le guitariste de Madonna, est-ce que parfois tu fais face à de la méfiance de la part de la communauté metal ? Car pour certains metalleux, la pop c’est le diable…

Ouais, parfois ça a pu être assez difficile à vendre [rires]. Il y a eu quelques défis de temps en temps pour que les gens me prennent au sérieux, genre : « Oh, le guitariste de Madonna joue du metal… Il ne peut pas le faire, ça ne va pas, ça ne marche pas. » Tu sais, avec la musique, il n’y a que douze notes. Ce ne sont vraiment que les réglages des amplis et ce que tu y mets dedans qui font le style de musique.

Monte Pittman 2016

« [Madonna] trouve toujours, d’une façon ou d’une autre, la bonne chose à dire au bon moment. Et c’était un honneur et un privilège d’être là à ses côtés, nous étions en Suède [au moment des attaques du Bataclan] et elle a sorti tout ce qu’elle avait sur le cœur. J’ai trouvé ce qu’elle a dit magnifique. »

Quelques jours après les attaques terroristes du Bataclan, tu as été avec Madonna jouer à la Place de la République à Paris. Peux-tu nous raconter ce moment particulier ?

C’était des moments sombres, mec ! C’était des moments vraiment sombres ! C’est une chose de le voir aux infos, et c’est une autre chose que d’être en tournée et apprendre ça. Car tu ne sais tout simplement pas, est-ce que ça va se produire tous les jours ou ? Tout semblait tellement sombre là-bas. C’était une période vraiment, vraiment effrayante et ça te retourne le cerveau. Certains groupes ont abandonné… Je ne vais pas dire « abandonné », ils ont simplement fait le choix de ne pas tourner et retourner chez eux ; ils avaient toutes les raisons du monde de le faire. Et puis certains groupes ont continué. Tu sais, c’est quelque chose qui te retourne vraiment la tête, tu penses que tu es en sécurité lorsque tu joues un concert. Tu sais, l’une des plus grandes tragédies que nous avons vécues dans l’industrie musicale s’est produite en 2004 mais… Ouais, je veux dire c’était un période sombre et Madonna, j’ai eu le sentiment qu’elle… Une chose à son sujet est que j’ai l’impression qu’elle trouve toujours, d’une façon ou d’une autre, la bonne chose à dire au bon moment. Et c’était un honneur et un privilège d’être là à ses côtés, nous étions en Suède et elle a sorti tout ce qu’elle avait sur le cœur. J’ai trouvé ce qu’elle a dit magnifique et simplement être à ces côtés… [On m’a demandé] : « Est-ce que tu vas rester en tournée, est-ce que tu vas continuer ? » Et j’étais là : « Hey, mec, je suis à ses côtés jusqu’au bout ! Donc je vais où elle va. » Et être à Paris, c’était beau, et en fait, avant que nous jouions, j’ai vu U2 jouer le soir précédent parce que nous étions dans la même ville et le manageur de Madonna est aussi le manageur de U2. Et le fait de voir tous ces gens se rassembler, c’était l’un des concerts les plus incroyables que j’aie vu, rien que l’énergie dans la salle.

Mais le concert que nous avons donné, c’était énorme aussi. Je veux dire, l’énergie, la foule, c’était une de ces expériences où tu joues que tu n’oublieras jamais, et il y en a quelques-unes comme ça lorsque tu as le privilège de jouer avec Madonna. Ensuite elle a écrit sur son Instagram : « Hey, je vais au mémorial là maintenant et je vais jouer. Venez ! » C’est donc ce qu’elle a fait, elle est venue et a joué. Elle se préparait dans son van et elle était là : « Monte ! Qu’est-ce qu’on va jouer ? » Moi : « Euh, je ne sais pas. Qu’est-ce que tu veux jouer ? » Elle : « Oh, allez, donne-moi des chansons, qu’est-ce qu’on peut faire ? » Moi : « Ok, ce qui conviendra pour ça… Faisons ‘Like A Prayer’… Qu’est-ce que tu dis dirais d’ ‘Imagine’ ? » Nous avions pour habitude de faire « Imagine », et je crois que nous l’avions fait ce jour-là où à cette période, donc c’était : « Ouais, faisons ‘Imagine’. » Et elle était là : « C’est quoi les paroles ? » Moi : « Laisse-moi regarder ça sur mon téléphone. » [Petits rires] Je regardais les paroles sur mon téléphone, à essayer de les mémoriser, car ces paroles peuvent être assez difficiles à retenir. Nous l’avons un peu répétée, moi, elle et son fils David. Nous étions là ensemble, debout, il faisait tellement froid dehors, je craignais que ma guitare acoustique se désaccorde [petits rires], et puis nous avions tous un peu les yeux baissés, nous étions juste concentrés sur ce que nous faisions. Nous répétions « Imagine » et puis nous avons relevé les yeux et il y avait des gens partout ! Et nous étions là : « Oh, je suppose que c’était le concert… » [Rires]

Un bon ami à moi, qui possède ma marque de vêtement préférée, ça s’appelle April 77, il s’appelle Brice, il ne vit pas très loin, je lui ai écrit et j’ai dit : « Hey mec, je ne peux pas te dire ce que c’est mais écoute, passe par là dans quelques minutes. » Donc il était là, Guy Oseary, le manageur de Madonna, évidemment, était là, quelques personnes de l’équipe étaient là, car ils ont filmé plein de choses pour un documentaire ou un film sur la tournée Rebel Heart que nous avons faite, peu importe ce que ça va devenir, je ne sais pas. Donc ils filmaient et il y avait une lumière pour nous éclairer, pour filmer au cas où nous ayons du contenu ou quelque chose, de façon à ce qu’ils puissent voir un peu tout ce que nous faisons sur la route, et puis voilà. Nous avons joué quelques chansons… Voilà une histoire amusante à propos de ça : donc nous avons joué quelques chansons mais quand tout le monde était parti et je m’apprêtais à partir, quelqu’un m’a demandé de jouer « Ghosttown ». Je me suis dit que c’était quelqu’un de chez nous, je pensais que c’était Nathan, notre caméraman, qui filmait, et il m’a demandé quelque chose et a commencé à parler : « Oh, tu devrais faire ‘Ghosttown’. » Bref, je me suis retrouvé à jouer « Ghosttown » avec tous les gens et ils ont tous chanté dessus. Et j’avais donné tous mes médiators mais heureusement que j’avais une pièce de monnaie dans ma poche pour m’en servir de médiator, car il faut jouer très fort sur la guitare acoustique pour que tout le monde t’entende. Mais c’était quelque chose de beau qui s’est passé. Et donc voilà pourquoi j’ai commencé à la jouer. Et puis, après coup, j’ai regardé et j’étais là : « Mais attends ! Ce n’est pas Nathan ! C’est les infos ! » [Rires] C’était un caméraman d’une chaine d’info et je pensais que c’était notre gars qui me disait ça.

Quelle est ta chanson de Madonna préférée à jouer ?

[Réfléchit] Bon sang… Peut-être « Ray Of Light ». « Ray Of Light » est toujours amusante. Sur cette dernière tournée, nous avons fait « Burning Up » mais nous avons fait une sorte de version heavy, car moi et Madonna utilisons tous les deux un son heavy avec nos guitares, mais la batterie et les claviers sont identiques à l’enregistrement original, et donc j’ai pensé que c’était une hybridation sympathique, ou je suppose que je pourrais dire que c’était un renversement d’équilibre sympas [rires]. Donc ça, c’était vraiment l’éclate ! Elle m’a donné un solo de guitare, elle a dit : « Là, pars en vrille à la guitare ! » J’étais là : « Ok ! » Les gens disent : « Comment se fait-il que tu ne fais pas de solo de guitare avec Madonna ? » Selon moi, ça ne colle pas, il n’y en a pas besoin, ça n’a pas d’intérêt de faire un solo de guitare simplement pour le faire, mais en l’occurrence, sur cette chanson en particulier, ça collait, et donc c’était cool. Il y a eu quelques autres occasions où elle m’a fait faire ça, mais là ça va vraiment bien avec.

Quel est le plus grand challenge lorsqu’on joue avec Madonna ?

C’est énormément de travail ! Beaucoup d’heures. Parfois, tu peux répéter pendant douze ou quatorze heures. Nous avons fait une tournée promotionnelle pour la tournée Rebel Heart, et ensuite nous avons répété de… J’étais là-bas de début mai à début septembre rien que pour les répétitions, et notre premier concert était à la mi-septembre, la seconde semaine de septembre. Donc c’est beaucoup de boulot ! C’est difficile d’être loin [de chez soi], et les voyages à eux tout seuls t’usent, et pourtant les voyages sont aussi confortables qu’ils puissent être.

Ne traines-tu pas parfois avec elle ?

Ouais ! Un truc cool à ce propos, d’autres musiciens dans le groupe ou des gens impliqués, ils sont là : « Bon sang, je n’arrive pas à croire que Madonna nous invite à ces fêtes ! » Je suis là : « Ce n’est pas ce qui arrive habituellement ? » « Non ! Personne, aucun artiste avec qui j’ai joué ne m’a invité à ces grandes fiestas ! » Lorsqu’il y a une fête, elle invite tout le monde et aime amener son équipe avec elle. C’était il y a presque un an, j’imagine, nous avons été chez Prince, ce qui, évidemment, surtout maintenant, est une expérience incroyable. Donc nous avons joué à Saint-Paul et puis nous avons été chez Prince, dans son complexe qui lui servait de maison. Il n’y avait rien que nous, il n’y avait pas tellement de monde, genre des fans étaient là mais ça représentait quelque chose comme vingt personnes, je crois que ça faisait trente personnes en tout avec nous, il n’y avait vraiment pas beaucoup de monde. Et puis Prince a joué un concert privé. Prince est là debout devant moi à jouer, je pouvais toucher les boutons de ses pédales, j’étais tellement près de lui, et puis Madonna était assise là, sur la scène, simplement en train de le regarder, et moi j’étais juste à côté d’elle et elle était là : « C’est quoi cet accord ? » J’étais là : « Oh, c’est cet accord, cet accord… » Donc c’était une expérience vraiment, vraiment cool pour laquelle je suis très, très reconnaissant.

La dernière fois que nous nous sommes parlé, tu m’avais raconté comment tu avais appris à Madonna les riffs de « A New Level » de Pantera. Lui as-tu appris d’autres nouveaux riffs de metal depuis ?

Il y a une petite complexité qu’on fait dans « Whole Lotta Love », le riff ne parait pas ce qu’il est réellement, et je lui ai appris ça. Dernièrement, j’ai été de l’autre côté… Tu sais, tu dois alterner, tu dois équilibrer [ce que tu apprends], mais je lui appris du Elliott Smith et quelques trucs de mecs qui font de l’acoustique, ce genre de choses.

Ça fait quinze ans que tu tournes avec elle mais il me semble que tu n’es pas crédité sur ses deux derniers albums studio. Comment ça se fait ?

Les guitares sur son dernier album, je crois, étaient toutes des samples. J’ai joué sur des choses à un moment donné du processus mais ensuite, pour le produit final, ça n’a pas été utilisé ; j’ai joué notamment avec un orchestre. Et quel était l’album avant ça ? MDNA, là aussi c’était des samples. Plein de choses sont soit des samples, soit… Il y a un truc qui s’appelle Native Instruments, tu peux mettre le sample d’une guitare qui est jouée et puis le découper et l’utiliser. Certains des trucs qu’elle a fait avec Pharrell et Timbaland, je crois que les guitares étaient déjà faites sur le morceau, donc c’est comme, « pourquoi venir et réenregistrer ça ? Pourquoi prendre plus de temps ? » Donc elle fait appel à moi lorsqu’elle a besoin de l’artillerie lourde [petits rires]. Souvent, le producteur joue la guitare et donc, lorsqu’il dit « hey, voilà une piste que j’ai faite, » ces choses sont déjà là. Et parfois les producteurs ont aussi déjà des gars à qui ils font appel. Ça me va, peu importe. En fait, j’aime ça ! Car alors, ça me donne de nouvelles idées, ça me fait penser différemment de ma manière de penser habituelle. Est-ce que ça a du sens ? Ok, il y a une chanson qui est vraiment cool qu’elle a faite avec Martin Solveig sur l’album MDNA qui s’appelle « Give Me all Your Luvin’ », et il y a une guitare – tu ne l’entends pas vraiment sur le morceau -, elle fait genre « bum, bum, bum, bum… » mais ensuite, il y a cet écho sur le haut-parleur opposé qui fait [il double le tempo] « uh huh uh huh uh huh… » et les deux fonctionnent ensemble, et puis il y a cette guitare accordée très basse, qui fait « diguidiguidigui… », très rapide mais claire. Donc ça m’a donné une nouvelle idée pour quelque chose. Donc ça me va, je trouve que c’est super ! Je fais mon jeu de guitare et mes trucs sur mes albums, et c’est mon truc principal mais ensuite, lorsque j’ai l’occasion de jouer avec d’autres gens, c’est super ! Je suis sûr que je vais bien plus jouer avec Madonna à l’avenir, ou peut-être pas, qui sait ? Peut-être que ce ne sera qu’en live, je ne sais pas. Mais je sais que je suis très fier d’avoir fait ce que j’ai fait jusqu’à présent avec Madonna.

Interview réalisée par téléphone les 30 août et 2 septembre 2016 par Nicolas Gricourt.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.
Photos promo : Stephanie Cabral.

Site internet officiel de Monte Pittman : montepittman.com

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