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Interview   

Moonkings : Adrian Vandenberg entre dans un nouveau tableau


Près de deux décennies passées sans entendre parler de lui, cela donnait beaucoup de choses à discuter. La piste d’Adrian Vandenberg disparaissait en 1997, après la sortie de Restless Heart de Whitesnake, en tout cas pour les fans de rock. Car le Hollandais est un artiste touche-à-tout : le guitariste a toujours été doublé d’un peintre (il est, par exemple l’auteur des pochettes de son groupe solo Vandenberg dans les années 80 et de Manic Eden en 1994), mais se verrait bien aussi prochainement sculpteur. Et quand ce n’est pas dans son atelier qu’il va trouver de l’inspiration pour sa musique (et inversement), c’est aux fourneaux, où il pratique l’art culinaire, avec un penchant pour la cuisine française.

Mais le voilà de retour après tout ce temps, au « bon moment » nous dit-il, pour reprendre la musique, former un nouveau groupe : Moonkings, composé de musiciens inconnus, car pour lui il n’était pas question de former un super-groupe, mais un groupe super, qui plus est une vraie bande de copains qui, pendant les répétitions, passe la moitié du temps « à se rouler par terre de rire », et qui n’éclatera pas sous la pression des égos. Pas question d’égo non plus pour lui : si pour l’heure cela s’appelle Vandenberg’s Moonkings, ce n’est que pour laisser à Moonkings le temps de se faire un nom, pas pour capitaliser sur son passé, notamment avec Whitesnake. Et s’il y a une reprise de son ancien groupe avec David Coverdale sur leur premier album, il n’y a là-dessous qu’une histoire d’amitié.

Tous ces sujets ne sont que la pointe émergente d’un vaste entretien, où l’on revient sur tout le parcours fait jusqu’à ce jour. Une interview, comme le guitariste ou comme la musique proposée par lui et ses MoonKings, généreuse.

« Je me fie toujours à mon instinct et je suis mes intuitions, et pour une raison ou pour une autre, il m’a fallu un certain temps avant que je me dise : ‘Ça y est, c’est le bon moment.' »

Radio Metal : Nous avons très peu entendu parler de toi depuis la sortie de Restless Heart de Whitesnake en 1997. Qu’est-ce qui t’a tenu à l’écart de la musique pendant tout ce temps?

Adrian Vandenberg (guitare) : Ça a duré beaucoup plus longtemps que prévu. Tout d’abord, j’ai voulu rattraper le temps perdu avec ma peinture, et c’est ce que j’ai fait pendant quelques années. Je me suis remis à la peinture, j’ai peint des tableaux et j’ai fait des expositions. Ensuite, en 1999, une de mes ex et moi avons eu une fille – hélas, nous nous sommes séparés quelques années plus tard. Ma fille avait 3 ans au moment de la séparation et je ne voulais pas être un de ces pères absents toujours en vadrouille, je voulais la voir grandir, parce que je n’ai qu’une fille. Ça aussi m’a retardé, mais je me suis dit que quand elle grandirait, elle comprendrait ce que je fais, et donc pourquoi je suis souvent en voyage. Donc, avant même que je m’en rende compte, on était en 2013, et même en 2014, maintenant, et j’ai commencé à travailler il y a un an et demi. J’attendais aussi que mon instinct me dise que c’était le bon moment, je me fie toujours à mon instinct et je suis mes intuitions, et pour une raison ou pour une autre, il m’a fallu un certain temps avant que je me dise : « Ça y est, c’est le bon moment. » Il y avait d’autres choses qui me retenaient, que je voulais faire aussi, comme juste traîner et passer du temps avec ma famille et mes amis, mon père et ma mère, écouter beaucoup de musique gypsy, ce que j’adore… Toutes ces choses accumulées ont fait que ça m’a pris plus de temps que prévu. À plusieurs reprises, j’ai pensé à John Lennon. L’une de ses citations célèbres est : « La vie, c’est ce qui arrive pendant que tu prévois autre chose », et c’est comme ça que ça se passe, tu sais, parfois tu te dis : « Tiens, je vais faire ceci et cela pendant un an ou deux », et avant même que tu ne t’en rendes compte, soit tu ne le fais pas, soit ça te prend bien plus qu’un ou deux ans !

Pourquoi as-tu choisi de former un groupe complètement nouveau et pas de revenir tout simplement en tant que Vandenberg, puisque de toute manière c’est toi qui a gagné les droits du nom face aux autres anciens membres du groupe ?

Avant tout, je n’avais pas envie de former automatiquement un groupe de classic rock, je voulais faire du bon rock, et si je l’avais appelé Vandenberg, les gens se seraient attendus à ce que je joue du Vandenberg. Je veux n’en jouer qu’une ou deux chansons, qui collent avec la musique que je fais maintenant. Je ne veux pas vivre dans le passé, donc pour moi, il était bien plus excitant de commencer un nouveau groupe, avec des gens que personne ne connaît, d’écrire de nouvelles chansons, et de voir où je me dirigerais instinctivement, c’est pour ça que je voulais que tout soit frais, nouveau… Je me suis dit : « Prends des risques, mouille-toi et commence quelque chose de complètement nouveau. »

Est-ce que tu peux nous parler des musiciens qui jouent avec toi ?

Je trouve ça très stimulant. Ce que je trouve un peu prévisible et un peu ennuyeux, c’est que les musiciens qui ont une réputation, tu sais, qui sont connus, forment toujours un groupe avec d’autres musiciens connus et ensuite appellent ça un super-groupe ; je trouve ça assez ennuyeux, et quand bien même c’est parfois très bien, en même temps, quand je lis que tel et tel musicien forment un groupe, je sais exactement à quoi ça va ressembler. Par exemple, un groupe comme Black Country Communion, quand on a su que ce serait Joe Bonamassa, Glenn Hughes et Jason Bonham, on voyait déjà exactement à quoi ça allait ressembler, et en effet, ça sonnait comme ça. Je veux dire, c’est très bien, tu sais, ce sont de super groupes, mais en même temps, c’est un peu prévisible, et j’aime les défis : j’aime le défi de monter un groupe avec de parfaits inconnus qui sont très bons. Pour moi, c’est un super-groupe parce que je joue avec mes musiciens favoris. Les différences d’âge au sein du groupe sont énormes : le batteur et le bassiste ont 23 ans, et Jan [Hoving, chanteur] a à peu près 38 ans, donc la chose que nous avons en commun, c’est notre enthousiasme, notre talent, et une attitude fraîche et pleine d’entrain ; pour moi, c’est plus excitant de faire ça que de faire ce que tout le monde fait. Ç’aurait été facile d’avoir quelques mecs connus dans mon groupe. Et ce qui se passe souvent, aussi, c’est que ce genre de groupe fait un ou deux albums, puis disparaît, parce qu’ils ont beaucoup d’autres projets, et puis il y a des problèmes d’ego, etc. Et je voulais un groupe qui soit comme mon premier, avec tout cet enthousiasme et cette excitation.

« Je voulais un groupe qui soit comme mon premier, avec tout cet enthousiasme et cette excitation. »

Le groupe s’appelle Vandenberg’s Moonkings. On ne sait pas trop si c’est un projet solo ou un groupe…

C’est vraiment un groupe. Je voulais l’appeler Moonkings, mais la maison de disque a dit : « S’il te plaît, ajoute ton nom, au moins pour les premiers albums, pour que les gens sachent que c’est ton groupe. » Et j’ai accepté parce que Vandenberg’s Moonkings sonne bien aussi. Quand Richie Blackmore a commencé Rainbow, pour les deux premiers albums, ça s’appelait Blackmore’s Rainbow, pour que tout le monde sache que ce n’était pas le groupe de quelqu’un de 16 ans et qui monte son premier groupe ! Donc j’ai été d’accord avec eux que ce serait plus simple comme ça, sinon c’est plus difficile d’avoir de l’attention et de faire savoir aux gens que tu es là. J’ai aussi eu des millions – non, j’exagère un peu – mais les douze ou treize dernières années j’ai reçu des centaines de milliers de lettres et de mails de personnes du monde entier me demandant où j’étais passé, pourquoi je ne jouais plus et quand est-ce que je sortirais un nouvel album, et ça m’a vraiment inspiré, je me suis dit : « Oh, tous ces gens m’attendent ! » Je n’ai pas ressenti de pression parce que je ne voulais pas me précipiter, mais en même temps, ça m’a aidé à me rendre compte que c’était important pour ces gens que mon plan soit clair, que l’orientation du groupe soit claire. Donc, pour le moment, on garde Vandenberg. Et quand j’ai dessiné le logo, il y a un mois, j’ai écrit Vandenberg en tout petit, comme ça quand il apparaîtra sur une affiche au bord d’une route par exemple, tout ce qu’on verra, ce sera Moonkings, en gros. Les gens peuvent commencer à s’habituer au fait que le groupe s’appellera Moonkings d’ici un an ou deux.

Il y a un peu de David Coverdale et de Dio dans la manière dont chante Jan Hoving. Est-ce que c’était précisément le genre de voix que tu recherchais ?

Non, le truc c’est que non seulement ce sont mes chanteurs préférés, mais ce sont aussi ceux de Jan ! Les héros de Jan, ce sont des gens comme Coverdale, Paul Rodgers, le Rod Stewart du début, quand il était avec Jeff Beck, ce genre de chose, et tous ces mecs ont leurs propres influences aussi, tous les vieux chanteurs de blues ou de soul comme Otis Redding… C’est logique que quelqu’un de la génération de Jan soit influencé par les chanteurs qu’il écoutait quand il était enfant, tu vois. Et c’est un sacré veinard, parce qu’il a une belle voix et une tessiture incroyable. Par moment, tu te dis qu’il a beaucoup écouté Coverdale, Robert Plant ou Dio ou Rod Stewart, mais en même temps, si tu écoutes, par exemple, le début de « Out Of Reach », la ballade, ou « Breathing », ça sonne vraiment comme Jan. Ce que j’aime dans sa manière de chanter, c’est que tu peux y entendre toutes ses influences, mais il a quand même son style propre parce que sa voix est un peu différente. Il a ce genre de voix, en effet, et j’adore ce genre de chanteur. Je ne cherchais pas nécessairement ce genre de voix, je suis tombé sur lui, c’est tout, je ne le connaissais pas.

Dans quelle mesure le temps que tu as passé à travailler avec David Coverdale dans Whitesnake t’a influencé lors de la formation de ce groupe et sa musique ?

Je ne pense pas que ça m’ait vraiment influencé pour écrire la musique parce que j’ai toujours écrit ce genre de musique de toute façon. Si tu écoutes mon tout premier groupe, Teaser, en 1977 – j’avais à peu près vingt ans mais j’ai eu l’opportunité de pouvoir enregistrer un album avec mon propre groupe –, c’est toujours le même genre de musique que je fais de nos jours, parce que c’est la musique qui me tient vraiment à cœur. Et c’est d’ailleurs pour ça que David m’a demandé de rejoindre Whitesnake, parce qu’il le savait, il avait écouté mes trucs plus anciens et s’était dit : « Wow, ce mec est parfait pour Whitesnake. » C’est ce qu’il m’a dit après coup, en tout cas.

On sait que Coverdale aime tisser une relation très forte entre lui et ses guitaristes. Est-ce que tu essaies de faire la même chose avec ton chanteur ?

Oui, j’essaie, je crois qu’il faut le faire, je veux en fait qu’il y ait ce genre de relation dans tout le groupe et en ce moment, c’est le cas, nous sommes vraiment très proches. Avec Jan, le chanteur, nous avons passé un super moment quand je l’ai rencontré pour la première fois chez lui : je suis allé lui rendre visite, et en un instant, j’ai eu l’impression que je le connaissais depuis très longtemps. C’est un mec très facile à vivre, nous rions beaucoup ensemble, nous avons le même genre d’humour, nous aimons traîner ensemble et ce sera super de passer du temps ensemble quand nous serons en tournée. De même pour le batteur et le bassiste. Lorsque nous sommes tous les quatre ensemble, parfois, pendant les répétitions, nous passons la moitié du temps à nous rouler par terre de rire parce que nous nous amusons beaucoup ensemble et j’espère vraiment que ça va continuer comme ça. Je suis à peu près sûr que ça va être le cas parce que tout le monde est très enthousiaste à propos de ce projet.

« J’ai toujours écrit ce genre de musique de toute façon […] parce que c’est la musique qui me tient vraiment à cœur. »

L’album sonne très organique et old-school. Est-ce que c’était intentionnel de ta part de faire un album avec un vrai son d’album de rock des années 70 ?

Ce que je voulais faire, c’était créer un pont entre les années 70 et nos jours, et utiliser l’influences de choses que j’aime. C’est ce que j’ai fait ; bien entendu, mes racines sont surtout dans les années 70 parce que je suis toujours un gros fan de Zeppelin, Free, Hendrix, Queen, Humble Pie et tous ces groupes. Je voulais un son moderne en ce qui concerne le mixage, je voulais qu’il soit très punchy, direct et rentre-dedans, avec peu de réverb’, et je voulais que la basse soit forte. J’ai vraiment essayé de trouver un son où on peut tout entendre, où tout est fort, pas seulement la voix ou les guitares. Je l’ai laissé très ouvert ; il y a peu de guitare rythmique derrière les solos. Derrière les solos, il n’y a que la basse et la batterie, parce que mes groupes favoris ont toujours quatre membres : un chanteur, un guitariste, un batteur et un bassiste. Ça donne à chacun la liberté de jouer ce qu’il veut, et c’est ce que j’ai dit aux mecs, au bassiste et au batteur : « Jouez comme vous le sentez, jouez de gros roulements de batterie et de bonnes lignes de basse au lieu de jouer seulement bam-bam-bam-bam-bam ». Dans les années 80, tout le monde jouait très poliment, le batteur jouait : « boom-tchak, boom-tchak, boom-tchak », le bassiste jouait : « bop-bop-bop-bop-bop-bop-bop-bop », mais je préfère quand il y a un vrai jeu entre la guitare, la basse et la batterie où tout le monde fait des trucs intéressants. Comme ça, une fois tu écoutes plutôt la batterie, une fois tu écoutes plutôt la basse ou la guitare, il y a plein de choses intéressantes à entendre. C’est ça que je voulais faire sur cet album, je voulais qu’il soit aussi direct que ce que font Foo Fighters ou Queens Of The Stone Age, ce genre de truc très rentre-dedans, très intime, où tu es à un mètre de la scène au moment où le groupe répète. C’est ce que j’ai essayé de faire, du coup, il a un son très 2010-2012, ou même 2014. Si tu le joues juste après les Foo Fighters, c’est tout aussi direct, mais tu peux aussi y entendre beaucoup d’influences des années 70 au niveau de la composition, évidemment.

Il y a définitivement une énergie de live ou de studio de répétition, est-ce que c’est à ça que tu pensais en enregistrant cet album en live ?

Presque en live, parce que nous jouions en studio sans piste de click. Tout le monde enregistre ses albums avec une piste de click parce qu’ensuite c’est plus facile de faire des overdubs, mais je ne voulais pas en utiliser, je voulais juste aller là où ça irait. Comme tu le fais en live, quand un refrain ou la fin est un peu plus rapide que le reste, quand tu joues comme tu le sens au lieu d’écouter le click et de jouer « click-click-click ». C’est comme ça que devrait être le rock’n’roll, je trouve, ça devrait être live.

Oui, c’est une approche plus risquée mais peut-être plus stimulante !

Oui, complètement ! Je suis content que tu l’aies entendu parce que c’est ce que j’ai essayé de faire, qu’on ait l’impression d’être au milieu d’un groupe en train de jouer ! [rires] Et ce qui va être encore mieux, c’est que dans quelques mois, il va y avoir un mixage surround de cet album, et le mec qui s’en occupe fait partie des trois meilleurs spécialistes du son surround, il travaille aussi sur beaucoup de films ; il a fait le mixage surround en même temps que le vrai mix et c’est génial ! Tu es vraiment au milieu du groupe, tu es entre la basse, la batterie et la voix… Ça va sortir dans quelques mois et j’ai vraiment hâte, je vais installer un système surround chez moi, je n’en ai pas encore mais je vais en acheter un juste pour ça ! [rires]

Tu as posté sur ta page Facebook une photo marrante intitulée « Les bassistes prennent leur boulot trop au sérieux » sur laquelle on voit un bassiste enregistrer une chanson à côté d’un autre mec qui a l’air désespéré. Est-ce que tu aurais des anecdotes à propos de votre bassiste et de l’enregistrement de l’album ?

[Rires] C’est notre genre d’humour ! C’est l’image d’ouverture d’un teaser vidéo. Le mec avec la tête dans les mains est notre ingénieur du son. Parfois, nous le rendons dingue avec l’énergie que nous voulons avoir sur l’enregistrement et au bout d’un moment il était vraiment épuisé parce que nous avions de très longues journées, parfois nous travaillions de 10h du matin jusqu’à 1h la nuit. Donc c’était une coïncidence, il se frottait le visage parce qu’il était sans doute tard, mais la remarque en dessous a été ajoutée par notre bassiste, qui l’a posté sur ma page Facebook et que j’ai repostée sur la page de Moonkings parce que j’ai trouvé ça très drôle !

« A chaque fois que Whitesnake joue aux Pays-Bas, en Allemagne ou en Suède, je monte sur scène avec eux, nous jouons ensemble […] Nous allons définitivement faire quelque chose ensemble dans le futur. Je ne sais pas, peut-être un album de blues ou quelque chose comme ça. »

À la fin de l’album de Moonkings, il y a un remake de la chanson de Whitesnake « Sailing Ships » où David Coverdale chante. Pourquoi ? Et pourquoi cette chanson en particulier ?

Quand David a appris que j’allais enfin enregistrer un nouvel album il y a un an et demi… Nous sommes toujours en contact, nous nous appelons ou nous envoyons des mails toutes les deux ou trois semaines, et à chaque fois, il me dit : « Allez Adrian, enregistre un nouvel album ! », et je réponds : « Non, je ne pense pas que ce soit le bon moment, je veux avoir le sentiment que c’est le bon moment », donc quand je lui ai annoncé il y a un an et demi que j’allais m’y mettre, il m’a dit : « Wow, mec, je serai honoré de chanter une chanson sur ton album ! », et je lui ai répondu : « Super, je serai honoré aussi, donc faisons-le ! » Ensuite David a été sur la route pendant à peu près un an et il n’a été chez lui que quelques jours, donc nous n’avons pas eu le temps d’écrire une nouvelle chanson, mais j’ai toujours voulu faire une autre version de « Sailing Ships » parce que je trouve que celle de Slip Of The Tongue est un peu trop dense, un peu trop produite, et ce n’était pas vraiment ça que j’avais en tête quand je l’ai écrite. Donc j’ai toujours voulu en faire une autre version, je voulais des violons dessus et un autre passage instrumental au milieu, que j’ai écrit la veille du jour où nous sommes entrés en studio et j’ai décidé de jouer de la mandoline dessus parce que je n’avais jamais joué de mandoline, je ne savais pas comment on faisait, mais il fallait que j’apprenne [rires]. Pour une raison ou pour une autre, dans ma tête j’entendais du violon et de la mandoline sur cette chanson, et pas moyen de me rappeler d’un autre groupe qui aurait combiné ces deux instruments, donc je me suis dit : « Je vais le faire ! »

Je suppose que travailler avec lui a dû être quelque chose de très nostalgique…

Oui, complètement, surtout la première fois que j’ai entendu la voix avec les violons : la fille de ma sœur joue l’un d’entre eux, donc c’était très émouvant. À l’origine, j’ai écrit cette chanson pour ma mère parce qu’elle disait toujours [il imite sa mère] : « Est-ce que tu vas mettre une chanson acoustique sur cet album ? Le reste est tellement bruyant ! ». Je lui ai répondu : « Oui maman, je vais écrire une chanson acoustique juste pour toi », et ça a été « Sailing Ships ». Quand je l’ai joué à David, il m’a dit : « Mais mec, ne fais pas cette chanson juste pour ta mère, est-ce que je peux chanter dessus ? », donc je lui ai répondu : « Oui, bien sûr ! », et il a écrit les paroles. C’est comme ça qu’elle a terminé sur Slip Of The Tongue. Donc oui, c’était très émouvant, et c’était super de travailler avec David à nouveau pour cet album. C’était génial aussi pour Jan parce que c’est un grand fan, bien entendu. Et les mecs sont de grands fans de Whitesnake et de Vandenberg aussi, même s’ils n’ont que 23 ans, donc pour eux, jouer sur le même album que David était formidable.

Tu as fait partie du dernier line-up de Whitesnake avant que David Coverdale ne reforme le groupe en 2002. Est-ce que tu es déçu de ne pas avoir participé à cette reformation ? Coverdale ne t’a pas invité à en faire partie ?

Non, non, David m’a bien demandé d’en faire partie quand il a recommencé, en 2003, quelque chose comme ça, mais je ne pouvais pas parce que j’avais une exposition prévue pour mes peintures, et ces exposition sont généralement prévues un an voire un an et demi à l’avance et j’avais déjà signé des contrats. Je ne pouvais donc pas le faire, et je lui ai dit : « Ce n’est pas le bon moment pour moi parce que je dois faire ces expositions, je ne peux pas le faire. » Mais à chaque fois que Whitesnake joue au Pays-Bas, en Allemagne ou en Suède, je monte sur scène avec eux, nous jouons ensemble, nous nous prenons dans les bras, nous passons du temps ensemble et nous allons au restaurant, donc nous sommes toujours en contact et nous allons définitivement faire quelque chose ensemble dans le futur. Je ne sais pas, peut-être un album de blues ou quelque chose comme ça, mais pas maintenant parce que je veux que Moonkings reste ensemble le plus longtemps possible. J’adorerais passer les dix ou quinze années à venir avec Moonkings, tu vois, c’est vraiment mon groupe idéal pour le moment. Je joue avec mes musiciens favoris, donc c’est fantastique. C’est sans doute un cliché pour toi parce que tu penses sans doute que tout le monde dit ça de son album, mais pour moi, c’est vraiment le cas ! Ça m’éclate tellement de jouer avec ces mecs ! J’ai toujours détesté les répétitions avec un groupe, je savais que c’était nécessaire mais je n’aimais pas ça, j’ai toujours trouvé ça ennuyeux, mais avec ces mecs j’adore ça parce que ça se passe tellement bien, jouer avec eux est tellement naturel, tellement organique que j’ai hâte que nous répétions à nouveau !

« Quand je peins, je pense en termes de sons et quand je compose, quand j’écris, je pense en termes de couleur. […] J’ai toujours aimé la cuisine, la musique et la peinture, toutes les formes d’art. »

Tu es aussi connu en tant que peintre. Est-ce que ta peinture inspire ta musique, et ta musique ta peinture ?

Oui, complètement. Pour moi, tout vient de la même source : mon inspiration. Quand je peins, je pense en termes de sons et quand je compose, quand j’écris, je pense en termes de couleur. Par exemple, quand je peins, je vais me dire : « Le haut de la gamme est trop présent, il y a trop de notes hautes dans la peinture », et je vais rendre le jaune un peu plus chaud. Et je peux penser : « Dans ce mix, il n’y a pas suffisamment de rouge foncé ou de vert. » Pour moi, c’est le même genre d’inspiration, c’est très naturel parce que j’ai toujours fait les deux à la fois, depuis que j’ai six ans.

Quelles sont tes influences en tant que peintre ?

Ça va de Vincent Van Gogh et Karel Appel à Rembrandt, bien sûr, surtout quand j’étais petit. Et des gens comme Vermeer, les maître hollandais comme lui ou Frans Hals, ou encore le peintre italien Le Caravage. Et les peintres américains modernes, ou des gens comme Willem De Kooning, un Hollandais qui a déménagé aux États-Unis et qui a beaucoup évolué. J’aime aussi Andy Warhol, j’ai beaucoup d’influences différentes.

Est-ce que tu as des peintures en cours, en ce moment ?

Non, parce que depuis un an et demi, lorsque je me suis remis à la musique, je m’y suis consacré à plein temps. J’ai remarqué qu’avant, jusqu’à ce que je rejoigne Whitesnake, je pouvais combiner les deux parce que j’étais chez moi pendant la semaine et ensuite je pouvais peindre, écrire des chansons et commencer à répéter, et la plupart de l’année nous tournions aux Pays-Bas, donc après les concerts je pouvais rentrer chez moi, et me mettre à peindre dès le lendemain. Dans Whitesnake, je ne pouvais plus combiner les deux, et après ça, je me suis rendu compte que si je voulais faire quelque chose de bien, il fallait que je me concentre dessus : si je veux faire des expositions, il faut que je me consacre à plein temps à la peinture, et si je veux enregistrer un album et partir en tournée, il faut que je me concentre sur la musique.

Nous n’avons pas encore vu l’artwork de l’album : est-ce que ça va être une de tes peintures ?

Non, j’ai dessiné le logo que tu peux voir sur la version promo, mais ce n’est pas le logo complet, le logo complet est sur la page Facebook où tu as une chouette et le triangle symbole du soleil derrière. La chouette s’éloigne du soleil, dans la nuit, et pour moi, c’est le symbole de Moonkings. Pour le premier album, j’aime toujours établir le logo, et pour le deuxième album, je ferai sans doute une peinture, donc ça devrait être cool !

Est-ce qu’on peut s’attendre à te voir expérimenter avec d’autres formes d’art ?

Oui, j’aimerais beaucoup me mettre à la sculpture dans le futur, et je suis aussi un cuisinier très enthousiaste, et je considère ça comme de l’art aussi. Un bon ami à moi a un restaurant qui a une étoile dans le guide Michelin et depuis que je suis enfant, j’ai toujours aimé la cuisine, la musique et la peinture, toutes les formes d’art. Donc quand je suis chez moi et que j’ai le temps, j’aime cuisiner parce que pour moi, c’est comme la peinture et la musique : tu composes ta peinture avec des saveurs et pas des couleurs ou des sons. C’est une autre chose que j’adore, et j’ai enfin eu un peu de temps pour m’y consacrer. Il y a deux jours, j’ai cuisiné pour cet ami qui est chef dans un restaurant du guide Michelin, il aurait voulu être guitariste mais il s’est rendu compte qu’il n’était pas assez bon, donc c’était intéressant… C’est un gros fan de rock. Il y a beaucoup de chefs du guide Michelin en Hollande, en fait : nous avons un chef de restaurant qui a trois étoiles qui écoute du AC/DC dans sa cuisine quand il travaille, c’est intéressant !

Est-ce que tu nous donnerais une de tes recettes, ou un plat que tu aimes particulièrement ?

Oui, ce que je préfère, ce sont les cèpes [en français, ndt] ! L’automne, je vais cueillir des cèpes dans les bois. Il y a quelques semaines, j’en ai trouvé douze kilos, je les ai mis au frigo et je les cuisine avec des pâtes ou du risotto. J’ai une maison en France dans le Quercy, près de Cahors, depuis sept ou huit ans, et c’est un bon endroit pour les truffes et le canard, tu sais, le confit de canard, ce genre de truc. J’aime beaucoup la cuisine française, j’en fais souvent. C’est quelque chose qui me détend. Parfois, lorsque je compose, je cuisine entre deux chansons pour laisser le temps à mes idées de se développer. Pour me distraire, je vais à la cuisine, je prépare quelque chose de bon, ça m’inspire, je retourne à ma musique et je finis la chanson. Pour moi, tout est très connecté.

« Je me souviens avoir attendu sous la pluie pour Rory Gallagher quand j’avais à peu près 12 ans. […] Quand il est sorti, il a passé un peu de temps avec moi, sous la pluie, nous étions tous les deux trempés mais il a été très sympa et a répondu à toutes mes questions […]. Donc je me suis dit : ‘Si un jour je suis un guitariste connu, je serai sympa avec mes fans’. »

À l’époque de Slip Of The Tongue, apparemment tu t’es blessé au poignet, ce qui t’a empêché de t’occuper de toutes les parties de lead guitare de l’album, c’est pourquoi Steve Vai est arrivé pour s’en occuper. Comment l’as-tu vécu ?

C’était très frustrant, évidemment, parce que j’avais en tête un certain son pour l’album qui ressemblait plus à l’album de Moonkings, en fait, quelque chose de plus honnête, avec moins d’overdub. Donc d’un côté, j’ai pensé que c’était super que Steve Vai s’occupe de la guitare parce que c’est un très bon guitariste, mais d’un autre, c’était très frustrant, parce que quand tu écris une chanson, tu veux pouvoir la jouer toi-même. Donc ça a définitivement été un moment difficile, mais je considère qu’on apprend toujours quelque chose des trucs qui ne vont pas, des trucs qui se passent bien, des déceptions, des échecs, etc. Donc ça a été difficile, mais en même temps, c’est un super album, j’en suis fier et il a eu pas mal de succès. C’était bizarre, mais ça a été une expérience très intéressante de tourner avec Steve, tu apprends toujours des autres musiciens et j’ai évidemment beaucoup appris de lui parce que son approche est très différente de la mienne. C’était très intéressant de jouer avec lui, tout le monde croyait que nous ne nous entendrions pas, mais en fait ça s’est très bien passé parce que nous ne nous sentions pas en compétition, puisque nous avons un style très différent. Tu fais toujours ton propre truc, et mes solos sont très différents des siens.

Tu es très actif sur Facebook, tu réponds constamment aux questions des fans. Est-ce que c’est important pour toi en ce moment de créer une relation forte avec eux, et d’être en interaction avec tes fans grâce à internet ?

Oui, j’essaie. C’est encore quelque chose qui me gênait avec Whitesnake : le groupe est tellement énorme qu’il y avait une grande distance entre nous et nos fans. Je me suis mis à Facebook il y a un peu plus d’un an parce qu’il y avait beaucoup de gens sur Facebook sous mon nom, et de temps en temps je recevais des messages ou des coups de fil de gens qui me disaient : « Pourquoi tu n’as pas répondu à mon message ? », je leur disais : « Quel message ? » et ils me répondaient : « Sur Facebook ! » Quand je leur disais que je n’étais pas sur Facebook, ils me disaient : « Mais si tu y es ! » Je suis donc allé regarder, j’ai pris contact avec Facebook qui m’a répondu qu’ils ne pouvaient rien faire parce que les gens recommenceraient. Donc je me suis dit : « Si je ne peux pas les battre, je n’ai qu’à les rejoindre ! », donc j’ai décidé d’ouvrir une page et quand j’ai le temps, je réponds aux questions parce que quand j’étais jeune, en tant que fan, il y avait tellement de questions que j’aurais voulu poser à mes héros, j’aurais adoré en avoir l’opportunité. Donc j’essaie toujours de m’imaginer ce que j’aurais pensé quand j’étais petit : « Est-ce que j’aurais aimé ce truc ? » Je me souviens avoir attendu sous la pluie pour Rory Gallagher quand j’avais à peu près 12 ans et qu’il jouait dans ma ville, j’ai attendu deux heures pour un autographe et pour lui poser quelques questions, et quand il est sorti, il a passé un peu de temps avec moi, sous la pluie, nous étions tous les deux trempés mais il a été très sympa et a répondu à toutes mes questions à propos de son son, de son ampli Vox, il a été très gentil. Donc je me suis dit : « Si un jour je suis un guitariste connu, je serai sympa avec mes fans. » Ils dépensent tout cet argent et cette énergie pour toi, donc la moindre des choses, c’est d’y répondre en leur offrant un peu de ton temps. J’aime aussi savoir ce que les gens pensent, ce qu’ils aiment et ce qu’ils n’aiment pas, donc je le fais dès que je peux, quand je suis sur la route, j’utilise Twitter, etc. Ce sera sans doute un peu plus compliqué de garder à jour la page Facebook, mais peut-être que nous y arriverons – en même temps, sur la route, tu as beaucoup de temps libre. J’aurai peut-être même le temps de chercher des images marrantes, on verra !

À ce propos : est-ce qu’il y a une tournée prévue ?

Oui, je le mettrai sur Facebook dès que j’en aurai l’occasion. Nous avons une date à Paris [le 26 avril, au Divan du Monde, ndlr], et plus tard nous voulons revenir et faire plus de dates en France, bien sûr, mais d’abord nous voulons faire un tour très rapide en Europe pour aller dans chaque pays et montrer aux gens que nous existons. Nous allons donc commencer par la Hollande, puis l’Allemagne, la Belgique, la France, l’Angleterre, et aussi l’Espagne, le Portugal, l’Italie, et la Suisse, je crois. Dès que nous connaîtrons le calendrier définitif, nous le mettrons sur notre page Facebook et notre site. Le site va être mis en ligne à la fin de la semaine, donc ce sera plus simple. Je suis très content de jouer enfin en France : j’y passe beaucoup de temps mais je n’ai jamais l’occasion d’y jouer, donc j’espère vraiment que nous ferons d’autres dates ici, que nous rencontrerons tout le monde et que nous boirons du Bordeaux tous ensemble !

Qu’est-ce que tu connais, en France ? Quelles villes connais-tu ?

Je connais pas mal de choses sur la France, j’adore le vin, donc j’ai beaucoup de vins français et je vais visiter les vignobles pour parler aux gens. Mes villes préférées sont Montpellier, Rouen et Cahors parce que je passe beaucoup de temps dans la maison que j’ai là-bas. J’aime aussi Montauban et Paris, bien entendu. Paris est sans doute ma ville préférée au monde. J’y emmène ma fille tous les ans depuis qu’elle a trois ans, et jusqu’à il y a trois ans, nous allions seulement à Disneyland, mais maintenant nous allons à Paris, nous prenons un de ces vélos et nous partons nous promener dans la ville à vélo, et je lui montre tout. Il y a tellement de super villes en France, tellement de régions et d’atmosphères que je pense qu’il faudrait trois vies entières pour tout voir ! [rires]

Super, et est-ce que tu parles un peu français ?

Oui ! Pas de problème, oui ! Mais faire l’interview en français c’est un peu plus difficile qu’en anglais ! Quand je suis dans mon village – je demeure près d’un petit village – je parle en français avec les gens ! Oui, c’est beaucoup de plaisir pour moi !

C’est bien, tu te débrouilles bien ! (Rires)

Merci, OK !

Interview réalisée par téléphone le 13 janvier 2014 par Metal’O Phil
Questions : Spaceman
Retranscription : Judith
Traduction : Chloé
Introduction : Animal

Site internet officiel de Moonkings : www.moonkingsband.com
Site internet officiel d’Adrian Vandenberg : www.vandenberg-art.com

Album Moonkings, sortie le 24 février 2014 chez Mascot Label Group



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