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Interview   

Moonspell : Entretien avec Fernando Ribeiro


12 avril 2007. Fernando Ribeiro, chanteur ô combien charismatique de Moonspell, est assis sur un canapé confortable du Transbordeur avant le concert du groupe portugais à Lyon. Metal’O Phil est là et regarde le chanteur de loin… Logiquement, il s’approche de Fernando pour faire l’interview. Et là, Metal’O Phil pète un cable !!! Il courbe l’échine et se jette à terre pour faire au chanteur de Moonspell une… révérence.

Radio Metal : Moonspell était hier (NDLR : le 11 avril 2007) à Paris dans le cadre du No Mercy Festival. C’était comment Fernando ?

Fernando Ribeiro : Excellent. En fait, le show a été génial pour tous les groupes. Le public parisien est toujours très bon. Si tu connais un peu les groupes qui participent au festival (NDLR : Napalm Death, Behemoth, Dew Scented etc.) tu sais qu’ils sont tous très différents. Chacun avait son propre public mais ça n’empêchait pas ceux qui venaient voir Napalm Death d’assister au concert de Moonspell. Ou ceux qui venaient voir Moonspell d’apprécier également Behemoth. C’était vraiment une très bonne journée. Quand Moonspell est monté sur scène, plusieurs groupes extrêmes étaient déjà venus jouer. C’était donc sympa de passer du concert d’extrême grindcore de Napalm Death à quelque chose de plus atmosphérique comme Moonspell. Toujours metal mais d’une certaine façon plus… musical. Donc oui, je suis très satisfait du concert d’hier.

Aviez-vous déjà rencontré les gars de Napalm Death, Behemoth ou Dew Scented avant de partager la scène avec eux ou bien était-ce une première?

Oui, nous les avions déjà rencontrés. Moonspell est dans le circuit depuis un moment et nous avions déjà été en contact avec tous ces groupes. Le premier, Root, existe depuis longtemps et vient de République Tchèque. Les gens n’en savent malheureusement pas beaucoup sur eux, mais c’est un très bon groupe, avec d’excellentes chansons, de bons albums et une longue histoire derrière eux. Ils ont eu particulièrement de succès quand ils ont ouvert le festival dans de grandes villes comme Londres ou Paris car beaucoup de gens de la vieille école viennent les voir sur scène. Nous connaissions très bien le chanteur de Dew Scented, Leif, parce qu’il travaillait pour Century Media, notre ancien label. J’ai quelques disques de ce groupe, je les trouve plutôt bons. Nous n’avions jamais rencontré Behemoth personnellement, mais nous étions en contact via MySpace et Internet. Notre histoire avec eux remonte à loin puisque Moonspell a toujours été très populaire chez eux, en Pologne. Ce sont de grands fans de ce qu’on faisait à nos débuts, même nos démos. Nergal nous a même dit que Moonspell les avait beaucoup influencés…ce qui est un très grand compliment. Il venait déjà voir les concerts de Moonspell en Pologne quand il était tout jeune, en 1985 ou 1986. J’ai été très surpris d’entendre ça parce que Behemoth est un très grand groupe. Que dire à propos de Napalm Death ? Nous avons joué avec eux pour la première fois aux alentours de 1986 et nous avons beaucoup joué ensemble depuis. Ce sont des gars bien. Un groupe qui a toujours énormément de fans et qui ne les a jamais oubliés. Je crois qu’une toute nouvelle génération de fans de Napalm est en train de naître. Napalm Death est un groupe unique en son genre : personne ne joue ce genre de musique comme eux. C’est toujours super sympa de voir le public se lancer dans des pogos déments pour Napalm. Mes albums préférés sont Mentally Murdered et Harmony Corruption parce qu’ils mélangent différents styles de metal. Et j’adore le chant de Barney, surtout sur Benediction, leur premier album. En fait, ils nous ont tous un peu influencés. Mais musicalement ce sont deux mondes différents.

Justement en 1994, vous avez joué avec Cradle of Filth à Lisbonne. Peux-tu nous en dire un peu plus sur ce show ? Comment sont-ils entrés en contact avec vous ? A l’époque, vous n’étiez pas encore un groupe connu. Comment s’est passée cette rencontre ?

Moonspell a toujours appartenu à la scène underground. On échangeait beaucoup de démos avec d’autres groupes. Nous étions assez connus dans le milieu underground mais pas vraiment en-dehors. Nous étions sur le point de sortir notre tout premier album, Under the Moonspell, et à partir de ce moment-là, notre situation s’est évidemment améliorée. Notre histoire avec Cradle remonte à loin. Certains d’entre nous les avaient rencontrés lors de leur premier concert au Portugal. On était déjà en contact avec eux. Ils avaient beaucoup de succès mais ils n’avaient encore jamais joué à Lisbonne. Quand ils sont finalement venus à Lisbonne, ils avaient besoin d’un groupe qui montait pour faire leur première partie. Et leur promoteur, qui était également notre agent à l’époque, a pensé à Moonspell. Le concert était complet, c’était un truc fantastique pour le black metal. A l’époque, peu de groupes de black venaient jouer au Portugal, et les amateurs de black et de death metal étaient très excités à l’idée de ce concert. Du coup, la sale était pleine. C’était génial. C’était un truc à tout petit budget et les types de Cradle sont restés couchés chez nous. Les choses sont un peu différentes aujourd’hui mais à l’époque c’était vraiment un truc entre amis.

Vous avez apparemment gardé le contact avec les gars de Cradle puisque vous avez fait la première partie de quelques-uns de leurs concerts l’an dernier. Etait-ce une façon de vous rappeler le bon vieux temps ?

Nous avons fait une tournée aux Etats-Unis avec Type O Negative et Cradle. A l’époque Cradle faisait la promo de Damnation and a Day. La tournée s’est très bien passée. Beaucoup de gens venaient voir Moonspell et les salles étaient bondées. Oui ça nous a rappelé le bon vieux temps, c’était génial. Comme on est amis et qu’on se connaît bien, quand Cradle est parti en tournée en Europe pour Nymphetamine, ils nous ont invités à nous joindre à eux pour faire leur première partie. On était ravis de le faire et ç’a été une très bonne tournée pour Moonspell. On a une relation très sympa avec Cradle. Beaucoup de gens pensent que ces gars sont difficiles à vivre mais c’est une simple rumeur. Ce sont des types tout à fait normaux qui aiment ce qu’ils font et qui aiment faire du metal. J’adore leurs albums et nous serons évidemment disponibles dès qu’ils voudront à nouveau nous inviter sur une tournée.

Votre set était très black lorsque vous avez fait la première partie de Cradle et ce soir vous allez d’ailleurs jouer avec des groupes extrêmes. Allez-vous adapter votre set au style de ces groupes ou jouerez-vous aussi des chansons tirées de l’album Irreligious, par exemple ?

On essaie généralement d’être nous-mêmes. Moonspell est un groupe qui a de nombreuses chansons très variées. A propos de ce set avec Cradle, je n’ai pas souvenir qu’il ait été particulièrement black. Simplement, The Antidote est un album très heavy en lui-même. Sur le No Mercy Festival, on essaie de jouer pas mal de chansons différentes, surtout de la période Irreligious ou Wolfheart. Le public sera probablement trop crevé pour les chansons les plus rapides et les plus heavy. Donc même si nous jouerons certaines chansons du dernier album, qui a tout de même un petit côté extrême, il y aura aussi des chansons plus atmosphériques comme Awake!, Ruin and Misery, Opium, Alma Mater ou Vampiria. Les gens adorent ça.

En 1998, Daemonarch a sorti son premier album. Penses-tu qu’un second puisse voir le jour dans le futur ?

Je n’ai pas envie de dire « non, jamais », mais Daemonarch n’était qu’un projet et n’a jamais eu pour objectif de s’inscrire dans la continuité. C’était juste quelque chose que je voulais faire pour moi, de la création à la sortie, et il se trouve que les gens ont très bien réagi. Les chansons sont plutôt bonnes, je pense, mais il y avait tellement de groupes sur les scènes death et black metal à l’époque que j’avais pensé que mon projet ne répondrais pas aux attentes des gens. Mais je dois répondre à toujours plus de questions concernant Daemonarch et toujours plus de gens semblent attendre une suite. Pour le moment, dans un futur proche, la réponse à ta question est non parce que je me concentre sur Moonspell et que l’évolution du groupe m’a permis de faire quelque chose d’un peu plus brutal. Je n’envisage pas de nouvel album pour l’instant, mais qui sait, je pourrais peut-être faire quelque chose pour Daemonarch dans l’avenir…

Mais es-tu satisfait de ce que tu fais avec Moonspell ou regrettes-tu le style plus violent de Daemonarch ?

Non. Plus maintenant. Moonspell a aujourd’hui des chansons comme « Finisterra », « Blood Tells », « Memento Mori » ou les chansons de The Antidote, qui sont très heavy, brutales et rapides, donc ce n’est pas quelque chose qui me manque. Au contraire, après cette tournée, ce qui me manque, c’est plutôt les chansons plus atmosphériques. Quelquefois, le bruit, c’est trop. Ce n’est pas ça qui me fera refaire un album avec Daemonarch. Je pense que Moonspell est un groupe très accompli, et qui s’améliore avec le temps, donc je n’en vois vraiment pas l’utilité.

Passons à une question qui ne manquera pas d’intéresser de nombreux fans : que penses-tu de Sin (Pecado), neuf ans après la sortie de l’album ? Vous ne jouez pas beaucoup de titres de cet album sur scène. Pourquoi ?

On l’a beaucoup joué quand on en faisait sa promo. Sin (Pecado) est un album qui possède une personnalité et des caractéristiques propres et nous avons tendance à penser que les chansons ne se marient pas bien avec des chansons tirées de Memorial, Wolfheart ou Irreligious dans un concert. Elles sont plus calmes et plus mélodiques, Aujourd’hui, on essaie de réintroduire petit à petit certaines chansons de Sin (Pecado) à notre set-list. Hier, par exemple, nous avons joué « Abysmo » (on l’a d’ailleurs jouée une ou deux fois sur cette tournée). Ce qui est bizarre, c’est que beaucoup de fans ont tourné le dos à Moonspell à l’époque de Sin. C’était un signe des temps : les gens se sont désintéressés des grands groupes comme Paradise Lost, Samael ou Tiamat et se sont mis à écouter des groupes complètement différents et pas vraiment originaux. C’est pour cette raison que le débat autour de Sin (Pecado) et les demandes pour le jouer en live me surprennent. A ce propos, je me souviens même avoir écrit dans mon tour diary : « où étiez-vous quand nous avions besoin de vous ?! ». Mais malgré ça, l’album a très bien marché, surtout en France. C’est un album très apprécié ici, c’est pourquoi nous allons jouer au moins une chanson de l’album ce soir. Je pense que nous devrions jouer au moins une chanson de chaque album…mais c’est parfois difficile de faire un choix. On manque parfois de temps. Mais aujourd’hui on essaie de jouer une chanson de Sin, une autre de Butterfly Effect… Parfois, on fait même quelque chose de Under the Moonspell comme une ou deux fois sur cette tournée et sur d’autres concerts. Mais je pense que, jusqu’à la fin de la tournée (il nous reste deux concerts dans le sud de la France, à Montpellier et Toulouse), nous allons intégrer une ou deux chansons de Sin à notre set-list – très certainement « Abysmo », et probablement « Magdalene », une chanson que je regrette de ne pas jouer plus souvent. Il n’y a aucune raison particulière qui nous empêche de jouer les chansons de Sin. Ce n’est pas comme si on n’aimait pas cet album. D’ailleurs, on aime tous nos albums… Bien obligés, sinon on ne les sortirait pas ! C’est parfois difficile de trouver des chansons qui plaisent à tout le monde…Mais celles de Sin sont vraiment très intéressantes. Donc oui nous continuerons à les jouer mais nous devons aussi laisser du temps aux autres groupes.

Peux-tu décrire Memorial, votre dernier album, pour ceux qui ne l’ont pas entendu ? Quel était votre objectif lorsque vous composiez ? Aviez-vous envie d’un album plus sombre, plus violent ?

On a toujours envie que nos albums soient sombres ! C’est venu tout naturellement. On pouvait déjà le sentir sur The Antidote, surtout sur les chansons les plus rapides, comme « In and Above Men », « Southern Deathstyle » ou « From Lowering Skies », qui a reçu de très bonnes réactions de la part du public. C’était notre point de départ. Et puis, nous voulions aussi faire un album qui soit plus épique, plus enthousiaste, et pour ça, il nous fallait des chansons qui aient une structure plus metal. Il fallait qu’elles soient plus directes. Quand on a obtenu ce qu’on cherchait, on a décidé d’y ajouter un aspect plus mélodique. Nous ne sommes pas un groupe de grindcore ou de black ! Ce n’est pas la musique qu’on aime jouer. On fait du metal sombre et Memorial en est une parfaite illustration. On y trouve des chansons comme « Finisterra » ou « Blood Tells », mais aussi des chansons comme, par exemple, « Best Forgotten » ou « Sanguine ». Notre objectif premier était de faire un album de qualité, original, musical. L’enthousiasme est ce qui décrit le mieux cet album. C’était enthousiasmant à créer et à jouer en live et j’espère que nous avons réussi à transmettre ça aux fans. La grande majorité d’entre eux et beaucoup de magazines sont très enthousiastes à propos de l’album.

Dernière question : Moonspell a débuté avec le black metal puis a ensuite fait toutes sortes d’expérimentations. Le groupe est l’un des pionniers du metal gothique et on a assisté à une évolution musicale. Que penses-tu de certains groupes, comme AC/DC, qui préfèrent jouer toujours dans le même style ?

Ça dépend vraiment du groupe. On ne peut pas comparer notre génération à celle de Slayer ou celle d’AC/DC. Même si j’adore ces deux groupes. Ils ont une façon bien à eux de faire de la musique, et quand une formule marche, il n’y a pas de raison de la changer. Slayer est un groupe dont les albums sont tous très différents les uns des autres. Diabolus in Musica est très différent de God Hates Us All, mais ils ont réussi à s’adapter à l’époque. Personne d’autre ne fait ce que fait Slayer ! C’est pour cela que le groupe est aussi énorme. Quand on a débuté, tout avait déjà été fait. On a donc dû s’inspirer de plein de choses différentes pour créer notre style et c’est encore le cas aujourd’hui. Nous avons été influencés par des groupes qui cultivaient eux-mêmes le mélange des styles. Des groupes comme Bathory, Celtic Frost, Tiamat ou Type O Negative étaient eux-mêmes porteur de changement. C’est pour cette raison que Moonspell est un groupe en constante évolution. Je n’ai rien contre les groupes qui n’évoluent pas de façon aussi drastique que nous. La musique doit venir du c?ur. Etre originale et de qualité. Ce que je n’aime pas, en revanche, ce sont les groupes qui font de la musique standardisée et adaptent leur style en suivant la mode…

Tu as des noms de groupes en tête?

Ce n’est pas très sympa de citer des noms. Mais je ne suis pas un grand fan de tous ces nouveaux groupes de metal gothique, comme Within Temptation, par exemple. Ce sont des gens très bien mais leur style est trop joyeux. Trop pop-corn, je ne sais pas… Le retour du heavy metal traditionnel et de groupes comme Hammerfall ne m’a jamais enthousiasmé non plus. Donne-moi n’importe quel album de Manowar, il écrase la discographie de Hammerfall. Tous ces groupes un peu forcés ne me motivent pas plus que ça mais ce n’est que mon opinion personnelle. Je suis très exigeant envers la musique que j’écoute. Ce qui me plait le plus aujourd’hui ce n’est même pas le metal en lui-même mais plutôt des groupes comme Isis, Red Sparowes ou Jesu. Ce sont des groupes formidables qui ont quelque chose de complètement différent…

Traduction : Saff’

Site Internet Moonspell : www.moonspell.com



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