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Chronique   

Moonspell – Hermitage


Moonspell approche doucement de ses trente années d’existence. Le groupe portugais est depuis devenu une référence incontournable dès lors qu’il s’agit d’évoquer le metal gothique. L’étiquette se veut pourtant trop restrictive, Moonspell a prouvé à de maintes reprises sa capacité à s’illustrer dans de nombreux registres, du death au progressif, en passant par l’industriel. Aujourd’hui, la seule et unique chose qui lui importe est la sincérité de son rapport à la musique, loin de la danse des catégories et du besoin de combler les attentes. Moonspell compte sur l’investissement et l’ouverture d’esprit de l’auditeur avant de se plier à ses desiderata. Hermitage, son douzième opus, a été conçu avec cette philosophie qui avait réussi à l’album conceptuel 1755 (2017) autant qu’elle avait fait de The Butterfly Effect (1999) un album décrié en son temps. Hermitage se veut volontairement moins monolithique que son aîné, non soumis à une contrainte thématique bien définie. Il est aussi le premier album de la formation sans le batteur et membre fondateur Mike Gaspar, remplacé par Hugo Ribeiro. Rien qui ne dévie Moonspell de sa trajectoire, cette volonté de s’évader pour trouver une meilleure place au sein d’un monde sans lumière.

Le départ de Mike Gaspar n’a pas influencé l’écriture d’Hermitage, toujours l’œuvre du trio Fernando Ribeiro, Pedro Paixão et Ricardo Amorim. Moonspell a eu recours à un orfèvre en la matière pour l’assister à la production en la personne de Jaime Gomez Arellano (Ghost, Paradise Lost, Sólstafir…). Un choix en accord avec l’orientation musicale d’Hermitage, principalement inspirée par le rock des seventies et ses ramifications progressives. Hermitage n’a jamais autant entretenu de similitudes avec Pink Floyd. Il suffit de se laisser bercer par les longues plages aériennes d’« All Or Nothing », ses leads gilmouriens et ses accords de guitare folk d’un autre temps. Hermitage s’articule autour de titres plus lents aux accroches mélodiques marquées et langoureuses. Les arrangements de Pedro Paixão privilégient justement la construction d’atmosphères cosmiques ou oniriques, à l’instar des nappes de claviers de l’instrumental « Solitarian », soutenues par le jeu d’Hugo Ribeiro qui dévoile toute sa finesse. « Without Rule » lorgne quant à lui clairement du côté du rock progressif avec ses jeux de dynamique habillement construits et arrangés, ses sonorités de clavier psychédéliques, ses phrasés de guitare hypnotiques flirtant avec le stoner et ce long crescendo qui effleure à son terme le Moonspell plus agressif des œuvres passées.

Ce dessein explicite de ralentir le tempo et de se reposer sur des mélodies prolongées s’accorde parfaitement avec le propos de Moonspell, un constat sans illusion sur l’état du monde et sur la question de la solitude au centre d’Hermitage. Elle est envisagée sous ses angles contraires : la déconstruction qui en découle ou ses vertus thérapeutiques. Moonspell va jusqu’à prôner un moyen d’action via l’outro instrumentale inquiétante « City Quitter » et ses notes de piano résolues : il faut abandonner la ville, à la fois l’image et la réalisation de ce qui ne fonctionne plus chez l’humain, et trouver un meilleur ancrage. Hermitage s’inscrit ainsi parfaitement dans la rhétorique des précédents albums. Moonspell n’a d’ailleurs pas abandonné un goût certain pour le metal gothique à la fois puissant et mélancolique, à l’image de « The Greater Good » en ouverture, ou pour le riffing marqué et ses affects extrêmes, que ce soit via le groove de « Common Prayers » ou l’influence de Bathory transparente sur la tension et le chant déclamé d’« Hermitage ».

Hermitage est (encore une fois) une facette différente de Moonspell, le témoignage le plus vibrant quant à ses influences seventies. Il y a pourtant le même cachet qui s’en dégage, comme si le groupe était parvenu à rendre tout à fait naturelle cette orientation musicale, précisément parce qu’il ne s’est pas soucié de respecter une marque de fabrique autre que l’intuition. Hermitage va cependant demander du temps pour être appréhendé, ce que désire Moonspell avant tout. Il se laisse à la merci de l’auditeur, qui devra abandonner un temps et en partie ce qu’il connaît du groupe pour lui prêter une attention renouvelée. Dès lors, il offre une réelle garantie d’évasion.

Clip vidéo de la chanson « Common Prayers » :

Lyric vidéo de la chanson « The Greater Good » :

Album Hermitage, sortie le 26 février 2021 via Napalm Records. Disponible à l’achat ici



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  • Mr Claude dit :

    Il est très bon cet album.

    J’applaudis les groupes qui se renouvellent, et plus particulièrement ceux qui axent leurs propos sur la mélodie plutôt que la vitesse d’exécution, la lourdeur ou la sauvagerie.

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  • Mike Gaspar, pas Manuel 🙂

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    Spaceman

    Corrigé, merci !

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