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Interview   

Moonspell : ressentir et penser


Après bientôt trente ans de carrière, Moonspell commence déjà doucement à songer à la fin. Pas qu’elle soit nécessairement pour tout de suite, ni pour presser les gens à acheter leur nouvel album qui, avec un peu de chance, malgré les circonstances difficiles actuelles, ne sera pas leur dernier. Non, ils y songent juste pour se préparer au moment où il faudra se retirer du tumulte de cette vie publique. Ce qui nous amène à Hermitage, un album qui questionne notre monde moderne hyper connecté mais dans lequel, paradoxalement, on est de plus en plus seuls – par la force des choses ou par égocentrisme – et à la fois loue les vertus de l’ermitage comme moyen de rupture avec ce monde et de prise de recul.

Un album également qui prend le contrepied de l’imposant 1755, en délivrant une musique globalement plus posée, langoureuse voire atmosphérique, en partie inspirée de Pink Floyd et du space rock. Une fois encore Moonspell surprend et s’attend à susciter l’incompréhension de certains fans. Il en a l’habitude, c’est même pour eux la preuve qu’ils ont fait leur boulot. Afin de mieux comprendre la démarche artistique dans laquelle se sont engagés les Portugais et leur réflexion sur la thématique de la solitude, qui prend évidemment un sens exacerbé à l’heure du Covid-19, nous avons échangé avec le chanteur-parolier Fernando Ribeiro, qui aborde toujours les sujets en profondeur et apporte des réponses détaillées.

« Parfois les gens me disent qu’ils sont surpris et qu’il faut plusieurs écoutes, et je ressens dans leur voix que ce n’est pas positif pour eux, mais pour moi, c’est un compliment. Je trouve que le monde est rempli de metal qu’on peut comprendre à la première écoute. Parfois, c’est une aventure d’un soir, or nous voulons une relation pour la vie. »

Radio Metal : Hermitage marque un changement qui n’est pas anodin pour Moonspell puisque c’est le premier album sans le membre fondateur Miguel Gaspar à la batterie. Que peux-tu nous dire concernant son départ ? Pourquoi avez-vous été si secrets sur les raisons derrière ça ?

Fernando Ribeiro (chant) : Du côté de Moonspell, ça ne nous pose aucun problème d’expliquer les raisons derrière le départ de Mike, car honnêtement, j’aime dire la vérité. Le départ de Mike n’était pas aussi amical que nous l’aurions souhaité. Nous avons dû signer un contrat de confidentialité avec l’avocat de Mike et c’est la raison pour laquelle nous ne pouvons pas en parler, que ce soit nous ou lui. Etant donné la profonde relation que nous avions avec lui en tant que membre de Moonspell, ça ne s’est pas passé du jour au lendemain. Je pense que notre relation était usée, Moonspell était dans une mauvaise situation après la tournée avec Rotting Christ. L’une des conséquences a été le départ de Mike. En tant qu’ex-membre, il n’a pas voulu rester en bons termes avec nous, ce que je respecte et comprends. Je ne sais pas ce que j’aurais fait à sa place, peut-être que j’aurais fait l’inverse parce que nous sommes des personnes totalement différentes. Je ne peux que lui souhaiter le meilleur. J’espère qu’il continuera à jouer de la musique et qu’il restera en contact avec les fans de Moonspell. Mike a beaucoup donné à Moonspell et Moonspell lui a beaucoup donné en retour. En ce qui me concerne, c’en est arrivé à un point où beaucoup de choses devaient changer pour que nous puissions avoir un avenir en tant que groupe. Le départ de Mike est dommage pour tout le monde, surtout pour le groupe, mais nous avons poursuivi notre route avec Hugo, avec qui nous avons enregistré le nouvel album. Nous avons trouvé un bon remplaçant, nous y allons doucement et nous attendons de voir ce qui va se passer avec Moonspell ; jusqu’ici, nous avons décidé de continuer sans Mike et Mike doit continuer sans nous. C’est dommage, et encore une fois je lui souhaite le meilleur, mais notre temps ensemble est désormais révolu.

Ça ne doit pas être facile de prendre la place d’un batteur qui était là depuis le début et qui a participé à façonner le son du groupe. D’autant que personne ne connaissait Hugo Ribeiro avant. Du coup, comment l’avez-vous choisi et qu’a-t-il apporté à l’équation de Moonspell ?

Je ne l’ai pas personnellement choisi. Mike était l’un de mes meilleurs amis et comme chacun le sait, il a officié dans Moonspell durant des périodes très importantes. Ce qui est bien concernant Moonspell ces derniers temps, c’est que chacun connaît sa place dans le groupe et c’est très important pour les membres restants et nouveaux. C’est très dur de remplacer les gens, on recherche quelque chose de différent, car c’est la raison pour laquelle un changement a lieu – pas pour se retrouver avec la même chose – et c’est clairement ce que Hugo a apporté au groupe. Après de nombreux échanges, Pedro [Paixão] et Ricardo [Amorim] ont enfin endossé leur rôle de leaders dans tout ce qui est lié à la musique de Moonspell ; ils ont toujours été les compositeurs de Moonspell, en particulier depuis Irreligious quand Ricardo a rejoint le groupe. Wolfheart était le seul album où les anciens guitaristes ont composé des choses. A partir de là, tous les autres albums ont été composés par Ricardo, Pedro et moi. Mike était le batteur mais pas un compositeur et nos bassistes n’ont jamais écrit de musique pour Moonspell. Il se peut que ça change avec Hugo dans le futur, car il a un talent brut qui peut assurément être développé maintenant au sein d’un groupe professionnel. Ce n’est pas que je me fichais de savoir qui allait intégrer Moonspell mais j’ai laissé Pedro décider et j’ai trouvé qu’il avait fait un très bon choix. J’endosse de nombreuses responsabilités dans Moonspell, je suis normalement celui qui doit gérer tout ce qui se passe : les premières amours, les premières haines, les problèmes. Une chose que je souhaite vraiment pour cette dernière étape dans la carrière de Moonspell – appelons ça ainsi – c’est de ne pas être le seul protagoniste du groupe, car ce n’est pas juste ni pour moi, ni pour les autres gars, donc eux aussi y prennent part. L’un des aspects liés à ça était que Pedro choisisse Hugo.

Je crois que Pedro avait déjà rencontré Hugo dans d’autres circonstances, il était sur le point d’enregistrer quelque chose avec Hugo et une chose en a entraîné une autre. Plein de gens voulaient prendre la place de Mike : des batteurs étrangers, des amis à nous qui voulaient donner un coup de main… Il y avait plein de noms sur la table mais Hugo était le genre de gars que Perdro recherchait. Je pense que Pedro sait ce qui est le mieux pour Moonspell, il a assurément fait le bon choix. Hugo est quelqu’un de très gentil, ce qui aide beaucoup, il est très humble et reconnaissant de l’opportunité qui lui a été donnée. Quand nous nous sommes posés pour jouer nos chansons, c’était comme si ça faisait des années qu’il les jouait, c’était presque effrayant. C’est un excellent batteur, totalement différent de Mike, et il y avait aussi certains aspects dans le jeu de batterie que nous voulions voir évoluer car la batterie joue un rôle important dans Moonspell. Ça a été une année pourrie à intégrer Hugo au sein groupe mais ce n’était pas si mal non plus, parce que nous nous sommes débrouillés pour faire au moins cinq concerts au Portugal, nous avons joué au studio, non seulement pour enregistrer mais aussi pour jouer les anciennes chansons afin d’aider Hugo à intégrer la meute, pour ainsi dire, et nous avons aussi fait quelques émissions de télé et du contenu pour le fan club. Je crois que Moonspell a trouvé un excellent batteur, en tant que personne et en tant que musicien. Il a fait du très bon boulot sur Hermitage.

« Nous voulions que cet album soit beaucoup plus fluide, qu’il ne soit pas comme une montagne mais une rivière, qu’il ait la forme de l’eau car l’eau n’a pas de forme. »

A bien des égards, votre nouvel album Hermitage est très différent d’un album comme 1755 ou même Extinct. On y trouve des chansons lentes, avec beaucoup d’atmosphère, de longs solos et leads langoureux et des passages qui font beaucoup penser à Pink Floyd, en particulier si on pense à des morceaux comme « All Or Nothing », « Solitarian » ou « Without Rules ». Comment cette nouvelle direction ou couleur musicale a-t-elle pris forme ?

Nous nous sommes lancés sur Hermitage dès 2017. J’ai commencé à écrire les textes et à réfléchir au concept un petit peu avant que nous terminions de travailler sur 1755, tandis que Pedro et Ricardo ont commencé à rassembler les idées musicales durant la promotion de l’album. Avec 1755 nous nous sommes consacrés à un album plus agressif et rentre-dedans, avec plus de chant crié. Il était chanté en portugais et parlait de l’histoire portugaise et du grand tremblement de terre de Lisbonne. Quand nous l’avons fait, même si nous tournions beaucoup et que les gens ont beaucoup apprécié cet album, il n’était déjà plus sur mes écrans radars. J’ai quelque chose au fond de moi qui me fait penser à d’autres idées dès que je termine un album. C’est une dynamique, je ne me force pas, mais ça arrive souvent. J’ai décidé de lancer un nouveau défi au groupe, en disant que nous devions faire une musique plus fluide – par opposition à un monolithe – quelque chose comme une rivière, qui nécessiterait de la part des gens de prendre leur temps pour le ressentir et y réfléchir. Je pense qu’Hermitage n’est pas le genre d’album qui donne l’impression d’avoir tout dévoilé après une seule écoute. Je trouve que c’est bien. Parfois les gens me disent qu’ils sont surpris et qu’il faut plusieurs écoutes, et je ressens dans leur voix que ce n’est pas positif pour eux, mais pour moi, c’est un compliment, c’est exactement ce que nous voulions obtenir. Je trouve que le monde est rempli de metal qu’on peut comprendre à la première écoute. Parfois, c’est une aventure d’un soir, or nous voulons une relation pour la vie. Cet album est dans la veine d’albums tels que Sin ; c’est très différent de Sin mais je suis relativement convaincu que la manière dont les gens vont réagir à cet album sera assez similaire, ils découvriront de nouvelles choses au fil du temps. Notre boulot était fait quand nous avons refermé la porte du studio.

Comment nous en sommes arrivés là, c’est une autre histoire. Nous avons commencé à composer la musique et j’ai appelé Pedro et Ricardo pour leur dire que je voulais un album sans restriction, qu’ils pouvaient composer tout ce qu’ils voulaient et prendre leur temps, que la longueur et le tempo des chansons n’avaient pas d’importance – c’est pourquoi on en trouve des plus longues et des plus courtes – mais qu’il devait avoir un feeling et faire réfléchir. Il fallait qu’on l’écoute et qu’on y réfléchisse, et même si on ne réécoute pas l’album, nous voulions qu’il laisse une impression durable. Nous avons adopté certaines influences qu’ils avaient en dehors du metal, en particulier Pink Floyd, Led Zeppelin, certains groupes de space rock et même des trucs bluesy que Ricardo aime bien, et nous avons ajouté ça à la recette existante de Moonspell. Nous avons déjà un son qui est dynamique et oscille entre les éléments heavy et atmosphériques. Le chant paraît aussi un peu différent. Mais nous n’avons pas d’explication sur la manière dont nous sommes arrivés là, nous avons simplement suivi notre instinct. C’est ce que nous voulions faire avec cet album, nous voulions être en salle de répétition et expérimenter, et le résultat est même encore plus différent que ce à quoi je m’attendais. C’est une dynamique que l’on peut observer chez Moonspell tout au long de notre discographie : dès que nous faisons un album très fort, nous devenons moroses, donc l’album suivant est plus atmosphérique. Parfois, quand on écoute les albums, on a vraiment l’impression que les groupes ont une check-list : parties rapides, solo de guitare, chant doublé… Nous n’avions pas de check-list quand nous avons fait cet album. Nous nous sommes contentés de le faire et nous avons fait équipe avec Jaime Gomez Arellano qui a apporté ses influences : les groupes des années 70, de prog, de rock et metal psychédélique.

Il est clair qu’on découvre une nouvelle facette de Moonspell avec cet album, surtout avec ces leads de guitare très gilmouriens. Jusqu’à présent, Pink Floyd n’était peut-être pas la première référence qui venait à l’esprit en pensant à Moonspell…

Clairement pas mais nous écoutons tous Pink Floyd. Par coïncidence, mon oncle m’a donné toute la discographie de Pink Floyd de la fin des années 70 aux années 80 en vinyle et j’ai découvert beaucoup de choses sur ce type de musique. David Gilmour a toujours influencé le jeu de guitare de Ricardo, c’est la raison pour laquelle c’est un guitariste exceptionnel, mais il ne fait pas de la démonstration, il joue plus avec les atmosphères comme le fait David Gilmour. Sur cet album, il laisse vraiment transparaître cette influence et nous l’avons suivi. Pink Floyd est plus important pour le metal que les gens le pensent. C’est comme quand nous avons fait la reprise de Depeche Mode à l’époque de Sin, les gens étaient énervés, mais au final, on voit que Depeche Mode est une influence très importante pour plein de groupes de metal. On voit même des groupes extrêmes faire des projets dans lesquels ils cherchent à sonner comme Depeche Mode parce qu’ils n’ont pas le courage d’intégrer cette influence dans leur propre musique et qu’ils ne veulent pas perdre des fans, ce que je respecte. Avec Moonspell, il ne s’agit pas de faire des projets, nous utilisons toutes les influences que nous avons dans notre musique quitte à en payer le prix. Si tu regardes d’autres influences que nous avons, comme Fields Of The Nephilim ou Bathory… Si tu écoutes Twilight Of The Gods de Bathory, qui a beaucoup influencé des chansons comme « The Hermit Saints » ou « Hermitage » sur cet album, il y a beaucoup de Pink Floyd là-dedans ; je suis sûr que Quorthon en écoutait. Quand tu écoutes Fields Of The Nephilim, tous les claviers sont très vintage, ça sonne british… Même si la musique souffre de la pandémie, du cynisme des gens et du fait que les gens veulent être divertis et non défiés – pas de souci car la musique est là pour divertir – c’est merveilleux dé découvrir les liens improbables qui existent entre différents types de musique. Cette fois, nous avons levé une partie du voile qui n’avait pas encore été levé. Après tant d’années, après avoir fait tant de musique, je ne discute pas le goût des gens – certains aimeront, d’autres n’aimeront pas, c’est la vie quand on fait de la musique – mais ils remarqueront et comprendront la différence et pour nous, c’est suffisamment gratifiant.

« Contrairement à ce que les gens pourraient croire, le Covid-19 n’a eu strictement aucune influence sur Hermitage. Avec ou sans le Covid-19, je pense que le monde arrivait à un stade où il nous fallait faire une pause et réévaluer notre manière de s’approprier le monde. »

En parlant d’influences, il se trouve que l’édition deluxe de l’album contient une reprise du « Darkness In Paradise » de Candlemass. Que représentent ce groupe et cette chanson pour vous ?

J’écoute Candlemass depuis Epicus Doomicus Metallicus ; ça a été une révélation pour moi. Je l’ai acheté à l’époque au même moment que d’autres albums, tels que Blood Fire Death et des trucs plus extrêmes. Quand je l’ai écouté, j’étais là : « C’est quoi ça ?! » J’écoutais Black Sabbath mais il y avait quelque chose de différent chez eux, c’était plus metal, plus mélodique. Ensuite, ils ont eu un autre chanteur, Messiah Marcolin, qui est absolument l’un de mes paroliers, chanteurs et performeurs préférés. Je trouve que « Darkness In Paradise » est une chanson d’actualité. Même si elle vient de la fin des années 80, elle évoque vraiment ce qui se passe dans le monde en ce moment. Surtout quand je pense à mon pays : on a tout ce dont on a besoin, mais malgré tout, les décisions, la gestion, les politiques et la société rendent tout plus difficile, d’une certaine façon. J’ai donc suggéré cette chanson aux gars de Moonspell et ça a été très bien reçu. Certaines de mes autres suggestions de reprise rencontrent parfois plus de résistance, mais cette fois, je pense que Candlemass était une évidence car ce groupe parle de moines et d’ermitage, ça aurait même pu être un titre d’album de Candlemass. C’était dur de choisir une chanson dans la superbe discographie de Candlemass mais j’espère que nous avons fait du bon boulot. Candlemass est actuellement sur notre label, Napalm Records, donc nous avons hâte d’entendre leur avis sur l’hommage que nous leur avons rendu avec « Darkness In Paradise ».

Tu as déclaré qu’avec Hermitage, « il s’agit de tourner le dos aux conventions modernes ». C’est évidemment lié au thème dont on parlera plus tard, mais est-ce aussi ce que vous avez cherché à obtenir avec le producteur Jaime Gomez Arellano : un son qui ne se conforme pas aux conventions modernes ?

Les gens adorent les conventions modernes et ils y sont habitués, c’est comme s’habituer au sucre. C’est une généralisation, mais de nos jours, les gens poussent trop le bouchon sur la plupart des albums de metal. C’est comme si on nous balançait un gros rocher au visage : le chanteur et le batteur sont super extrêmes, la production empile trop de couches, c’est surproduit et il se passe trop de choses dans les compositions ; même Moonspell est un peu parti dans cette direction sur 1755. En ce qui nous concerne, nous voulions qu’Hermitage soit beaucoup plus musical. Comme je l’ai dit, métaphoriquement parlant, nous voulions que cet album soit beaucoup plus fluide, qu’il ne soit pas comme une montagne mais une rivière, qu’il ait la forme de l’eau car l’eau n’a pas de forme, qu’il ne soit pas rentre-dedans, qu’il soit moins immédiat et plus simple et minimaliste. Nous voulions un album sans orchestrations, sans musicien additionnel et sans chanteur invité. Par coïncidence, Gomez aimait également beaucoup cette idée. Même son studio se situe à la campagne. Nous nous concentrions uniquement sur la musique, il n’y avait rien dans les environs, juste quelques maisons, des rapaces et des lapins. Les planètes étaient alignées, nous avions un plan et nous voulions que cet album donne l’impression aux gens d’écouter les cinq membres de Moonspell jouer dans leur salon. C’est le feeling d’Hermitage, ce n’est pas quelque chose d’énorme, c’est quelque chose de proche et de personnel.

Que les gens l’aiment ou le détestent, ce n’est pas quelque chose que je peux contrôler. La musique est une proposition : si vous aimez, vous dites « oui », si vous ne l’aimez pas, vous dites « peut-être », et si éventuellement vous le détestez, vous dites « non ». En tant que groupe, il faut être prêt à recevoir toutes les réponses, les respecter et continuer à faire ce qu’on fait. Il ne faut pas se sentir fou de joie parce que les gens disent que Moonspell sont des génies, car ce n’est pas le cas, et il ne faut pas non plus se sentir démoralisé parce que les gens disent que notre musique est nulle, car ce n’est pas le cas non plus. Je pense que cette modération et cet équilibre sont non seulement ce dont la musique a besoin mais aussi ce dont le monde a besoin. Le monde est devenu trop extrême et les gens disent que le monde est polarisé, mais je dois reformuler : il a été pulvérisé. Ce n’est plus noir et blanc, ça va bien au-delà de ça. C’est comme si on avait été atomisés et tout le monde ne fait que se soucier de son petit bout de terrain. C’est une forme d’ermitage, mais pas aussi noble ou historique [que celle à laquelle nous pensons] et on n’est pas conscients socialement d’être comme des gens qui vivent reclus.

Vous avez commencé à enregistrer l’album en octobre, tout juste au moment où la pandémie reprenait de l’ampleur et où les pays renforçaient les règles et remettaient en place des confinements. Comment êtes-vous parvenus à créer cet album dans ces circonstances ?

Nous avons dû adapter notre emploi du temps mais aussi suivre les règles en tant que citoyens, même si nous trouvons qu’elles n’ont pas beaucoup de sens. En tant que citoyens, nous ne sommes pas suffisamment indépendants pour avoir notre propre système. Malgré les confinements, le producteur Jaime Gomez Arellano est venu pendant un temps au Portugal et nous sommes allés au Royaume-Uni. Le secret, ce n’est pas de contourner les règles, même si les règles sont chaotiques et très déroutantes, mais c’est de s’en tenir à un plan ; parfois le plan échouera, parfois il faut décaler des choses, comme nous l’avons fait avec nos concerts. Malgré les conditions difficiles, nous ne nous sommes pas déconcentrés. En l’occurrence, demain nous enregistrons notre quatrième vidéo. Le Portugal entre en confinement, j’ai dû obtenir des autorisations de travail pour tout le monde, mais au lieu d’annuler ou de repousser, nous avons fait avec les circonstances. Au bout du compte, nous nous sentons très chanceux et reconnaissants d’avoir pu nous rendre au Royaume-Uni. C’était la seule fois où nous avons voyagé en 2020 – en temps normal, je voyage deux cents fois par an – mais nous avons pu le faire parce que nous sommes restés focalisés sur notre objectif et nous n’avons pas réagi de façon excessive. Nous avons eu de la chance mais nous avons aussi essayé de provoquer cette chance.

« Quand une crise sanitaire nous frappe, on ne sait plus quelle est la place de la musique dans notre vie – ça ne nous nourrit pas, ça ne nous garantit pas la santé – mais […] il y a un pouvoir intangible et très primitif dans la musique, depuis des temps immémoriaux. Ça peut être très noble pour les gens et bénéfique pour la santé mentale. »

L’idée principale d’Hermitage est la solitude. On pourrait croire que ça t’a été directement inspiré par le contexte actuel avec le confinement et la distanciation sociale, mais il se trouve que tu y as pensé bien avant la pandémie… Quelles ont été tes réflexions concernant la solitude et comment celles-ci ont évolué à partir du moment où le monde entier a dû passer plus de temps seul ?

Pour être honnête, j’ai beaucoup pensé à ça. Malheureusement, la distanciation sociale, être seul et loin de sa famille et les liens coupés, c’est arrivé sous une forme très inattendus avec le Covid-19. Je ne me fais aucune illusion sur le fait que les gens interprèteront tout dans cet album à la lumière de la distanciation et des règles sociales, mais ils découvriront que j’ai en réalité songé à faire un album sur ce sujet bien avant le Covid-19. J’ai commencé à écrire les paroles en 2017 quand personne n’avait entendu parler de la pandémie. Contrairement à ce que les gens pourraient croire, le Covid-19 n’a eu strictement aucune influence sur Hermitage. Avec ou sans le Covid-19, je pense que le monde arrivait à un stade où il nous fallait faire une pause et réévaluer notre manière de nous approprier le monde. Parfois, quand on possède quelque chose, une propriété ou un objet, il faut en prendre bien soin, or ce qu’on est en train de faire, c’est tout l’opposé. On ne prend pas soin de la nature, des animaux, de nous-mêmes et de nos familles. Hermitage est venu suite à des années de concepts et il fait le lien avec Extinct, Night Eternal et la volonté de nouveau monde dans Alpha Noir. Pour moi, en tant que parolier, ça faisait parfaitement sens de continuer avec cet album. J’écris beaucoup, je lis beaucoup et je m’informe beaucoup. Hermitage est un concept qui s’est développé de plusieurs manières.

Pour te dire la vérité, je pense que c’est plus un album sur la communauté que sur le fait d’être seul. L’une des erreurs évidentes que font les gens au sujet des ermites, en particulier les ermites chrétiens orthodoxes traditionnels – les Pères du désert, comme saint Antoine –, c’est qu’ils pensent que l’ermite part dans le désert et y meurt. Nombre de ces Pères du désert sont revenus pour aider la société à se soigner. J’ai envie d’écrire au sujet de ce type de connaissance que l’on peut apporter à la communauté si on fait une pause pour penser seul, sans être constamment envahi par la propagande, les fake news, l’opinion de ses amis, les réseaux sociaux et ce que l’algorithme de Facebook pense que l’on aime. Je pense qu’il est très important de faire cette pause et de se retirer de ce genre de modernité. Déjà avant le Covid-19, les gens construisaient leur propre ermitage et érigeaient leurs propres murs de pierre. Quand bien même le monde serait basé sur la communication et la conscience, je pense qu’il est très facile pour n’importe qui de comprendre que le monde n’a jamais semblé aussi solitaire ou été si divisé qu’aujourd’hui. C’est comme quand les fans disent : « Super album, Moonspell ! » Un autre dira : « C’est un album de merde ! » L’autre gars : « Non, il est génial ! » « Oh, ce n’est que ton point de vue. » Mais celui qui dit que c’est un album de merde a également un point de vue. Même si je me fiche du particulier, je pense que le mouvement universel qui nous a menés à ce stade des choses est très nuisible et malfaisant, d’une certaine façon.

Puis il y a toutes sortes d’avenues à explorer dans Hermitage. L’ermitage peut être le besoin d’être seul, quelque chose de paisible, de religieux, de philosophique ou ça peut aussi être une maladie. Aujourd’hui, on voit ces ermites modernes les hikikomori au Japon, ces adolescents qui ne quittent pas leur chambre et ne font que jouer aux jeux vidéo, manger de la pizza et passer leur temps sur TikTok. Ils sont incapables d’affronter l’oppression sociale japonaise qui leur dit de travailler jusqu’à leur mort. C’est la réponse de la société aux pressions quotidiennes. Même mon enfant va à l’école huit heures par jour et il n’a que huit ans. Quand j’étais enfant, on allait à l’école quatre ou cinq heures par jour, et ça ne signifiait pas qu’on était moins instruits que la nouvelle génération. Ils font ça seulement parce qu’ils veulent que les parents deviennent des esclaves du système et travaillent huit heures par jour. L’école n’est pas seulement un endroit pour apprendre, c’est aussi un endroit où on laisse ses enfants afin de pouvoir travailler pour quelque chose qui ne nous appartient pas. Il y a plein d’avenues à explorer dans Hermitage, j’espère que les gens les trouveront.

Si vous voulez apprendre sur l’histoire de ce terme, renseignez-vous bien parce qu’ermitage ne veut pas dire être seul éternellement. Ça veut parfois dire être seul et revenir pour améliorer la communauté. Je pense qu’un des meilleurs exemples est Zarathoustra, de la première religion monothéiste. Nietzsche a écrit un livre sur lui, Ainsi Parlait Zarathoustra. C’était un ermite qui s’est retiré dans la montagne pour recueillir du savoir et stimuler son esprit ; il est revenu et a créé la première religion monothéiste. Même sur l’illustration de l’album, on peut voir un ermite abandonner une ville en train de sombrer avec ses valeurs, mais il marche sur l’eau, ce qui fait référence à la suspension de l’incrédulité. C’est très important quand on écoute de la musique ou qu’on lit, car autrement, sans suspension de l’incrédulité, on ne pourrait pas apprécier l’art, ce qui à mon avis est un problème chez beaucoup de gens de nos jours qui sont là : « Il peut se passer si, je suis contre ça, donc je vais rester sur mon opinion » et en conséquence ils passent à côté de l’expérience. Les paroles d’Hermitage sont un peu plus simples mais en disent beaucoup plus que tout ce que j’ai écrit auparavant.

Quelle importance ça a pour toi, personnellement, de t’octroyer des moments de solitude, en tant qu’homme et en tant qu’artiste ?

J’ai parlé avec un ami à moi aujourd’hui, un roadie de Moonspell. Il m’a appelé pour prendre des nouvelles et je lui ai dit quelque chose que je vais probablement utiliser maintenant dans cette interview. L’ermitage, le fait d’aller dans le désert et de quitter la ville, tout ça c’est une grande métaphore. Pour nous, c’est presque impossible, mais c’est quand même une possibilité. De même, mon boulot est lié aux gens et au public, donc ce n’est pas comme si je pouvais m’en aller mais je peux y penser. Mentalement, je fais presque de la méditation et mon cerveau est le désert paisible dont j’ai besoin. Pour que l’on puisse survivre à cette crise, mais aussi au type de monde dans lequel on vit avec les réseaux sociaux, le mal qui se répand au travers des fake news et le fait que nous sommes connectés et pourtant très seuls, je pense que la seule réponse possible est de faire cette pause à l’intérieur de notre esprit. Comment fait-on ça ? Il faut changer nos objectifs et points de vue et vivre une vie plus collective avec des ambitions plus modestes. Ceci est assez bien exprimé au travers du genre de musique que nous avons fait pour cet album.

« N’importe quelle personne saine d’esprit devrait quitter la ville. Les villes n’ont rien à offrir aux gens qui y vivent. […] Ce n’est pas fait pour les êtres humains, c’est fait pour les robots, ou les touristes. »

Evidemment, je ressens le besoin d’être seul, comme plein de gens. J’ai déjà vécu à Lisbonne, une grande ville, pleine de touristes, et ensuite j’ai déménagé dans une plus petite ville. Seules six mille personnes vivent où je vis aujourd’hui. Au final, si j’ai la possibilité de refaire des concerts et de gagner un peu d’argent, j’irais vivre à la campagne. Je vois plein de gens faire ça parce que c’est comme si l’immeuble était en feu mais si on n’est pas à l’extérieur pour le voir, on ne s’en aperçoit probablement même pas. C’est le genre de pause dont je parle, c’est une pause philosophique où on se détache de notre routine journalière et de nos biens afin de bien regarder le prix qu’on paye pour un certain mode de vie. La race humaine s’est approprié le monde et ça ne me pose pas de problème. Même si j’adore les chats, on ne peut pas mettre des chats au pouvoir – encore qu’on devrait essayer [rires]. D’un autre côté, c’est gênant de voir à quel point on s’occupe mal de notre propriété, et c’est pourquoi, en tant que personne, j’essaye de penser moins à moi et plus à ma famille et aux gens qui m’entourent. Quand je commence à m’angoisser, je trouve que l’effet ermitage fonctionne très bien, il ne s’agit pas forcément d’aller faire du yoga ou de la méditation. Le raisonnement philosophique avec lequel on est nés est quelque chose qu’on devrait regagner parce que c’est la seule arme qu’on a contre les fake news, le fascisme et le capitalisme sauvage qui, au final, nous laisseront tomber.

Durant le confinement, on a vu des gens avoir beaucoup de mal à rester cloîtrés chez eux, à ne pas pouvoir sortir et à devoir gérer la solitude : est-ce simplement parce que le côté social fait partie de notre nature ou bien est-ce aussi parce qu’on a désappris ce que c’était d’être seul voire parce qu’on a peur d’être confronté à soi-même ?

Il ne faut pas paniquer mais il ne faut pas non plus idéaliser l’isolement social. Plein de musiciens ont dit qu’ils ont apprécié cette pause, à ne pas être sur les routes. Or ce n’est pas juste ça, c’est une pandémie, c’est une crise sociale et sanitaire. Je crois que beaucoup de gens sont confrontés au problème que tu évoques. Y compris chez les musiciens, plein de gens ont commencé à paniquer parce que les interactions humaines et le lien social leur manquaient. Parfois ils souffrent aussi d’un manque d’attention, mais c’est encore autre chose. C’est la raison pour laquelle nous avons attendu avec Moonspell, nous ne sommes pas allés sur Instagram pour jouer tous les jours, nous n’avons pas sorti des trucs tous les jours. Evidemment, en tant que groupe professionnel, nous ne pouvons pas disparaître, nous avons un nouvel album à promouvoir et il faut que nous soyons sur les écrans radars de nos fans, mais je pense que tout doit être fait avec équilibre.

La distanciation, c’est un truc culturel. J’ai lu et entendu trop de gens critiquer les Italiens, les Français, les Espagnols ou les Portugais parce qu’on est incapables de suivre les règles. Nos foyers ne sont pas comme les foyers scandinaves, nos âmes ne sont pas comme celles des Scandinaves ou des Allemands. Notre société se repose davantage sur le fait de vivre à l’extérieur et sur les terrasses des cafés, donc on ne peut pas juger. Et j’ai vu ça se produire trop facilement en ce moment avec les règles du Covid-19. J’ai l’impression qu’il y a de la haine entre les gens parce qu’on ne sait pas d’où ça vient. Il y a des théories, on ne sait pas comment ça va finir, mais on pointe trop rapidement du doigt. Pour moi, l’isolement social était quelque chose qui a été imposé. Si on met de côté le danger sanitaire, je pense que c’est une grosse atteinte à notre liberté. Je pense qu’on doit lire les signes et les intégrer de manière à créer quelque chose de mieux. Je ne dirais pas que le Covid-19 est notre condamnation à mort, mais c’est un gros carton jaune pour la manière dont on entretient le monde. Ça ne suffit pas de ne pas manger de la viande, ça ne suffit pas de prêcher les vertus du yoga, on peut faire tout ça mais on doit l’intégrer dans notre esprit comme quelque chose que l’on veut offrir comme un conseil et pas comme quelque chose que l’on veut imposer aux autres. On vit une situation où des aveugles en guident d’autres.

Derrière le mot « ermitage », il y a aussi cette idée de refuge. Penses-tu que la musique et l’art de manière générale ont été encore plus importants en ces temps de distanciation sociale, en tant que refuge ?

Je pense oui, mais qui suis-je pour parler de musique ou de l’importance de celle-ci ? Je peux seulement espérer que la musique est importante et que les gens ne l’oublieront pas. Quand la pandémie est arrivée, les gens pensaient plus à être avec leur famille, à pouvoir aller au supermarché pour faire des stocks et ils avaient très peur de ce qui arrivait. Je me pose aussi la question de l’utilité de la musique. Quand une crise sanitaire nous frappe, on ne sait plus quelle est la place de la musique dans notre vie – ça ne nous nourrit pas, ça ne nous garantit pas la santé – mais en tant que musicien et quelqu’un qui n’a jamais rien fait d’autre que des études, je pense que la musique peut clairement avoir cet effet dont tu parles. Il y a un pouvoir intangible et très primitif dans la musique, depuis des temps immémoriaux. Ça peut être très noble pour les gens et bénéfique pour la santé mentale. J’essaye de soutenir la musique autant que je peux, j’achète plein d’albums car je peux me le permettre, j’écoute beaucoup de musique, c’était l’un de mes passe-temps favoris durant la pandémie, mais je ne peux pas condamner les gens qui n’écoutent pas de musique ou qui ne considèrent pas la musique comme étant leur priorité. Les gens luttent pour conserver leur boulot, ils perdent leur indépendance… Il faut vraiment trouver notre place dans la communauté : la place des leaders mondiaux, la place des gens qui protestent, la place des cuisiniers et de ceux qui nous vendent du pain, la place des gens qui font de la musique, etc. Aujourd’hui, c’est un gros bordel. En tant que race humaine, on doit chercher à clarifier tout ça aussi vite que possible.

« C’est clairement un album plus atmosphérique, avec deux objectifs principaux : ressentir et penser, et pas simplement headbanger. »

Qu’as-tu écouté durant la pandémie ?

J’ai constitué un top 10 de 2020 pour dire « merci pour la musique ». Pour les raisons que je viens d’évoquer, j’ai pensé que c’était très important de remercier les groupes qui ont fait de la musique que j’ai beaucoup aimée. Comme ça, je dirais que le dernier Crippled Black Phoenix est extraordinaire, idem pour Flowers Of Evil d’Ulver. Sur un plan plus metal, j’ai adoré Quadra de Sepultura ; j’écoute Sepultura depuis mon adolescence et cet album est génial. C’est un voyage musical tel qu’ils n’en avaient encore jamais fait avant et je dois dire que c’est l’un de leurs chefs-d’œuvre. Autrement, j’ai écouté Thanks For The Dance de Leonard Cohen, qui est plus poétique, c’est un peu comme les poètes français. C’est un album posthume, c’est son fils qui a compilé ces enregistrements. J’ai écouté plein de choses, y compris des groupes portugais, comme Ironsword ou Inhuman. Jonathan Hultén, l’ex-Tribulation, a fait un album extraordinaire. J’adore Nick Drake, son album est également extraordinaire. Je me suis donc tenu occupé, comme toujours. Heureusement, j’ai suffisamment d’argent pour tout acheter en vinyles et je peux passer de longues heures à écouter de la musique. C’était l’une des années où j’ai le plus écouté de musique.

Tu parlais de l’illustration où l’on voit un ermite abandonner une ville, puis l’album se termine sur l’outro « City Quitter » : c’est une invitation à déserter les villes ?

Je pense que n’importe quelle personne saine d’esprit devrait quitter la ville. Les villes n’ont rien à offrir aux gens qui y vivent. Les villes ont perdu leur âme. Je voyage beaucoup et à chaque fois que je me rends dans une grosse capitale, je ne vois rien de ce qui a fait de cette capitale ce qu’elle était. Bien sûr, les monuments sont là, on peut aller faire du shopping et il y a les touristes, mais à Lisbonne et Porto, par exemple, c’est comme si on était des produits à vendre. J’ai vécu dans le centre-ville de Lisbonne pendant cinq ans avant que ça ne soit rempli de touristes et d’attractions qui n’ont rien à voir avec les Portugais. Au sein de Moonspell, je crois qu’il n’y a plus que Pedro qui vit encore dans la banlieue d’une ville. Comme je l’ai dit, je vis dans une toute petite ville et je songe à déménager à la campagne dès que possible. Ricardo vit également à la campagne maintenant et Hugo vit dans une petite ville. Nous avons quitté la ville et c’est une grande déclaration parce que les gens adorent les villes, elles représentent la civilisation mais je pense qu’elles représentent aussi la maladie. Cette pandémie a frappé très dur les zones les plus peuplées, où les gens doivent le plus travailler, où les gens sont esclaves d’une routine. Je me rends parfois à Lisbonne, et aujourd’hui je ne supporte pas toute l’agitation, toute la circulation, j’ai beaucoup de mal à gérer ça. Pour moi, il faut vraiment se détourner des villes ou alors les rendre plus vivables pour les gens car actuellement, les grandes villes comme Paris, Lisbonne, Porto, Barcelone et New York ne sont pas loin d’être inhabitables, on ne peut pas y vivre convenablement. Ce n’est plus ce que c’était ; ce n’est pas fait pour les êtres humains, c’est fait pour les robots, ou les touristes.

Cette intro est faite aux claviers, j’imagine que ça vient de Pedro ?

En fait, ça a été composé par Ricardo. Ils travaillent ensemble, donc parfois ils échangent les instruments. C’est une équipe très soudée quand il s’agit de composer des choses. Ils jouent un petit peu de tous les instruments ou s’ils ne savent pas en jouer, ils peuvent montrer ce qu’ils ont en tête via un ordinateur. Je leur envoie parfois des textes qui créent des images dans leur tête et ils les traduisent en musique, et parfois c’est l’inverse, ils m’envoient de la musique instrumentale ou une outro et je cherche un concept, qui normalement est un titre fort. C’est ainsi que Moonspell écrit de la musique. Parfois j’écris des lignes vocales, parfois c’est Ricardo, parfois c’est Pedro… Au lieu de n’avoir qu’un compositeur, nous avons une équipe de compositeurs, ce qui selon nous donne plus de profondeur et de richesse à la musique.

Outre cette outro, l’album contient un instrumental intitulé « Solitarian » : trouvais-tu que la meilleure façon de communiquer le sentiment de solitude était en fait de n’avoir aucun chant dans le morceau ?

Ce n’était pas une intention artistique. J’ai écouté le morceau et j’ai dit : « Ce morceau est instrumental. » Je ne sais pas vraiment pourquoi mais je trouve que la guitare est la voix de ce morceau en particulier et je pense que ma voix aurait été une intruse. J’ai aussi toujours voulu que Moonspell compose des morceaux instrumentaux. Ça peut paraître étrange car je suis le chanteur – si nous ne faisions que des instrumentaux, je perdrais mon boulot – mais parfois, les paroles, c’est comme la différence entre le cinéma et la littérature. Le cinéma contient plein de références, alors que dans la littérature, c’est notre imagination, d’une certaine façon. Les autres chansons sont donc des films que j’écris, alors que ce morceau, c’est comme un petit livre visuel ou quelque chose comme ça. De même, quand nous envisagions l’idée de peut-être jouer Hermitage en live dans un avenir proche, ce qui nous espérons arrivera, nous pensions que ça pourrait être bien d’avoir ce digestif parce que parfois j’ai l’impression d’être trop souvent devant. Evidemment, je suis le frontman, donc ça fait partie du job, mais Moonspell veut plus que jamais être un groupe où chaque membre est important et que ce ne soit pas le groupe de Fernando Ribeiro. Je pense clairement qu’un morceau instrumental qui divise l’album est une énorme déclaration et j’adore ça. Pour plaisanter, je dis que c’est mon morceau préféré car c’est le plus facile à chanter vu que je ne chante pas dessus [petits rires]. J’aime beaucoup l’idée d’avoir quelque chose comme ça.

Tu as déclaré que « cet album a un lien avec tous les albums de Moonspell ». Tu as commencé à en parler, mais peux-tu nous en dire plus sur ce lien ?

Moonspell a traversé certaines phases et la première grande étape a pris fin avec The Antidote et les années Century Media. Durant cette étape, nous n’avions pas de conceptualisation basée sur une problématique, nous nous contentions de faire des albums comme n’importe quel autre groupe. Nous choisissions un sujet, ça parlait du chahut scientifique, comme The Butterfly Effect, de la peur, comme The Antidote, ou de thèmes plus horrifiques. Quand nous avons fait Memorial et Night Eternal, je pense qu’une nouvelle phase a commencé pour Moonspell. Je ne crois pas me tromper parce que Moonspell a gagné plein de nouveaux fans quand nous avons fait Memorial. Cet album était un peu un clin d’œil aux années 90, non seulement musicalement, mais aussi avec les textes et son titre, car les années 90 étaient une époque extraordinaire à vivre, ainsi que pour écouter et faire de la musique. Si on parle des groupes qui ont influencé Moonspell, il faut non seulement accorder du crédit à Pink Floyd mais aussi et surtout à Tiamat et leur album Wildhoney avec lequel ils ont mélangé le death metal et Pink Floyd ; ils ont même fait des reprises de Pink Floyd comme « Set The Controls For The Heart Of The Sun » et « When You’re In ». Cette époque est révolue, ce ne sont que des souvenirs et la musique est très différente. Notre position en tant que musiciens est aussi très différente de celle de nombreux autres groupes, ce que je trouve être une bonne chose parce que ça apporte de la dynamique et de la couleur à la scène. Nous appartenons à la catégorie des groupes qui vont un petit peu plus loin que ce que les fans veulent qu’ils fassent. Je pense qu’il existe quelques groupes qui sont comme ça et ils sont très importants pour la scène.

« Je suis évidemment contre les dogmes du christianisme et j’essaye de les combattre avec le peu de moyens que j’ai, mais essayer de faire tous ces albums absurdes de black metal anti-chrétien, ce n’est pas le bon combat. Ce n’est vraiment pas la bonne approche parce que ça ne crée rien, ils se contentent juste de cracher des mots et à la fin, tout le monde va au bar et rien ne se passe. »

Pour ce qui est des textes, je les vois comme les chapitres d’un grand livre que je suis en train d’écrire, en particulier concernant Night Eternal. Je suis un enfant de la guerre froide, j’ai toujours vécu avec l’imminence d’une guerre nucléaire qui planait au-dessus de nos têtes et en songeant à la fin ; toutes nos décisions, nos politiques, nos comportements sociaux étaient dominés par la menace d’une guerre nucléaire entre l’Union soviétique et les Etats-Unis, qui ne s’est finalement jamais produite. Même si c’étaient des temps difficiles, je pense que les gens vivaient mieux que maintenant. Aujourd’hui, on parle peut-être de pandémie mais dans quelques jours, peut-être qu’on parlera de guerre. Les ombres sont de retour. On a déjà vécu ça en tant qu’Européens. Après Night Eternal, qui flirtait avec la fin, nous avons décidé de faire un double album, Alpha Noir et Omega White. Alpha Noir montrait une volonté, qu’on n’allait pas baisser les bras sans se battre, tandis qu’Omega White était plus une expérience, il est plus question de panser les plaies après cette bataille, dans le calme et la solitude. Puis nous avons fait Extinct qui parle des choses et des gens qui disparaissent de nos vies sans laisser de trace. Ce sont des fantômes : les fantômes d’animaux et de gens qui sont partis, les fantômes de lieux où nous avons connu le bonheur… Surtout quand tu as vécu dans les années 70 et que tu as quarante-six ans comme moi, le monde a énormément changé et il n’y a plus de place pour tout ce qu’on a aimé, c’est pourquoi j’ai parlé d’extinction. 1755 pourrait aussi s’inscrire là-dedans ; c’était un concept à part, mais c’est complètement un sujet typique de Moonspell. Maintenant, je parle de partir et de trouver un nouvel endroit, comme je le dis dans « The Greater Good », un nouvel état et de nouvelles manières de faire. Je pense que nous nous rapprochons encore plus du gouffre que lorsque nous avons fait Night Eternal.

Même si on retrouve des parties agressives, y compris avec le chant, globalement, musicalement parlant, cet album a un côté très planant et très serein : est-ce que ça traduit la sérénité de Moonspell après trente ans de carrière, malgré les temps difficiles que l’on vit ?

Je ne sais pas si nous sommes sereins ou si nous sommes inquiets. Nous savions juste que cette fois, nous n’avions pas beaucoup d’agressivité à afficher. Ça ne veut pas dire que ne sommes plus en colère contre le monde mais nous sommes passés à une étape plus mature de nos vies à l’approche de la cinquantaine. Ma réaction est de chercher à comprendre le monde, et c’est pourquoi il y a toutes ces allusions au christianisme et au catholicisme. Les gens m’ont déjà demandé si j’étais un chrétien converti, car ils ont abandonné la pensée critique. Si on parle des saints, ça veut dire qu’on les vénère, et si on parle de Satan, c’est parce qu’on le vénère et c’est bien vu dans le monde du metal. C’est sympa de jouer avec ces conventions, d’une certaine manière, et de jouer de la musique intense sans que ce soit forcément extrême. Moonspell n’a jamais été un groupe extrême ou un groupe de death metal. Bien sûr, nous avons des passages rapides et des albums plus agressifs et plus rapides que d’autres, mais nous nous sommes toujours concentrés sur les chansons, sur leur déroulement, sur la musicalité et sur l’atmosphère.

Je pense que cet album est très important à cet égard, peu importe si nous décidons de faire un album à pleine puissance la prochaine fois – s’il y a une prochaine fois. Pour l’instant, le futur est sombre parce qu’on ne sait même pas si nous allons pouvoir jouer cet album, personne ne le sait vraiment ; je ne suis ni pessimiste ni optimiste, c’est juste un fait, personne ne sait quand les choses reviendront à la normale et ce que sera la nouvelle normalité. Est-ce que les gens voudront voir de la musique en live ? Ou bien auront-ils peur et ne se rendront-ils plus jamais aux concerts ? Il y a de nombreuses façons d’atteindre le cœur et l’esprit des fans, Hermitage est l’une d’entre elles. Ça peut fonctionner ou ne pas fonctionner, mais en termes d’expression, ceci est exactement ce que nous avons cherché à faire. C’est clairement un album plus atmosphérique, avec deux objectifs principaux : ressentir et penser, et pas simplement headbanger. Nous avions déjà joué deux chansons en concert et, évidemment, elles envoient beaucoup plus, elles ont beaucoup plus d’énergie en live, donc je ne pense pas que nous aurons des problèmes avec les versions live des chansons. Mais je suis complètement d’accord, c’est un album très porté sur l’atmosphère – ce n’est pas un album qui va faire transpirer les gens ou leur donner des sueurs froides [petits rires]. Les gens ne ressentiront pas le feu du metal en écoutant cet album, ce n’est pas du tout ce que nous proposons.

Tu as mentionné les allusions au christianisme et au catholicisme : quel lien fais-tu entre ces allusions et la compréhension du monde ? Je veux dire que le christianisme est aujourd’hui loin d’être aussi puissant et prospère qu’il l’a été dans le passé…

Le christianisme a reçu un gros coup avec les Lumières et aujourd’hui, dans les pays catholiques traditionnels, la religion n’est plus aussi puissante car les gens ont remplacé la foi religieuse par la foi dans le capital, l’argent et la technologie. Avant il n’y avait que Dieu, ou le Christ dans notre cas en Europe, mais il y a de nouveaux concurrents maintenant. D’autres pays qui ont découvert le christianisme plus tard – dont certains à qui ça a été imposé, malheureusement – sont beaucoup plus fidèles aux dogmes que nous. Le catholicisme a toujours été un sujet pour Moonspell, car nous avons été élevés en catholiques. J’ai toujours trouvé l’histoire de cette religion fascinante, avec ses bons et mauvais côtés, car c’est aussi l’histoire de mon pays, d’une bonne partie de l’Europe, de ce qui m’entoure et de ce que je connais. Ce n’est donc pas si simple de dire que nous sommes tous anti-chrétiens. J’ai été comme ça, mais quand je suis allé à l’université, j’ai complètement abandonné ces idées. Aujourd’hui en 2021, je trouve que la plupart des satanistes et occultistes sont très puérils, ils ne savent pas du tout de quoi ils parlent, ce n’est qu’un jeu, ils veulent avoir l’air cool ou méchants. J’ai eu une tout autre approche, qui était de lire sur le sujet, de lui donner une place non seulement dans notre vie mais aussi dans notre art et dans notre musique, comme étant une des manières les plus complètes de décrire le monde. Je suis évidemment contre les dogmes du christianisme et j’essaye de les combattre avec le peu de moyens que j’ai, mais essayer de faire tous ces albums absurdes de black metal anti-chrétien, ce n’est pas le bon combat. Ce n’est vraiment pas la bonne approche parce que ça ne crée rien, ils se contentent juste de cracher des mots et à la fin, tout le monde va au bar et rien ne se passe.

« Je crois que de nos jours les fans s’imposent beaucoup plus, au lieu de servir la musique avec leur amour et leur ouverture d’esprit. C’est plus une bataille, ce qui implique des victimes. »

Je pense que les allusions catholiques et chrétiennes dans cet album sont aussi là pour être découvertes. Au départ, être un ermite était lié au catholicisme et à l’Eglise orthodoxe, mais ensuite c’est devenu autre chose et aujourd’hui, il y a des ermites pour toutes sortes de raisons, pas seulement religieuses mais aussi sociales – j’ai mentionné par exemple les hikikomori. Concernant les valeurs chrétiennes, les gens ne veulent pas entendre les parties qui peuvent être utiles à un monde comme le nôtre, et c’est parfois du gâchis. Nietzsche était probablement le plus célèbre des philosophes pour ce qui est de démonter les dogmes chrétiens, avec Feuerbach, mais il a dit quelque chose de très intéressant. Dans ses dernières œuvres, il a prédit que le monde allait être un genre de monde judéo-chrétien où le blâme et la culpabilité seraient les valeurs principales, mais où la valeur chrétienne du pardon n’existerait pas. Je trouve qu’il a complètement décrit le monde dans lequel on vit maintenant. Aujourd’hui, personne ne veut pardonner, mais tout le monde est prêt à faire pression sur toi. En apprendre un petit peu plus sur les traditions chrétiennes et, avec un peu chance, certaines de leurs valeurs peut aussi nous aider à mieux comprendre le monde ; bien mieux qui si on disait : « Je suis sataniste et je joue du black metal », sans aucune substance, comme ça arrive trop souvent.

Tu as déclaré que vous entrez « désormais dans les dernières années de [votre] carrière en tant que musiciens : le crépuscule de [vos] vies ». Qu’est-ce que ça change de réaliser ceci ? Est-ce que ça vous fait voir ou approcher ce groupe, votre musique et votre carrière différemment ?

Je pense que c’est très important de ne rien prendre pour acquis. Tous les groupes ne pensent probablement pas à ça. Hugo vient de rejoindre le groupe, donc il n’a pas envie que ce soit les dernières années de Moonspell et Aires [Pereira] a une approche beaucoup plus juvénile de la musique, mais Pedro, Ricardo et moi – le noyau dur de Moonspell et ceux qui ont survécu à toutes les tempêtes et bons moments – nous pensons vraiment qu’un de ces jours, les conditions ne seront plus réunies pour permettre à Moonspell de créer de la musique ou de faire de la musique à un niveau et à une cadence aussi professionnels. Je ne parle pas de conditions financières ou de tournées. C’est évidemment mon boulot, mais nous avons quelques principes et valeurs, et un principe est de ne pas se retrouver coincé, particulièrement sur le plan créatif. Ça ne nous dérange pas d’y penser, je trouve au contraire que c’est sain d’y réfléchir. Ce qui est malsain, c’est quand les musiciens commencent à penser à leur statut et à s’enfermer dans une relation d’amour et de haine avec leurs fans. Il y a des choses merveilleuses dans la scène actuelle, mais je pense que nous ne nous y identifions pas beaucoup car elle est majoritairement dépourvue de sentiment. Les années 90 étaient super, pas seulement par la musique, car il y a de très bonnes musiques qui sortent encore aujourd’hui, mais les conditions ne serait-ce que pour écouter la musique ne sont plus les mêmes. Aristote parlait de l’émerveillement, or c’est très rare de ressentir cet émerveillement de nos jours ; on veut soit être un client, soit être un fan, soit dire quelque chose au groupe, soit prendre un selfie avec le groupe, etc. Parfois on met tellement de choses entre soi et le groupe qu’on en vient à oublier d’écouter la musique.

Nous ne voulons pas utiliser ce discours comme un plan marketing ou pour faire du chantage – « Eh, écoutez cet album, ça pourrait être le dernier ! », ce n’est pas du tout ce que nous voulons dire – mais nous voulons y réfléchir et nous voulons que nos fans sachent que nous ne serons pas là éternellement. Nous savons simplement que nous ferons encore quelques albums et ensuite ce sera fini. D’abord, nous ne sommes pas un groupe légendaire comme Black Sabbath ou Metallica, eux peuvent jouer éternellement leurs classiques, alors que nous ne pourrions le faire que deux ou trois ans, nous n’avons pas le poids nécessaire pour le faire plus longtemps que ça. Ensuite, pour moi, Moonspell est une improbabilité. Je n’ai jamais voulu être musicien, c’est arrivé comme ça. Je n’ai pas choisi cette vie, j’ai eu de la chance parce que les circonstances m’ont montré le chemin et m’ont choisi. J’ai donc une relation très inconditionnée avec Moonspell. J’aime l’attention, mais je pourrais vivre sans. Je ne suis pas le genre de musicien qui a besoin d’être le centre du monde. Avec tout le respect que je vous dois, si je pouvais juste sortir la musique et la laisser parler, je trouverais ça merveilleux. Pour moi, il s’agit d’être éloquent en tant que compositeur et parolier et d’être encore capable de susciter des émotions et de l’énergie qui nous permettent de créer, selon moi, des albums intéressants tels qu’Hermitage et 1755, pour ne citer que les plus récents. Nous sommes accros à la composition de nouvelle musique, donc nous devons le faire dans de bonnes conditions et il faut que nous soyons libres. Nous ne voulons pas faire de la musique contrôlée par le label ou par les fans, ce serait la fin du groupe.

Les musiciens sont parfois trop naïfs à l’égard de leur propre statut. Oui, Moonspell est important pour certaines personnes, mais d’autres groupes sont aussi importants. Quand j’ouvre des magazines, il y a des tas de groupes. La scène n’est plus viable, on ne peut pas acheter tous les albums. Il faut juste être reconnaissant et savoir quand arrêter. Je pense que c’est très important pour nous et c’est la raison pour laquelle nous l’anticipons et y pensons. Ça n’a pas toujours été une partie de plaisir. Quand on fait un album, on doit presque repartir de zéro, les gens l’aimeront ou ne l’aimeront pas, et ça met une pression sur les musiciens. Je crois que de nos jours les fans s’imposent beaucoup plus, au lieu de servir la musique avec leur amour et leur ouverture d’esprit. C’est plus une bataille, ce qui implique des victimes. On voit même des musiciens célèbres s’ôter la vie parce qu’ils n’arrivent plus à supporter la pression. Il faut voir qu’aujourd’hui, les musiciens ne sont pas au sommet de la chaîne et ils ne l’ont jamais été. D’abord, on a été exploités par nos labels et maintenant, on est exploités par le monde numérique. J’ai lu hier que Marco [Hietala] avait quitté Nightwish et je comprends totalement pourquoi il l’a fait. Quand on fait ça depuis longtemps, comme Marco ou comme Moonspell, on découvre qu’être musicien, c’est aussi un train-train quotidien qui s’est beaucoup dégradé, notamment avec les gens sur internet qui n’ont aucune idée et veulent juste te descendre. Tous les jours je reçois des messages de haine quand j’ouvre mes e-mails ou quand je regarde les réseaux sociaux de Moonspell. L’autre jour, j’étais en train de faire un cercle de lecture avec nos fans sur Facebook et tous mes comptes ont été piratés : Facebook, Instagram, Netflix, HBO et LinkedIn. Ce n’est pas un monde merveilleux où il fait bon vivre et faire de la musique, donc on a intérêt à bien s’y préparer.

Interview réalisée par téléphone les 22 décembre 2020 et 13 janvier 2021 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Emilie Bardalou.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Rui Vasco.

Site officiel de Moonspell : www.moonspell.com

Acheter l’album Hermitage.



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  • CastorJunior dit :

    Franchement, super interview !
    Les questions sont intéressantes et l’ami Fernando est loquace, ça fait plaisir.
    Un régal, merci RM !

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  • On espère surtout que cet album va les remettre sur une dynamique positive. Si 1755 a bien marché au Portugal, l’accueil était semble t il beaucoup plus mitigé ailleurs. Il était loin à mon sens de valoir Extinct et aucune chanson ne restera à mon sens dans les futures setlists.
    Après, j’avoue que Moonspell est un groupe que j’apprécie beaucoup en ayant cependant le sentiment qu’il leur a toujours manqué un petit je ne sais quelque chose pour pondre un chef d’oeuvre, comme Sentenced par exemple.

    [Reply]

  • Entretien très intéressant ! Bon, OK, je suis fan du groupe, mais je dois reconnaître que vous posez des questions pertinentes, et c’en est que meilleur quand l’artiste alimente en quantité et surtout en qualité. Bravo !

    [Reply]

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