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Chronique   

Morbid Angel – Kingdoms Disdained


C’est un peu comme si Morbid Angel cherchait une forme de rédemption. L’audace ne paie évidemment pas toujours, sinon ce ne serait plus de l’audace. Le conspué Illud Divinum Insanus (2011) en est l’exemple parfait. Rarement un album n’aura uni tant d’auditeurs dans la critique, ce qui laissait craindre le pire pour Morbid Angel. En 2015, une nouvelle laissait espérer un retour aux normes pour le groupe avec le départ de David Vincent et le retour de Steve Tucker (quand bien même il ne faut se mentir : Trey Azagthoth est le principal responsable de la direction musicale de l’album de 2011). Aujourd’hui, Kingdoms Disdained confirme les attentes inespérées : Morbid Angel a détruit les derniers vestiges d’Illud Divnium Insanus. Comme si de rien n’était.

Si ce n’était pas assez clair, Kingdoms Disdained n’a rien gardé des élans industriels de son prédécesseur – à l’exception, peut-être, de la linéarité rampante et obsédante de « Declaring New Law ». Il n’a pas non plus cherché à faire de fioritures. Kingdoms Disdained est un album de death pur et dur et il n’a pas besoin d’être davantage pour convaincre. Morbid Angel se paie même le luxe de sonner plus lourd qu’à l’accoutumée, en raison d’une production de batterie plus grave. Le groove de « Garden Of Disdain » et la complexité d’ « Architect And Iconoclast » en seront les témoins parfaits, rappelant par la même occasion que les américains restent l’une des influences privilégiées de Gojira… Morbid Angel ne s’en cache pas, il voulait revenir à ses fondamentaux. Le titre d’ouverture « Piles Of Little Arms » et ses légers accents de Cannibal Corpse (à ce titre le nouveau batteur Scott Fuller ne prend que quelques secondes pour convaincre de son aisance dans le style death le plus abrupt) est une posture à lui-seul : pas de compromis, pas d’ « expérimentation » douteuse. En réalité, Kingdoms Disdained s’appréhende avec un énorme soulagement. Perdre l’essence de ce qui fait Morbid Angel serait gravissime, tant le jeu de Trey Azagthoth est unique en son genre. Il a cette faculté à constamment sortir des sentiers battus d’un genre très codifié alors qu’il l’a lui-même façonné en partie. Le riff dissonant de « D.E.A.D. » et les structures mélodiques ont de quoi laisser bouche bée. « The Righteous Voice » profite d’un lead complètement décharné, presque malsain, qui contribue à créer cette atmosphère apocalyptique présente sur l’entièreté de l’opus, sans exception.

Car si l’artwork de l’album présente effectivement une entité détruisant tout sur son passage dans un paysage de ville moderne, le seul point commun avec l’image et la musique reste la violence de la destruction. Pas question ici de délires post-apocalyptiques qui se reproduiraient en musique par des artifices malvenus. La thématique de la destruction et de la chute est intemporelle pour Morbid Angel. Justement, ce Kingdoms Disdained sonne résolument old-school. Il faut rendre justice à l’ex-guitariste du groupe derrière la production, Erik Rutan, qui parvient à valoriser un son de guitare et de basse rugueux, presque sale par moments. Seule la batterie conserve une assise sonore très contemporaine. Erik Rutan sait ce que souhaite le groupe : Kingdoms Disdained s’inscrit dans cette volonté de revenir à un son très organique, dessein de plusieurs groupes dernièrement. En résulte un album extrêmement homogène certes, mais immédiatement reconnaissable parmi les productions contemporaines. Racé sans être daté en somme. Surtout, Kingdoms Disdained parvient à captiver de bout en bout, justement parce que chaque titre contient ses quelques secondes de riffs hors du commun ou de rythmique quasi-tentaculaire. La conclusion de l’opus « The Fall Of Idols » fait office d’apothéose et fait presque argument de vente à lui-seul…

Exit les expérimentations. Exit le mauvais souvenir d’un Illud Divinum Insanus. On pourrait même prétendre que s’il fallait en passer par là pour accoucher de Kingdoms Disdained, alors le jeu en valait la chandelle. Morbid Angel a tellement de caractère dans le style dont il a été l’un des pionniers qu’il ne suscite pas un besoin de renouvellement musical. Au contraire. Il excelle dans ce death sans ornements, où l’agressivité, sa structure et la manière de la communiquer sont les seules choses qui importent. Pour faire simple, ce Kingdoms Disdained rétablit une tradition d’excellence dans la discographie des américains.

Album Kingdoms Disdained, sortie le 1er décembre 2017 via Silver Lining Music. Disponible à l’achat ici



Laisser un commentaire

  • Un album difficile d’écoute au début mais c’est ni le pire ni le meilleur et maintenant au bout d’une vingtaine d’écoutes je l’aime plutôt bien

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  • Ce disque est très bon, c’est du pur Morbid Angel avec un Trey super inspiré, moi ça va comme ça. Vous attendiez quoi de plus ? Un llud bis ? vous avez déjà eu le double cd de remixes faut pas pousser mémé 😉

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  • Illud Divnium Insanus n’est pas un mauvais album.
    ok, il est surprenant, des tonalités indus bizarres, mais bon pourquoi pas, tant qu’ils reviennent au Death pur et dur comme avec ce nouvel opus, il y a pas péril en la demeure…

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  • Azagthoth est définitivement à sec. Aucun riff digne de ce nom. Il ne suffisait pas de faire un anti « Illud… » pour faire un bon album. Vous vous y voyez de l’excellence ? J’ai du mal a croire que vous l’ayez véritablement écouté…

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  • J’aime beaucoup ce que fait David Vincent avec The Head Cat.

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