ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Chronique   

Morgoth – Ungod


Aussi improbable que cela puisse paraître, le groupe de death allemand Morgoth est en ce mois de mars bel et bien de retour. Celui qui tira son nom du seigneur noir éponyme dans le roman de J.R.R. Tolkien Le Silmarillon se fit remarquer au début des années 1990 avec son death metal obscur, mais splitta en 1998 suite à une expérimentation indus et parfois grungy mitigée et plutôt mal-accueillie avec l’album Feel Sorry For The Fanatic. Ressuscité en 2011, Morgoth avait lentement repris le chemin de la scène avant de plus sérieusement tâter le terrain l’année dernière en publiant son premier single en dix-huit ans, intitulé « God Is Evil ». Ce morceau qui a désormais intégré la tracklist de ce nouvel album, laissait déjà présager un retour aux sources du groupe. Dans la continuité de son histoire compliquée, le combo s’est pourtant fendu d’un énième rebondissement en débarquant récemment du navire son emblématique chanteur Marc Grewe, reconnaissable entre mille à son growl torturé, bestial, voire « possédé », et qui constituait indiscutablement un des principaux arcanes de Morgoth. Son remplaçant au micro, Karsten Jäger, dont le fait d’arme est jusqu’à présent de chanter au sein de Disbelief, a donc ici la lourde tâche de succéder à Grewe dans un contexte de grande attente.

Eh bien, purement et simplement, Morgoth fait ici du Morgoth en renouant avec son ambiance obscure de jadis. Jouant en effet sur la fibre nostalgique de son premier opus Cursed, sorti en 1991, le groupe opère un net recul temporel et revient à une période où trônaient notamment sur le devant de la scène Obituary, ou bien sûr le Death de Chuck Schuldiner. Ces deux influences majeures venues de la vague floridienne du death metal restent indissociables de la musique de Morgoth. Une proximité si forte qu’elle en fût même parfois qualifiée de manque d’originalité et d’identité. Pourtant le cap de la formation germanique demeure clair, assumé et discipliné. Point d’expérimentations industrielle voire electro hasardeuses qui appartiennent désormais au passé, quitte à se risquer à marcher sur ses propres pas. Point question de déroger au style de jadis, « plus old school que ça, tu meurs ». L’on se sentait déjà en terrain familier avec cette pochette d’album, sortie des pinceaux de Seth Siro Anton (Septicflesh). Sa représentation d’une divinité païenne, dans le trait et les couleurs s’inscrit dans une veine proche du visuel initial de Cursed. On retrouve ce rapprochement et cette authenticité encore dans le grain de l’enregistrement, qui n’a certainement pas été réalisé dans une cave humide et mal conditionnée, mais qui joue, là aussi, sur la corde traditionnelle.

Karsten Jäger dont on guettait la performance rassurera vite les septiques et se cale assez bien dans les cordes de son prédécesseur, avec certes quelques différences dans l’intensité de son growl, de ses cris et vociférations, mais globalement satisfaisant au regard de ce que le groupe a voulu produire. S’agissant de l’instrumental, la grande constante de l’album réside en un mid-tempo roulant qui démontre qu’il y a nul besoin de verser dans une technique poussée et démonstrative ou de chercher la rapidité la plus inextricable pour être renversant et efficace. Cette recette, certes classique et dénuée de toute surprise, tape dans le mille et se place finalement en véritable pied de nez vis-à-vis d’un large pan de la scène death actuelle, dont la technique a indéniablement évolué mais ce parfois au détriment du ressenti et de l’émotion. On est toutefois loin de soupçonner une quelconque mollesse chez le groupe qui au moment opportun s’emballe et crève l’écran avec des mosh parts savamment amenés. La construction des titres peut finir par se répéter ; néanmoins quelques-uns font office de chefs de file comme « Voice Of Slumber » sombre et alternant passages plaintifs et rouleaux compresseurs, « Black Enemy » suggérant la lutte intérieure d’un écorché vif contre ses vieux démons, « Prison In Flesh » émouvant et agressif à la manière de Death à l’époque de The Sound Of Perseverance, sans oublier le single déjà connu « God Is Evil » où l’on mesure la proximité avec Obituary. Le morceau instrumental au long cours « Ungod » est l’occasion pour Morgoth de glisser un énième clin d’oeil à Cursed en incorporant une brise lugubre, la même déjà qui semblait funestement souffler à travers les montagnes et la plaine entière du Mordor. « The Dark Sleep » qui clôt l’album sur une touche plus grunge ou rock dépressif à la Type O Negative, martelé d’un sinistre carillon alors que la pluie s’abat, permet de terminer Ungod sur un peu plus de douceur, si l’on peut dire. En bref, les amateurs de death metal à la sauce 90’s devraient fortement se réjouir d’entendre de nouveau gronder le mal en Terre du Milieu.

Ecouter les morceaux « Black Enemy » et « Snakestate » :

Album Ungod sortie le 30 mars 2015 chez Century Media Records



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Slipknot @ Lyon
    Slider
  • 1/3