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Chronique   

Mork – Det Svarte Juv


Héritier et continuateur de la désormais longue tradition du true Norwegian black metal : voilà comment se présente Thomas Eriksen, tête pensante de Mork. Actif depuis une quinzaine d’années et multipliant les sorties depuis 2013, le projet trace discrètement mais sûrement sa route, récoltant un peu plus d’attention avec chaque nouvel album, et multipliant les accolades de la part de pontes du genre (Blasphemer d’Vltimas, Aura Noir et précédemment Mayhem, Seidemann de 1349), jusqu’à être adoubé par Fenriz himself. Si Eriksen a désormais recours à un line-up complet pour des performances live, c’est toujours lui qui est aux manettes de Det Svarte Juv, son dernier opus en date, qui sort chez Peaceville Records comme son prédécesseur, Eremittens Dal. Au programme : pas de fioritures, mais un black old school sombre et glacé, en provenance directe d’Halden, en Norvège. De quoi rafraîchir le printemps qui s’annonce…

Les quelques notes de violoncelle qui ouvrent « Morketeggelse », profondes et inquiétantes, suffisent à poser l’ambiance, et retardent de quelques secondes une salve de riffs acérés. Dès son ouverture, le disque tient ses promesses : tremolo picking, blast beat, éructations en norvégien – pas besoin de comprendre pour savoir qu’il doit y être question des abîmes enneigés du désespoir et des flammes de l’enfer –, tout est là pour nous faire voyager dans le temps, direction 1992. Comme pour faciliter l’immersion, la basse pulse et la production est idéalement ténébreuse. La virée est menée de main de maître et méticuleusement organisée en dix titres d’environ cinq minutes, d’une régularité presque parfaite ; de quoi laisser chaque morceau se développer et déployer plusieurs facettes. Car où se distingue Mork, c’est dans sa manière subtile voire subliminale d’incorporer des aspects plus modernes à chaque morceau comme pour en rehausser la patine d’époque : groove irrésistible flirtant volontiers avec le black n’roll (« Skarpretterens Øks »), variations vocaliques entre hurlements « traditionnels », voix de stentor (« Da Himmelen Falt ») et hululements fantomatiques (toute fin de « Skarpretterens Øks »), embryon de solo (« Siste Reis »), basse mise vraiment au-devant de la scène (« Den Kalde Blodsvei »), et emphase chargée en émotion pour couronner le tout et refermer le dernier titre. Reste que le disque semble peuplé d’échos provenant des tréfonds de l’histoire du black, et la sainte trinité Darkthrone-Mayhem-Burzum n’est jamais loin.

Alors que le black de la dernière décennie semble connaître un infini déploiement de ramifications et des raffinements de plus en plus sophistiqués – musique extrêmement technique, concepts philosophico-religieux sophistiqués, hybridations à tout crin –, Mork rappelle qu’à l’origine, il n’y avait pas besoin d’aller chercher aussi loin : il s’agissait de se servir de ce qu’on avait sous la main, c’est-à-dire de ses tripes. Tout ce qu’Eriksen met en place semble d’ailleurs tourné vers cette même fin : se rebrancher sur le fond viscéral et primitif du black, son enfance, pour ainsi dire ; l’époque où il était composé des hurlements d’angoisse et des talents de musicien rudimentaires d’une bande d’adolescents. Le gouffre de désespoir qu’on voit sur la pochette, simple et DIY à souhait, et les « tragédies » qui, selon Thomas Eriksen, ont émaillé sa vie ces dernières années, et irrigué Det Svarte Juv. Est-ce que le black a atteint un âge suffisamment canonique pour parler de rétro ? Il est tentant de le faire, mais ce retour aux sources a quelque chose de la cure de jouvence et, par le fait, de la plongée cathartique. Dans cette enfance de l’art, Eriksen puise fraîcheur et conviction : il confesse lui-même en être sorti plus fort et assuré. De quoi rappeler que le true black n’est pas seulement bien vivant : il est toujours aussi nécessaire.

Clip de la chanson « I Flammens Favn » :

Chanson « På Tvers Av Tidene » en écoute :

Album Det Svarte Juv, sortie le 19 avril 2019 via Peaceville Records. Disponible à l’achat ici



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