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Interview   

Motocultor 2022 : objectif puissance 4


La route des festivals, plus que jamais, est semée d’embûches. Le Motocultor est bien placé pour le savoir. Yann Le Baraillec, son programmateur, avait tenté de déplacer des montagnes en maintenant, contre vents et marées, l’édition 2021. Mais sa détermination n’aura rien pu faire face au principe de réalité qu’est la conjoncture actuelle du monde de la culture : imprévisible. Néanmoins, malgré le fait d’avoir rendu les armes pour l’édition de cette année, Yann et son équipe ont su rebondir, et même surprendre le public du Motocultor, en proposant une affiche 2022 de très haute volée qui se tiendra sur quatre scènes durant quatre jours.

Yann Le Baraillec dévoile pour Radio Metal la genèse de ce projet, son état d’esprit et revient sur l’été délicat qu’il a vécu en tant que producteur de spectacles. Veuillez également noter que cet entretien a été réalisé le 11 novembre dernier.

« Nous avons essayé de monter quelque chose à échelle plus petite mais juillet ne s’est pas passé comme nous le voulions. Plusieurs milliers de nos festivaliers avaient déjà mis 300 balles dans la double édition du Hellfest, ce qui limite forcément le pouvoir d’achat pour un événement qui a lieu en août. »

Radio Metal : Quel est ton état d’esprit à l’heure actuelle ?

Yann Le Baraillec : J’ai envie d’en découdre ! L’équipe est très motivée, surtout après l’absence de concert pendant deux ans. Nous sommes donc très excités à l’idée de remettre le couvert. Nous avons beaucoup travaillé et nous sommes contents d’avoir déjà réussi à annoncer plus d’une cinquantaine de groupes presque neuf mois avant la prochaine édition – c’est assez rare ! Les artistes sont très demandeurs et veulent figer les choses beaucoup plus tôt que d’habitude, alors nous avons saisi l’opportunité. L’année à venir est particulière puisqu’il s’agit d’une reprise. Nous n’avons jamais vécu ça et, comme la situation n’est pas encore stable, nous ne savons pas quelle sera la réaction des gens. Les aides au festival, comme le fonds de solidarité, se sont arrêtées en septembre parce que, de mon point de vue, le gouvernement anticipe le retour à la normalité. Vu les nombreux retours de syndicats que nous avons, la reprise devrait être « normale » et nous sommes redevenus confiants. Nous voyons que ça repart, même si les concerts en salle ne sont pas tous pleins. Il est très clair que nous sommes dans une période de transition. Les gens sont de retour petit à petit et je pense que ça va d’autant plus reprendre avec les festivals d’été.

En tant que programmateur du Motocultor, comment as-tu vécu les deux ans qui se sont écoulés ? Y a-t-il eu des différences entre 2020 et 2021 ?

Jusqu’en mars 2020, nous avions tout fait comme d’habitude pour assurer la treizième édition, qui aurait dû se dérouler en été. Dans les semaines qui ont suivi le début du confinement, nous avions pensé pouvoir faire quelque chose malgré tout, nous avions commencé à réfléchir à un plan B, à organiser un projet beaucoup plus petit dans une salle de la commune de Vannes. Mais après vote des élus, cela n’a pas pu se faire. De cette déception, nous avons lancé un projet de boutique en ligne pour rebondir et nous avons constitué, avec une douzaine de festivals metal européens, le Metal Alliance Festival – en association avec Mass Hysteria, notamment. Ça a permis de maintenir une activité et de garder la motivation. Après, nous avons perdu pas mal d’argent en 2020 mais, pour l’édition suivante, l’État a soutenu la culture et nous savions que nous allions pouvoir retenter quelque chose… Malheureusement, en février la presse a commencé à relayer des communications du gouvernement, beaucoup d’incertitudes sont ressorties du communiqué de Roselyne Bachelot à propos des festivals. Nous avions reprogrammé une bonne partie des groupes de 2020 et nous étions prêts à repartir en relançant les ventes arrêtées en mars 2020. Nous avions d’ailleurs eu très peu de demandes de remboursement. Puis le Hellfest a annulé, les groupes en tournée internationale ont vu que, malgré les opportunités, les mesures étaient très restrictives… Donc nous avons très vite compris qu’il fallait reporter.

Dès février-mars, nous avions réfléchi à une alternative : comme il y avait des aides, nous pouvions nous permettre de rester sur le site du festival et d’imaginer un événement plus petit mais qui ressemble quand même à un festival. Nous voulions nous inspirer des Vieilles Charrues, de leur projet étendu sur dix jours, et nous avions finalement proposé quelque chose sur neuf jours. Et ce assez tardivement puisque nous voulions être sûrs que les concerts debout étaient possibles. Nous avions pensé aux concerts assis mais cela nous aurait beaucoup limités dans le choix des groupes, ça aurait peut-être pu marcher avec Igorrr ou Heilung mais cela n’aurait pas duré plus de deux jours, et seulement avec des groupes qui peuvent s’apprécier assis. Les événements debout et la fin du port du masque auraient dû arriver en juin et nous avions mis des options sur suffisamment de groupes pour proposer une édition sur neuf jours, dont quatre jours « metal » aux dates habituelles du festival, là où les gens avaient déjà posé des jours de congés. Nous voulions relancer la machine, quitte à ce que l’événement soit à perte : nous craignions et voulions à tout prix éviter une troisième année sans festival. Comme beaucoup d’autres, nous avons essayé de monter quelque chose à échelle plus petite, avec une jauge à moins de 5 000 personnes mais juillet ne s’est pas passé comme nous le voulions. Plusieurs milliers de nos festivaliers avaient déjà mis 300 balles dans la double édition du Hellfest, ce qui limite forcément le pouvoir d’achat pour un événement qui a lieu en août.

« Les festivals de juillet en Bretagne avaient une dynamique de vente soit faible soit catastrophique : les Vieilles Charrues ont eu des soirs à moins de 1 000 personnes… Mais il y a eu une belle date dans le Morbihan avec Ultra Vomit, Tagada Jones et No One Is Innocent, cela nous a redonné espoir. »

Après les annonces du président le 12 juillet, le lancement d’une campagne de vaccination avec le pass sanitaire obligatoire et les médias qui avaient commencé à parler d’une quatrième vague… la dynamique des ventes a diminué. Je me suis mis à regarder la télé pour voir ce qui se disait – alors que je ne l’ai plus depuis une quinzaine d’années ! Je ne me rendais pas compte que les médias ne parlaient que de la quatrième vague, du pass sanitaire, etc. Le discours gouvernemental sur la reprise des évènements à l’été 2021 s’est transformé en une campagne de vaccination massive. Comme ils ont radicalement changé leur fusil d’épaule après le 12 juillet, je ne pense pas que ça avait été prévu. À partir de là, nous nous sommes dit que ça allait être compliqué, d’autant que nous sommes dans un département touristique. Il y a eu une forte hausse du taux d’incidence dans la seconde quinzaine de juillet et des restrictions ont été mises en place – notamment à partir du seuil de cent cinquante personnes. Le masque était de retour, les lieux recevant du public devaient fermer à partir de 23h… Nous aurions dû arrêter les concerts à cette heure-ci, mais aurions-nous pu garder le camping ? La préfecture ne pouvait pas nous répondre : chaque semaine, les restrictions étaient adaptées en fonction des taux d’incidence et personne ne pouvait se projeter sur trois ou quatre semaines. Il aurait fallu voir sur le moment mais nous ne pouvions pas nous permettre de ne pas avoir de camping. Même avec des ventes plus faibles, des gens viennent de partout en France.

Les festivals de juillet en Bretagne avaient une dynamique de vente soit faible soit catastrophique : les Vieilles Charrues ont eu des soirs à moins de 1 000 personnes… Mais il y a eu une belle date dans le Morbihan avec Ultra Vomit, Tagada Jones et No One Is Innocent, cela nous a redonné espoir. Pour en avoir parlé avec les organisateurs, aucun ne voulait être à notre place, surtout avec les restrictions qui se durcissaient de semaine en semaine. Le port du masque allait revenir dans les villes du Morbihan de plus de 5 000 habitants et même si cela ne concernait pas les festivals, je recevais plein de messages qui allaient dans ce sens. Ces incertitudes et l’annonce d’une quatrième vague pour le mois d’août ont complètement plombé nos projets.

Vu la situation incertaine déjà présente à l’été 2021, regrettes-tu d’avoir mis autant d’énergie sur cette tentative d’organisation de l’édition 2021 ? N’était-ce pas un pari trop risqué ?

Nous avions conscience des risques du pari oui, mais d’autres festivals tentaient leur coup. Nous nous y sommes risqués et ça aurait pu marcher ! Nous avions prévu des pertes financières dès le début mais les aides nous ont permis de renflouer les comptes : nous pouvions prendre ce risque ; d’autant que 60 % des pertes étaient prises en charge par l’État. Sur les 230 000 euros de perte, 85 % avaient été pris en charge et, au-delà, le rapport pouvait à peu près aller jusqu’à quatre cent mille 400 000 pour six cent mille 600 000 euros. Nous avions anticipé les pertes maximales – surtout avec la chute des ventes en juillet – mais nous étions prêts à y aller et les gens auraient été très contents si l’événement avait été maintenu. Mais dans une projection d’expérience en festival avec le retour du port du masque, le couvre-feu à 23h, l’incertitude du camping… nous ne pouvions pas nous en passer, avec notre public national – contrairement à plein d’évènements locaux à public local. Nous voulions faire un point début août, voir si ça repartait et ce qu’envisageait la préfecture. Comme ils progressaient au jour le jour, ils ne pouvaient pas répondre à nos questions même s’ils comprenaient nos interrogations. C’était trop tôt. Nous aurions dû être de plus en plus sereins et les choses auraient dû être de plus en plus claires à l’approche de l’été mais la tendance s’est inversée à partir de juillet. Certains départements touristiques, dont le nôtre, ont vu leur taux d’incidence monter en flèche. Tous les partenaires, les prestataires et les artistes voulaient bien attendre début août avant de recevoir les acomptes et de prendre leurs billets d’avion. Nous avions déjà pas mal de choses à payer, et payer les avances nous aurait mis en difficulté. Nous savions que tout pouvait dégringoler si la situation se dégradait et ça a été le cas.

Peut-on dire que les éditions 2020 et 2021 n’ont pas eu lieu à cause du manque de préventes ?

Non. Nous étions justement prêts à encaisser des pertes. Comme dit, les prises en charge de l’État étaient assez importantes, en plus du fond de solidarité. La culture était aidée pour qu’il y ait des évènements. Même en cas de faibles entrées, nous pouvions nous permettre d’aller jusqu’au bout. Le risque était surtout de composer avec de nouvelles restrictions.

As-tu été surpris du faible nombre de préventes, au regard de la situation incertaine ?

Au moment du lancement en juin, nous avions été plutôt surpris de voir que ça marchait bien alors que nous avions reporté la triezième édition en 2022 et démarré la billetterie sans annoncer de groupes. Les journées généralistes ne marchaient pas trop, mais nous l’avions anticipé. Par contre les journées « metal » marchaient vraiment très bien. Cela a commencé à s’affaiblir à partir du lancement de la campagne de vaccination mais nous étions dans les clous de nos objectifs. Même avec un engagement faible, nous pouvions y aller, tout était calculé.

« Concernant notre édition manquée de 2021, en interne une partie de l’équipe commençait à avoir des doutes. Notamment les techniciens : ils disaient que la préfecture n’allait pas autoriser le festival à cause de la dégradation sanitaire. »

Dans le communiqué que vous aviez fait à l’époque, vous aviez vraiment insisté sur les difficultés relatives à l’accueil du public à cause de la crise sanitaire et moins sur le côté prévente. Était-ce un choix volontaire ?

Oui parce que la prévente n’était pas une difficulté, contrairement à l’incertitude. Nous ne pouvions évidemment pas tout dire dans ce communiqué mais, en interne, une partie de l’équipe commençait à avoir des doutes. Notamment les techniciens : ils disaient que la préfecture n’allait pas autoriser le festival à cause de la dégradation sanitaire. Le fait de ne pas savoir si nous allions avoir les autorisations a plombé la motivation de l’équipe.

Aviez-vous commencé à travailler sur l’édition 2022 il y a longtemps ? Comment avez-vous concocté l’affiche ?

En mars 2020, nous avions déjà confirmé trois quarts des groupes, annoncé la moitié, et une partie de ces groupes est présente sur l’affiche de 2022. Après, des groupes comme Heilung pouvaient être là en 2021 mais pas en 2022, à cause de leur planning. Il y aura à la fois des groupes prévus pour 2020 et des groupes qui devaient jouer à la mini-édition de 2021, comme Kreator, Pogo Car Crash Control, Les Ramoneurs de Menhirs, etc. Nous réutilisions le travail que nous avons fait pour ces années-là. Également, nous avons divisé le boulot en deux : une équipe travaille sur les reports et la programmation pendant que je travaille sur la mini-édition de cet été. Nous avons fait un point en septembre et des groupes prévus pour 2021 ont demandé à jouer sur l’édition spéciale de 2022. Nous l’avons envisagé grâce à l’arrivée de notre quatrième scène et grâce à l’autre équipe qui a commencé à travailler en février. La programmation 2022 a donc fini par être finalisée.

Dans l’histoire du Motocultor, c’est sans doute la première fois qu’autant de groupes soient annoncés autant à l’avance. Cela te rend-il serein et comment envisages-tu la suite ?

Notre but est de dévoiler l’affiche finale début février. Nous avons l’habitude de terminer la prog’ entre la mi-avril et la mi-mai et là, nous allons la terminer un peu plus tôt. Nous avons déjà un nombre de noms assez conséquent et ce n’était pas le cas les autres années. Nous allons pouvoir communiquer beaucoup plus, peut-être sur des réseaux moins habituels, plus miser sur le digital marketing… Nous aimerions bien communiquer auprès d’un public davantage européen, pour diversifier les origines du public. Nous avons des gens du Grand Ouest et de toute la France mais pas beaucoup d’Européens et de locaux, et nous avons travaillé dessus en programmant Excalibur et Alan Stivell, ce qui a ramené pas mal de gens du coin. Même des groupes comme Magma et Ange font venir plus de gens du secteur que d’habitude, l’idée est de continuer à travailler dessus. Nous aurons peut-être moins de public venant de tout le pays si demain, d’autres évènements metal débarquent en France. Nous voulons l’anticiper en diversifiant les origines du public et je pense que nous y arriverons en annonçant les groupes plus tôt. C’est trop tard de faire des campagnes de pub en juin-juillet pour des gens qui vivent dans des pays frontaliers car ils ont déjà calé leurs vacances d’août. Là, nous allons pouvoir commencer à communiquer dès maintenant, en redoublant d’intensité quand la prog’ sera complète. Cela va peut-être motiver des gens à venir en Bretagne. Mais nous allons essayer de cibler le public local en communiquant davantage et en faisant des choix de programmation. Je pense que nous devons être plus solides avec le public du Morbihan : trop peu de locaux viennent alors que ça pourrait rendre le festival plus pérenne. Nous devons jouer sur ces deux leviers : sur le public local et sur le public européen.

Comment expliques-tu qu’un festival qui existe depuis autant d’années ait des difficultés à faire venir un public local ?

Parce que le festival se déroule en été et est très ciblé sur la musique de niche. Plein de gens viennent de Rennes, de Nantes ou de Brest mais le public metal n’est pas trop dans le Morbihan, ou en tout cas pas suffisamment pour que ça parle aux gens. Un Kreator ne fait pas déplacer les foules mais des artistes comme Alan Stivell font venir les gens du coin, tout en correspondant à l’idée du festival : la musique folk/traditionnelle est complémentaire avec le metal. Nous allons peut-être tenter de nouvelles choses dans d’autres styles musicaux. L’idée est aussi d’avoir des groupes qui plaisent à un plus grand public pour ramener plus de locaux. Le festival en soi est localement très connu mais les gens n’y vont pas forcément et ce n’est pas un artiste par-ci, par-là qui va les ramener. Nous avions programmé Henri Dès par exemple, mais les gens ne vont pas venir que pour le voir. Par contre, avec la programmation que nous essayons de faire pour l’an prochain, des artistes pas forcément metal pourront ramener un public plus rock par exemple, sans pour autant dénaturer le festival. Il faut élargir de manière complémentaire et subtile, pas grossièrement programmer des artistes qui n’ont pas leur place au Motocultor. Il faut trouver le bon dosage entre plaire au public local et satisfaire nos habitués.

« Nous devons trouver un équilibre entre des journées bien metal sur vendredi, samedi et dimanche et prendre plus de risques sur la journée du jeudi. Nous allons en profiter pour davantage mettre en avant d’autres styles, en fonction des opportunités. »

Ce doit être très compliqué de faire venir un public européen vu la situation actuelle, surtout avec le Summer Breeze et l’Alcatraz, qui ont également lieu en août et où les publics belge et allemand ont naturellement tendance à se rendre. Comment ferais-tu pour que le Motocultor les séduise ?

Grâce aux nouveaux aménagements. Aux alentours de 2017, nous avions annoncé 45 groupes, il y a quelques années nous avons pu monter à une soixantaine grâce à nos trois scènes et en 2019, nous étions passés à 79 groupes programmés sur quatre jours. En général, les autres festivals metal européens du mois d’août ont entre quatre-vingt et cent-vingt groupes – la plupart en ont plus de cent –, nous étions donc dans la moyenne. Avec la quatrième scène de 2022, nous essayons de motiver les gens à venir en Bretagne, en étant dans la norme de ce qui se fait déjà en Europe. Après, ce ne sera peut-être pas suffisant : nous sommes dans une région éloignée mais avec 105 groupes, des gens vont forcément s’y retrouver et peuvent se motiver à venir. Je pense que le côté attractif de la Bretagne peut aussi jouer : c’est beau, très touristique, les gens y viennent en vacances, nous avons le golfe du Morbihan… et je crois que le public ne veut pas faire le même festival tous les ans. Comme la région est très belle et assez connue en Europe, cela peut jouer. En termes de musique, nous sommes plus ouverts que Summer Breeze ou Alcatraz., Nous pouvons avoir plus de groupes de Stoner par exemple. Cela pourrait intéresser les spécialistes de niche et nous pourrions nous démarquer en restant nous-mêmes tout en gardant cette ouverture musicale. Nous ne pouvons pas rivaliser avec eux sur le terrain du metal extrême par exemple, donc il faudrait continuer à développer nos spécificités.

Quelles seront les spécificités en 2022 ?

Déjà, il y aura la quatrième scène. Nous voulions annoncer deux surprises : la première est venue avec la première révélation des groupes, cette quatrième scène va justement nous permettre de passer à 105 groupes. La deuxième annonce concerne une approche différente, en fonction des opportunités : nous n’avons pas envie de faire quatre jours identiques. Depuis plusieurs années, nous faisons plus ou moins la même chose pendant nos journées « metal » mais avec le quatrième jour, nous voudrions que le rythme soit différent : avec des groupes qui jouent plus longtemps et avec des styles que l’on ne retrouve pas ou peu sur les autres jours. Ce sera donc le cas lors de la journée rock du jeudi. Nous devons trouver un équilibre entre des journées bien metal sur vendredi, samedi et dimanche et prendre plus de risques sur la journée du jeudi. Nous allons en profiter pour davantage mettre en avant d’autres styles, en fonction des opportunités. Nous l’avons fait en 2019 avec les musiques celtiques et traditionnelles, elles reviendront cette année-là mais plus sur les journées du vendredi, samedi et dimanche. Le jeudi sera plus orienté rock mais nous aurons des groupes qui vont faire plaisir au public metal et des groupes complémentaires que nous avons l’habitude de programmer en très petites quantités – et pas forcément tous les ans. Ça devrait beaucoup plus parler à un public local tout en enrichissant l’affiche et ça va nous permettre de nous différencier.

Pour l’an prochain, la quatrième scène va nous permettre de nous mettre à niveau des autres festivals européens. L’incroyable édition du Hellfest m’avait fait réfléchir : je me suis demandé s’il fallait s’y adapter. Si nous ne faisions rien, l’édition aurait été similaire à 2019 et j’avais peur d’avoir une mauvaise surprise quant à la fréquentation. Soixante-quinze pour cent de nos festivaliers vont au Hellfest et les vingt autres viennent soit par curiosité, soit par défaut. Le Hellfest a proposé un événement qui a été complet très vite. Je pense donc que des milliers de nos festivaliers ont misé sur cette double édition. Ils doivent donc poser entre dix et douze jours de congés. Si nous avions gardé le format habituel, ça ne l’aurait peut-être pas fait : beaucoup de gens ne seraient pas venus, ou pas plus d’une journée. Rajouter cette quatrième scène permet aux journées d’être plus attractives et d’anticiper les limites du pouvoir d’achat de certains festivaliers. Entre la reprise des concerts en salle, et la double édition du Hellfest, nous arrivons en fin de course. Les gens auront dépensé beaucoup d’argent – plus que d’habitude – et des choix doivent être pris pour une partie de nos fidèles festivaliers. Nous y réfléchissons en parallèle de la quatrième scène. Les gens vont déjà poser une douzaine de jours pour le Hellfest et pour qu’ils en posent quatre pour le Motocultor, il faut quelque chose de costaud. Avoir quatre scènes nous permet d’avoir plus de metal moderne, de metalcore, de groupes inhabituels comme Powerwolf… Nous voulons satisfaire nos habitués avec tout autant de groupes, tout en allant vers des styles moins communs pour motiver un nouveau public. Je pense que tout ceci va nous permettre de nous prémunir d’éventuelles défections d’habitués qui n’auront peut-être pas suffisamment d’argent ou de jours de congés pour venir.

Depuis que vous avez fait la première annonce, es-tu content des retours ?

Nous n’avons jamais eu autant de likes ! Et nous avons aussi eu beaucoup de commentaires. Les retours des gens, des attachés de presse, de nos proches sont ultra positifs. Le public a hâte du retour des festivals, nous sentons que l’envie est forte après trois ans sans festivals. Il y a une forte attente et les gens ont l’air heureux de nos annonces. Nous avons récemment eu un bon pic de ventes. Beaucoup de gens avaient déjà acheté des places et, même pendant le confinement, entre dix et trente places partaient par mois. Il y avait toujours un peu de ventes mais nous avions déjà vendu un certain nombre de billets jusqu’à la mi-mars. Ce n’est pas beaucoup mais ça rentre dans nos chiffres habituels. Nous sommes en fin d’année et les chiffres de vente se rapprochent déjà de la mi-mars des années précédentes. Peut-être que ça va stagner à un moment, je ne sais pas, mais cela a bien démarré. Entre ceux qui ont déjà acheté leurs places et ceux qui les prennent maintenant, nous espérons un effet boule de neige. Nous ne voulons pas toucher le plus de monde possible mais nous avons des objectifs. Nous avions douze mille personnes par jour en 2019 et là nous montons à quinze mille et si ça marche vraiment très bien, nous figerons la jauge à ce maximum. Nous ne savons pas comment les gens vont réagir à la programmation mais nous espérons afficher complet le plus tôt possible.

Interview réalisée par téléphone par Amaury Blanc.
Retranscription : Natacha Grim.
Photos : Radio Metal

Site officiel du Motocultor : motocultor-festival.com

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