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Chronique   

Mourir – Animal Bouffe Animal


Si les membres qui composent Mourir ne sont pas étrangers au public friand de découvertes (toulousaines) de qualité (Plebeian Grandstand, Drawers, Toucan), ils se réunissent ici pour la première fois autour d’un premier album. Animal Bouffe Animal, sorti chez le label Throatruiner Records connu pour son goût du sombre, révèle un black metal moderne, puissant et ciselé, tant au niveau de la composition dirigée par Olivier Lolmède (dont le projet en solitaire Vermine sorti en 2016 est à l’origine de la naissance de ce nouveau combo) que de la production, avec Amaury Sauvé aux commandes (Birds In Row, Plebeian Grandstand…).

Animal Bouffe Animal, ce sont six morceaux plongés dans l’encre noire de la nuit, un voyage intérieur où l’œil est aveugle, l’oreille désorientée, mais où l’esprit reste alerte. Mourir accompagne l’auditeur en l’enveloppant de murs de sons étouffants mais étrangement moelleux et confortables, comme si un guide était présent tout au long du périple, lui montrant les tréfonds du vide et lui tenant la main en même temps pour l’empêcher de tomber. La maîtrise de la composition musicale de ce court album est indéniable. En atteste la richesse des structures harmoniques, particularité incontournable du mouvement post-black (The Great Old Ones, Regarde les Hommes Tomber ou Alcest, pour ne citer que les références françaises).

Dès le lancement de « Sentir Le Vide », les bases sont posées et le terrain est connu. Une entrée brutale, des sonorités saturées et le genre d’harmonie qui fait plisser les yeux et se crisper les vertèbres. Les tonalités sont majoritairement mineures, matérialisation de sentiments plutôt associés à la tristesse, au désespoir voire à la douleur. Pour autant, les quatre musiciens n’hésitent pas à impulser des ouvertures au majeur, créant des éclats lumineux et des brèches permettant de respirer librement. Ces évolutions harmoniques sont à l’origine des sensations d’élévation subites dans « Sentir Le Vide » ou « Ton Univers Mental M’Épuise ». De même, le combo use très habilement de porosités harmoniques et n’hésite pas à construire des grilles resserrées où les tonalités très proches les unes des autres enferment le paysage mental dans un espace réduit, tout en laissant les guitares mélodiques distiller sporadiquement des indices du basculement à venir. Notre cerveau enregistre inconsciemment ces mouvements mélodiques et l’effet est immédiat : les changements d’accord provoquent une intense satisfaction, car ils ne nous sont jamais tout à fait étrangers grâce aux repères posés. L’ensemble demeure toutefois dans les codes dissonants et suffocants du black metal (« Foutu Pour Foutu »). Difficile de résister à l’écrasement ou à l’envol : c’est Mourir qui dirige l’auditeur, avec subtilité et fermeté.

« La Gueule Ouverte », une courte pièce instrumentale, voit son propos centré sur les jeux de texture. Les guitares hypnotisantes offrent une traversée de matières sonores bruitistes jusqu’à dissipation de la saturation (la seule et unique fois de l’album). On se détend, on respire, mais la bouffée d’air est vite coupée par l’entrée fracassante du blast beat de « Paroles De Hyène ». Un surprenant solo de batterie, retenu et raffiné, type de démonstration peu commun au genre, s’érige en pilier central du morceau. « Animal Bouffe Animal » clôt l’album sur un ton lancinant. On y entendrait presque des chœurs célestes sur les passages atmosphériques. Le mixage est plus aéré à certains endroits, la finesse des arrangements est perceptible et chaque instrument vient comme un pinceau dessiner sur la toile d’« Animal Bouffe Animal » les détails d’une structure complexe.

S’il peut rester un goût de trop peu dans la bouche à la fin de la demi-heure d’écoute, c’est peut-être dû à cette envie de basculer dans une matière sonore plus expérimentale. L’album nous en donne un aperçu sans jamais en embrasser complètement la radicalité. On a envie d’écarts plus grands, de virages plus serrés, d’accidents, que le guide nous laisse tomber dans le vide de temps en temps. Reste que ce premier album des Toulousains est une belle proposition à la frontière des canons du black et d’une réflexion moderne, menée par des bases musicales et instrumentales solides, une production soignée et une élégance de composition qui convaincra les plus exigeants. Le projet Mourir se montre d’ores et déjà prenant, magnétique, et il vient enrichir une scène post-black française fourmillante.

L’album en écoute intégrale :

Album Animal Bouffe Animal, sorti le 21 février 2020 via Throatruiner Ṙecords. Disponible à l’achat ici



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