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Chronique   

Mr. Bungle – The Raging Wrath Of The Easter Bunny Demo


Un voyage dans le temps. Mr. Bungle ne pouvait pas acter son retour normalement, en proposant de la nouvelle musique après s’être séparé aux alentours de 2001. Au contraire, ils veulent replonger dans leur adolescence et renouer avec leurs premiers affects, là où puberté et musique offraient un mélange savoureux. Lorsqu’un projet de réunion pour quelques concerts a émergé très récemment (avec des setlists ne comprenant strictement aucun morceau de leurs trois albums sortis chez Warner Bros.), le trio composé du fameux Mike Patton, de Trevor Dunn et de Trey Spruance avait déjà en tête de réenregistrer sa toute première démo datant de 1986 au titre alléchant : The Raging Wrath Of The Easter Bunny. La décision a été prise lorsque Mike Patton s’est vu offrir pour son anniversaire des versions réenregistrées avec Dave Lombardo à la batterie. Un argument de poids. Mr. Bungle a donc entrepris de réenregistrer intégralement sa première œuvre en s’aidant de l’ex-batteur de Slayer, accompagné du non moins célèbre Scott Ian d’Anthrax en tant que deuxième guitare. Mr. Bungle respecte l’esprit original des compositions, aussi juvéniles qu’agressives. Un véritable thrash d’adolescents joué par des musiciens accomplis.

Trente-cinq ans les séparaient de la démo initiale, mais un premier amour, ça ne s’oublie pas : le trio avait encore en tête les riffs, malgré la médiocrité du son original et les décennies passées. Il s’agit d’une musique composée par des adolescents entre quinze et dix-sept ans laissée intacte. The Raging Wrath Of The Easter Bunny est un réenregistrement integral ou presque. Il intègre trois titres supplémentaires composés à l’époque mais jamais enregistrés (« Eracist », « Methematics », « Glutton For Punishment ») et deux reprises (« Habla Español O Muere », version espagnole du « Speak English Or Die » de S.O.D. annexé à « Hypocrites » à la place du thème des Blues Brothers, et « Loss For Words » de Corrosion Of Conformity). Inversement, le funk délirant d’« Evil Satan » et la partie ska d’« Hypocrites » ont été omis pour retrouver une cohérence (ce sera bien la première fois…). Il y a indéniablement un cachet sonore propice à la nostalgie, identifiable dès les premiers arpèges de « Grizzly Adams » et cette réverb’ poussiéreuse. Une petite mise en condition avant d’assaillir l’auditeur avec le thrash musclé d’« Anarchy Up Your Anus » (une réponse au « Metal Up Your Ass » de Metallica) qui prend une forme toute slayerienne avec cette double grosse caisse reconnaissable entre mille. Pourtant, Mr. Bungle se démarque des titans du thrash de l’époque. Il y a un grain de folie né de l’isolement du groupe lorsqu’il composait dans sa petite ville californienne septentrionale d’Eureka. La prestation débridée de Mike Patton y est pour beaucoup, à l’aise dans tous les registres comme à l’accoutumée. Le punk et le thrash restent pour lui un terrain d’expression familier, ce qu’il a déjà établi dernièrement avec Dead Cross. « Raping Your Mind » et « Bungle Grind » démontrent une certaine précocité de la part des adolescents de Mr. Bungle. Il y a cette capacité à varier les tempos et à construire une composition cohérente, contrastant avec les effusions de brutalité de deux minutes. L’apport de Dave Lombardo est gigantesque, celui-ci étant beaucoup trop heureux de revenir à un thrash pur jus. Mr. Bungle a en outre pris soin de conserver le cachet old school des leads, à l’instar du festival en la matière présent sur « Raping Your Mind », ça fuse, ça siffle, en jouant les funambules entre virtuosité et phrasé infâme. L’excentricité est mise en valeur sur « Hypocrites/Habla Español O Muere » où Mike Patton interprète « La Cucaracha » avec une certaine ferveur. « Loss For Words » de Corrosion Of Conformity n’en démérite pas moins, le frontman s’en donnant à cœur joie pour amplifier l’extravagance de la version originale.

Mr. Bungle est surtout très intelligent. The Raging Wrath Of The Easter Bunny n’est pas qu’un petit plaisir nostalgique. Le groupe a bien conscience que les compositions d’alors sont toujours pertinentes et constituent peut-être la meilleure expérience d’un thrash-revival, puisqu’il n’en est pas vraiment un. Les articulations mélodiques de l’effréné « Spreading The Thighs Of Death » suffisent à captiver l’attention de l’auditeur. Si Mr. Bungle s’est permis une approche aussi « passéiste » et authentique, renforcée par la sollicitation de deux figures majeures du thrash de l’époque avec Dave Lombardo et Scott Ian, c’est que ses compositions le permettent. Difficile de le contredire sur ce plan : « Sudden Death » fait office de déflagration parfaite, avec cette basse claquante, une section rythmique inépuisable, un enchainement copieux de riffs de plus de sept minutes et un chanteur trop heureux de faire une cure de jouvence. Oui, The Raging Wrath Of The Easter Bunny est aussi répétitif que pouvait l’être le premier album d’un groupe très jeune désireux de se défouler (si l’on excepte un « Eracist » qui se détache sensiblement avec ses éléments plus rock, notamment son refrain à la Killing Joke). Il a même réussi à maintenir quelques bribes d’immaturité qui font sourire. Il ne faut cependant pas s’y tromper : Mr. Bungle livre un album de thrash véritable à l’exécution chirurgicale qui frappe par une qualité d’écriture indéniable.

Nostalgie, exutoire et plaisir. C’est ce qui motive Mr. Bungle et le réenregistrement de cette première démo. Dave Lombardo et Scott Ian sont les invités parfaits, à même de restituer l’état d’esprit de ces adolescents qui s’étaient réunis dans un coin miteux pour maltraiter leurs instruments. Après tout, ils l’ont eux-mêmes vécu. The Raging Wrath Of Easter Bunny, malgré ses défauts inévitables et parfaitement restitués pour en délivrer tout le charme, est une œuvre réfléchie. Elle est le fruit d’un travail de composition consciencieux plutôt qu’un exutoire bas du front. Une petite pièce d’histoire qui n’a rien perdu de sa légitimité et de son caractère jubilatoire.

Chanson « Eracist » :

Chanson « Raping Your Mind » :

Album The Raging Wrath Of The Easter Bunny Demo, sortie le 30 octobre 2020 via Ipecac Records. Disponible à l’achat ici



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  • One Man Army dit :

    Je comprends mieux le délire line-up thrash deluxe.
    Ils peuvent se permettre avec les années et la reconnaissance d’embarquer des pointures du genre pour dépoussiérer leur démo.
    Après, Mr Bungle au sommet reste pour moi « California ».

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