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Interview   

Municipal Waste : le châtiment divin du thrash


Il y a quelque chose de paradoxal lorsqu’un groupe réputé pour la vitesse de sa musique met cinq ans à délivrer un nouvel opus. Mais la vie à cent à l’heure peut aussi avoir des effets néfastes sur l’inspiration et c’est précisément ce qui est arrivé à Municipal Waste, les patrons du revival thrash, après la tournée de The Fatal Feast. Et ce n’est pas parce qu’on fait une musique expéditive et punk dans l’âme qu’on doit négliger la qualité !

Ainsi Municipal Waste nous reviennent avec un sixième album, Slime And Punishment, mais aussi un second guitariste dans ses rangs qui a certainement contribué à faire avancer le groupe. Ryan Waste, qui se voit donc désormais secondé à un poste qu’il devait jusque là gérer seul, nous explique ce que cela a changé pour lui ainsi que la genèse de l’album, en passant par Donald Trump, le mode de vie du groupe, son rapport à la musique de ses pairs, etc.

« Nous avons un t-shirt où [Donald Trump] se fait exploser la tête. […] C’est notre façon de partager ce que nous pensons. Si nous perdons des fans à cause de ça, qu’il en soit ainsi, parce qu’ils ne sont pas de notre côté. »

Radio Metal : The Fatal Feast est sorti il y a cinq ans. Pourquoi est-ce que ça vous a pris autant de temps pour revenir avec un nouvel album de thrash ?

Ryan Waste (guitare) : Nous avons beaucoup tourné pour cet album. Donc nous avons fait un cycle de deux ans de tournée. Lorsque nous sommes revenus chez nous, c’était : « Ok, c’est le moment d’écrire ! » Et nous avons juste commencé à écrire de la musique. En fait, ça, c’était il y a quatre ans et quelque chose n’allait pas, mec. Nous écrivions pour écrire. Ce n’est pas comme si nous étions inspirés pour le faire, nous étions épuisés par les tournées et nous avons écrit un paquet de trucs. Nous nous sommes posés, nous avons écouté et nous n’en étions pas contents, donc nous avons tout balancé à la poubelle et recommencé de zéro. Enfin, vous, les gars, vous auriez probablement pensé [que ces chansons] étaient bonnes mais nous prenons beaucoup de choses en considération dans notre musique. Nous voulons qu’elle soit la meilleure possible. Nous avons bien gardé certaines des chansons et certains des riffs, mais nous devions en retravailler une grande partie. Je pense que le truc, c’était que nous avions l’impression qu’il fallait composer, donc nous l’avons fait, au lieu de vouloir composer. Et donc nous avons attendu jusqu’à ce que nous ayons vraiment la volonté de le faire, de créer. Je pense que le temps qui s’est écoulé nous a permis de retrouver l’envie de nous y mettre. Au lieu de, toute suite après la tournée, dire « ok, on doit écrire », je pense que pouvoir se relaxer et créer de la musique ensemble, c’est comme ça que nous avons trouvé l’inspiration. Il n’y a aucun moyen de vraiment le décrire : soit tu es inspiré, soit tu ne l’es pas, et si tu forces les choses, c’est là que tu commences à écrire de mauvaises chansons. Donc, en gros, nous avons écrit deux albums. Voilà pourquoi ça a pris autant de temps. Mais je pense que c’était pour le mieux. Nous nous sommes assurés que la qualité était au rendez-vous.

Le label ne vous mettait pas la pression pour leur fournir un album ?

Non ! C’est ça le truc : Nuclear Blast a été vraiment cool. C’était nous qui décidions. Je suis sûr qu’ils se demandaient ce qui se passait [petits rires] mais à aucun moment ils ne nous ont embêtés sur le sujet. Et nous leur avons dit ce qu’il s’est passé et ils ont été très sympas. C’est presque autant une amitié qu’une relation de business. Donc ils ont compris. Et je pense qu’ils sont eux aussi contents que nous ayons attendu.

Tu as dit que vous avez beaucoup tourné, et en fait, les groupes aujourd’hui doivent beaucoup tourner. Dirais-tu que ça devient de plus en plus dur de s’engager à faire des albums aujourd’hui ?

En fait, c’est dur de vivre grâce aux albums, ça c’est sûr. Ce n’est pas comme à la bonne époque où les chèques arrivaient pour les ventes de disques, on est loin de ça. Si tu veux survivre rien qu’en jouant en tant que groupe, tu dois tourner, tu dois vendre du merch. Tu devrais vouloir tourner aussi. Car il faut aimer ce qu’on fait. Nous avons la chance de pouvoir tourner et en vivre, donc il faut aimer faire ce que tu fais si tu veux être heureux !

D’un autre côté, penses-tu que ce trou de cinq ans a apporté un peu de fraicheur dans le processus ?

Ouais, je le crois. Nous avons aussi intégré un second guitariste – je suis sûr que c’est dans tes questions pour plus tard. Ca a apporté une nouvelle étincelle au groupe aussi, une fraicheur. Donc avec cinq gars… Surtout, c’est comme si mon meilleur ami était dans le groupe maintenant. C’est clair que ça apporte beaucoup. Tout n’est pas entre mes mains maintenant en tant que seule guitare. Donc c’est palpitant en ce moment ! Les possibilités sont infinies désormais.

Entre les deux albums, tous les membres du groupe ont fait d’autres projets et groupes. Penses-tu que c’était nécessaire pour vous avant de vous retrouver dans Municipal Waste et produire un nouvel album ? Penses-tu qu’il y avait un besoin de sortir du cadre de Municipal Waste ?

Ouais, je pense que c’était très sain parce que tout le monde a pu déployer ses ailes d’un point de vue créatif. Il est clair que j’aime jouer différents styles de musique. J’aime jouer du heavy metal, par exemple, et c’est ce que je fais dans Volture, et j’aime faire mon propre truc dans Bat, où j’ai l’occasion de chanter et jouer de la basse, ce que j’aime beaucoup faire par opposition à la guitare. Dave [Witte], notre batteur, a un million de groupes, et Tony [Foresta] et Phil [Hall] ont Iron Reagan. Donc c’était une bonne et saine expérience. Je pense que tout le monde a pu aller ailleurs et faire d’autres projets, et ensuite ça permet à Waste de redevenir excitant lorsque nous y sommes revenus.

Apparemment, « Low Tolerance » est la première chanson que chaque membre a aidé à composer collectivement. Comment est-ce arrivé et y avait-il autre chose de nouveau dans le processus ?

Ça s’est fait comme ça en salle de répétition. Il se trouvait que tout le monde était en répétition ce jour-là et nous sommes cinq maintenant. Tout le monde a contribué. Ce n’était pas comme si « ok, voilà la chanson, on écrit tous ensemble. » Ca s’est fait de manière organique, comme ça. Mais autrement, c’était comme nous avons toujours fait : nous allons en salle de répétition, l’un de nous a un riff, nous construisons à partir de ce riff, nous ajoutons de la batterie, nous l’enregistrons et puis nous posons du chant par-dessus. C’est vraiment tout bête ! Il n’y a pas de formule magique. C’est comme un groupe de garage de la vieille école. Tu as quelques riffs, tu les assembles et balances du chant au-dessus [petits rires]. Il n’y a rien de savant là-dedans ! Nous avons trois cerveaux qui contribuent à des riffs désormais, moi, Phil et Nick, le nouveau guitariste, donc c’est cool, plutôt qu’il n’y ait qu’un gars ou deux qui se les disputent. Désormais, il y a trois personnes qui apportent des idées. Ça rend assurément les choses plus faciles et ça apporte clairement plus de diversité. Car s’il n’y a qu’un gars, tout finit par sonner un peu pareil. Avec trois cerveaux, ça produira toujours plus de dynamique et de variété.

La biographie promotionnelle dit que « le processus d’enregistrement était différent cette fois » et que « le groupe a pu enregistrer l’album lui-même » grâce au bassiste Phil Hall qui a étudié l’art de l’ingénierie musicale. Mais The Fatal Feast avait déjà été produit par le groupe, si je ne me trompe pas…

Ouais, nous produisons toujours nos propres albums. En fait, nous sommes ceux qui décidons de comment ça va sonner ; j’imagine qu’on peut appeler ça produire. Ce n’est pas comme si quelqu’un nous avait déjà donné des idées, ça n’a jamais été le cas. Là, nous avons simplement enregistré chez nous, plutôt que d’aller dans un studio d’enregistrement. Nous avons enregistré des choses à notre salle de répétition, d’autres chez moi, les batteries ont été faites ailleurs et le chant dans notre propre endroit. Et ensuite nous avons envoyé tout ça à notre producteur Bill Metoyer pour mixer l’album, avec qui j’ai travaillé de façon très étroite par téléphone et email, pour que les chansons soient comme il faut. Mais ouais, nous nous sommes enregistrés nous-mêmes, comme avec les démos, et nous n’avions jamais fait ça pour un album avant ; nous avons été en studio pour tous les albums à part celui-là, toujours avec un ingénieur, alors que cette fois, Phil était l’ingénieur. En fait, désormais, Phil en a les capacités, il a le matériel, les micros et la connaissance – ce qu’il n’avait pas avant les cinq dernières années -, du coup, pourquoi aller en studio ? Nous pouvons le faire où nous sommes à l’aise et ensuite faire appel à un professionnel pour mixer l’album, et c’est ce que nous avons fait. Nous n’utilisons pas le temps de quelqu’un et nous n’avons personne à payer, nous pouvions prendre notre temps. Et nous l’avons fait très rapidement, bizarrement, justement parce que nous étions très à l’aise.

« Nous avons grandi en dormant sur toutes sortes de sols, avec parfois de la merde de chat autour de nous ou bien des aiguilles, des gens qui vomissaient partout… C’est juste comme ça en tournée, mec ! »

Comment approchez-vous le son de Municipal Waste quand vous vous produisez vous-même ?

Nous voulons juste que ça sonne tel que ça sort de nos amplis. Nous voulons obtenir le son naturel live de chaque gars. Et nous n’avons vraiment pas eu à faire grand-chose sur les guitares une fois que nous les avons envoyées à mixer. Tout était plus ou moins déjà là. Nous sommes un groupe assez simple, tu sais, il n’y a pas tellement de tours de passe-passe. Il n’y a pas de surprise. Si ça sonne bien en sortie, alors c’est ce qui sera sur l’album.

Et lorsque vous vous enregistrez vous-même, ne ressentez-vous pas le besoin d’une oreille extérieure ?

C’est pour ça que nous l’avons envoyé à quelqu’un d’autre pour le mixer, donc ça c’est une toute autre oreille. En fait, je sais quand quelque chose est bien ou pas quand je la joue. Je porte beaucoup d’attention aux détails, donc si j’entends un petit truc qui est à coté, je le refais.

Comme tu l’as mentionné, vous avez intégré un second guitariste dans le line-up, Nick Poulos. Pourquoi avez-vous décidé ça à ce stade ?

L’idée a été en fait suggérée par d’autres membres du groupe. Ils disaient : « Qu’est-ce que tu dirais d’avoir un second guitariste ? » Et j’y ai réfléchis une seconde, et j’ai dit : « D’accord, mais seulement si c’est Nick. C’est la seule personne avec qui je jouerais. » Donc c’était l’ultimatum. Et ce n’était pas bien dur de les convaincre parce qu’en fait, certains des gars l’avaient déjà suggéré avant. Lui et moi, nous avons joué dans deux autres groupes ensemble, donc il n’y avait pas à réfléchir. Je veux dire que nous savons déjà comment nous composons, nous jouons et nous travaillons bien ensemble, nous composons bien ensemble. Ca paraissait complètement logique. Et puis ça apporte tout un nouvel élément en concert. C’est bien plus heavy.

Pourquoi ça vous a pris autant de temps d’intégrer un second guitariste ?

Parce que ça n’a jamais été quelque chose… J’étais content de jouer tout seul. Pour ma part, je ne pensais pas que nous en avions besoin, mais maintenant que nous l’avons fait, j’aurais aimé que ça ait été fait il y a longtemps [rires].

Qu’est-ce que ça fait maintenant de partager le travail de guitare après quinze ans à avoir été le seul guitariste dans le groupe ?

C’est plus facile, mec ! [Rires] Les choses sont devenues bien plus faciles ! En fait, tant qu’il suit ce que je fais… Par exemple, j’ai essayé de mettre sa guitare dans mes retours, de mon côté de la scène, et c’est trop bizarre. Donc il m’a moi dans ses retours, pour suivre les parties rythmiques, mais tant qu’il suit, on est bon. Parce que c’était trop. Entendre un autre bruit de mon côté de la scène, ça me faisait péter un câble ! [Petits rires] Si nous faisons une harmonie ou quelque chose comme ça, simplement je le rejoins de son côté de la scène. Je préfère écouter directement à l’ampli. Donc c’était bizarre pendant un concert et j’étais là : « Tu sais quoi ? Je vais me contenter d’être conscient que nous jouons ensemble. » Et nous sommes assez solidement en place, sans avoir à se regarder. Donc ça a bien fonctionné. Si ça n’avait pas été le cas, je ne sais pas ce que nous aurions fait [petits rires].

Et qu’est-ce que le fait d’être deux guitaristes a apporté à l’album ? Qu’est-ce que ça a changé ?

Je pense que nous avons clairement apporté plus de parties de guitare lead. Parce que je ne suis pas vraiment un guitariste lead, je ne l’ai jamais été, je n’ai jamais dit que je l’étais. J’aime ce genre de choses mais ça n’était pas quelque chose dont j’étais capable, vraiment. Je veux dire que je pourrais faire semblant quand tu veux, j’ai quelques tours dans mon sac, mais nous voulions du lead sérieux et tout, donc… C’est assurément quelque chose de nouveau. Il y a des harmonies ici et là, avant je faisais ça tout seul, mais je ne pouvais pas le reproduire en concert parce qu’évidemment, je ne me démultiplie pas. De petites choses comme ça. Et lorsque j’ai joué sur l’album, je n’avais à jouer la piste de guitare qu’une seule fois, donc c’est pas mal. Avant je devais le faire deux fois. Donc ça m’a rendu la vie plus facile !

Tout le monde semble s’accorder pour dire que nous vivons une époque sombre dans le monde en ce moment. Est-ce que ce contexte vous donne une colère supplémentaire que vous auriez mis à profit dans l’album ?

Je pense juste que ça nous rend plus furieux dans la vie, ou simplement ça nous fait avoir honte de notre pays. Je déteste tout ce qui sort de la bouche de ce gars. Nous avons un t-shirt où il se fait exploser la tête. Si ça, ça ne dit pas ce que nous ressentons, alors je ne sais pas ce qui le fera [petits rires].

Vous aviez aussi ça en backdrop au Hellfest l’année dernière. Est-ce important pour vous de lever votre voix contre lui ?

Je pense que oui, parce qu’à chaque fois que nous levons la voix… C’est dur à croire que des gens l’ont vraiment suivi ou que des gens soutiennent vraiment ce gars, parce que c’est vraiment un sac à merde. Ça me souffle que des gens ne serait-ce le respectent. J’étais choqué et dévasté lorsqu’il a été élu. J’ai vu tout le truc s’écrouler, je ne pouvais pas y croire. C’était un triste jour. C’était une tristesse que je n’avais jamais ressenti auparavant. J’ai le sentiment que nous devons nous élever contre ça, parce que quelqu’un doit bien le faire, et personne ne l’a encore fait de la bonne manière. Donc je pense que les gens doivent s’élever et faire attention à ça, parce que ça ne fait qu’empirer en ce moment. Chaque jour est pire que le précédent ! Donc c’est notre façon de partager ce que nous pensons. Si nous perdons des fans à cause de ça, qu’il en soit ainsi, parce qu’ils ne sont pas de notre côté. Nous avons des positions très fortes contre lui.

« Je déteste avoir un patron. Lorsque j’ai un job normal, on me vire, mec ! Je leur dit de la merde. Je n’aime pas quand les gens me disent quoi faire [rires]. […] Quand t’es punk, qu’y a-t-il d’autre à faire que dire sa haine de l’autorité ? [Petits rires] »

Plus généralement, penses-tu que ce soit le rôle de groupes de thrash metal de lever la voix sur des problématiques politiques ?

Non, je ne pense pas… Je n’ai jamais apprécié les groupes qui partaient dans des diatribes politiques ou qui prêchaient auprès du public. Nous disons succinctement et gentiment ce que nous ressentons et puis nous vous donnons de la putain de musique – et je pense que l’image en soit parle d’elle-même, elle vaut plus que des mots. Parce qu’au bout du compte, nous sommes là pour vous divertir et vous donner la banane. Et parfois, nous pouvons dire un peu de saloperies sur le président entre-temps, mais nous irons sur ce terrain pour aussitôt en repartir. Parce que c’est le choix de chacun ce qu’ils pensent ou qui ils soutiennent. Nous vous disons notre opinion mais nous revenons à la musique parce que c’est de ça dont il est question. Tout le monde dit que le climat politique rend les groupes plus inspirés. Mais ce n’est pas ce qui m’inspire. Je suis fan de musique. Nous écrivons de la musique parce que j’adore en jouer. Ça pourrait être n’importe quel président, je serais quand même en train de composer du thrash metal.

D’un autre côté, certains journalistes ont argué que le fait de voir des artistes faire campagne contre Donald Trump a eu un effet contraire sur les gens, cela les a exaspérés…

Je ne le pense pas. Je pense que les gens ont besoin de dire ce qu’ils ont sur le cœur. Et c’est leur problème si ça affecte quelqu’un de façon négative. Je veux dire que chacun a son propre… Chacun vit sa vie. Les médias peuvent tourner ça dans tous les sens autant de fois qu’ils le veulent [petits rires].

Vous avez toujours été influencés par les vieux films d’horreur. Même si c’est un autre type d’horreur, penses-tu que l’horreur que tu ressens venant du monde aujourd’hui vaut l’horreur de ces films, d’une certaine façon ?

Non parce que j’apprécie ces films [rires], alors que je n’apprécie pas ce qui se passe en ce moment. Je vois beaucoup d’humour dans l’horreur. J’ai plein de films d’horreur, tu sais, et c’est comme un monde fantastique. Là, c’est la vraie vie et il n’y a rien de drôle là-dedans, dans ce qui se passe aujourd’hui.

Tony Foresta a déclaré que la chanson « Breathe Grease » était « une chanson à la gloire de [votre] mode de vie. » Peux-tu nous parler de votre mode de vie, justement ?

Ouais, nous vivons des vies assez marginales – en fait le mot « greasy », c’est de l’argot, on ne parle pas de nourriture [rires]. Nous vivons dans une sous-culture. Parfois nous sommes comme dans une bulle à jouer dans les scènes punk et metal, donc nous sommes un peu séparés des gens normaux. Nous ne travaillons pas derrière un bureau ou à pointer le matin et devoir répondre à quelqu’un. Nous vivons notre propre style de vie, comme nous l’entendons et nous en sommes plutôt heureux, à vivre dans l’underground. Pas tout le monde peut le faire, ça requiert un certain type de personnalité. Nous sommes sur la route toute l’année. Certaines personnes abandonnent, elles n’arrivent pas à s’y faire. Mais nous sommes là depuis presque vingt ans à faire ça, donc… C’est que ça doit marcher !

Certains morceaux, comme « Dingy Situations » décrivent des éléments de la vie en tournée. Quelles ont été les situations les plus folles ou vilaines que vous avez vécues en tournée ?

Nous avons grandi en dormant sur toutes sortes de sols, avec parfois de la merde de chat autour de nous ou bien des aiguilles, des gens qui vomissaient partout… C’est juste comme ça en tournée, mec ! Un beau jour tu obtiendras une promotion et tu pourras dormir dans un lit [petits rires] mais nous avons grandi en tournant dans un van, à dormir sur le sol. Probablement que chaque maison dans lesquelles nous avons logé au cours des dix premières années étaient des situations miteuses (traduction de « dingy situations », NDT). Et il y a des situations comme lorsque nous avons joué en Allemagne sur notre première tournée européenne, je me suis réveillé, je dormais dehors sous la pluie, nous avions bu toute la journée et il a fallu que je retrouve mon chemin vers le squat où nous logions. J’étais tout trempé. J’avais dû dormir pendant des heures pendant lesquelles il n’a pas arrêté de me pleuvoir dessus. Ça, c’était assez dingue, par exemple.

Vinnie Stigma d’Agnostic Front fait le sketch de flic sur « Parole Violators » avec toi. Peux-tu nous en dire plus ? Ca a dû être sacrément marrant à faire…

Ouais, c’était marrant ! Nous avons partagé le bus de tournée avec Agnostic Front sur cette dernière tournée européenne. Nous savions déjà que Vinnie était un mec marrant. Il est comme Joe Pesci dans Les Affranchis. En fait, nous lui avons demandé pour faire ça dès le premier jour de tournée, genre : « On a besoin de toi pour faire ce sketch de flic ! » Il était là : « Ouais, ouais ! Frangin, je le ferais ! » Et il a fallu arriver au dernier jour de tournée, nous étions sur le point de prendre l’avion et sa couchette était juste derrière la mienne, et j’ai attrapé mon téléphone, j’ai été le voir et nous avons enregistré le sketch, juste-là, à la dernière heure de tournée, sans avoir dormi. Nous lui avons donné quelques répliques et il s’est débrouillé avec ça. Donc c’était super !

Des chansons comme « Parole Violators », « Bourbon Discipline » et peut-être même « Poison The Preacher » semblent évoquer l’autorité. Avez-vous un souci avec l’autorité ?

Ouais [rires], bien sûr, mec ! Nous ne pouvons pas avoir de job normal, mec, nous ne savons pas comment gérer ce genre de chose. Je déteste avoir un patron. Lorsque j’ai un job normal, on me vire, mec ! Je leur dit de la merde. Je n’aime pas quand les gens me disent quoi faire [rires]. Ça, c’était avant le groupe. Je suis sûr qu’on m’a même viré à un moment quand j’avais déjà le groupe, je ne m’en souviens plus trop. Ça fait longtemps que je n’ai pas eu de boulot normal. Je veux dire, que ces boulots, ce n’est pas avec ça qu’on fait une carrière, ce sont des boulot merdiques dans des restaurants, ou bien j’ai conduit un taxi pendant un moment, plein de choses différentes. Mais je suis là pour divertir, jouer de la musique, faire des films, c’est tout ce que je veux faire. Mais ouais, pour ce qui est de « Poison The Preacher », j’ai écrit les paroles de cette chanson. En fait, elle parle du sujet assez sérieux, dans le catholicisme, des prêtres qui agressent sexuellement de jeunes enfants. C’est une chanson qui parle de revanche, de retourner voir le prêtre, l’empoisonner avec du vin et le tuer. C’est un sujet sombre basé sur la réalité. « Parole Violators » est basée sur un film, Parole Violators, qui est un film merdique des années 90. Mais, je veux dire, quand t’es punk, qu’y a-t-il d’autre à faire que dire sa haine de l’autorité ? [Petits rires]

« Je me soucie plus des pères du style et je ne prête pas vraiment attention aux jeunes groupes qui sont en activité actuellement. Au contraire, j’essaie plus de trouver des albums en creusant plus profondément dans le passé, honnêtement [rires]. »

Vous étiez l’un des premiers groupes de la soi-disant renaissance du crossover thrash metal à apparaître dans la scène, et tant d’autres vous ont emboité le pas, au point que c’en est devenu presque saturé. Ressentez-vous une sorte de pression venant d’une rivalité ou compétition, d’une certaine façon ?

Je ressens de compétition avec aucun des nouveaux groupes, vraiment. En fait, je ne prête pas tellement attention aux choses actuelles. Je pense vraiment qu’il est important de rendre hommage aux vieux groupes des années 80, parce que ce sont de bons groupes, et c’est quelque chose que nous avons toujours fait. Beaucoup de gens de ces groupes sont venus me voir pour me dire qu’ils apprécient vraiment ce que nous avons fait, car certains d’entre eux nous ont dit que ça les as poussé à se remettre ensemble. Donc je me soucie plus des pères du style et je ne prête pas vraiment attention aux jeunes groupes et tout qui sont en activité actuellement. Au contraire, j’essaie plus de trouver des albums en creusant plus profondément dans le passé, honnêtement [rires]. Je ne m’intéresse pas aux trucs modernes. Parce que pour nombre d’entre eux, c’était une mode et ils sont maintenant partis. Nombre d’entre eux ne sont pas restés très longtemps. Ça fait dix-sept ans que nous faisons ça, donc… Et ce qui est drôle, c’est que ce que j’écoute n’a rien à voir avec la façon dont nous sonnons. En fait, j’écoute beaucoup de trucs purement heavy metal, du vieux hard rock. C’est bizarre. J’ai dû mettre mon chapeau d’adolescent parfois pour écrire des chansons de Waste.

Ça ne devient pas plus dur de faire de bons albums de thrash et se renouveler à mesure que vous avancez dans votre carrière, mais aussi avec tant de groupes autour de vous et la longue histoire du style aujourd’hui ?

Ça peut l’être. C’est pourquoi ça nous a pris cinq ans, parce que nous voulions qu’il soit bon. Faire la même chose encore et encore peut devenir barbant. Mais je pense que ce nouvel album contient plein d’éléments différents que nous n’avions pas faits avant. Donc je pense que c’est important d’évoluer. Pas tellement pour s’éloigner de la formule d’origine, mais il faut se développer, afin que ça reste intéressant pour soi-même. Je peux dire qu’il y a beaucoup de groupes qui se sont développés trop loin, au point où on n’aime plus le groupe, mais j’essaie de ne pas être négatif en interview et ne pas parler de ce que je n’aime pas [petits rires].

Tu dis que tu n’écoutes pas les jeunes groupes, mais que penses-tu de ce que les pères du style font aujourd’hui ?

C’est ce que je dis : si tu ne peux pas dire quelque chose de sympa, ne dis rien du tout [rires]. Je dirais qu’un vieux groupe qui a sorti un nouvel album qui était vraiment bon est le groupe Satan. Ils ont sorti Life Sentence, leur album de retour, et je l’aime autant que les vieux trucs. Et c’est très rare ! Parce qu’habituellement, je n’écoute même pas le nouvel album d’un groupe que j’aime, parce que ça va me gâcher les classiques, parce que généralement, quatre-vingt-dix pour cent du temps, je ne vais pas aimer. Car je n’aime pas la nouvelle production, je n’aime pas les batteries triggées et les trucs qui sonnent surproduits, généralement je n’aime pas le son. Il peut y avoir une chanson correcte mais le son est tellement surproduit que je déteste.

N’as-tu pas peur que dans quelques années les gens disent la même chose à votre sujet, qu’ils préfèrent les anciens trucs ?

Devine quoi ? Je m’en fiche ! Je n’y prête pas attention. C’est leur opinion et ils ont droit de l’avoir. Je ne garde pas d’aigreur sur ce genre de chose. Plein de gens m’ont dit qu’ils préfèrent, par exemple, ce nouvel album à nos anciens, et c’est assez rare. Si je devais choisir un album, ce serait Hazardous Mutations que j’aime le plus, et nous l’avons écrit il y a douze ans. J’aime les vieux trucs ! Tu vois ce que nous jouons en live… C’est marrant, ce genre de chose ne me gêne pas. Aussi je ne lis pas de chroniques ou les commentaires. Je fais de la musique pour moi-même. C’est personnel. Je veux dire que si les gens aiment, encore mieux !

L’année dernière au Hellfest, vous avez dépassé votre temps de jeu, et ils ont dû couper le son après « Sadistic Magician » et avant la dernière chanson. Que s’est-il passé ?

C’est marrant, nous venions tout juste de débarquer en ville, nous n’avions pas dormi et on nous a balancé sur scène et personne ne nous a dit que nous n’avions que trente minutes. Nous pensions avoir quarante minutes là-haut, ce qui est le temps que nous avons normalement dans les festivals. Donc nous étions juste en train de jouer notre set comme normalement et on nous a tellement pressé de monter sur scène que personne ne s’est soucié de nous dire quel était notre créneau de jeu. Donc c’était un peu de notre faute et un peu de la faute de notre manageur, parce que nous sommes montés là-haut comme t’habitude et soudainement, il fallait que nous arrêtions. Je pense que ça restait un bon set. J’adore le Hellfest, nous y avons joué trois fois. Mais nous étions choqués, genre : « Oh il fallait qu’on ait fini ? Oh, bon, bonne nuit ! » [Rires] Ou « bon après-midi ! » C’était midi, tu sais, c’était en pleine journée. C’est dur de jouer le jour parce que tu n’es pas sur le qui-vive. Je préfère toujours jouer le soir. Je préfère tout le soir !

Interview réalisée par téléphone le 3 juin 2017 par Nicolas Gricourt.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.
Photos promo : Kip Dawkins.

Site officiel de Municipal Waste : www.municipalwaste.net.

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  • Au moins maintenant on sait pourquo le son a été coupé au Hellfest ! Merci d’avoir posé la question.
    (vous auriez pu leur demander ce qu’ils avaient pensé du public, surtout des gens qui ont confondu jogging et circle pitt 😀 )

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