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Interview   

Municipal Waste : dans la tête de Ryan Waste


Les membres de Muncipal Waste se sont peut-être assagis sur le plan personnel – en tout cas si on considère les nouvelles résolutions de son guitariste Ryan Waste –, on ne peut pas en dire autant de sa musique, toujours aussi radicalement thrash-punk, même si, à y regarder de plus près, des indices – l’influence de NWOBHM, la « longueur » des morceaux, le sens de la dynamique, etc. – nous font comprendre que l’expérience est passée par là. Après tout, la pochette de son septième méfait, Electrified Brain, ne laisse que peu de doutes quant à ce qu’on s’apprête à vivre en mettant le CD dans le lecteur (oui, car on est old school).

Au programme donc, des chansons pour joyeusement se bousculer dans le moshpit sur fond, parfois, d’histoires horrifiques. Car oui, pour Ryan Waste, heavy metal et horreur est l’association ultime. Voilà d’ailleurs pourquoi il s’est lancé, en parallèle de Municipal Waste et de ce nouvel opus, profitant du temps « offert » par la pandémie, dans la scénarisation et la réalisation d’un film d’horreur heavy metal. Tout un programme. Nous avons donc joint Ryan Waste pour qu’il nous parle de tout ceci, à la fois d’Electrified Brain, de son rapport au cinéma et à la musique (plus vaste qu’on pourrait le croire), et de son histoire insolite avec son instrument qui empale et électrifie fièrement un crâne sur l’artwork : la guitare.

« Si tu dois trop réfléchir à la musique, ça ne donnera probablement pas une bonne chanson, car tu sur-analyses. La simplicité, c’est la clé. »

Radio Metal : Municipal Waste est un groupe qui tourne beaucoup : à quel point les confinements ont été perturbants pour un groupe comme vous ?

Ryan Waste (guitare) : Il y a deux façons de voir ça. Peut-être que nous avions besoin d’une pause [rires]. J’étais d’ailleurs en tournée avec mon autre groupe Bat quand nous avons eu la nouvelle. Nous étions en Europe et le 8 ou 9 mars 2020 était le dernier jour où nous étions là-bas. C’est là que tout a fermé. Nous étions donc sur la route pendant que c’était en train d’arriver, quand les confinements étaient en train de commencer. J’étais en tournée avec Waste avant ça, j’avais pris des vacances en Europe entre les deux, j’étais épuisé, mec. J’ai pris ce temps d’arrêt comme une bénédiction au départ, mais avec le temps, on devient fébrile et on a envie de repartir sur les routes. Donc oui, la pause était sympa, mais bon sang, j’avais hâte de repartir. Je suis quelqu’un d’assez optimiste, donc j’étais là : « Ça se terminera. Ça se terminera. » Il y a eu des moments de doute, c’est sûr, mais je suis resté positif. Nous voilà maintenant, nous rejouons. Le meilleur là-dedans pour nous est que nous avons pu prendre plus de temps avec l’album. J’ai écrit deux albums et je les ai enregistrés, et j’ai aussi terminé un scénario. J’ai profité de ce temps pour être créatif quand rien ne bougeait. Donc j’ai continué, je ne me suis pas arrêté.

Beaucoup de groupes se sont posé des questions sur eux-mêmes et leur carrière. J’ai l’impression que ce n’était pas ton cas…

Je pense que ça a éliminé les faibles ! Si tu n’étais pas là-dedans pour les bonnes raisons, tu ne t’en sortais pas. Ça peut paraître un peu direct, mais je n’ai jamais envisagé d’arrêter, donc nous voilà.

En tant que personnes qui, en temps normal, se voient constamment, est-ce que ça a fait du bien aussi de ne pas vous côtoyer pendant un moment ?

Curieusement, notre chanteur Tony a déménagé en Floride, c’est-à-dire à dix ou douze heures de la Virginie où nous habitons, et il a fait ça juste avant que tout s’arrête. Il a eu de la chance de pouvoir faire la transition comme ça. Mais nous avons quand même répété en portant des masques une fois que tout s’est stabilisé un peu. J’ai donc pu voir mes collègues du groupe. Nous sommes restés en cercle restreint et c’est ainsi que nous avons pu composer et enregistrer. Richmond est une toute petite ville, genre il y a un magasin de disques en face de chez moi. Donc je voyais de toute façon des gens et on restait dans une petite bulle de gens qu’on voyait. Nous nous en sommes sortis. Je pense que la plus grande différence était juste que nous n’étions pas sur la route, nous ne voyagions pas, alors que c’est quelque chose que nous avons vraiment l’habitude de faire.

Comment avez-vous géré le fait que Tony soit en Floride et pas avec le reste du groupe ?

Si quelqu’un doit déménager, c’est le gars qui ne joue pas d’un instrument ; c’est probablement la personne pour qui c’est le plus facile de déménager. Si notre batteur déménageait, ce serait difficile, mais nous pouvions enregistrer les chansons et les envoyer à Tony. En fait, il a un petit espace de répétition en Floride qui ressemble à une petite installation de scène. Il y va, chante et envoie la musique à fond dans la sono. En contrepartie, il a fini par répéter encore plus, parce qu’il était isolé, il se préparait pour les concerts, tandis que nous répétions normalement. Tous les autres vivent toujours dans le coin. Ça n’a pas tellement compliqué les choses. Et la seule technologie que nous avons utilisée pour travailler ensemble s’appelait un radiocassette ou un téléphone [rires]. Nous ne jouons pas au clic ou avec quoi que ce soit de technique. Donc tu enregistres soit sur ton téléphone, soit sur cassette, et tu envoies ça, très simple, vieille école.

Tony a déclaré qu’Electrified Brain « était de loin l’album sur lequel [il a] travaillé le plus dur » et que vous avez tous « mis beaucoup d’efforts dans celui-ci ». Je ne sais pas si c’est aussi ce que tu ressens, mais qu’est-ce qui a fait la différence en termes de charge de travail ?

Comme je l’ai dit plus tôt, nous avons pu prendre plus de temps pour faire l’album, car nous avions déjà commencé le processus de composition avant la pandémie, et c’est de toute façon ce que nous avions prévu de faire. Puis nous nous sommes dit : « D’accord, on peut prendre du recul et regarder les chansons un peu plus attentivement et faire des changements, prendre notre temps. » Nous n’avons jamais eu le temps comme nous l’avons eu ces deux dernières années. Je pense que ça s’entend dans la production, la musique et la composition. Ça a été davantage pensé. Ça a donc été bénéfique pour nous, je pense, mais c’est vrai que c’est probablement l’album sur lequel nous avons le plus travaillé, donc il a raison. Nous avons travaillé avec Arthur Rizk à Philadelphie. C’est le mec le plus cool qui soit, nous nous entendons super bien. Nous étions détendus et dans notre élément. Nous étions dans une salle de répétition, nous avons joué toutes les chansons live avec le batteur et puis nous sommes revenus sur les morceaux pour réenregistrer les guitares et la basse. C’était relax, nous nous sommes éclatés, si on fait fi de la pandémie qui a rendu la chose un peu étrange, nous étions simplement contents d’avancer un peu. Quand tout était incertain, nous savions que nous allions faire un album, donc c’était bien. Il n’y avait pas de pression, vu que nous avions énormément de temps.

« Je compose toujours mieux quand je suis en colère ou frustré, donc je pense que ça ressort dans la musique. Je n’ai pas envie de me sentir tout le temps comme ça [rires], mais quand c’est le cas, autant attraper une guitare plutôt que de cogner la tronche de quelqu’un. »

Malgré le fait que vous avez beaucoup travaillé dessus et pris le temps, êtes-vous parvenus à garder le côté instinctif ?

C’est notre septième album, donc je pense que c’est dans un coin de notre tête, nous ne sommes pas obligés de trop y réfléchir. Je dis toujours : plus longtemps le groupe existe, plus on commence à sonner comme soi-même. Nous sonnons comme Municipal Waste, au lieu de sonner comme tel ou tel groupe. Nous bouclons la boucle, pour ainsi dire, et c’est un album de Waste. Ça, c’est instinctif pour moi, c’est involontaire. Si tu dois trop réfléchir à la musique, ça ne donnera probablement pas une bonne chanson, car tu sur-analyses. La simplicité, c’est la clé, je pense. Il ne faut pas rendre les choses trop techniques, et c’est ce que nous ne faisons jamais.

Vous jouez une sorte de musique qui sent la sueur du public et le moshpit : ça n’était pas étrange de faire un tel album à une période où tout ceci était impossible et où les chances de refaire des concerts étaient si incertaines, ou bien est-ce que ça vous a encore plus motivés pour évacuer toutes les angoisses et frustrations dans la musique ?

Oui. Je veux dire que je compose toujours mieux quand je suis en colère ou frustré, donc je pense que ça ressort dans la musique. Je n’ai pas envie de me sentir tout le temps comme ça [rires], mais quand c’est le cas, autant attraper une guitare plutôt que de cogner la tronche de quelqu’un. C’est une meilleure manière, un peu plus positive, de voir les choses. C’était aussi tout ce que nous pouvions faire : « On ne fait pas de concert, donc continuons à composer et à enregistrer. » De toutes façons, c’était prévu que nous enregistrions. La seule différence est que nous n’aurions pas eu autant de temps. C’était étrange, nous ne pouvions même pas nous réunir pour un shooting photo, donc tout ce que vous voyez dans l’album, ce ne sont que des photos live, car personne n’était dans la même ville. Nous sommes un groupe de live, nous essayons de faire transparaître ça dans l’album, quoi qu’il en soit, et ça n’aurait rien changé s’il n’y avait pas eu de pandémie. Nous l’aurions abordé avec la même attitude.

Faire de la musique, c’est plutôt un défouloir pour toi ou bien une échappatoire ?

Je dirais que c’est les deux. Je pense qu’on peut voir ça en même temps comme un défouloir et une échappatoire. Et je suis un fan de musique. Je joue de la musique parce que j’aime la musique, comme n’importe qui dans le public. C’est l’éclate !

Tu as déclaré que vous vouliez « diversifier certains tempos et apporter de la dynamique ». Penses-tu que ça a parfois manqué au thrash metal, voire à Municipal Waste ?

Oui, je trouve. Quand Brandon [Ferrell] – qui est décédé et a joué la batterie dans le groupe sur l’album Waste ‘Em All – et moi jouions ensemble, nous voulions aller constamment à fond, peut-être mid-tempo pour les moments les plus lents. Nous avions la vingtaine avec cette attitude, mais on ne peut pas toujours se reposer là-dessus. Par exemple, plein de groupes veulent juste enchaîner les breakdowns, mais ça ne marche pas. Donc on peut balancer une partie lente par-ci, par-là, et ça apportera de la dynamique, et si nous mettons une partie au tempo lent, je pense que c’est très efficace, car autrement, nos morceaux sont très rapides. Evidemment, j’aime tous les types de musiques. Tout le monde pense : « Oh, tu dois n’écouter que du thrash metal jour et nuit. » Alors que c’est la dernière chose que j’écoute ! J’écoute du heavy metal, de l’AOR, du rock progressif et toutes sortes de choses. Donc tout est là-dedans. Nous ne voulons pas contaminer Municipal Waste avec toutes ces nouvelles idées, mais si tu saupoudres des petits bricoles heavy metal et d’autres choses que nous aimons avec goût, ça passera. Tout ça pour dire que nous sommes des metalleux, donc évidemment ça s’entendra, mais je ne veux pas oublier d’avoir l’attitude punk et de l’injecter dedans. Donc nous essayons de garder un équilibre entre les deux.

Quel est le groupe ou l’artiste le plus inattendu que tu écoutes ?

Oh, bon sang ! Je veux dire, regarde par là, il y a beaucoup de choses, plein d’albums et de cassettes. Inattendu, voyons voir, c’est dur. Probablement qu’un de mes groupes préférés est The Alan Parsons Project. C’est un producteur et il faisait intervenir des gars de studio. Quand je me retrouve en tournée, soit avec la gueule de bois, soit simplement après avoir écouté de la musique bruyante au casque, j’ai besoin de me calmer. Donc, honnêtement, j’écoute plus de Alan Parsons que plein de choses. Il a une discographie très vaste. Tout le monde devrait jeter une oreille à ce qu’il fait, et il y a aussi des éléments heavy là-dedans. Et puis je lui ressemble un peu, non ? Peut-être que toi-même tu lui ressembles. C’est juste un gars aux longs cheveux avec une barbe comme nous !

« Tout le monde pense : ‘Oh, tu dois n’écouter que du thrash metal jour et nuit.’ Alors que c’est la dernière chose que j’écoute ! J’écoute du heavy metal, de l’AOR, du rock progressif et toutes sortes de choses. »

As-tu déjà songé à monter un genre de projet progressif comme ça ?

Oui ! En fait, j’avais prévu d’attendre d’être très vieux, quand je n’aurais plus besoin de jouer à cent mille à l’heure, mais il se trouve que j’ai écrit un scénario pour un film d’horreur, genre un film d’horreur heavy metal, et le groupe se transcende dans un côté plus orienté clavier et AOR. Nous allons donc écrire des choses dans cette veine pour ce film dont je viens juste de finir le script. Donc oui, il y aura ce genre d’élément. Je ne sais pas jouer des claviers, mais je vais faire appel au meilleur claviériste que je peux trouver pour enregistrer des parties. Je vais probablement jouer de la basse là-dessus.

Après deux albums autoproduits, comme tu l’as dit, vous avez enregistré Electrified Brain à Philadelphie avec le producteur Arthur Rizk : qu’est-ce qu’il a apporté à cet album que vous ne pouviez apporter vous-mêmes ?

Comme je l’ai dit, son caractère joue beaucoup parce que, que tu sois professionnel ou pas, doué ou pas, tu es stressé en studio. Tu es sous pression, or il y a chez lui une énergie si décontractée qu’il met tout le monde à l’aise, ce que je trouve être un plus. Il est très talentueux. Il est lui-même musicien, c’est un guitariste et un batteur doué, donc il sait quand quelque chose ne va pas, s’assurant que tout est en place sur le tempo, etc. Nous ne jouons pas au clic, donc nous y allons et nous nous exécutons, c’est ainsi que nous avons toujours fait. Il a en fait une super pièce que nous avons louée, qui est toute en bois et fait très années 70. Il y avait même un château d’eau d’une des salles de Philadelphie. Ils ont pris la porte, qui est grande, en forme ovale, et qui fait très médiéval. Elle est dans un coin. On peut entendre le son rebondir dessus, il y a plein de Marshalls derrière, il l’utilise comme une grosse enceinte. L’atmosphère est donc vraiment cool. Je trouve que le son de batterie était la meilleure chose que nous ayons obtenue, car nous n’utilisons pas de trigger ou de sample sur la batterie. Nous ne voulons jamais, qu’il y en ait eu par le passé ou pas. Nous disons toujours : « Si on peut obtenir un son naturel, restons là-dessus. » Je suis fan des vieilles productions des années 70 et 80 à cet égard. Donc je pense que nous avons eu le meilleur son de batterie que nous avons jamais eu. Le son de tous les instruments est super. Enfin, je ne vais pas raconter que notre dernier album est notre meilleur, tout le monde dit ça, mais je trouve qu’Arthur a déchiré sur celui-ci.

Tony a dit qu’Arthur « vient d’un drôle de background à la fois hardcore et metal ». Penses-tu qu’il ait une meilleure compréhension du groupe pour cette raison ?

Oui. Je pense qu’il comprend beaucoup de musiques. C’est aussi un grand fan de heavy metal, comme moi. Nous avons fini par parler la moitié du temps de vieux heavy metal suédois et anglais, mais oui, il vient des scènes hardcore et noise, mais aussi du heavy metal. Waste est quelque part entre les deux, d’une certaine façon. Je savais qu’il allait faire du bon boulot. Nous avons aussi autoproduit le groupe, nous ne cherchons jamais quelqu’un pour formuler la manière dont nous sonnons ou nos chansons. Nous ne nous sommes jamais vraiment laissé influencer par des gens extérieurs pour les structures de chansons, et ce n’est toujours pas le cas. C’est plus un son que nous essayions d’obtenir, et il l’a capturé parfaitement.

Justement, tu as expliqué à Arthur que vous vouliez sonner plus heavy : encore une fois, vos précédents albums n’étaient pas assez heavy pour vous ?

On en apprend tous les jours avec ce genre de chose. Je ne suis pas un ingénieur du son, donc je suis souvent à la merci de l’ingénieur. Nous trouvions que certains morceaux passés avaient un son un peu trop maigre. Nous voulions que ce soit plus couillu. Certains groupes se reposent sur le sous-accordage pour être plus heavy, mais nous jouons en Mi standard, donc nous ne sommes pas du genre à sous-accorder ou quoi. Nous voulons avoir une lourdeur naturelle, et nous avons toujours cherché à être de plus en plus heavy. Il n’y a rien de mal à dire : « Soyons plus heavy cette fois. » C’est facile à dire, ce n’est pas toujours facile à faire. Ce qui est cool, je trouve, avec nous, maintenant que nous sommes un groupe à deux guitares, c’est que ça sonne classique en Mi standard. Donc si tu balances de petites harmonies, ça finit par sonner comme Iron Maiden et qu’y a-t-il de plus heavy que ça ?

Penses-tu que le sous-accordage est la voie de la facilité pour être heavy ?

Je pense juste que pour nous, c’est cool d’être old school et standard. Mon autre groupe, Bat, est sous-accordé d’un demi-ton, c’est en Mi bémol. Mi bémol est mon accordage préféré. Nous avons essayé le Mi bémol avec Waste mais ça changeait tout, donc c’est trop tard maintenant. Je n’aime pas aller tellement plus bas, mais j’aime des groupes qui sont sous-accordés. Je veux dire que j’adore Witchfiner General : c’est très bas ! J’ai joué dans cet accordage pour quelques reprises, j’étais là : « Bon sang, c’est facile. » Je joue de la basse et les cordes sont là : « Boing ! » Donc je comprends pourquoi les gens le font, mais oui, il ne faudrait pas se reposer là-dessus.

« J’ai toujours été bassiste jusqu’à Municipal Waste. Donc je me considère comme un bassiste. Honnêtement, je préfère la basse. Il y a moins de cordes ! [Rires] »

Les sessions d’enregistrement étaient la première fois où le groupe au complet s’est réuni en personne après un an : penses-tu qu’il y avait une forme d’euphorie à être ensemble à nouveau qui s’est peut-être traduite dans les enregistrements ?

Tout le monde pense que nous étions séparés pendant très longtemps. Ce n’était pas vraiment le cas. Enfin, en dehors de Tony qui était en Floride. Tony est venu pour l’enregistrement de la musique, mais il a enregistré son chant en Floride qu’il a renvoyé à Arthur pour le mixer. L’état du monde était dingue. Donc oui, quand nous nous sommes réunis en studio, ça paraissait fou. Tout le monde sur la planète vivait cette situation. Je ne sais pas, enregistrer, c’est déjà suffisamment stressant. Ce n’est pas comme si nous étions là-bas à nous éclater comme jamais. Je stressais. Pendant tout ce temps, au même moment, je travaillais aussi avec l’artiste pour obtenir l’illustration. Je fais toujours dix choses à la fois. Il n’y avait pas le temps de s’ennuyer. Je suis juste content que nous l’ayons fait et que nous puissions le présenter au monde maintenant. Nous avons aussi attendu un an et demi. Cet album était fini depuis un moment. Nous avons simplement attendu avant de le sortir. Nous avons été très patients [rires].

Après toutes ces années à faire ça et tous ces albums, tu stresses encore quand tu enregistres ?

Oui ! [Rires] Arthur nous met un peu plus à l’aise, mais à la minute où j’ai fini mes guitares, je suis content. Nous prenons ça suffisamment au sérieux pour… Parfois, c’est bien d’avoir du stress. C’est genre, on bosse ici, mec !

Préfères-tu jouer live plutôt que d’être en studio ? La scène est-elle ton environnement préféré ?

J’aime tout. La scène et le fait de ressentir l’énergie des gens, c’est une grosse récompense. Ça te fait réaliser pourquoi tu fais tout ça. Tu peux être à la maison, à enregistrer ou à composer, puis tu pars en tournée, tu vois tout le monde et tu te nourris de cette énergie. Donc c’est quelque chose de spécial, c’est certain.

Était-ce important que Tony soit avec vous quand vous enregistriez les parties instrumentales ?

Oui, parce que nous pouvions être en train de jouer des choses, et je pense que pour le chant… J’ai rencontré ça avec mon autre groupe Bat dans lequel je chante : si quelque chose est joué trop vite ou trop lentement, ça détruit toute la cadence du chant et des motifs vocaux. Donc il était là dans la salle de contrôle, simplement à s’assurer que les parties étaient stables. Si tu pouvais chanter en même temps, t’étais bon. Et puis il voulait juste être là. Je veux dire que, selon moi, c’est important que tout le monde soit là. Nous sommes un groupe très soudé. J’ai assisté à chaque étape. J’étais là pour la basse, l’autre guitare et la batterie. Je suis très impliqué, car tu remarques de petites choses. Quand il y a deux guitares, t’es là : « Eh, qu’est-ce que tu fais ici ? » « Je fais ça. » Il pourrait y avoir des parties qui finissent sur l’album où on ne joue pas la même chose. Je suis très pointilleux et très précis. Il faut bien que quelqu’un le soit.

Vos albums sont vite écoutés – trente-quatre minutes pour celui-ci – mais assez longs à sortir – cinq ans pour celui-là et le précédent, même si vous avez sorti un EP en 2019. N’est-ce pas paradoxal ?

Il y a un paquet de choses entassées en un court laps de temps. Les chansons ont aussi tendance à s’allonger, je ne sais pas si tu l’as remarqué. Nous avons dépassé les trois minutes sur certaines chansons – pour Waste, c’est une longue chanson – alors que sur le premier album, Waste ‘Em All, elles faisaient souvent moins d’une minute. Donc nous ajoutons progressivement des parties. Mais ces chansons sont pleines à craquer. Quand t’es guitariste ou bassiste, tu peux te rendre compte que dans la musique il y a quinze riffs en deux minutes. Enfin, je ne suis pas là à les compter. Il y a beaucoup de boulot là-dedans. Pour que ça sonne normal, que ce soit fluide, ça requiert beaucoup de travail.

Il y a une raison pour que les chansons s’allongent avec le temps ?

J’aime me lâcher ! Nous avons appris qu’on pouvait faire respirer une partie, et ça vient de l’expérience des concerts, le fait de voir les gens faire des circles pits et être à fond. C’est genre : « Pourquoi abréger si c’est bon ? » Donc nous laissons les parties respirer un peu plus, et c’est probablement encore trop court pour l’auditeur qui n’a pas l’habitude, mais à la fois, les gens ont aussi une faible capacité de concentration, donc on ne peut pas trop faire traîner non plus. Il faut trouver le juste milieu.

« A chaque fois que tu rencontres quelqu’un de célèbre, ton opinion sur la personne peut changer en un instant, genre il est trop cool pour s’arrêter et parler, mais Lemmy était tout l’opposé. Ça m’a parlé et j’essaye de traiter les gens, n’importe qui, de la même façon. »

« Ten Cent Beer Night » se finit sur le riff de « Rock You Like A Hurricane » de Scorpions. Comment est-ce arrivé ? C’est un hommage ou plutôt une blague ?

Non, c’est un hommage, parce que j’adore Scorpions. Ceci dit, c’est probablement la dernière chanson que j’ai envie d’écouter, car c’est un morceau radiophonique de Scorpions. Je suis un énorme fan de la période des années 70 avec Uli Jon Roth. Nous avons commencé à faire ça en tant que plaisanterie, genre la chanson se terminait et c’était plus ou moins dans la même tonalité. Je crois que Nick [Poulos] a joué le riff une fois et nous étions là : « Mettons-le dans la chanson ! » C’était avant que ce soit « Ten Cent Beer Night » aussi. Et puis le fait que ce soit devenu une chanson sur le sport, tout comme « Rock You Like A Hurrican » qu’on peut parfois entendre dans les tribunes, ça collait bien. Ça fait partie de ces choses où tu te dis : « Oh purée, c’est cool ! On le laisse là. C’est fun. » C’est là que composer en répétition est amusant, t’es là : « Faisons ce truc. Oh, allez, on le met dans l’album comme ça. »

Doit-on payer des droits au groupe quand on utilise quelque chose comme ça ?

Non. Ça n’arrive qu’une fois et ce n’est même pas… Bon, ne leur dis pas. Je n’ai pas envie de payer quelque chose pour ça [rires]. Je ne pense pas qu’il y ait des droits à payer. Si quelqu’un était vraiment un connard, il essayerait de récupérer de l’argent, mais non. Je pense que si tu prenais le vrai enregistrement pour le mettre dedans, il y aurait quelque chose, mais honnêtement, c’est la moitié du riff. Je ne pense pas que nous aurons des problèmes. Ils devraient être contents pour nous.

Tu as écrit les paroles de la chanson « Electrified Brain », qui est la suite d’une histoire à propos d’un personnage que tu as créé baptisée The Deathripper. Peux-tu nous parler un peu de ce personnage, comment il t’est venu et ce qu’il représente pour toi ?

Nous sommes le genre de groupe qui aime créer sa propre mythologie, presque comme de petites histoires d’horreur. Donc oui, nous avions la chanson « Deathripper » sur Hazardous Mutation et ça parle simplement d’un gars qui se fait accuser à tort et se fait entuber ; en gros, il va en prison. Dans The Art Of Partying, la chanson « Mental Shock », il est envoyé sur la chaise électrique. Je pense que les mots « electrified brain » sont dans cette chanson. J’ai pris les rênes sur trois ou quatre chansons. J’ai donc écrit les paroles de celle-ci. Je me suis dit que j’allais continuer l’histoire. J’adore l’écriture littéraire et la création d’un personnage fantastique, mais on peut aussi puiser dans la réalité. Je veux dire que plein de gens sont accusés à tort et condamnés à mort, mais là c’est un gars qui est électrocuté, se transforme et revient pour se venger. Je pourrais écrire des trucs d’horreur fantastiques ou surnaturels toute la journée, mais évidemment, il y a un peu de réalité dedans. C’est juste la suite d’une histoire. Il pourrait y avoir une quatrième partie si nous le voulons. Nous avons pu aller plus loin avec aussi car mon partenaire, Norman Cabrera, qui m’a aidé à écrire le film d’horreur heavy metal sur lequel j’ai travaillé, a écrit un traitement pour clip et il l’a réalisé. Nous avons donc pu l’emmener presque à un autre niveau, c’est-à-dire qu’on pourrait voir ça comme une organisation sans visage qui lave le cerveau des metalleux, en essayant d’effacer leur identité, mais les gamins se libèrent et leur défoncent la tronche, et c’est le triomphe à la fin. Nous avons donc emmené l’histoire plus loin avec le clip que tout le monde devrait regarder, car Norman a fait du bon boulot avec.

Tu as mentionné ce scénario pour un film d’horreur heavy metal sur lequel tu as travaillé. J’imagine qu’il y a des parallèles entre ça et ce que tu fais dans Municipal Waste…

Oui. J’ai travaillé sur de plus petites productions en film, et je sais que c’est presque cinq fois plus de travail que de faire un album et d’être dans un groupe. Les heures sont plus longues et ça implique beaucoup plus de variables, mais je suis partant pour ce genre de projet. Ça faisait huit ans que je travaillais dessus, depuis que j’ai eu l’idée. La pandémie m’a donné le temps de finir d’écrire le script. Je faisais des réunions Zoom – comme en ce moment avec toi – avec Norman Cabrera et mon ami écossais Jamie Thompson. Nous étions donc trois à écrire et nous nous sommes éclatés. J’avais l’histoire, mais quand tu travailles avec deux autres personnes, tu peux créer de meilleurs dialogues, construire les personnages et construire l’histoire. J’ai fait ça durant la majorité de la pandémie, je finissais le script. Quand tu travailles avec d’autres gens, ça ressemble beaucoup à un groupe, car vous échangez des idées et vous riez beaucoup. Honnêtement, ça faisait longtemps que je ne m’étais pas autant éclaté. L’autre truc, quand tu fais des films, c’est que ça nécessite beaucoup d’argent. Si quelqu’un en France a de l’argent, envoyez-moi un e-mail ! Car nous ne donnons pas ça à un studio. Ce sera indépendant, et Norman et moi allons le réaliser. Je ne pouvais pas écrire ça et le donner ensuite à quelqu’un. Nous irons jusqu’au bout avec ça.

En résumé, de quoi va parler le film ?

En résumé, c’est dur. C’est plus dur de faire un topo éclair, mais c’est une histoire d’horreur heavy metal sur un groupe dans la misère qui prend un nouveau management pour réussir, mais les choses partent assez vite de travers. Je ne vais pas trop en révéler. Je suis aussi sur le point de déposer l’histoire, donc j’essaye de ne pas encore donner le titre ou l’intrigue, car il faut se méfier des gens.

« J’organisais des concerts dans ma maison, à Richmond ; je faisais des concerts de punk dans un bunker derrière chez moi. Il n’y avait que des paumés, des squatters et les pires gens qui traînaient. […] Ca a fini par former Municipal Waste. »

Tu es de toute évidence un mordu de films d’horreur. Qu’est-ce qui t’est venu en premier : le heavy metal ou le cinéma d’horreur ?

Le heavy metal est venu d’abord. Donc quand j’ai découvert des films qui réunissaient l’horreur et le heavy metal, ça m’a obsédé, des films comme Black Roses, Trick Or Treat ou Rocktober Blood. C’est globalement l’inspiration pour ce film. En tant que metalleux et fan d’horreur, si tu vois les deux se mélanger, c’est le truc ultime. J’ai donc essayé de créer le film ultime dans ce genre. Ça tourne beaucoup autour de la musique. Je pense que ça va parler à plein de gens. Que vous soyez dans l’horreur ou dans le heavy lmetal, vous finirez par aimer les deux à la fin du film.

Quand as-tu commencé à t’intéresser à la réalisation, production et scénarisation de films ?

Probablement vers 2013 ou 2014. J’ai commencé un talkshow qui s’appelait Living Fast où je passais en revue ma collection d’albums et j’interviewais des gens. Je faisais ça dans cette pièce et j’ai interviewé John Gallagher de Raven – c’était mon premier invité. C’est encore visionnable sur YouTube. J’ai trouvé les interviews et le fait de parler des albums sympas, mais je suis vraiment tombé amoureux de l’idée de créer un genre de sketch. Je l’ai fait sortir de manière théâtrale de la porte des toilettes ici. Il y avait de la fumée et du vent qui soufflait dans mes cheveux pendant que je tenais un album de Raven, et l’instant d’après le gars débarque dans ma chambre. C’était donc dans un style très horreur heavy metal, et je me suis dit : « Bon sang, j’adore inventer et faire ce genre de truc. » J’ai arrêté le talkshow et je me suis focalisé sur un long-métrage où il n’y a que ça. Tu inventes, mais tout en utilisant tout ton intérêt pour la musique et, évidemment, le heavy metal. Et puis on peut partir dans du gore et la mort, car mon partenaire d’écriture, Norman, est un artiste d’effets spéciaux assez réputé. Par exemple, il a travaillé avec Rick Baker, qui a fait Le Loup-garou De Londres, Gremlins, etc. Nous pouvons donc aussi faire ce genre d’effets spéciaux, car j’ai un gars qui est un vrai professionnel dans le domaine. Qui ne ferait pas un film s’il avait les moyens de le faire ? Mais il se peut que je reprenne Living Fast dans un plus petit format, car j’ai plein de gamins qui m’en parlent. Je pourrais faire des trucs plus courts avec ça. C’est juste une question de temps. Par exemple, quand je suis en tournée, je ne peux pas le faire. J’ai mes limites [rires].

As-tu déjà songé à faire un film pour et avec Municipal Waste, avec le groupe en tant qu’acteur ?

J’ai l’impression que c’est déjà ce que nous sommes ! Ça fait vingt-deux ans que je fais ça et c’est comme un film. Nous le vivons, mec. Quand on repense au côté évasion et tout, c’est sympa de pouvoir créer un monde fantastique où ce n’est pas moi mais quelqu’un d’autre, et je peux être le marionnettiste.

L’illustration d’Electric Brain a clairement un côté old school, dans la veine de ce qu’Iron Maiden faisait dans les années 80, surtout le single de Can I Play With Madness. Qu’est-ce que ces artworks de l’époque représentent pour toi ?

[Rires] Grillé ! Je suis content que tu dises ça, car c’était clairement une des choses que j’avais en tête quant j’ai décrit le concept à James Bousema, l’artiste. Et ce bleu aussi. Tu vois toutes ces pochettes maintenant qui sont rouges et gores, mais j’avais en tête Blackout de Scorpions ou Can I Play With Madness, comme tu l’as dit, sachant que la couleur bleue n’appartient à personne. Les gens peuvent dire : « Oh ça vient de là ! » Mais en fait : « Non, c’est du bleu, mon pote ! Désolé. » Mais c’est clair que je me suis inspiré quand j’ai eu le concept de l’album, car je voulais quelque chose de grand et d’emblématique. Nous avons fait des albums par le passé qui ont des arrière-plans chargés. Je voulais quelque chose qui soit, genre, boum, dans ta face, tu sais ce que c’est quand tu le vois. Tu n’es pas obligé d’écouter pour savoir. Tu regardes ça comme un album d’Iron Maiden, tu te dis : « Je le veux. » Je pense que nous y sommes parvenus. Pourquoi ne pas avoir ma guitare qui rentre dans sa tête avec un design gore ? Je suis aussi très fier de l’illustration arrière. J’avais une vision de… De toute évidence, la guitare empale le gars, le tue, ou alors ça symbolise le fait qu’il est super content, on ne sait pas, ça pourrait le transformer en toute autre chose, mais il y a aussi ce personnage menaçant, peut-être un coupable ou la Faucheuse derrière qui monte le son des Marshalls. Nous pourrions même créer toute une mythologie avec lui qui reste à déterminer. C’est basé sur mon Marshall et ma guitare, et c’est vraiment cool de les mettre dans une illustration. James a fait un boulot merveilleux pour capturer ça, je dois le reconnaitre.

Dirais-tu que l’artwork est une partie intégrante de l’expérience, pour toi ?

Oh oui. Tout comme les films, tu regardes la pochette et t’es là : « Oh ! » Le problème avec beaucoup de films d’horreur est que la pochette est extraordinaire mais que le film est nul [rires]. Ils ont mis tout leur argent dans la pochette, ce qui est super, ça donne quand même envie de le posséder, mais genre, bon sang… Avec un peu de chance, ce n’est pas ce qui se passe avec notre musique, on peut aimer les deux [rires].

« La seule chose qui m’agace, c’est quand les gens prennent un élément de notre groupe et essayent d’en faire leur truc. Par exemple, ils prennent quelque chose d’humoristique et le font mal. On voit souvent ça et c’est juste irritant. Les gars, vous devriez arrêter, ça suffit [rires]. »

Cette illustration montre donc, comme tu l’as dit, ta guitare caractéristique qui empale et électrifie un cerveau : est-ce l’effet qu’a eu la guitare électrique sur toi la première fois que tu as entendu cet instrument, voire l’effet qu’elle a toujours sur toi ?

Oui, elle ne m’a pas traversé la tête comme ça, mais elle est clairement passée entre mes oreilles. C’est un truc spécial quand on s’intéresse à la musique étant jeune. Il n’y a rien de comparable. Quand on écoute Judas Priest ou Slayer pour la première fois, ça change la vie. Avec un peu de chance, il y a des gosses qui voient ceci ou entendent notre musique, et ça fera la même chose pour eux. C’est un honneur ultime quand on arrive à ça. Oui, c’est une illustration très littérale, on sait tout de suite ce que ça veut dire quand on la regarde.

Te souviens-tu de la toute première fois que tu as entendu une guitare électrique et qu’elle a fait effet sur toi ?

Je devais être très jeune, car mes parents avaient des albums et tout. Je me souviens que je louais des cassettes audio à la bibliothèque, et mon frère et moi, nous les copions. Mais je ne me souviens pas de la toute première fois que j’ai entendu de la guitare. C’est une super question, je pourrais inventer une histoire cool, mais je ne m’en souviens pas. Je pense que j’étais très jeune, car je me suis intéressé très jeune au metal. Ceci dit, je me souviens de ma première rencontre avec une guitare : mon frère en avait une et je suis gaucher, donc je n’arrivais à rien jouer dessus. Il avait une Squier merdique et un petit ampli Gorilla. Je crois qu’il a essayé de jouer de la guitare et il s’est dit : « Nan, c’est trop dur. » J’étais là : « Bon, c’est à l’envers pour moi, donc je ne vais pas essayer. » En fait, je me suis d’abord essayé à la basse. J’ai toujours été bassiste jusqu’à Municipal Waste. Donc je me considère comme un bassiste. Honnêtement, je préfère la basse. Il y a moins de cordes ! [Rires]

As-tu une manière spéciale de jouer de la guitare en étant bassiste ?

Je pense que je suis plus porté sur la rythmique et que j’arrive à faire en sorte que ça reste solide, comme un bassiste doit le faire. Ce qui est drôle, c’est que quand j’étais bassiste, les gens avaient tendance à me dire que je jouais de la basse comme un guitariste, donc je ne peux pas gagner [rires].

Qui ont été tes héros, bassistes et guitaristes ?

C’est facile : Geezer Butler de Black Sabbath était l’un des premiers dont la basse se démarquait et était forte. J’aime la basse quand elle est forte, comme dans pas mal de productions des années 70. Evidemment, puisque je parlais de jouer la basse comme un guitariste, je dois mentionner Lemmy. C’est incontestablement la plus grande influence, même en dehors de la musique. J’ai pu le rencontrer en 2008 et c’était un parfait gentleman. C’était au Hellfest, en backstage, il m’a guidé et m’a assis. Il m’a fait écouter l’album Motörizer, il voulait savoir ce que j’en pensais. Il ne savait pas qui j’étais, évidemment, mais je traînais avec quelques-unes des danseuses, les Fuel Girls qui crachaient du feu sur une scène. J’imagine que je suis arrivé avec deux belles femmes et c’est ce qui m’a permis d’entrer dans la pièce. A chaque fois que tu rencontres quelqu’un de célèbre, ton opinion sur la personne peut changer en un instant, genre il est trop cool pour s’arrêter et parler, mais lui était tout l’opposé. Ça m’a parlé et j’essaye de traiter les gens, n’importe qui, de la même façon. Pour ce qui est des guitaristes, je dirais Glenn Tipton de Judas Priest. Je ne suis pas capable de jouer aussi bien que lui, mais je l’écoute. C’est dur de voir le Priest sans lui, même sans KK, mais Tipton est de loin mon guitariste préféré.

D’ailleurs, qu’est-ce qui t’a poussé à prendre la guitare quand tu as fondé Municipal Waste au lieu de rester à la basse ?

C’était plus du genre : « Je ne peux pas commencer un groupe en jouant de la basse. » Je rejoignais des groupes en tant que bassiste et je me faisais virer pour je ne sais quelle raison. J’organisais des concerts dans ma maison, à Richmond ; je faisais des concerts de punk dans un bunker derrière chez moi. Il n’y avait que des paumés, des squatters et les pires gens qui traînaient. En gros, je vivais dans un squat, mais je payais quand même un loyer. Il y avait des instruments, car nous faisions des concerts là-bas derrière. J’avais une guitare merdique, j’y allais et peu importe qui se mettait à la batterie, s’il savait jouer ou pas, nous commencions à jammer. Je n’étais pas un très bon guitariste, mais nous avions du matos et je voulais juste jouer de la musique avec des gens, et ça a fini par former Municipal Waste. J’avais l’espace de répétition derrière chez moi, un mec qui se mettait à la batterie, nous jouions du mauvais punk metal, et soudain, je me suis retrouvé à impliquer des gens.

« J’ai quarante-deux ans, j’ai beaucoup bu depuis mon adolescence, et il a fallu que j’y mette un terme. Que je m’y remette ou pas, faire une pause pour mon corps et mon esprit a été le meilleur choix que j’ai jamais fait. »

Municipal Waste a passé le cap des vingt ans. A l’époque, les gens parlaient d’un revival thrash metal qui a pris de l’ampleur les années suivantes. Où en est ce mouvement et, plus généralement, le thrash metal aujourd’hui, d’après toi ?

Nous avions tout le temps la question de ce grand revival quand nous débutions. Evidemment, rien n’était planifié. Nous n’étions pas là à dire : « On va faire ça. » C’est juste que tout se passait autour de nous. Nous jouions le type de musique avec lequel nous avons grandi et ça a pris. Ce n’était pas la première fois que cette musique était jouée. Je dis toujours que si vous nous aimez, écoutez The Accüsed, Exodus, Razor, etc. c’est-à-dire ce que nous écoutions étant gamins et qui nous a donné envie de faire ce groupe. Je ne prête pas attention à beaucoup de nouveaux groupes. Enfin, je connais évidemment les groupes avec qui nous sommes amis et avec qui nous tournons, mais je suis trop occupé pour faire attention au reste. A savoir s’il y avait un revival ou pas, la seule chose qui m’agace, c’est quand les gens prennent un élément de notre groupe et essayent d’en faire leur truc. Par exemple, ils prennent quelque chose d’humoristique et le font mal. On voit souvent ça et c’est juste irritant. Les gars, vous devriez arrêter, ça suffit [rires].

Nombre de vos chansons par le passé parlaient de faire la fête, surtout avec le classique The Art Of Partying. Sur ce nouvel album, vous avez « Ten Cent Beer Night », par exemple. Êtes-vous toujours des fêtards ou est-ce que vous avez gagné en sagesse avec le temps, même en tant que thrasheurs invétérés ?

C’est drôle que tu dises ça, car je suis sobre depuis dix jours aujourd’hui. J’ai un mois de vacances et j’ai dit que je ne vais rien boire pendant tout le mois. Avec l’âge, tu ne peux plus agir comme quand tu étais jeune. Je sais que les gens disent ça, mais j’ai quarante-deux ans, j’ai beaucoup bu depuis mon adolescence, et il a fallu que j’y mette un terme. Que je m’y remette ou pas, faire une pause pour mon corps et mon esprit a été le meilleur choix que j’ai jamais fait. Je ne serais même probablement pas là à te parler. J’aurais eu tellement la gueule de bois que je serais agacé ; je n’aurais même pas eu envie de répondre à ces questions si j’avais bu la semaine dernière. Donc ça fait de moi une personne plus positive et productive. J’étais déjà productif. Je veux dire que je buvais et que je faisais quand même des choses, mais mec, je suis dix fois plus productif maintenant. Donc voilà ta sagesse ! Quiconque veut arrêter, je le soutiens, je le lui recommande. Peu importe si je replonge, je sais à quel point ça fait du bien de faire une pause. Ça fait dix jours que je me sens bien.

D’un autre côté, maintenant que les concerts reviennent, les chansons pour faire la fête, n’est-ce pas ce dont les gens ont le plus besoin, plus que des prises de positions politiques et ce genre de chose ?

Oui. Nous avons toujours essayé de nous focaliser plus sur le côté divertissement. Les gens connaissent nos positions politiques. Evidemment, nous avions un célèbre t-shirt avec un gars qui s’explose la tête et, pour moi, c’est drôle. C’est là que l’humour entre en jeu. La frontière est mince entre les deux et nous essayons toujours d’être pile dessus, mais pourquoi ne pas s’amuser ? Quand je vais à un concert, je n’y vais pas pour entendre quelqu’un me faire un discours sur sa position à propos de quelque chose. J’y vais pour voir de la musique. Donc nous proposons du divertissement, nous sommes là pour ça.

La dernière fois qu’on s’est parlé, à propos de ce visuel avec Donald Trump, tu nous as dit : « Si nous perdons des fans à cause de ça, qu’il en soit ainsi, parce qu’ils ne sont pas de notre côté. » Au final, quel impact est-ce que ça a eu sur votre public ? Penses-tu que vous ayez perdu des fans à cause de ça ?

Je pense que nous avons un public plus intelligent grâce à ça [rires]. Oui, enfin, je déteste avoir amené le sujet maintenant, parce que je n’aime pas penser à ce mec ou à l’époque où il était à la télévision probablement vingt-quatre heures sur vingt-quatre à parler, mais tu sais quoi ? Je me fiche de savoir si les gens nous aiment ou pas. Je vais continuer à faire les choses pour moi. Donc je m’en fiche.

Maintenant que vous avez changé de président, penses-tu que l’Amérique va mieux ?

Tout était mieux que ce que nous avions, mec ! Je ne suis pas en train de dire que c’est mieux, mais l’idée c’était plus : « Votons pour le gars qui n’est pas ce gars. » C’est comme ça que je voyais les choses. Le gars actuel n’a pas fait grand-chose. Je ne sais pas. On ne va pas se mettre à parler politique maintenant, il y a de plus gros problèmes en ce moment. Vous, là-bas, vous êtes probablement en train de vous moquer de nous, comme d’habitude [rires].

Interview réalisée par téléphone le 11 juillet 2022 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Corey Davenport.

Site officiel de Municipal Waste : www.municipalwaste.net

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