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Chronique   

Mushroomhead – A Wonderful Life


Les masqués de Mushroomhead ont pris leur temps. Six ans séparent The Righteous & The Butterfly de leur nouvelle réalisation A Wonderful Life. Les Américains ont à nouveau privilégié le gargantuesque, proposant pas moins de soixante-dix minutes de musique. Le groupe compte désormais sur la chanteuse à plein temps Jackie Laponza « Ms Jackie », le chanteur Steve Rauckhorst et entérine le retour d’un membre de longue date, le rappeur/sceamer Jason « J Mann » Popson. Le groupe a évidemment conservé son extravagance : A Wonderful Life contient toujours une part de second degré, il a tout de même des airs plus sages et cherche à délivrer des hits à la pelle. Sur ce plan, A Wonderful Life se montre appliqué.

Mushroomhead peut compter sur la production impeccable (très inspirée des sonorités des années 90) de Matt Wallace (Faith No More, 3 Doors Down). Les arrangements et les lignes vocales sont limpides, le son de guitare et l’assiste rythmique respectent ce que le single « See It All » permettait d’entrevoir. Les guitares sont massives et l’ensemble prend des allures d’un Korn secrètement fan de gothique qui aurait passé quelques heures à écouter Static-X et consorts. Les chœurs d’« A Requiem For Tomorrow » ouvrent les débats, avec l’usage traditionnel du contraste entre vocabulaire classique et sonorités contemporaines incarnées par des guitares grasses et des samples electro. « A Requiem For Tomorrow » privilégie un côté bas-du-front qui permet à Mushroomhead d’aborder les choses très simplement. Les refrains sont le véritable centre d’intérêt. Sur ce plan, Mushroomhead a le nez creux : les mélodies sont entêtantes et les constructions très accessibles. La recette est toujours la même, la facette heavy des musiciens est contrebalancée par les arrangements aux inspirations gothiques qui savent se montrer discrets. On se surprend rapidement à fredonner le refrain de « Seen It All » qui nous renvoie à la grande époque d’MTV. Mushroomhead n’hésite pas à profiter du timbre suave de Ms Jackie qui permet à la formation de s’aventurer sur les terres de la pop contemporaine, à l’instar de l’énergique « Carry On ».

Au terme de son écoute, A Wonderful Life laisse l’impression d’être un album extrêmement porté sur les mélodies. Parfois, Mushroomhead se prend les pieds dans le tapis et mue son efficacité en succession de petits airs anecdotiques. « The Flood » se montre poussif, presque trop démonstratif dans ses lignes de chant enchevêtrées. « 11th Hour » souffre de ses imbrications chaotiques avec les accalmies de piano qui enterrent la dynamique du morceau au lieu de l’élever. Mushroomhead propose de manière constante une cohabitation entre idées accrocheuses et plages aux airs de remplissage. La conclusion de « Pulse » a un air pompeux qui contraste trop grandement avec l’énergie déployée sur un titre tel que « Seen It All ». Et voulant clore l’œuvre sur la corde « sensible » avec « Where The End Begins » (avant l’outro « Confutatis »), le groupe en ressort larmoyant et traînant trop en longueur. Mushroomhead sait pourtant faire évoluer ses registres au sein d’une même chanson, à l’image de l’accélération soudaine de « The Time Has Come ». Si la recherche d’un équilibre entre inspirations néo-metal, indus et gothiques est au centre de l’album, force est de constater que lorsque Mushroomhead privilégie les élans plus vigoureux, il fait preuve d’une conviction accrue. Exemple frappant : « I Am The One » se démarque par son riffing appuyé plutôt que par ses atermoiements mélodiques. Les heureux possesseurs de l’édition limitée pourront profiter de quatre titres bonus dont seul « Sound Of Destruction » apporte réellement un plus. Pour ce qui est du jeu de contraste entre musique classique et sonorités modernes présenté par l’introduction d’« A Requiem For Tomorrow », continué par « Confutatis » et le bonus « Lacrimosa », et disséminé çà et là (le piano de « 11th Hour », les cordes et chœurs concluant « Pulse », etc.), outre qu’il sied à l’univers baroque du groupe, il apporte difficilement plus que sa dimension dramatique.

A Wonderful Life brille par sa faculté à délivrer des hits aisément identifiables. Chercher l’efficacité mélodique à tout prix reste un jeu dangereux qui amène quelques irrégularités : n’est pas Ghost qui veut. Mushroomhead conserve tout ce qui fait son charme, quitte à ravir les habitués et éloigner davantage les sceptiques. Dans l’ensemble, A Wonderful Life parvient à surmonter ses faiblesses et devrait perpétuer la tradition de succès du groupe auprès de ses fans : un rythme de croisière sans heurts malgré ses petites « nouveautés », aussi confortable qu’il est parfois affadissant.

Clip vidéo de la chanson « The Heresy » :

Clip vidéo de la chanson « Seen It All » :

Album A Wonderful Life, sortie le 19 juin 2020 via Napalm Records. Disponible à l’achat ici



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