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Interview   

My Dying Bride : le berceau du sinistre


On peut difficilement faire plus triste, misérable et déprimant que la musique de My Dying Bride, et pourtant c’est cet exutoire qui leur a permis de tenir trente ans et d’avoir le sourire une fois toute la négativité évacuée. Il y a quelque chose d’essentiel voire de vital dans My Dying Bride pour ses membres, en particulier les inséparables Andrew Craighan et Aaron Stainthorpe, les deux membres fondateurs à n’avoir jamais lâché le navire depuis 1990 malgré les remous, l’un à la composition, l’autre aux textes.

Nous avons profité d’avoir les deux musiciens sous la main, à l’occasion de la sortie de l’EP Macabre Cabaret, pour faire une plongée dans les débuts du groupe, contextualiser sa formation à Bradford, ville ouvrière du Yorkshire, et comprendre comment de jeunes metalleux ayant tout juste la vingtaine ont pu s’engager dans une voie artistique aussi sombre.

« Les fans de doom pouvaient nous détester parce que c’était trop death metal, les fans de death metal pouvaient nous détester parce que c’était trop doom, les fans de gothique pouvaient détester parce que c’était trop metal, et ça aurait pu être horrible, nous aurions pu nous séparer en moins d’un an. »

Radio Metal : My Dying Bride a célébré ses trente ans cette année. Pensiez-vous être encore dans ce groupe en 2020 ?

Andrew Craighan (guitare) : Non. Pour être honnête, ça me stupéfait que nous soyons en train de parler de trente ans de My Dying Bride. Quand nous avons formé le groupe, nous ne voyions pas plus loin qu’une démo. Ensuite, nous nous sommes dit que nous pourrions essayer de faire un split EP parce que ce format était populaire à l’époque. Nos perspectives d’avenir ne dépassaient pas deux ou trois semaines, ça n’allait jamais plus loin que ça. Je sais que le groupe a traversé pas mal de changements mais Aaron et moi sommes le noyau dur, et quand je vois que nous sommes là trente ans après, avec ce que nous considérons être un très bon album et un très bon EP et de nouveaux clips, parfois je secoue la tête, incrédule, c’est sidérant. Ça n’a pas été facile, nous avons eu de bons moments mais récemment, ça a été très dur. Je suis stupéfait, particulièrement pour ces trente années. Ceci dit, je ne crois pas que nous en ferons trente de plus [rires]. Sait-on jamais !

Aaron Stainthorpe (chant) : Quand nous nous sommes formés, j’imaginais que ce serait extraordinaire si nous pouvions durer dix ans. Nous voilà trente ans plus tard et nous sommes toujours en activité. Nos albums obtiennent de superbes critiques, ce qui est merveilleux. L’intérêt suscité par My Dying Bride ne cesse de grandir, ce qui est remarquable parce qu’après trente ans, on pourrait penser que tout le monde connaît My Dying Bride, qu’ils savent ce que nous faisons, que nous pourrions enregistrer une copie de n’importe quel vieil album et que les gens l’achèteraient, mais ce n’est pas comme ça que nous fonctionnons. Nous devons travailler extrêmement dur sur chaque album. L’artwork, les paroles, la production, l’exécution de la musique et la composition des chansons sont très importants, ça devient encore plus important à mesure que nous vieillissons, parce que nous croyons qu’il faut essayer de faire mieux que notre dernier album. Je pense que nous sommes parvenus à faire ça parce que notre précédent album, Feel The Misery, a eu d’extraordinaires critiques, c’est difficile de faire mieux que ça, mais nous y sommes parvenus avec The Ghost Of Orion.

Je pense que passer chez Nuclear Blast, ça nous a aidés, c’est un plus gros label avec de plus grandes ailes. Ils peuvent répandre le message de My Dying Bride plus loin que Peaceville ne le pouvait. C’est comme si on avait donné un second souffle à My Dying Bride et que nous étions repartis pour un tour. C’est comme si nous avions un nouveau groupe, nous avons quelque chose à dire et les gens veulent entendre ce que nous avons à dire. L’album s’en est très bien sorti dans les classements musicaux partout dans le monde, ce qui est incroyable. On dirait que My Dying Bride est toujours pertinent même après trois décennies. Evidemment, ça nous donne de l’adrénaline et ça nous fait dire que nous pouvons continuer, car nous ne sommes pas en perte de vitesse. Nous n’avons jamais été en perte de vitesse de toute façon. Oui, nous avons fait une pause parce que ma fille était très malade mais nous sommes de retour maintenant et Andrew est déjà en train de composer de la nouvelle musique. Nous avons l’impression d’avoir encore beaucoup plus à dire. Je ne sais pas si nous allons exister encore trente ans mais certainement encore dix ans !

Pouvez-vous nous parler du contexte à Bradford en 1990 quand My Dying Bride a été formé ?

Andrew : C’était fantastique. Bradford est une ville qui a une assez mauvaise image, pas très riche, pas très aisée ; c’est une ville de classe ouvrière qui bosse très dur. Curieusement, la scène heavy metal et thrash metal, qui a ensuite évolué en death metal, était phénoménale. Bradford était un de ces endroits prospères. Pour des groupes comme My Dying Bride, je ne dirais pas que c’était facile mais personne ne faisait de concert dans des salles vides. On avait toujours la garantie d’avoir peut-être – je sais que ça ne fait pas beaucoup aujourd’hui – soixante ou soixante-dix personnes. Même en tant que groupe d’ouverture, ça reste impressionnant. Paradise Lost nous devançait tout juste aussi. C’était une période extraordinaire, tous les meilleurs groupes venaient à Bradford, même une version de Death est venue, on a eu Dark Angel, Morbid Angel, Danzig… Tous les célèbres groupes américains venaient à Bradford ; ils faisaient Londres, Bradford et ensuite une ville en Ecosse. La scène de Bradford était extraordinaire. Ça nous a en partie aidés à créer My Dying Bride. Je ne pense pas que nous aurions eu les mêmes chances et la même exposition si Bradford n’avait pas été, d’une certaine manière, ce foyer du heavy metal. Ce n’est plus vraiment pareil maintenant – je crois que ça n’existe plus nulle part – mais cette ville se démarquait, il y avait quelque chose de différent.

« Nous sommes devenus My Dying Bride au fil du temps, parce qu’on ne peut composer qu’un certain style de musique en ayant My Dying Bride comme patronyme. »

Tu venais d’un groupe de death metal qui s’appelait Abiosis : comment cette première expérience a-t-elle posé les bases de My Dying Bride de ton côté ?

Abiosis était le groupe de Paul Evan. C’était un ami à moi. Malheureusement, je ne le vois plus beaucoup maintenant. C’était un fan extrême du groupe de Chuck Schuldiner, Death, il les adorait. Il m’a fait découvrir plein de trucs underground, je ne connaissais pas cette scène. J’ai beaucoup appris sur le death metal, Dark Angel et Death grâce à lui. Nous apprenions en même temps à jouer. Il était légèrement meilleur que moi. Ce qu’Abiosis m’a appris était que, d’emblée, j’adorais ça. J’étais à peine capable de jouer mais ça n’avait pas d’importance. Paul m’a aidé à m’acheter ma première guitare, ça montre à quel point notre relation était extraordinaire. Il m’a vraiment permis de découvrir que j’aimais être dans un groupe. J’étais dans un groupe avec Rick [Miah] à l’origine, qui a été batteur de My Dying Bride sur les cinq ou six premiers albums. Abiosis n’a malheureusement pas vécu longtemps mais il a été utile, il m’a fait comprendre que j’aimais suffisamment ça pour vouloir continuer. Je ne me souviens même plus pourquoi Abiosis s’est disloqué, mais c’est ce qu’il s’est passé. Rick et moi avons repris les choses exactement là où nous les avions laissées. Nous avons rencontré Aaron et Calvin [Robertshaw], et ces deux-là, Rick et moi avons formé ce qui est finalement devenu My Dying Bride, nous avons continué à partir de là. Je ne pense pas qu’Abiosis aurait fait la même chose que My Dying Bride, il n’y avait pas le même feeling. Dès que nous nous sommes réunis avec Aaron et Calvin, c’était tout de suite différent.

Comment vous êtes-vous rencontrés pour former My Dying Bride ?

Quand Rick et moi étions dans Abiosis en 1990, nous répétions à côté d’Aaron, Calvin et deux ou trois autres gars. Ils essayaient de former un groupe. Ils faisaient probablement leur première répétition, c’était l’une de ces premières répétitions où on ne compose même pas de chanson, on ne répète pas de riff, on ne fait que déconner et se saouler. Nous les connaissions, nous les avions vus en salle de répétition, ils étaient habillés comme Ozzy, ils avaient le même genre d’uniformes tout en noir, ils écoutaient les mêmes groupes : Hellhammer, Celtic Frost, Bathory… Nous savions qu’ils venaient de la même scène que nous et qu’ils écoutaient les mêmes choses. Puis nous avons entendu dire qu’ils ne s’entendaient pas trop avec l’autre moitié de leur groupe, et Rick et moi n’allions pas dans la direction attendue dans Abiosis. Nous nous sommes rencontrés dans une boîte de nuit, probablement bourrés, et c’est ainsi que nous avons décidé que former un groupe ensemble serait une idée fantastique. Nous avons suggéré de faire une répétition pour voir ce que ça donnerait. Nous avons tous réussi à nous souvenir de venir à la répétition que nous avions prévue et c’était une merveilleuse idée. Nous avons tout de suite commencé à écrire des chansons et ça a vraiment fonctionné, c’était un moment extraordinaire. Encore une fois, c’était un enchaînement de coïncidences et de circonstances qui ne se reproduiraient probablement jamais aujourd’hui mais qui se sont alignées comme il fallait à l’époque.

Aaron : Nous avions l’habitude d’aller dans une boîte de nuit à Bradford qui s’appelait The Frog And Toad. Ils jouaient de la musique extrême et ça m’obsédait, j’adorais. Pendant que j’apprenais à connaître Calvin, nous avons rencontré Andrew et Rick. On peut voir ce que les gens aiment parce que tout le monde porte des T-shirts avec les noms de leurs groupes préférés. Un soir nous avons bu quelques bières de trop, nous étions un petit saouls et nous avons dit : « Ne faudrait-il pas qu’on forme un groupe ? Ce serait super ! » Nous avons tenté le coup. Donc un dimanche matin… Bon, pas le matin parce que nous avions un peu la gueule de bois. A un moment le dimanche, nous nous sommes retrouvés en salle de répétition et nous avons commencé à jouer de la musique. C’était tout, My Dying Bride était formé en juin 1990. Je n’ai jamais imaginé que ça irait aussi loin. A l’époque, c’était un rêve de sortir un vinyle, et nous l’avons fait. C’était un rêve et un objectif de signer sur une maison de disques, et nous l’avons fait. Un autre objectif était de jouer notre musique en concert dans un autre pays, et nous l’avons également fait. Nous sommes parvenus à atteindre tous ces objectifs très rapidement, nous avions de la chance, mais nous avions aussi les bons ingrédients. Les gens aimaient ce que nous faisions.

« La plupart des gens qui nous croisent pensent : ‘Je suis surpris. En fait, ce sont des mecs super sympas.' »

C’était un pari parce que nous avons pris des influences doom, death et gothiques et nous les avons mélangées. C’est dangereux parce que les fans de doom pouvaient nous détester parce que c’était trop death metal, les fans de death metal pouvaient nous détester parce que c’était trop doom, les fans de gothique pouvaient détester parce que c’était trop metal, et ça aurait pu être horrible, nous aurions pu nous séparer en moins d’un an. En définitive, il semblerait que nous avions le parfait dosage d’ingrédients car les gens nous ont accueillis à bras ouverts. Donc maintenant, nous jouons dans des festivals black metal, des festivals death metal, des festivals doom, des festivals de musique ordinaires et des festivals gothiques. My Dying Bride enjambe différents genres musicaux, et c’est une chose que j’ai toujours voulue quand nous nous sommes formés. Je savais que je ne voulais pas être à cent pour cent doom, à cent pour cent death ou purement gothique. Il nous fallait des influences d’autres styles pour rendre la musique excitante et un petit peu différente, pour crier ce que nous avions envie d’exprimer.

Ça a été une part importante de ma vie durant les trois dernières décennies. Je n’avais jamais imaginé que je ferais encore ça aujourd’hui, même si nous sommes encore un groupe underground. Plein de gens nous ont entendus mais les gens qui nous ont entendus sont de toute façon dans la communauté underground. Ce n’est pas comme si nous vendions des millions d’albums, et c’est compréhensible parce que nos chansons sont assez longues, compliquées et sombres, donc nous ne nous attentions pas à ça. C’est une musique difficile à comprendre et à apprécier pour la personne moyenne. Nous n’avons pas formé un groupe qui s’appelle My Dying Bride en nous attendant à gagner plein d’argent. Nous savions que nous ne gagnerions jamais d’argent avec ça mais il fallait que nous le fassions, nous nous sortions obligés. Nous avions des choses à dire en tant que jeunes hommes et nous avons toujours des choses à dire maintenant en tant que vieux hommes.

Qu’est-ce qui vous a poussés à jouer une musique et écrire des textes aussi misérables à un aussi jeune âge ?

Andrew : Je ne sais vraiment pas. Nous avons essayé de le comprendre. Nous n’arrêtons pas de rejeter la responsabilité sur la météo [rires] mais je ne suis pas convaincu que ce soit juste ça. Il doit y avoir plus que ça. La météo dans le Yorkshire a effectivement sa particularité, elle est la plupart du temps grise, sombre et misérable. Ce n’était pas voulu. Les riffs que nous composions semblaient simplement prendre cette direction. Je pense que c’est fondamental et nous ne le réalisions pas à l’époque mais c’est probablement évident maintenant… Quand nous avons décidé du nom du groupe – à l’origine, nous n’avions aucun nom –, nous avions deux options. La première était My Dying Child et la seconde My Dying Bride. Personne n’aimait My Dying Child, ça ne semblait pas bien du tout et ça ne fonctionnait pas. Nous écoutions des groupes comme Cancer, Carcass, Death, Cannibal Corpse et Napalm Death, c’était tous des noms très méchants et extrêmement brutaux. Notre nom se démarquait. Je pense que c’était courageux de notre part à l’époque d’opter pour ce nom. Ce qui s’est passé, musicalement parlant, est que nous sommes devenus My Dying Bride au fil du temps, parce qu’on ne peut composer qu’un certain style de musique en ayant My Dying Bride comme patronyme ; on ne peut pas composer de la musique a capela ou du jazz de salon, ça ne fonctionnerait pas. My Dying Bride réclame un certain type de musique et seuls le doom et la musique que nous faisons conviennent. On n’obtiendrait rien d’autre de Slayer que ce que fait Slayer. Le nom nous dit tout sur ce qu’on est sur le point d’entendre. A partir du moment où nous avons choisi le nom My Dying Bride, la musique a pris forme en dessous, d’une certaine manière.

Aaron : Quand j’étais à l’école, j’étais nul en maths mais j’étais très bon en littérature anglaise. J’adorais lire la poésie et les textes extravagants. Déjà avant My Dying Bride, je lisais énormément de poèmes de différents poètes. Quand nous avons formé le groupe, j’étais incapable de jouer d’un instrument, donc j’allais forcément être le chanteur. J’ai tout de suite su que mes paroles allaient être différentes de celles des autres gens qui pratiquaient ce genre musical. Quand nous nous sommes formés en 1990, le death metal prenait beaucoup d’ampleur et tout le monde chantait sur la mort, le sang, les viscères, les meurtres et tous ces trucs de dingue. Je me suis dit que je n’allais pas écrire sur ces choses-là. Bien que j’écrive à propos de moments très sombres de la vie et qu’il est pas mal question de la mort dans mes textes, c’est traité avec respect, je pense, avec un peu plus de réflexion et c’est très soigneusement écrit. Tout le monde fera l’expérience de la mort à un moment donné dans sa vie, que ce soit via la famille ou des amis. C’est un moment extrêmement fort et émotionnel qui peut changer une vie. Je pense que c’est important, quand on chante au sujet de ce genre d’événement bouleversant, de le traiter avec respect et de ne pas être irrespectueux envers la manière dont les gens ressentent la peine. Dès nos tout débuts, après avoir lu toute cette poésie à l’école et avoir aimé ce genre d’écriture, j’ai su que mes textes allaient être un peu plus hauts en couleur que du death rentre-dedans.

« Si je n’avais nulle part où mettre ma créativité, mon esprit exploserait, je deviendrais fou. Il faut que je soulage la pression, il faut que je sorte les mots ou alors il faudrait m’enfermer. »

La musique que vous faites et ce que vous exprimez avec My Dying Bride, c’est souvent très sombre et dépressif, mais ça ne représente qu’une partie de la vie, car autrement, je crois savoir que vous êtes des personnes plutôt joyeuses. Est-ce que ça ne crée pas une fausse image de qui vous êtes dans le regard des gens ?

Je ne crois pas parce que nous existons depuis suffisamment longtemps maintenant et nous avons fait suffisamment d’interviews pour que les gens réalisent qu’en fait, nous sommes des personnes assez amusantes par moments. J’ai constaté la même chose, je suis un grand fan de Nick Cave. Dans certaines des interviews qu’il a accordées, il a un sens de l’humour très pince-sans-rire. Je pense que c’est parce que quand on ressent l’obscurité, c’est là qu’on est créatifs et qu’on écrit la musique et les mots – c’est authentique parce que ça vient d’un endroit authentique. Une fois qu’on a vidé notre esprit de cette terreur, ça nous fait nous sentir merveilleusement bien. Donc quand on rencontre des gens, on les rencontre en affichant un sourire sur le visage, car on se sent véritablement bien. Evidemment, il y a des moments où j’ai rencontré des gens et je n’arrivais même pas à me forcer à sourire parce que je n’étais pas dans le bon état d’esprit. Ces personnes ont dû se dire : « C’est exactement ce à quoi je m’attendais de la part d’Aaron. » Mais la plupart des gens qui nous croisent pensent : « Je suis surpris. En fait, ce sont des mecs super sympas. »

Il y a un moment et un lieu pour faire ce que nous faisons, si nous sommes dans l’état d’esprit, nous le faisons, et si nous ne sommes pas dans l’état d’esprit, nous ne le faisons pas. Quand j’écris soit de la poésie, soit des paroles de chansons, je ne les écris que lorsque je suis d’humeur massacrante. Ce n’est pas de la dépression, mais on peut ressentir une certaine obscurité arriver et quand celle-ci s’immisce dans mon esprit, c’est là que j’attrape un stylo et un papier et commence à écrire. J’ai plein de pensées, de mots et de phrases étranges qui tournent dans ma tête et qui évoluent, et la seule manière de m’en débarrasser est de les mettre sur papier. Ça me purifie l’esprit et me fait énormément de bien. Après avoir passé une nuit entière à écrire, le lendemain je suis extrêmement content parce que j’ai vidé toute cette énergie négative de mon esprit et ça me laisse un sentiment de bonheur. C’est comme le noir et le blanc, quand les moments sombres sont là, il faut que je sois créatif afin de retrouver la lumière. Si je n’avais nulle part où mettre ma créativité, mon esprit exploserait, je deviendrais fou. Il faut que je soulage la pression, il faut que je sorte les mots ou alors il faudrait m’enfermer. Les mots vont soit dans My Dying Bride, sans dans ma poésie, mais ensuite, je me sens merveilleusement bien.

T’es-tu déjà demandé ce que tu aurais fait si tu n’avais pas My Dying Bride ?

J’aurais trouvé autre chose parce qu’on ne peut pas laisser ce truc aller crescendo en soi. J’aurais fait des films ou j’aurais formé mon propre groupe. J’aurais trouvé des guitaristes ou d’autres musiciens. Quand tu ressens un besoin de faire quelque chose, tu le fais. Si tu veux le faire juste parce que tu penses que ça peut être marrant, alors tu ne t’y mettras jamais vraiment à fond et tu ne le feras pas comme il faut. C’est parce que j’ai ressenti une envie irrépressible et que j’avais besoin de le faire que je l’ai fait. Si ça n’avait pas été avec My Dying Bride, ça aurait été avec autre chose, mais en l’occurrence il y avait My Dying Bride, donc j’ai eu de la chance.

Vous sentez-vous toujours en phase avec, respectivement, les jeunes Andrew et Aaron ?

Andrew : Non, mais j’aimerais bien. Le jeune Andrew était nettement plus heureux que le vieux Andrew. Je vais te dire ce qui me manque le plus, en dehors des trucs évidents qu’on a quand on atteint la cinquantaine. L’assurance naïve que nous avions quand nous composions des chansons me manque. Quand nous étions en train de faire Turn Loose The Swans, The Angel And The Dark River, Like Gods Of The Sun, As The Flower Withers ou n’importe lequel de ces vieux albums, nous n’avions absolument aucune idée de ce que nous étions en train de faire. Quand je dis ça, ce n’était pas de manière ignorante, nous savions ce que nous essayions de faire, mais nous n’avions absolument aucune idée comment nous allions le faire. Nous avons simplement fait ce que nous avons fait, alors que maintenant, ayant trente ans d’expérience dans le domaine, j’ai perdu une part de cette naïveté. L’ignorance peut accompagner la naïveté. C’est presque comme si on était suffisamment naïf pour croire que le feu n’est pas chaud et on a assez de confiance en soi pour essayer de le toucher. Maintenant, quand nous écrivons de la musique, j’ai tendance à trop réfléchir. Je pense que ça a retiré quelque chose à la musique, alors que par le passé, nous faisions évidemment attention et nous essayions d’écrire les meilleures chansons que nous pouvions, mais je ne pensais pas comme je pense aujourd’hui, or c’est quelque chose que j’aurais aimé retrouver. J’aimerais pouvoir me détendre et profiter un peu plus du processus de composition.

« L’assurance naïve que nous avions quand nous composions des chansons me manque. […] Maintenant, quand nous écrivons de la musique, j’ai tendance à trop réfléchir. Je pense que ça a retiré quelque chose à la musique. »

Aaron : Je ne crois pas non plus, pour ma part [être encore en phase avec le jeune Aaron]. J’ai beaucoup évolué. J’ai connu beaucoup de changements dans ma vie depuis que le jeune Aaron a existé. Je ne changerais rien au groupe. Nous nous sommes formés, nous avons fait ce que nous avons fait, nous avons enregistré une démo, nous avons signé sur une maison de disques et nous avons donné de super concerts. Nous avons tourné dans le monde entier, nous avons joué avec de gros groupes, nous nous sommes éclatés. Si je pouvais dire quelque chose au jeune Aaron, ce serait : « Continue de faire ce que tu fais. Tant que tu aimes ce que tu fais et y trouves une forme d’épanouissement, continue ! » J’ai continué de le faire et je suis toujours comblé par la musique et les textes que j’écris aujourd’hui.

Le groupe a connu une phase expérimentale en 1998, au même moment que d’autres groupes de gothique/doom européens (Paradise Lost, Moonspell, Septicflesh…). Comment expliquer cette convergence vers l’expérimentation à ce moment-là ?

Je n’en ai aucune idée. Il y avait un changement dans le temps et l’espace et ça force les gens à transformer ce qu’ils sont en train de faire. C’est presque comme lorsque nous nous sommes formés : Paradise Lost s’est formé, puis il y a eu My Dying Bride et Anathema, tous sur la même maison de disques, tous venant du nord de l’Angleterre, tous faisant des choses similaires. Ce n’est pas que nous copions ce qui s’était fait avant nous, c’est juste un mouvement et tu sens que c’est le moment de faire ça. Candlemass venait de sortir l’album Nightfall. L’un de mes groupes préférés, Celtic Frost, a décidé de s’éloigner de ce style et partir dans un style plus glam metal, ce qui signifiait qu’il y avait une ouverture dans le marché pour un groupe qui faisait du doom death. Je me disais que My Dying Bride pouvait faire du doom death. Nous étions influencés par Celtic Frost, Candlemass et quelques autres, donc nous avons créé de la musique un peu dans cette veine. La même chose se produit à mesure qu’on avance dans la vie, un autre groupe que tout le monde écoute apparaît et tu te dis : « C’est de la super musique. Je vais emprunter certaines de leurs idées et peut-être faire quelque chose avec ça. » C’est ainsi que les mouvements se créent : il y a une étincelle, les gens aiment cette étincelle, ils se l’approprient et ils en font leur propre truc. Ça arrive tout le temps en musique.

Ceci étant dit, nous nous sommes toujours concentrés sur ce que nous faisions et nous ne prêtions jamais attention à ce que les autres faisaient en parallèle dans notre style. J’ai fait une interview avec Nick [Holmes] de Paradise Lost il y a longtemps et l’intervieweur m’a demandé quels étaient mes albums préférés de Paradise Lost. J’ai dit que je n’avais aucun album de Paradise Lost, je n’écoute pas Paradise Lost, et Nick a dit exactement la même chose, il ne possède aucun album de My Dying Bride. Nous n’écoutons pas nos albums respectifs. Je ne possède aucun album de Tiamat ou de Moonspell parce que je suis tellement occupé et concentré sur ce que je fais que je n’ai pas besoin d’entendre ce que les autres font dans le même genre musical. Ça paraît bizarre parce que je suis certain que les musiciens classiques écoutent d’autres musiques classiques et la plupart des groupes de metal écoutent probablement tout ce qu’ils trouvent en metal. Ce n’est tout simplement pas pareil pour moi et, clairement, ce n’est pas pareil pour Nick. Je suis tête baissée et je fais ce que j’ai à faire. Il y a toujours un danger si j’écoute le nouvel album de Paradise Lost, il y aura quelque chose d’extraordinaire dedans et je vais me dire : « J’aurais aimé faire ça ! », ce qui pourra avoir un effet négatif sur moi, je pourrai commencer à être déçu de ce que My Dying Bride a créé et à vouloir créer des choses comme Paradise Lost. Je n’ai pas envie de ressentir ça. Je suis complètement aux anges et content de ce que My Dying Bride a créé. Je n’ai pas besoin d’écouter des groupes qui évoluent dans un style similaire et je pense qu’il en va de même pour ces autres groupes.

Interview réalisée par téléphone les 13 et 23 novembre 2020 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Emilie Bardalou.
Traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de My Dying Bride : mydyingbride.net

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