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Interview   

My Dying Bride : le fantôme du cabaret


A priori, on ne fait pas mieux que la musique de My Dying Bride pour accompagner comme bande-son une année de misère comme celle que nous avons vécue en 2020. Ça tombe bien, cinq ans après Feel The Misery, My Dying Bride a été prolifique et nous gâte : non content d’avoir sorti en début d’année The Ghost Of Orion, un treizième album qui a été accouché dans la douleur, le sextet de Bradford nous revient déjà en cette fin d’année avec Macabre Cabaret, un EP de trois titres qui vient étendre et compléter son aîné.

Nous avons échangé avec le guitariste et principal compositeur Andrew Craighan et son acolyte chanteur et parolier Aaron Stainthorpe – qui décidément a toujours beaucoup de choses à dire sur des sujets divers, tels que l’amour, la religion, les précieux souvenirs ou son malaise à chanter sur scène – pour nous en parler et compléter l’échange que nous avons eu avec ce dernier il y plusieurs mois à la sortie de l’album.

« Après la tourmente, les difficultés et le genre d’angoisse mentale que ce qu’[Aaron] a vécu a dû lui faire subir, je me disais qu’il pourrait considérer My Dying Bride comme une banale distraction sans laquelle il pourrait désormais vivre. »

Radio Metal : The Ghost Of Orion est sorti depuis environ huit mois. Quel est ton sentiment par rapport à cet album aujourd’hui avec un peu de recul ?

Andrew Craighan (guitare) : J’ai le sentiment d’un étrange accomplissement. Au moment où nous étions en train de composer l’album, c’était une période très difficile pour le groupe. On avait presque l’impression que jamais il n’allait aboutir et devenir l’album qu’il a fini par devenir. Quand j’y repense aujourd’hui, il y a une part de soulagement. J’y repense avec étonnement et je me dis : « Il est vraiment sorti ! » Ca a été dur et il a été difficile à faire mais nous l’avons fait, il existe. C’est une belle réussite pour le groupe que nous nous en soyons sortis. Au final, nous avons terminé l’album et je trouve que le résultat est vraiment bon et bien fichu. Je me demande encore si ce n’est pas un rêve, si ça a vraiment eu lieu. Nous l’avons fait et nous nous en sommes sortis. J’en suis très fier, pour être honnête. C’est habituel chez les musiciens, mais j’aurais aimé passer un peu plus de temps sur telle partie, ou telle partie aurait pu être raccourcie – ce genre d’autoanalyse – mais à la fois, ça paraissait être correct. Pour être franc, je suis juste content qu’il soit sorti et les fans de My Dying Bride semblent être plus ou moins satisfaits de ce que nous avons fait.

Au moment où tu étais en train de composer cette musique, Aaron traversait une période très difficile. Il n’était même pas sûr de revenir dans le groupe. Etais-tu conscient de ça ou même du risque que ce que tu étais en train de composer pourrait, au final, ne pas sortir ?

Oui mais pour une autre raison. Pendant que nous étions en train de composer la musique, le groupe traversait ses propres difficultés, en marge de l’histoire d’horreur que vivait Aaron avec sa fille. Je ne me faisais aucune illusion sur le fait que cet album pouvait potentiellement ne jamais aboutir. Pendant que nous étions en train d’enregistrer les guitares, je parlais à Mark [Mynett], le gars qui a produit l’album et chez qui nous avons enregistré. Même si nous payions très cher Mark, je n’étais pas convaincu qu’Aaron ait la tête à chanter sur ces morceaux. Après la tourmente, les difficultés et le genre d’angoisse mentale que ce qu’il a vécu a dû lui faire subir, je me disais qu’il pourrait considérer My Dying Bride comme une banale distraction sans laquelle il pourrait désormais vivre. Nous ne nous faisions aucune illusion. Je ne dirais pas que nous y étions préparés parce que nous n’avions pas de plan B si Aaron ne revenait pas, nous ne savions pas ce que nous ferions, mais il y avait une grande chance que ça arrive. Nous nous disions que les difficultés qu’il avait traversées avaient pu lui tordre l’esprit au point de ne plus considérer My Dying Bride comme quelque chose qui valait la peine. Nous avions ça en tête mais nous n’avions aucun plan s’il ne revenait pas.

Nous avions échangé avec Aaron sur le fait que tu as composé les deux derniers albums seul, isolé, en particulier dans le cas de The Ghost Of Orion où il a dû gérer la maladie de sa fille et tu n’avais personne vers qui te tourner. Je vais te poser directement la même question que je lui ai posée à ton sujet : ne t’es-tu pas senti abandonné ou découragé à certains moments ? Ou au contraire, est-ce que ça a fait une expérience personnelle encore plus profonde pour toi ?

Curieusement, ça ne m’a pas découragé jusqu’à ce qu’il soit terminé. Je n’ai pas commencé à écrire l’album complètement isolé, l’album a commencé de manière très normale avec Shaun [Macgowan] et Lena [Abé], et Calvin [Robertshaw] était impliqué à ce moment-là aussi. Nous composions en salle de répétition, donc ça a démarré de manière assez normale ; d’ailleurs, c’était très amusant, il y avait plein de sourires, malgré le fait que ce soit de la musique très sombre et doom. Les départs inattendus de Calvin et Shaun [Taylor-Steels] à la batterie restent un choc pour moi – encore aujourd’hui, j’ai du mal à totalement saisir ce qui s’est passé parce qu’il n’y a pas eu de dispute. Nous ne pouvions pas répéter avec une seule guitare – ce n’est pas quelque chose que nous faisons –, donc je me suis posé et j’ai réécrit l’album. J’ai dû retirer certaines parties et je n’étais pas obligé d’en discuter avec qui que ce soit parce qu’il n’y avait plus personne avec qui en discuter. J’ai terminé l’album de manière singulière. Je n’étais pas déprimé ou découragé à ce moment-là parce que je ne me faisais pas d’illusion : si personne ne s’en chargeait, ça n’allait pas se faire et ça finirait classé comme un échec. Je n’étais pas prêt à me permettre de faire partie d’un groupe qui avait échoué.

J’avais encore plein d’idées et de musique, et Nuclear Blast nous soutenait complètement, ce qui a beaucoup aidé. Ils m’ont dit : « C’est toi d’habitude qui composes les albums, alors compose celui-ci », donc je l’ai composé. Ce n’était pas marrant. Je ne vais pas faire comme si c’était super drôle, je n’aime pas vraiment travailler seul. J’ai rejoint un groupe pour composer de la musique avec d’autres gens ; je ne voulais pas me retrouver seul à faire ça, car autrement je n’ai pas besoin de groupe. Il n’y avait pas de véritable découragement à ce moment-là mais ce n’était pas marrant, c’était beaucoup de boulot. Une fois l’album terminé, j’ai un petit peu perdu la foi parce que j’avais du temps pour réfléchir sur ce qui s’était passé. Je n’arrive toujours pas à comprendre le cheminement de pensée derrière ce que certaines personnes ont fait – je ne parle pas d’Aaron, mais juste de Calvin et Shaun – je n’arrive toujours pas à saisir. Ça m’a déçu au point que je me suis dit : « Putain, quel intérêt désormais ? » J’ai dépassé ça maintenant, l’album est une réussite, ça ne fait aucun doute. L’illustration était sidérante et géniale, nous l’adorions. Dans la vie, rien n’est simple, on n’a rien sans effort. Il a fallu se donner du mal et heureusement, ça paye maintenant. A bien des égards, j’ai pris ça comme une courbe d’apprentissage. Ce n’était pas marrant, c’était quelque chose que j’ai dû apprendre à gérer.

« Je ne me faisais pas d’illusion : si personne ne s’en chargeait, ça n’allait pas se faire et ça finirait classé comme un échec. Je n’étais pas prêt à me permettre de faire partie d’un groupe qui avait échoué. »

En fait, Aaron a dit que tu as « aimé pouvoir écrire tous les riffs sans qu’il y ait personne pour dire ‘voici un de mes riffs’ et sans qu[e tu sois] obligé d’accepter le riff de quelqu’un alors qu[e tu] n’aime[s] pas ce riff, parce que c’est démocratique d’accepter les riffs de l’autre guitariste. Quand l’autre guitariste n’est pas là, [tu as] le contrôle à cent pour cent des riffs ». Penses-tu que la démocratie ne convient pas toujours à l’art ?

En vérité, non. Mais ce qu’Aaron a dit n’est pas strictement vrai. Je préfèrerais largement composer avec quelqu’un. Je veux dire que je ne suis pas obligé d’être d’accord avec la musique de la personne, c’est autre chose, c’est juste une question de goût, mais on ne peut pas avoir un processus purement démocratique avec la musique parce la musique ne fonctionne pas avec le bon sens. Prenons par exemple Napalm Death, tu peux dire que tu trouves que c’est le meilleur groupe du monde, mais je peux trouver dans la rue au moins cinq personnes qui, probablement, n’aiment pas Napalm Death. Si nous devions voter, le résultat du vote serait qu’on n’écoute plus Napalm Death parce que cinq personnes que j’ai trouvées n’aiment pas. La démocratie ne fonctionne pas vraiment sur le plan musical. De même, quand tout le monde a son mot à dire, rien ne se fait vraiment. Le focus du groupe – ou de n’importe quel groupe en l’occurrence, pas juste My Dying Bride – se perd. Quelqu’un doit détenir la vision ou au moins la majorité des musiciens dans le groupe doit avoir la même vision, afin que chacun sache où aller et navigue dans la même direction, et c’est ce que nous faisions, sans le moindre doute. Il n’y avait aucune forme de dissociation dans le groupe. Dire que je préfère que les gens partent et être tout seul est tout simplement faux. Ça me facilite la vie mais au final, c’est moins amusant.

Huit mois après la sortie de The Ghost Of Orion, My Dying Bride est déjà de retour avec un nouvel EP, Macabre Cabaret. Quelle est l’origine de ces trois chansons ? Sont-ce des restes des sessions de The Ghost Of Orion ou bien des genres de chansons de confinement, pour ainsi dire ?

Aucune des deux descriptions ne colle à la vérité. Ce ne sont pas à proprement parler des restes et ce ne sont certainement pas des chansons de confinement. Pour bien répondre à la question, si tu veux, ce sont un peu des restes, elles ont été composées – pas complètement terminées – au même moment que le reste des musiques. L’histoire derrière l’EP, c’est que quand nous avons terminé l’album, quand toute la musique était calée avec le séquençage, nous l’avons présenté à Nuclear Blast, et ils ont dit : « Cet album est trop long. On l’a écouté, on vous adore, mais l’album est tellement long qu’on perd un peu le fil. Si vous le réduisez à tant de chansons, on pense que vous aurez un bien meilleur album, bien plus focalisé, le feeling sera meilleur et il s’enchaînera mieux. » Au départ, nous n’étions pas hyper emballés par l’idée mais nous y avons réfléchi et nous avons écouté leurs conseils. Ca semblait effectivement avoir plus de sens si l’album était légèrement plus court.

Ensuite, le problème était qu’il fallait déterminer quoi faire avec ces chansons, et lesquelles allaient devoir être écartées. Il y a eu une grande discussion et tout le monde avait une idée différente des chansons qui devaient être sacrifiées pour ce qui allait devenait un EP. L’EP a été planifié exactement au même moment que l’album. Nous ne savions pas à quoi allait ressembler la pochette mais nous savions plus ou moins que Macabre Cabaret allait être le titre car nous pensions que « The Long Black Land » sur l’album était très similaire au morceau éponyme de l’EP, à bien des égards. Nous nous sommes dit que nous n’avions pas besoin de deux morceaux pareils sur l’album et Macabre Caparet était un super titre pour l’EP. L’EP a pris vie rien que parce que Nuclear Blast a dit : « Est-ce qu’on peut revoir la longueur de l’album et peut-être la réduire un peu ? On ne jettera aucune chanson, vous ne perdrez rien, on fera simplement un EP plus tard. » Nous avons beaucoup réfléchi pour savoir quelles chansons seraient mises de côté et lesquelles iraient sur l’album. Au final, ça n’avait pas vraiment d’importance, ça ne faisait presque aucune différence par rapport à la manière dont nous abordions l’EP. A chaque fois que quelqu’un donnait sa sélection de trois chansons, ça fonctionnait. Il s’avère simplement que cette version était celle qui nous paraissait la meilleure parmi toutes les options que nous avions.

Si on joue The Ghost Of Orion et Macabre Cabaret à la suite, la dernière chanson de l’EP, « Purse Of Gold And Stars », donne un peu l’impression d’une seconde fin. Considérez-vous Macabre Cabaret comme une extension ou l’achèvement de The Ghost Of Orion ?

Oui, on peut dire ça. Je pense que tu as totalement raison, c’est l’achèvement de l’album parce qu’au final, ces chansons ont été écrites en même temps, avec la même atmosphère, les mêmes émotions et les mêmes influences qui ont fait que The Ghost Of Orion sonne comme il sonne. Pour les fans de My Dying Bride et pour les gens qui souscrivent à ce que fait My Dying Bride, ce serait dommage qu’ils n’entendent pas ces morceaux parce qu’ils passeraient à côté d’une partie du processus qui a aidé à faire de The Ghost Of Orion ce qu’il est. Initialement, ces chansons étaient bien intégrées à l’album. « Macabre Cabaret » était en piste trois dans l’album à un moment donné et « A Secret Kiss » était quelque part au milieu. Si My Dying Bride n’avait pas reçu le conseil professionnel de Nuclear Blast, tout ce que vous entendriez serait une extension de l’album.

« Je n’ai jamais été activement à la recherche d’une religion parce que je pense être en contrôle de ma vie de telle façon que je n’ai pas besoin d’une aide supplémentaire pour la vivre. Je n’ai pas besoin de religion comme d’une béquille sur laquelle me reposer parce que je suis capable de guider mon propre corps dans le monde. »

« Purse Of Gold And Stars » est une chanson très calme, avec seulement du piano, une voix parlée et quelques arrangements. Quelle est l’histoire de cette chanson ?

La majorité de la musique vient de Shaun, le claviériste. Nous avons fait cette chanson parce que quand nous avons fait Feel The Misery, nous avions une très bonne chanson qui n’était pas tout à fait comme celle-ci mais qui suggérait que nous devrions en faire une comme ça, si ça a du sens. Quand nous avons terminé Feel The Misery, nous avons parlé de faire une chanson de ce type, sans guitare, batterie ou quoi que ce soit de heavy dessus. Quand Shaun est revenu avec cette chanson, je l’ai trouvée un petit peu perturbante, en fait ; on dirait le cœur de quelque chose qui bat, il y a des éléments sinistres qui s’insinuent en allant et venant, et la ligne vocale complète le tout. C’est une chanson très étrange, c’est très typique de ce que My Dying Bride ferait sur un EP quand nous avons tendance à expérimenter un peu. L’idée derrière ça est que ça reste sombre et obscur, d’essayer de créer un autre élément ou aspect de ce dont My Dying Bride est capable, niché entre deux chansons heavy metal plus ou moins traditionnelles dans l’EP. Je trouve que ça fonctionne très bien, c’est un super morceau.

Sur le plan des paroles, avec la chanson « Macabre Cabaret », Aaron, tu t’es plongé « dans l’empire de l’ombre de l’amour obscur et des conséquences de la sexualité débridée. » Penses-tu que l’amour et la sexualité peuvent être une épée à double tranchant ?

Aaron Stainthorpe (chant) : Ca peut l’être, suivant comment tu es prêt à vivre ta vie avec la personne avec laquelle tu veux vivre ta vie. Ça peut être extraordinaire, ça peut être merveilleux et ça peut être un labyrinthe – tu ne sais jamais vraiment comment le négocier. Il y a des pièges et des pillages sur le chemin mais il faut essayer et trouver le juste équilibre, où tu dois donner une part de toi-même et accepter certains défauts de l’autre personne. C’est du donnant-donnant, c’est ainsi que les relations fonctionnent. On ne peut pas s’attendre à s’installer confortablement et à ne rien changer dans sa vie pour d’autres gens. On espère que peut-être la personne fasse un ou deux changements dans sa vie pour tenir compte des intérêts qu’on peut avoir. Certaines personnes peuvent supporter l’effort, d’autres pas. On se demande pourquoi c’est si douloureux, pourquoi c’est comme une course d’obstacles. Je ne parle pas uniquement de l’amour, c’est la vie aussi – particulièrement en ce moment, on vit une période très éprouvante. Il faut être très sensé dans sa manière de gérer sa vie, surtout en ce moment. C’est super d’être rebelle quand on est jeune mais il y a un lieu et un moment pour la rébellion. Il faut mesurer sa vie, je pense, de nos jours et plein de gens ne le font pas. Avec les réseaux sociaux, les gens peuvent dire tout ce qu’ils veulent, ils peuvent être aussi grossiers qu’ils le souhaitent envers quelqu’un sur internet simplement parce que ce dernier ne peut pas les atteindre et riposter. Il faut essayer d’être un peu plus raisonnable avec sa vie et les gens ne semblent tout simplement pas capables de faire ça aujourd’hui. On aurait espéré que le monde s’améliorerait parce qu’on apprend de nos erreurs, mais je ne crois pas que ce soit le cas.

Est-ce que ça vient de ta propre expérience ?

Oui, je pense. On croit parfois qu’on assure, qu’on fait de notre mieux, qu’on donne ce qu’on peut de nous-mêmes, de notre temps, de notre intellect et de notre amour, et puis tout d’un coup, tout est fini. Donc on se dit : « Je suis sûr d’avoir tout fait comme il faut. Je ne me souviens pas avoir fait quoi que ce soit de super négatif ou destructeur, et pourtant, me voilà assis seul, sans avoir fait de faute. » Tu te gratteras toujours la tête en te demandant ce que tu as fait de mal et comment tu aurais pu faire mieux. Ça peut souvent nous entraîner dans une véritable spirale infernale et on se retrouve dans l’ombre. Encore une fois, il s’agit de gérer sa vie. Si on ne la gère pas particulièrement bien après une chute, ça peut être dur de sortir de ce trou. Il faut, d’une façon ou d’une autre, trouver le moyen de transformer le négatif en positif et l’obscurité en lumière. Aussi difficile que ça puisse être, c’est très important d’essayer de faire ça parce que dans le cas contraire, on peut se retrouver à croire que notre vie arrive à son terme, alors que ce n’est pas le cas, il y a encore beaucoup plus à vivre. On a une expression : « Une de perdue, dix de retrouvées. » C’est vrai, on se ressaisit, on se dépoussière et on poursuit sa vie. Aussi dur que ça puisse être, il faut le faire.

Tu as décrit « A Secret Kiss » comme étant « la marque ultime et durable de l’âme que n’importe quel humain ressentira quand les lumières ont baissé et que plus rien d’important ne reste pour lui ». As-tu déjà vécu une expérience de mort imminente ?

Je ne crois pas. J’ai eu des rêves de dingue et parfois, on ne sait pas qu’on rêve lorsque l’on rêve. Lorsqu’un genre d’événement semi-apocalyptique se produit, on a peur à mort et c’est à ce moment-là qu’on se réveille et qu’on réalise que ce n’était qu’un rêve. Je n’ai jamais vécu d’accident quasi fatal mais j’ai beaucoup lu sur le sujet et d’autres gens, dont des amis et des membres de ma famille, m’en ont parlé. Ça peut être un événement très traumatisant. Lorsque je vis quelque chose, même si c’est à travers quelqu’un d’autre, je me sens obligé d’écrire dessus. Parfois ce n’est pas un texte de My Dying Bride, ça peut être juste un poème ou une histoire que j’ai voulu écrire. Avec « A Secret Kiss », je me suis simplement dit qu’à chaque fois que quelqu’un meurt, plutôt que de voir débarquer la Mort avec sa faux, menaçante, qui condamne avec son apparence squelettique, je me suis demandé s’il y avait… Je pense que la Mort arrive quand on est à deux doigts de mourir mais j’aimerais croire que, juste avant ça, il y a un dernier baiser de la personne qu’on a le plus respectée et aimée dans toute sa vie. Si on pouvait recevoir un baiser d’une dernière personne – on ne parle pas là d’un baiser passionné, on parle d’un baiser d’adieu – on ne serait ensuite plus aussi contrarié que la Mort soit le prochain personnage qu’on voit, car on a réussi à obtenir ce dernier baiser et à dire au revoir. Ça rend l’entrée dans la mort, pas agréable, mais pas aussi horrible que ça pourrait être.

« Parfois, j’adorerais pouvoir être ému par quelque chose de spirituel de telle façon que ça transformerait ma vie. Je suis ouvert d’esprit. J’attends juste le moment clé qui m’éclairera et me fera voir la lumière mais je ne l’ai pas encore découvert. »

Je crois que tu n’as aucune croyance religieuse, mais y a-t-il eu des moments dans ta vie où tu t’es tourné vers la religion ?

Pas vraiment. Ma mère était catholique, donc nous avons été à l’église à plusieurs reprises quand nous étions plus jeunes. J’ai trouvé ça horriblement ennuyeux. Je ne comprenais pas vraiment. Ma mère ne nous a jamais forcés à aller à l’église mais en grandissant, mes deux sœurs et moi avons décidé de ne pas nous embêter avec ça parce que c’était ennuyeux. Ce n’est pas comme si nous avions quelque chose contre la religion, c’est juste que nous trouvions ça ennuyeux et que c’était pour les vieilles personnes. En grandissant, tu fais un peu de recherche et tu découvres ce qu’il y a derrière tout ce business des religions, et alors tu décides si tu choisis de suivre une religion ou si tu t’abstiens et fais ton propre truc. J’aime beaucoup certains textes religieux, ils sont bien écrits, les histoires sont extraordinaires et les personnes très intrigantes. J’ai souvent utilisé la Bible comme une influence pour certaines choses que j’ai écrites parce que c’est un énorme livre avec d’extraordinaires récits – forcément je vais l’utiliser comme référence ! Pareil avec William Shakespeare, super histoires, super personnages… Je l’ai lu et j’aime emprunter certaines des idées qu’on y trouve et les développer dans mon propre style. Ça ne veut pas dire que je dois y croire. Je ne crois pas en Roméo et Juliette, donc pourquoi devrais-je croire la Bible ? Ça a été inventé, ce sont de super histoires mais je ne vais pas vivre ma vie en fonction de ce que quelqu’un d’autre a écrit il y a longtemps. Ça n’a aucun sens à mes yeux. Il n’y a aucune véritable preuve tangible sur Jésus-Christ. Pourquoi devrais-je croire quelque chose qui est simplement écrit dans un livre ? Ça reste un super livre, mais je ne suis pas obligé de le suivre.

T’es-tu intéressé à d’autres livres religieux, comma la Torah ou le Coran ?

Seulement des versions abrégées ; au lieu que ça fasse dix mille pages, ça ne fait que dix pages. On retrouve les personnages principaux et l’histoire principale. J’ai des amis de diverses religions qui postent sur Facebook de petites citations qui, selon eux, pourraient m’intéresser. Ces citations sont très éclairantes, on comprend comment les gens peuvent être captivés par de la belle littérature. Je pense que c’est avec ça que les gens se sentent appelés par la religion, ils lisent ou quelqu’un d’autre leur dit quelque chose de tellement beau qu’ils ne peuvent s’empêcher d’ouvrir les bras et de l’accueillir dans leur vie. C’est un bel hameçon à poissons. J’ai lu des passages par ci par là transmis par d’autres personnes et c’est charmant. Certains passages sont extrêmement bien écrits, très émouvants et on peut voir comment ça fait vibrer la corde sensible, mais ça ne m’affecte pas de la même manière que ça pourrait affecter quelqu’un qui, peut-être, recherche une religion. Je n’ai jamais été activement à la recherche d’une religion parce que je pense être en contrôle de ma vie de telle façon que je n’ai pas besoin d’une aide supplémentaire pour la vivre. Je n’ai pas besoin de religion comme d’une béquille sur laquelle me reposer parce que je suis capable de guider mon propre corps dans le monde. Je peux me guider dans le monde et je peux prendre mes propres décisions ; ce ne sont pas des décisions dingues, j’essaye de vivre ma vie sans blesser trop de gens et si ça arrive, j’essaye de m’excuser là où je peux. Je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’avoir un plan ou des règles solides édictées il y a des milliers d’années – et bien sûr, la Bible a été réécrite de nombreuses fois ! Quelle partie faut-il croire ? C’est très difficile de vraiment saisir. J’ai l’impression de pouvoir vivre comme il faut, heureux et en paix sans ça.

Sans même parler de croyance religieuse, as-tu des croyances spirituelles ?

J’y ai réfléchi dans de nombreux poèmes que j’ai écrits. Je parle un peu de ces moments et ils paraissent assez fantastiques. Je les ai rêvés pour qu’ils soient des événements extraordinaires qui bouleversent la vie. Parfois, j’adorerais pouvoir être ému par quelque chose de spirituel de telle façon que ça transformerait ma vie. Je suis ouvert d’esprit. J’attends juste le moment clé qui m’éclairera et me fera voir la lumière mais je ne l’ai pas encore découvert. J’aimerais que Dieu me dise : « Aaron, allez. Tu sais que je suis là, arrête de faire l’idiot. Lis le livre et suis-le, veux-tu ? » [Rires] « Oh super, Dieu existe vraiment ! Merveilleux ! » Alors j’irais prêcher parce que je le croirais et les gens penseraient peut-être que je suis fou mais ça ne serait absolument pas un problème. Je ne suis jamais tombé sur quelque chose de si puissant que ça me dirigerait dans une autre direction. J’y suis ouvert et je veux vivre des moments spirituels, j’ai envie que mes poils se dressent sans discontinuer, que mes pupilles se dilatent, qu’un moment me caresse et me convainc qu’il y a quelque chose, quelque chose qu’on ne peut voir, quelque chose sur un plan différent de la réalité. J’ai envie de le découvrir mais je ne vais pas faire semblant ; c’est super si ça arrive mais si ça n’arrive pas, pas de problème. Je pense être suffisamment en contrôle pour m’en sortir sans.

« Quand je suis en train de chanter, je deviens les personnages de mes chansons et la plupart des personnages dans mes chansons vivent des choses éprouvantes. En conséquence, je vis des choses éprouvantes. »

D’après toi, « A Purse Of Gold And Stars », représente « là où l’on conserve nos espoirs, nos désirs et nos affects, peut-être dans un état onirique, inatteignable, et pourtant on continue à tendre la main vers eux. » Qu’est-ce qui a été « ton or et tes étoiles » dans ta vie ?

Ce sont des moments, ce ne sont pas des choses que l’on peut toucher. Ce n’est pas véritablement de l’or, des diamants ou un trésor physique. Ce sont des moments de grande joie, de grande réussite ou même des moments que l’on espère. Ce sont des choses que l’on garde dans son porte-monnaie d’or et d’étoiles. Ce sont les pierres précieuses de nos souvenirs – nos tout meilleurs souvenirs. On a tous quelques souvenirs. Quand j’étais enfant, l’été durait une éternité. J’avais pour habitude de grimper dans les arbres et de nager dans la rivière. Je ne m’habillais même quasiment pas l’été, je me contentais d’enfiler un short, même en Angleterre où il fait un froid glacial. Je sortais avec mes amis, je m’éclatais, et ça durait éternellement. Il y a des moments là-dedans, en tant que jeune homme, qui resteront à jamais gravés en moi. Ce sont des moments en l’or massif et tu crois ne jamais pouvoir faire mieux, mais tu peux. Il y a des moments qui surviennent dans notre vie qui mettent vraiment en lumière soit quelqu’un qui donne une énergie positive à notre vie, soit de grandes réussites où on accomplit quelque chose avec notre propre mérite et cette réussite est reconnue par d’autres gens, ce qui nous fait nous sentir extraordinairement bien. Ça ne veut pas dire qu’on a la grosse tête, comme une rock star, ou qu’on est meilleurs que ces gens, c’est juste que ça nous apporte un magnifique sentiment de chaleur quand d’autres gens apprécient quelque chose qu’on a fait. Le porte-monnaie d’or et d’étoiles est rempli de ces moments glorieux, dont certains attendent encore d’être vécus. Ce n’est pas tangible, on ne peut les toucher, ce ne sont pas des pièces de monnaie ou des gemmes ; ce sont juste absolument des moments en or qu’on n’oubliera jamais.

Quand on s’est parlé en janvier, tu nous as dit que tu n’avais « pas vraiment hâte de chanter certaines de ces chansons en concert [et que] de toute façon, [tu n’as] jamais hâte de chanter en concert, donc ce n’est pas nouveau ». Comment gères-tu le fait de devoir chanter en concert si tu n’aimes pas ça ?

Il faut juste que je le fasse. Je dois prendre une profonde inspiration et y aller parce que le reste du groupe adore jouer en live et, bien sûr, les fans adorent nous voir jouer en live. Je ne peux pas m’opposer à tout le monde par pur égoïsme. Je répète les chansons, j’apprends les paroles, nous prenons un avion pour nous rendre dans un autre pays, et je commence à stresser. Je ressens la nervosité parce que quand je suis en train de chanter, je deviens les personnages de mes chansons et la plupart des personnages dans mes chansons vivent des choses éprouvantes. En conséquence, je vis des choses éprouvantes. Même après toutes ces années, je continue à être super stressé à l’idée de monter sur scène mais il faut que je le fasse parce que les gens veulent que je le fasse. Ça ne me dérange pas de faire quinze à vingt concerts par an mais il est clair que nous n’allons plus tourner comme nous le faisions avant, c’est sûr. C’est trop épuisant mentalement et physiquement pour moi. Après chaque concert, il me faut trente ou quarante minutes pour redescendre sur terre parce que je reviens d’une autre dimension par rapport à tout le monde, d’une vision que j’ai créée et c’est un endroit très désagréable. C’est dur de traverser cette vision et d’incarner les personnages tourmentés présents dans mes chansons.

C’est dommage parce que j’adorerais courir sur scène et dire : « Eh les gars, envoyez la sauce ! » mais malheureusement, ça ne fonctionne pas comme ça pour moi. C’est le fardeau que je dois porter. My Dying Bride est un réceptacle pour que je puisse y déverser toute ma misère et ça me fait énormément de bien. Si je dois y retourner pour chanter en live, je le fais parce qu’il le faut, j’y suis bien obligé. C’est presque comme monter dans les montagnes russes les plus dangereuses du monde, on est terrifié, mais on va quand même le faire. Je sais que ce ne sera pas marrant mais nous ne jouons que, peut-être, une heure et quart. J’arrive à endurer la souffrance et tolérer cette obscurité pendant ce temps parce que ça aide d’avoir un super groupe de musiciens sur scène avec moi, la musique est super puissante. Quand ils sont avec moi, l’adrénaline coule dans mes veines, ça me force et ça me propulse. Ça aide beaucoup d’avoir le groupe. Il est clair que je ne pourrais pas faire de concert solo, ça n’arrivera jamais.

N’avez-vous jamais songé de faire de My Dying Bride un groupe de studio seulement ?

Non, parce que c’est important de jouer pour les fans. Nous avons des fans inconditionnels partout dans le monde et nous devons jouer pour eux. C’est bien de voir les visages, c’est bien de rencontrer les gens avant et après le concert. Si on parle comme un commerce, la musique de My Dying Bride est un produit. Si tu as un bon produit, tu veux voir les gens en parlent, tu veux voir leurs impressions, entendre ce qu’ils ont à dire à son sujet, parce que tu sais que c’est un bon produit. Il n’y a aucun intérêt à rester chez soi. On peut découvrir ce que les gens pensent via les réseaux sociaux mais ce n’est pas pareil. Il faut tenir et serrer leurs mains tremblantes. Leurs nerfs deviennent fous parce qu’ils te rencontrent. Tu signes ce qu’ils ont apporté pour que tu le signes et tu te rends compte que c’est un super moment pour eux et pour toi. Ces gens sont venus me voir et ils sont super stressés quand ils me rencontrent, mais je suis tout aussi stressé qu’eux de les rencontrer. Certaines personnes ont des chansons préférées et certaines personnes ont des chansons qu’ils n’aiment pas. Quand tu rencontres quelqu’un, tu espères qu’il va aimer les chansons que toi tu préfères et qu’il ne va pas te demander de chanter une chanson pour laquelle tu vas devoir dire : « Oh désolé, cette chanson n’est pas dans la setlist », c’est un peu décevant. Nous essayons toujours de rencontrer les gens. Quand nous faisons des concerts, nous ne sommes pas de ces groupes qui restent dans les loges toute la journée. Nous essayons de sortir avant le concert si nous avons le temps et nous sortons toujours après le concert. C’est important de rencontrer les gens qui ont payé pour avoir tes albums.

« J’ai tendance à écrire la majorité de ma musique quand les choses vont bien, quand je me sens plutôt enjoué et heureux. Dans la situation actuelle, qui est en train de prendre la forme de quelque chose de très sinistre, je n’ai vraiment pas été inspiré à composer quoi que ce soit de nouveau. »

Il semblerait que vous êtes un groupe qui a toujours été inspiré par le malheur et nous vivons justement une période malheureuse actuellement. Est-ce que ça inspire My Dying Bride ?

Andrew : Non ! Curieusement. C’est tout l’inverse. J’ai tendance à écrire la majorité de ma musique – que ça finisse sur un album ou autre chose – quand les choses vont bien, quand je me sens plutôt enjoué et heureux. Dans la situation actuelle, qui est en train de prendre la forme de quelque chose de très sinistre, je n’ai vraiment pas été inspiré à composer quoi que ce soit de nouveau. Je reste plus ou moins assis là à attendre que l’évidence qui, selon moi, va arriver se présente, afin que les autres gens puissent aussi le voir. Je n’ai pas vraiment été d’humeur inspirée pour écrire de la nouvelle musique pour le moment. J’ai juste essayé de chercher un sens à ce qui est en train de se passer autour de moi et de faire autant de recherches que je peux sur le scénario actuel, pour essayer de comprendre où ceci nous mène tous parce que je ne suis pas convaincu que ça nous mène quelque part de bon.

Aaron : J’ai été tellement occupé cette année que je n’ai pas vraiment eu l’occasion de ressentir les effets de la pandémie. Evidemment, il y a des effets physiques, comme la fermeture des magasins, mais je ne ressens pas une écrasante mélancolie par rapport à cette année comme d’autres gens. Je peux comprendre pourquoi ils peuvent ressentir ça, surtout les groupes qui habituellement tournent beaucoup parce que là, ils ne tournent plus du tout, ils perdent beaucoup d’argent et ils deviennent dingues parce qu’au lieu de faire cent cinquante concerts à l’année, ils sont posés chez eux à ne rien faire. En temps normal, My Dying Bride fait seulement dix à vingt concerts par an et de toute façon, ça fait deux ans et demi que nous n’en avons pas fait, donc cette année n’est qu’une année de plus sans concert. Ça ne nous affecte pas autant que d’autres groupes. Je n’éprouve pas un énorme sentiment de misère par rapport à cette année. Peut-être est-ce parce que j’ai été très actif à m’occuper de ma fille, ça m’accapare tellement que je n’ai pas le temps de m’intéresser à la vie d’autres personnes et à la misère qui semble les toucher. Je suis absorbé par ce que je fais.

Je passe plus de temps avec ma famille qu’avec le groupe. Ceci dit, j’aime bien, parce qu’en temps normal, je n’ai jamais l’occasion de passer autant de temps en tête à tête avec ma famille. On voit sa famille à Noël, aux anniversaires, peut-être le weekend, on passe quelques heures avec eux et ensuite on retourne chez soi. C’est une relation de camaraderie plus concentrée et c’est extraordinaire, j’adore ! Pour moi, l’année 2020 est loin d’avoir été aussi sombre et misérable qu’elle l’a été pour plein d’autres gens. Je compatis avec ces gens mais je ne me laisse pas absorber par ça. J’ai mes propres choses dont je me soucie, ce sont les mêmes choses dont je me suis soucié durant les trois dernières années, donc ce n’est qu’une continuation. Je n’ai pas trouvé la moindre inspiration dans l’obscurité qui a déferlé sur 2020. Peut-être que quand deux ou trois ans, une fois que j’aurai réglé mes affaires, je repenserai à cette année et je me dirai : « Ma vie allait bien mais regarde l’état de désolation dans lequel est la vie d’autres gens, ça vaut la peine d’écrire des paroles, un poème ou une petit histoire, peut-être. » Mais pour le moment, 2020 me fait ni chaud ni froid.

Interview réalisée par téléphone les 13 et 23 novembre 2020 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Emilie Bardalou.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : John Steel & Adam Johnson (7).

Site officiel de My Dying Bride : mydyingbride.net

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  • Désolation dit :

    My Dying Bride passé à la moulinette Nuclear Blast…on dirait du Paradise Lost…
    Bien deçu par cet album très lisse, même la voix claire semble changée…bien dommage, ils ne me font plus vibrer.

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  • J’apprécie la lucidité qu’il a sur le dernier album. Entre les lignes il assume quand même largement le fait qu’il ne soit pas top top.

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