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Chronique   

My Dying Bride – Feel The Misery


My Dying Bride - Feel The MiseryLes fans de My Dying Bride ont eu la bonne surprise l’année dernière de voir le guitariste Calvin Robertshaw réintégrer la formation anglaise de doom, suite à l’éviction d’Hamish Glencross, et ce pas moins de dix-sept ans après son départ, recréant le duo de guitares qui avait accouché des œuvres les plus mémorables du combo dans les années 90. D’autant plus que celui-ci est retourné aux Academy Studios pour enregistrer son nouvel opus, Feel The Misery. Un studio à l’aura particulière au sein de la scène doom anglaise, puisqu’il a vu naître, il y a vingt ans environ, des albums fondateurs du genre, signés Paradise Lost, Anathema et, bien sûr, My Dying Bride. Et si Robertshaw n’a pas vraiment participé à la composition de l’album et qu’on ne va pas nécessairement parler d’un « retour aux sources », ces retrouvailles ont certainement créé un enthousiasme chez My Dying Bride qui revient revigoré. Et « revigoré », pour Aaron Stainthorpe et sa triste bande, veut bien sûr dire « affligé ». Eh oui, c’est ainsi dans le doom metal : on utilise l’énergie et les ondes positives pour nourrir la tourmente et la misère.

« Feel The Misery », ou « Ressens La Misère » en français, l’humeur est d’emblée annoncée. Et si l’on va chercher un peu plus loin, en jetant un œil à la liste des titres, My Dying Bride montre qu’il n’est définitivement pas là pour donner du baume au cœur. Au contraire, ils font ce qu’ils savent faire le mieux, à savoir, nous accabler : « Mon Père Est Parti Pour Toujours », « Trembler Dans Des Couloirs Vides », « Je T’ai Presque Aimé » (une formulation bien plus déprimante qu’un passionnel « Je te déteste »)… Pourtant « And My Father Left Forever » tranche dans sa façon d’amorcer l’œuvre avec les titres d’ouverture des quelques derniers albums du groupe. On retrouve un My Dying Bride plutôt vif, on pourrait presque dire irascible en raison de cette batterie nerveuse, mais assez vite, avec l’arrivée du chant déclamé, fédérateur même, de Stainthrope, c’est une tournure épique que prend la chanson, dans ses alternances de ralentissements et accélérations. My Dying Bride évite de sombrer dans une léthargie qui a pu parfois le desservir et est, sur cet opus, véritablement partagé entre une ire aigre et la tristesse qu’on lui connaît bien, souvent rendue encore plus perçante par le violon de Shaun MacGowan qui pleure de chacune de ses ouïes. « To Shiver In Empty Halls » happe dès le départ avec les vociférations corrosives (plus épaisses et convaincantes que par le passé) de Stainthrope pour plusieurs minutes plus tard reprendre son chant plaintif et nous accompagner dans de subtils dédales désolés et mélancoliques, avec un piano qui résonne, cristallin, et ce petit quelque chose de leurs compatriotes de Paradise Lost, pour finir sur des chuchotements, comme énoncés à travers un confessionnal. Et c’est lorsque les deux sentiments – ire et tristesse – se rejoignent que la musique se fait la plus dramatique et puissante, comme la fin d’ « A Cold New Curse » où le groupe se mêle à une dimension orchestrale qui hérisse les poils. Des éléments orchestraux que l’on retrouve plus loin dans des cuivres graves (la fin de « Feel The Misery ») ou des cordes (belles à se damner sur « I Almost Loved You »), qui étirent la portée émotionnelle de l’album et subliment une production déjà soignée et équilibrée.

Il y a par ailleurs une vraie trame religieuse, mais désillusionnée, qui parcourt ce Feel The Misery, en adéquation avec son illustration, même si celle-ci se démarque par ses couleurs de l’obscurité qui rejaillissent de la musique. La notion de célébration dans « I Celebrate Your Skin », « Mon père » dans « And My Father Left Forever » qui évoque Dieu, la notion d’amour dans « I Almost Loved You », l’épine de la sainte couronne dans « A Thorn Of Wisdom », et globalement, évidemment, la misère que Nietzsche reprochait à la religion chrétienne d’exploiter et de « créer pour se rendre éternelle. » Des connotations religieuses que l’on retrouve tout autant dans la musique elle-même, comme avec la chanson éponyme qui peut renvoyer l’image d’une procession funéraire, les résonances sur la voix de Stainthrope qui lui donne parfois une stature quasi épiscopale, les chants d’église et carillons qui retentissent sur « I Celebrate Your Skin », l’orgue d’église sur « Within A Sleeping Forest »… On ressent tout le poids de nos péchés à l’écoute de Feel The Misery et on s’en maudit, malgré la beauté des dorures, des sculptures et autres vitraux lumineux qui nous entourent. Rarement un album aura aussi bien porté son nom. Et rarement un album de My Dying Bride, tout du moins ces dernières années, aura été aussi consistant et poignant.

Écouter « And My Father Left Forever » :

Album Feel The Misery, sortie le 18 septembre 2015 via Peaceville Records.



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