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Interview   

My Dying Bride : le culte de la misère


Aaron Stainthorpe - My Dying Bride 2015De prime abord, les membres de My Dying Bride sont loin d’être de joyeux plaisantins. Aaron Stainthorpe, chanteur et leader de la formation anglaise, se sert de la musique pour aller gratter les bas-fonds les plus sombres de la misère humaine, le plus souvent inspiré par son propre vécu. La misère élevée au rang de culte, alors que le culte religieux est pour Aaron déjà, en soi, quelque chose de profondément misérable qui « a causé plus de douleur et de souffrance qu’elle n’a aidé de gens. » Il n’est donc pas surprenant de voir My Dying Bride régulièrement exploiter le lexique et l’image religieuse dans sa musique. Et celle-ci est même omniprésente dans le nouvel album, Feel The Misery, à commencer par ce vitrail qui orne la pochette.

Un album remarquable qui célèbre à la fois le retour du guitariste fondateur Calvin Robertshaw, qui n’avait pas enregistré d’album avec My Dying Bride en dix-neuf ans, et les vingt-cinq années du groupe au service du doom anglais. Aaron nous parle de tout ceci ci-après. Un personnage à fleur de peau, qui se fait revivre beaucoup de souffrances avec My Dying Bride, mais pas forcément l’homme complètement dépressif et abattu dont on se fait l’image. Au contraire, il admet être « un gars plutôt heureux », justement parce qu’il a l’opportunité d’expurger sa misère à travers sa musique. Pour autant, nous ne lui conseillerons pas une carrière de comique…

My Dying Bride 2015

« Lorsque nous jouons les chansons en concert, je suis dans un autre monde, je suis dans un monde de chaos et de misère. […] Et après le show, je me sens physiquement et mentalement épuisé à cause des émotions que j’ai dû traverser. »

Radio Metal : Avant de demander à Calvin Robertshaw de revenir dans le groupe, vous vous êtes séparés du guitariste Hamish Glencross en raison de « différends irréconciliables ». Peux-tu nous en dire plus à ce sujet ?

Aaron Stainthorpe (chant) : Hamish était très, très occupé avec aussi bien My Dying Bride que Vallenfyre. Il allait se marier et avoir des enfants… Il faisait beaucoup de choses ! Et ça a commencé à affecter My Dying Bride. Et donc nous avons tous décidé que ce serait plus facile s’il faisait autre chose. Nous l’avons donc, en quelque sorte, libéré et lui avons permis de partir faire tous les trucs qu’il voulait avec Vallenfyre sans être interrompu, se marier et avoir des enfants, faire ce qu’il veut. Et il était très reconnaissant de ça ! Nous sommes toujours amis. Nous sommes quand même allés à son mariage, tout allait bien. Et Calvin est intervenu là où Hamish ne pouvait pas.

Calvin a quitté le groupe il y a dix-sept ans. En revanche vous étiez restés en contact avec lui. Comment l’avez-vous convaincu de revenir après toutes ces années ?

Ce n’ai pas moi qui l’a convaincu mais l’autre guitariste. Il était beaucoup en contact avec Calvin au cours de ces quelques dernières années et il était au courant de ce que faisait Calvin. Lorsque Calvin est parti… Bon, il est parti pour les mêmes raisons que Hamish aujourd’hui. Calvin voulait fonder une famille et il ne pouvait pas avoir un boulot en journée, en étant à la fois dans My Dying Bride et en fondant une famille. C’est donc pour ça qu’il était parti. Aujourd’hui ses enfants ont grandi et il est un peu plus libre pour faire du rock n’ roll. Andy a beaucoup été en contact avec lui et il a mentionné que nous avions des soucis avec Hamish, et il a demandé si Calvin serait intéressé pour revenir dans le groupe. Et il a dit oui ! Donc, lorsque Hamish est parti, Calvin est tout de suite intervenu. Du coup, il n’y a pas eu un moment où il nous a manqué un guitariste. Ca a donc plutôt très bien marché pour tout le monde !

Qu’est-ce que ça faisait de rejouer avec lui. Comment décrirais-tu l’alchimie actuelle ?

C’est super. C’est très, très relax. Calvin n’a pas tellement changé avec les années. Il a l’air un peu différent mais il est toujours le même mec, la même personnalité. Il est plus détendu parce qu’évidemment, il est plus âgé, comme nous tous. Mais c’est super qu’il soit de retour et j’ai hâte de retravailler convenablement avec lui, car il a rejoint le groupe lorsque la majorité de l’album était déjà composé. Ce qui signifie qu’il n’y a pas beaucoup de Calvin là-dedans. Je suis donc impatient d’être au prochain album, car alors nous pourrons entendre ce dont Calvin est capable ! Mais ouais, le premier concert était super. Il était un peu nerveux mais pas trop et il a très bien géré, et après il a dit qu’il avait adoré ! Donc ouais, ça fait du bien que le bon vieux gars soit de retour, et tout le monde a la banane ! Ce qui est inhabituel pour My Dying Bride ! [Rires]

Apparemment, il composait toujours de la musique pendant toutes ces années hors My Dying Bride. As-tu entendu ce qu’il a fait ?

Non, pas vraiment. Je lui ai demandé à quoi ressemblait la musique et il a dit qu’assurément ça fonctionnerait avec My Dying Bride, ce qui est super. Comme je l’ai dit, la majeure partie de notre album était terminée, donc il n’a pas tellement pu y contribuer. Mais ce qui est étrange, c’est que j’ai déjà hâte d’en être à notre prochain album parce qu’alors nous pourrons entendre ce que Calvin a en réserve. Je n’ai entendu aucune de ses musiques. Je suis sûr qu’Andrew les a entendues mais pas moi, pas encore. Je suis certain qu’on en verra certaines apparaître sur le prochain album, qui pourrait bien être un EP. On fait très souvent un album et ensuite un EP. Il faudra s’attendre à plus de la part de Calvin sur le prochain EP !

Comme nous l’avons dit, Calvin a écrit de la musique mais n’a joué dans aucun groupe. Donc, comment a-t-il géré son retour en salle de répétition avec d’autres musiciens ?

Il a dit qu’il était assez nerveux de jouer de la guitare en face de Lena, Shaun et Dan parce qu’il n’avait jamais rencontré ces gars auparavant. Et bien sûr, Lena, Dan et Shaun étaient très nerveux de jouer face à Calvin parce qu’ils ne l’avaient jamais rencontré et que, évidemment, il est l’un des membres fondateurs de My Dying Bride ! Mais tout s’est très bien passé. Tout le monde était détendu. Il n’y a aucune sorte d’ego ou d’attitude de rock star ou quoi que ce soit de ce genre, et tout le monde était très amical. Nous avons été dans des aéroports ensemble, nous avons été en tour bus ensemble et c’est juste relax. Il s’est remis à l’aise dans le groupe presque comme s’il n’était jamais parti ! Il s’entend très bien avec tout le monde dans le groupe, et l’équipe aussi, ce qui est important. Nous avons donc déjà hâte de faire les prochains concerts !

My Dying Bride - Feel The Misery

« Le titre Feel The Misery se liait vraiment bien avec cet artwork religieux, car la religion est en effet quelque chose de très misérable ! »

Comme tu l’as dit, le prochain album sera probablement un EP. Et c’est quelque chose d’assez fréquent chez vous, de sortir un EP entre les albums studios. Pourquoi ? Est-ce important de régulièrement vous stimuler en composant pour des supports plus courts ?

Eh bien, à l’origine, c’était écrit dans notre contrat de faire un EP après chaque album, mais c’était il y a longtemps. Nous apprécions de faire des EPs, donc même aujourd’hui nous continuons à en faire. Ils ne sont même plus dans le contrat ! Mais nous aimons en faire parce que parfois, ça permet de jouer un peu plus avec la musique, être un peu plus expérimental et on peut en profiter pour proposer de la musique qui ne cadrerait ou ne ressortirait pas très bien sur un album. Du coup nous mettons de côté certaines idées inhabituelles pour les EPs. Parce que ce n’est pas tout le monde qui achète des EPs. Beaucoup de fans achètent les albums et ne font pas trop attention aux EPs. Mais ils sont importants pour nous. Ils permettent un peu plus de flexibilité pour expérimenter avec les choses, sans non plus faire des trucs de dingues. Et, même si nous n’avons pas prévu de faire un EP pour le moment, ça va sans doute arriver.

Vous avez enregistré aux Academy Studios à Dewsbury West Yorkshire, où tous les premiers classiques de My Dying Bride ont été produits. Avec le retour de Calvin, avez-vous eu envie de recréer l’atmosphère de ces albums ?

Nous n’avons pas spécialement cherché à faire ça mais je suppose que lorsque tu fais revenir un ancien membre, les gens commencent à penser ainsi, surtout si tu utilises aussi le vieux studio. Je ne pense pas qu’il ait un son particulièrement old school mais je pense que quand tu te rappelles que Calvin est de retour et que nous avons enregistré à l’Academy, ces choses lui donnent un aspect vieux mais ce n’est pas vraiment un vieux son, je ne le crois pas. Et je ne pense pas non plus que ce soit le cas de la musique en tant que telle parce que c’est toute l’œuvre d’Andrew, pour être honnête. Car lorsque Hamish est parti, Andrew a commencé à tout composer avec ses propres riffs. Il ne voulait utiliser aucun riff d’Hamish. Donc tout sur cet album est principalement l’œuvre d’Andrew. Il est responsable du son global de cet album. Et je suis sûr que ça changera pas mal lorsque nous ferons le prochain parce qu’évidemment, Calvin voudra y mettre sa contribution. Nous n’avons pas pensé à faire quelque chose d’old school ou même rétro, c’est juste ainsi qu’il est devenu, je suppose.

Tu as dit au cours d’une interview que « la composition du nouvel LP a progressé un peu plus lentement à cause de problèmes internes. » Fais-tu référence à ce qui s’est passé avec Hamish ou bien y avait-il d’autres problèmes que vous avez rencontrés ?

Composer des chansons n’est jamais vraiment très facile parce que tu dois t’assurer que les nouvelles chansons sont meilleures que les anciennes. Et nous avons beaucoup de d’anciennes chansons et il y a de bonnes choses dans notre discographie. Il faut donc essayer de s’assurer que tout ce qu’on fait est meilleur que ça. Et ça rend la composition plus difficile ! Ça devrait devenir plus facile avec chaque album mais je trouve qu’au contraire, ça devient plus difficile. Essayer d’écrire sur de nouveaux sujets et approcher ça sous un angle différent au niveau des paroles représente un grand défi avec chaque album, et j’essaie également de développer le chant un peu plus à chaque fois. Et effectivement, ça devient plus dur ; ça devrait devenir plus facile mais vraiment, ce n’est pas ce qui se passe. Si tu veux te pousser, progresser sur les choses et qu’à chaque fois il y ait des améliorations, ça devient un vrai défi. Chaque album devient de plus en plus dur, et tu te demandes pourquoi tu te casses encore la tête à faire ça ! Mais c’est sympa d’avoir un défi à relever ! Ça te motive à avancer, ça te fait te sentir jeune lorsque tu sais que tu peux surmonter ces obstacles. C’est donc pour ça que nous le faisons !

Dans une interview tu as déclaré que tu ne t’étais jamais senti aussi vulnérable et tourmenté en studio que pour cet album. Après 25 ans de carrière, comment parviens-tu à encore autant t’investir émotionnellement lorsque tu écris de la musique ?

En y mettant beaucoup de cœur et d’âme. Je ne me contente pas d’écrire des paroles dans un parc un beau jour d’été ; ça ne fonctionne pas comme ça. Je n’écris des paroles que lorsqu’il fait sombre et que je suis dans le bon état d’esprit émotif, certainement d’humeur sombre, et il faut que ce soit reflété dans les mots. Lorsque les gens lisent les mots, ils lisent ce que j’ai ressenti, ce qui était dans mon cœur et mon âme au moment où je les ai écrits. Et lorsque je relis les mots, lorsque je les chante en studio, je me remémore ce sentiment. Il faut donc les chanter avec beaucoup d’émotion. Tu ne peux pas juste crier comme Bruce Dickinson ou quelqu’un comme ça, tu ne peux pas juste chanter du heavy metal, tu dois y mettre de la passion et du sentiment pour que ça sonne authentique parce que, dans le cas contraire, ça ne sonnerait pas pareil. Tu dois mettre du cœur dans tout pour que ça sonne vrai. Je pense que les fans apprécient ça aussi, surtout en concert. Lorsque nous jouons les chansons en concert, je suis dans un autre monde, je suis dans un monde de chaos et de misère, et en conséquence, jouer en live est toujours un défi pour moi. Et après le show, je me sens physiquement et mentalement épuisé à cause des émotions que j’ai dû traverser. C’est dur ! Je me rends compte que je devrais avoir une vie facile et me contenter d’écrire des chansons de rock de trois minutes et crier comme Kiss le fait, mais je ne fais pas ça. Je veux avoir des défis plus grands qui affectent les gens à différents niveaux. C’est ça dont il s’agit avec moi : transporter les gens et leur donner un petit peu de rock.

Tu es donc en train de dire que les chansons de Kiss ou Iron Maiden ne sont pas si stimulantes émotionnellement ?

Eh bien, je veux dire, est-ce que tu as entendu des chansons de Kiss ? Est-ce que tu verses des larmes lorsque tu écoutes Kiss ? [Rires] Ce sont de supers groupes dans ce qu’ils font et c’est pourquoi ils sont là depuis très longtemps. Ils sont excellents dans ce qu’ils font ! Ce n’est juste pas le genre de choses que je fais. Ce n’est pas le genre de choses que je veux faire. Je suis passionné par ce que je fais et je suis sûr que n’importe qui d’autre étant là depuis vingt ou vingt-cinq ans, évidemment, est passionné par ce qu’il fait, autrement il ne serait plus là.

My Dying Bride 2015

« Peu de gens peuvent raconter une histoire qui t’affecte à un point où tu peux presque physiquement ressentir ton corps trembler. C’est ce que j’aime essayer de faire. »

L’album débute avec une chanson qui s’appelle « And My Father Left Forever » qui est assez agressive, même au niveau des paroles. Est-ce que vous avez placé cette chanson en ouverture d’album exprès, pour dire « ok, on entre directement dans le vif du sujet » ?

Non. C’est en fait un sacré défi de déterminer quelles chansons iront en premier. Parce que certaines personnes mettent toujours leurs meilleures chansons en premier, et d’autres les gardent pour la fin. C’est vraiment épineux. Tu ne sais jamais comment faire. Et donc, littéralement, nous… Certains ont des idées, ils envoient par email différentes idées et proposent pourquoi pas cette chanson au début, celle-ci… Et parfois nous ne sommes pas d’accord… Mais il faut garder en tête qu’on a huit super chansons dont nous sommes très contents, donc c’est presque comme si l’ordre n’avait pas d’importance. Je ne me souviens plus qui a pris la décision finale mais c’est vraiment une simple coïncidence qu’elles soient placées comme elles sont placées, je pense. Les seules fois, je crois, où nous avons vraiment planifié l’ordre, c’était sur les premiers albums. Nous nous assurions de structurer la façon dont les chansons s’enchaînaient. De nos jours, tu peux littéralement balancer les noms en l’air et là où elles atterrissent, c’est là où elles iront.

L’illustration de l’album dépeint un vitrail, comme dans une église. L’album étant baptisé Feel The Misery (NDT : « ressens la misère »), est-ce que la misère est comme une religion pour toi ? Est-ce que tu tires une spiritualité de ta propre misère ?

Je pense que nous le faisons tous, dans une certaine mesure. Nous avons toujours abordé des sujets religieux dans nos paroles et notre musique, et nous avons déjà parlé il y a de ça des années d’avoir un vitrail [en guise d’illustration] mais nous n’avons jamais été jusqu’à le concrétiser. C’est bien que nous l’ayons enfin créé pour notre vingt-cinquième anniversaire. Et c’est un joli artwork, sans doute l’image la plus colorée [que nous ayons eue]. Je crois effectivement que la religion est une bonne chose pour certaines personnes mais, en toute franchise, je pense que la religion a causé plus de douleur et de souffrance qu’elle n’a aidé de gens. Les fanatiques religieux doivent vraiment assumer parce qu’ils ont créé un horrible endroit où le reste d’entre nous doit vivre, et beaucoup de gens vivent dans la misère. Je trouvais donc que le titre Feel The Misery se liait vraiment bien avec cet artwork religieux, car la religion est en effet quelque chose de très misérable !

Ecrire sur des thèmes aussi sombres n’est-il pas parfois un fardeau pour toi ? Par exemple, tu dis que l’une des choses que tu n’apprécies pas dans le fait de donner des concerts est que lorsque tu chantes, tu revis les histoires que tu as écrites…

Ouais, c’est difficile de jouer les chansons en concert à cause de la façon dont je les ai écrites au départ. Il y a un vieil adage qui dit : écris à propos de ce que tu connais. Et donc j’écris au sujet de mes propres sentiments, ma propre vie… Pas tout le temps, je pense que peut-être cinquante pour cent ce sont des choses personnelles et l’autre moitié ce sont des histoires. Je raconte des histoires, c’est ce que je fais. Je suis un conteur. Je ne dis pas au gens lesquelles sont personnelles et lesquelles sont inventées. Parfois c’est évident et parfois pas tant que ça mais je mets toujours tout mon cœur dans les mots. Je ne peux pas me contenter d’écrire des histoires d’aventures ou de simples histoires d’amour. Il faut qu’il y ait des passages profondément émouvants dedans, car n’importe qui peut raconter une histoire mais peu de gens peuvent raconter une histoire qui t’affecte à un point où tu peux presque physiquement ressentir ton corps trembler. C’est ce que j’aime essayer de faire. Faire en sorte que ça vaille la peine de lire et écouter My Dying Bride. Faire en sorte que ce ne soit pas qu’un album de plus mais quelque chose d’émouvant. Quelque chose que les gens pourront vivre et ne pas simplement écouter.

Avec le temps, as-tu pu te distancer un peu des choses que tu as écrites ? Ou est-ce toujours aussi difficile pour toi de chanter même les anciennes chansons ?

Ça devient effectivement plus facile avec le temps, c’est sûr. Mais quand même, tu te laisses emporter par les émotions. Lorsque tu entends les premières notes d’une certaine chanson, ça te ramène tout de suite [aux émotions de l’époque] parce que c’est à ça que la chanson sera toujours associée lorsque tu prends la plume. Donc tu ressens toujours cet éclair de souffrance lorsque tu entends les quelques premières notes d’une chanson mais ce n’est pas aussi terrible que ce que ça a pu être. Le temps guérit toutes les blessures mais il m’arrive toujours de devenir comme un personnage étranglé. C’est toujours assez douloureux mais heureusement, ouais, ce n’est pas aussi terrible que ça a pu être, ce qui est une bonne chose.

Lorsque les gens entendent votre musique et lisent tes paroles, ils ont tendance à penser que tu es vraiment quelqu’un de dépressif et misérable. Donc, malgré ta part sombre que tu montres dans My Dying Bride, y a-t-il de la joie dans ta vie ?

Bien sûr qu’il y en a. Les gens considèrent la joie de différentes façons. Ce qui te rend heureux ne me rend pas nécessairement heureux, c’est pareil pour tout le monde. Bon, je suis généralement heureux mais lorsqu’effectivement je sens venir ces sombres émotions, c’est là que je commence à écrire. J’ai de la chance d’avoir My Dying Bride pour emporter ce moment sombre. C’est quelque chose de quasi médicinal pour moi. J’ai l’opportunité de faire sortir ça de ma tête et le donner à My Dying Bride. Donc My Dying Bride contient toute ma misère, ce qui ensuite me permet de me sentir plutôt bien ! Donc, généralement, ouais, je suis un gars plutôt heureux, je dois l’admettre !

My Dying Bride 2015

« Il y a des millions de groupes qui écrivent des chansons joyeuses, le monde n’en a pas besoin d’un autre. »

Est-ce que ces sombres thèmes sont essentiels à la musique de My Dying Bride ? Penses-tu qu’une tonalité plus légère serait inappropriée ?

Ouais, je pense que si on devait faire des choses sur un ton plus léger, ce serait plus avisé de monter un genre de projet parallèle. Tu n’appelles pas un groupe My Dying Bride pour chanter des chansons pour faire la fête, ça n’arrivera pas. Ce que nous faisons est sombre et affreux, et ça colle au nom My Dying Bride. Si nous ressentions le désir de faire quelque chose d’un peu plus extraordinaire, un peu plus enjoué et joyeux, ou moins misérable, alors il serait tentant de simplement changer l’image du groupe avec un nom différent et faire comme un projet parallèle. Mais je doute que ça puisse un jour arriver. Il y a des millions de groupes qui écrivent des chansons joyeuses, le monde n’en a pas besoin d’un autre.

Donc écrire des chansons joyeuses ne t’as jamais traversé l’esprit ?

Non, ça ne m’a en fait jamais traversé l’esprit. Non !

Vous avez célébré vos vingt-cinq ans de carrière. Que ressens-tu à propos de ça ? Que retiens-tu de ce quart de siècle dans My Dying Bride ?

Je sais que c’est remarquable. Je me disais que nous pourrions éventuellement durer cinq ans et puis lorsque nous avons atteint les cinq ans, je me disais que ce serait super si nous pouvions atteindre une décennie ! Aujourd’hui, après vingt-cinq ans, je n’arrive pas à croire que nous ayons accompli autant de choses ! Si je devais mourir demain, j’aurais eu une vie bien remplie. Ce n’est donc pas une si mauvaise chose. Je n’ai aucune idée si nous allons durer encore vingt-cinq ans. Ça semble improbable parce qu’à mesure que tu vieillis, généralement tu ralentis un peu, mais il est clair que je nous verrais bien durer peut-être encore dix ans. Mais ouais, c’est super d’avoir atteint le quart de siècle. Nous n’avons pas encore fait la fête, malheureusement, mais je suis sûr que nous allons en organiser une à un moment donné cette année.

As-tu l’impression d’avoir la même noirceur en toi par rapport à lorsque tu as démarré le groupe ? Comment as-tu évolué en tant qu’homme, parolier et chanteur ?

Comme je l’ai mentionné plus tôt, tu écris à propos de ce que tu connais, et ce que je connaissais lorsque j’ai commencé est différent de ce que je connais maintenant. Avec chaque année qui passe, tu vis différemment et tu ressens la vie différemment. Tu vis différentes choses, dont certaines pour la première fois, ce qui est toujours très excitant. Et tu coches les années sur le calendrier et durant ces années, il y a des hauts et des bas, il y a des moments légers et il y a de sombres moments, et j’écris à propos de moments qui simplement n’avaient pas lieu lorsque j’avais vingt ans. Donc, en grandissant, tu vis différentes choses et tu les mets sur papier. Dans trois albums, j’écrirais à propos de quelque chose que je n’ai pas encore vécu aujourd’hui. Tu écris à propos de ce que tu connais et c’est ce que je fais, c’est ainsi que j’ai évolué.

La question idiote de l’interview : pour prouver au monde que tu es en fait un homme joyeux, as-tu une bonne blague à partager ?

Oui ! Es-tu prêt ?

Ouais !

Ok les gars : Hourra pour le rap, hip-hop ! [Rires] C’était une blague de merde… J’en ai une autre : j’ai été en Egypte et j’avais un méchant mal de dos, il a donc fallu que j’aille consulter un « Cairopracteur » ! [Rires]

Interview réalisée par téléphone le 23 juillet 2015 par Philippe Sliwa.
Introduction : Nicolas Gricourt.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de My Dying Bride : www.mydyingbride.net.



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