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Chronique   

My Dying Bride – The Ghost Of Orion


My Dying Bride, l’un des pionniers du doom anglais, revient de très loin. En 2015, la fille du chanteur Aaron Stainthorpe a été touchée par un cancer à tout juste cinq ans, ce qui a évidemment amené le groupe à cesser ses activités pour un temps. À cette épreuve s’est ajouté le départ en 2018 du guitariste originel du groupe Calvin Robertshaw, sans aucune explication, et du batteur Shaun Taylor-Steels. My Dying Bride a décidé de profiter d’un élan positif malgré tout, en partie grâce à la guérison de la fille d’Aaron, pour enregistrer son treizième opus. À l’instar de Feel The Misery (2015), The Ghost Of Orion a été composé entièrement par le guitariste restant, Andrew Craighan, totalement dépourvu d’avis extérieurs et bien conscient de l’indisponibilité évidente d’Aaron Stainthorpe et de la récente maternité de la bassiste Lena Abé. The Ghost Of Orion est avant tout l’œuvre d’un homme capable d’anticiper les besoins des membres de son groupe, désireux de rendre la musique de My Dying Bride plus facile à appréhender, profitant de la portée de leur nouveau label Nuclear Blast. Du moins dans l’intention.

Le départ du batteur Shaun Taylor-Steels tout juste avant de rentrer en production avec Mark Mynett aux studios Mynetaur aurait dû figer le processus d’enregistrement. My Dying Bride a pu compter sur un coup du sort en accueillant la participation de l’ancien batteur de Paradise Lost, Jeff Singer, qui avait déjà son kit présent sur place. Le jeu de Jeff s’est parfaitement marié avec l’intention des compositions de My Dying Bride, toujours désireux de dessiner des atmosphères lugubres et pesantes, pratiquement dénuées de toute forme de lumière. Lorsque le groupe prétend rendre sa musique plus « accessible », il faut le prendre de manière relative. Pour My Dying Bride, il s’agit simplement de respecter plus scrupuleusement une structure couplet-refrain et de mettre l’accent sur les mélodies plutôt que les expérimentations techniques. Le groupe privilégie toujours les titres longs qui dépassent les sept minutes et ne livre aucune preuve d’égaiement. L’ouverture « Your Broken Shore » (et sa mélodie de guitare enivrante que n’aurait pas reniée Gregor Mackintosh) illustre parfaitement le dessein de My Dying Bride, alternant couplets mélancoliques portés par la voix claire d’Aaron et riffing massif soutenu par le timbre death du frontman. L’univers de My Dying Bride reste intact, il est simplement plus intelligible. Si les sonorités grandiloquentes, presque sentencieuses, des guitares saturées évoquent indéniablement les dernières œuvres de Paradise Lost (The Plague Within, 2015, et Medusa, 2017), le travail d’orfèvre d’Andrew Craighan se discerne davantage dans les leads très lents et les accroches mélodiques disséminées tout au long de l’opus, à l’instar du couplet homérique de « To Outlive The Gods » ou du mystique « The Solace », mélodie rituelle qui semble tirée tout droit du folklore scandinave. L’apport du violon de Shaun MacGowan (notamment sur la conclusion accablante de « Your Broken Shore », sur les mélodies stridentes de « The Long Black Land » ou à travers l’alchimie avec la guitare à la fin de « The Old Earth ») est l’atout supplémentaire qui confère à My Dying Bride ce cachet de misère extrême. L’accessibilité s’arrête aux structures et à la force des mélodies ; My Dying Bride n’a pas composé une musique qui convient à tous les contextes d’écoute. L’émotion reste sa principale préoccupation, à l’image de « Tired Of Tears », douloureux lorsque Aaron se lamente en répétant « I am so tired of tears » sous les pleurs de la guitare, partageant un peu de la peine qu’il a traversée ces dernières années.

L’une des vertus de The Ghost Of Orion est la volonté du groupe d’aérer son propos très dense afin d’éviter une pesanteur excessive. Le lugubre « The Ghost Of Orion » est une accalmie composée d’arpèges de guitare et d’accords de piano qui laissent à peine quelques murmures s’exprimer. L’affliction extrême de « Your Woven Shore », écho au titre d’ouverture « Your Broken Shore », est incarnée par des chœurs d’enfants, quelques notes de clavier, ainsi qu’un duo de violon et violoncelle déchirant. « The Solace » reste l’une des pièces maîtresses de l’album avec la voix ensorcelante de Lindy Fay Hella (Wardruna), une sorte d’ode appuyée par les enchevêtrements de leads de guitare. « The Solace » concentre presque à lui seul toute la puissance de l’album, sans déferlement de violence ou structure ambitieuse. Il coexiste sans peine avec d’autres morceaux plus épiques, tels que les dix minutes « The Long Black Land », à l’évolution plus progressive, et sa conclusion théâtrale.

My Dying Bride a en partie réussi le pari de livrer des compositions mieux balisées, où l’auditeur trouve facilement son chemin et peut se concentrer sur les accroches, renforçant peut-être ainsi sa portée émotionnelle. Le gage d’accessibilité s’arrête ici : la tristesse et la désolation extrêmes liées au genre de prédilection de My Dying Bride en font un groupe aux émotions trop singulières pour convenir à tout le monde. Ça n’a jamais été la volonté réelle de My Dying Bride, The Ghost Of Orion a simplement les ingrédients nécessaires pour que ses titres laissent leur empreinte.

Lyric vidéo de la chanson « Tired Of Tears »:

Clip vidéo de la chanson « Your Broken Shore »:

Album The Ghost Of Orion, sortie le 6 mars 2020 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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