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Interview   

My Indigo : Sharon Den Adel reprend des couleurs


Les fans de Within Temptation l’ont échappé belle. En quasi burn-out suite à la tournée du dernier album Hydra, en panne totale d’inspiration, remettant en cause son mode de vie et ses choix, rongée par les regrets de ne pas pouvoir davantage profiter de sa famille et ses proches, Sharon Den Adel, sa frontwoman emblématique a traversé la plus importante crise de sa carrière. Si bien que l’avenir du groupe avec elle n’était plus assuré. Ainsi, pendant que Within Temptation s’est mis en hibernation, Den Adel a entrepris une forme de thérapie, la menant vers un nouveau projet musical du nom de My Indigo.

My Indigo est le résultat de ce travail introspectif, la menant loin des élans épiques de Within Temptation, vers des contrées musicales nouvelles, plus simples, très pop dans l’âme, où elle y exprime ses tourments, ses douleurs mais aussi ses espoirs et les leçons qu’elle en a tiré. Dans l’entretien qui suit, Sharon Den Adel retrace avec nous le chemin parcouru pour aboutir à cette première virée solo. Elle partage un récit, forcément très personnel et touchant, permettant de mieux entrevoir les difficultés humaines qui se trament derrière la musique qu’on écoute ou encore les concerts auxquels on assiste, et dont nous, public, n’avons pas toujours très bien conscience. Un bout d’intimité qui permet en outre d’en savoir un peu plus sur le rapport de l’artiste à la musique.

« Je n’ai jamais vécu sans musique. J’ai toujours pu écrire des chansons, aussi loin que je me souvienne, dès ma plus tendre enfance, dès toute petite, je pouvais facilement trouver l’inspiration pour écrire une chanson, mais là, ça avait complètement disparu. »

Radio Metal : Tu viens de sortir ton premier album en tant que My Indigo. Cet album parle de ce que tu as vécu durant les quelques dernières années et est le résultat d’un processus personnel très profond qui a suivi une crise engendrée chez toi par le cycle du dernier album de Within Temptation. Comment t’es-tu retrouvée dans une telle crise à ce moment-là ? Et quelle était-elle ?

Sharon Den Adel (chant) : Je pense que ça venait du fait de ne pas avoir d’équilibre avec tout ce que je dois faire dans ma vie. J’ai tourné avec Within Temptation presque nonstop durant toute ma vie d’adulte. C’est aussi ce que je voulais mais d’un autre côté, le temps passe et plein de choses changent en route, on vieillit, mais aussi la vie des gens, de tes amis, change différemment de la tienne, et je fais encore ce que je fais avec le groupe, toujours, et eux changent de boulot, tout le monde a des enfants, tandis que je passe à côté d’une bonne partie des vies personnelles de mes amis et de ma famille. C’est aussi quelque chose que j’ai réalisé parce que quelqu’un de très proche de moi est tombé malade et est décédé entre temps. Ça te fait réfléchir sur ta propre vie. « Ai-je toujours envie de faire ça ? Ai-je envie de faire ça pendant les vingt prochaines années ? Ai-je envie de faire d’autres choses dans ma vie ? » Avant que je ne comprenne ce qui n’allait pas chez moi, j’ai eu le syndrome de la page blanche, je pense que j’étais à la limite du burn-out, et ça vient aussi du fait que Within Temptation a toujours beaucoup de pression. Tu es aussi bon que ton dernier album, donc il y a toujours une pression pour performer du mieux possible et faire les meilleures chansons possibles.

Il y a donc toujours beaucoup de pression, et j’ai aussi besoin de pression, d’une certaine façon, mais d’un autre côté, ça te pompe beaucoup d’énergie, et c’est lourd. Donc en combinant toutes les choses qui se passaient dans ma vie personnelle, en dehors du fait qu’il a fallu toutes ces années être au top de notre forme, et qu’il y a toujours quelque chose de super et marrant à faire avec le groupe, qu’il y a toujours un truc à faire, avec ton manageur qui dit « vous devez faire ça parce que c’est très important, » et tu y vas à nouveau, alors qu’en fait tu es très fatiguée… Il y a donc toujours une forme de pression. Je crois que ça a complètement créé un blocage chez moi, je ne pouvais plus composer pour Within Temptation à cette époque. Within Temptation, c’est de la musique vraiment épique, imposante, puissante, ça confère un sentiment de force, et je ne ressentais plus tout ça. Or je ne peux pas composer des chansons que je ne ressens pas. Donc j’ai voulu rester proche de moi-même, de mes émotions. Je crois qu’à cette époque, la seule chose que je pouvais écrire, compte tenu de la façon dont je me sentais, était ce que j’ai écrit pour My Indigo. Donc voilà ce qui au final, après un certain temps, est ressorti.

Est-ce qu’un groupe comme Within Temptation représente de tels sacrifices et une telle concentration que parfois tu as l’impression de t’y perdre ou même d’y être prisonnière ?

Non. Nos vies sont vécues avec l’idée que nous faisons partie de Within Temptation, donc ça envahi ta vie, et ça a été mon activité principale dans ma vie pendant très longtemps. Mais ce n’est pas comme si je me sentais prisonnière parce que j’adore ce que je fais, ce n’est pas ça le truc. Si je n’aimais pas ce que je fais, j’aurais arrêté plus tôt ou je serais tombée en dépression plus tôt. Mais c’est plus le fait que ma vie n’était pas équilibrée, car je tournais davantage et ce genre de chose que je n’étais à la maison, et ce n’est jamais bon quand tu ressens ça. La famille me permet de rester saine d’esprit, ça me maintient ancré dans le vrai monde au lieu d’être tout le temps musicienne ou quelqu’un sur scène, placée sur un piédestal. C’est bien d’avoir l’équilibre que t’apporte la vie à la maison, comme n’importe qui, tu dois quand même sortir les poubelles tous les jours [rires]. Et j’ai besoin de cet équilibre pour être un peu mieux, c’est bien pour l’être humain, pour n’importe qui, pas seulement moi.

Robert s’était déjà retiré des concerts en 2011 justement pour s’occuper de vos enfants. Est-ce le principal défi que tu affrontes : trouver le juste milieu entre la musique et la famille ?

Oui, je suppose, absolument. Je veux continuer à faire de la musique mais je dois trouver un meilleur équilibre, afin de pouvoir le faire sans me sentir coupable. La musique est trop précieuse pour laisser tomber, je continuerai toujours à en faire mais je dois trouver le bon équilibre, et ceci changera avec le temps ; ce dont j’ai besoin aujourd’hui, il se peut que je n’en ai pas besoin dans cinq ans, car tout le monde sera plus indépendant dans ma famille, ils n’auront probablement plus besoin de beaucoup d’aide. Mais ouais, parfois je passe à côté de plein de choses qui sont importantes pour moi, et c’est quelque chose qu’il faut affronter, et dont il faut être sûr, au lieu de penser après coup « j’aurais dû faire autrement. » C’est quelque chose que je n’ai plus envie de me dire.

« Maintenant tout le monde sait que je vais revenir à Within Temptation, mais à cette époque, je ne le savais pas. Je ne savais pas si je voulais continuer, c’est dire à quel point j’étais malheureuse dans ma vie à l’époque. »

As-tu des regrets à cet égard ?

Oui, j’ai des regrets, parce que les enfants grandissent très vite. La dernière fois, nous avons travaillé avec Xzibit et il avait une jolie phrase : « Tu peux tout acheter, sauf le temps. » Et ceci m’a vraiment permis de réaliser : je ne peux pas racheter le temps perdu lorsque je n’étais pas là. J’étais quand même suffisamment présente mais je n’appréciais pas ces moments de façon consciente autant que je l’aurais voulu après coup, parce que maintenant mes enfants deviennent plus grands et tu ne peux pas remonter le temps. Et là, justement, ils ont apprécié que j’étais à la maison ces quelques dernières années [rires]. Donc nous avons pu rattraper un peu le temps perdu et c’était très sympa. Ça a été très positif pour me remettre sur le droit chemin. Et aussi avec mes parents, je viens de perdre mon père, et je ne sais pas pendant encore combien de temps ma mère sera en vie, et je veux lui accorder suffisamment de temps de qualité avec nous, et moi en particulier. Lorsque je serai plus vieille et que je regarder tout ça avec du recul, je pense que ce sera très important.

Il y a une chanson dans l’album intitulée « Lesson Learned » (« leçon apprise », NdT). Du coup quelles sont les leçons que tu as apprises de tout ça ?

Je pense que c’est aussi l’idée générale de cet album, son essence : si tu aimes quelqu’un, ça te blesse. Aimer signifie s’ouvrir au monde, s’ouvrir à des gens spéciaux, des gens que tu admires, que tu aimes, avec qui tu as grandi, et parfois ça te blesse. Tu ne peux être blessé que si tu aimes quelqu’un, et plus tu aimes quelqu’un, plus de chances tu as que la douleur soit forte. Il y a une phrase dans la chanson « Someone Like You », que j’ai écrite pour mes parents qui ont été ensemble toute leur vie, ils se sont connus très jeunes et étaient les meilleurs amis du monde, et je dis « heavy is our glory » (« lourde est notre gloire », NdT), ce qui veut dire que tu peux vivre une grande amitié ou un grand amour, mais ça vient avec un poids, quand quelque chose tourne mal, si la personne meure, vous vous séparez ou simplement vos vies divergent. Il faut donc vivre et chérir cette relation quand elle est là, car c’est quelque chose de très spécial.

Comme tu l’as mentionné, tu étais si exténuée que tu ne pouvais même plus écrire de musique. La musique étant l’expression de l’âme de l’artiste, était-ce le signe clair que quelque chose était brisé au plus profond de toi ?

Oui, surtout parce que je n’ai jamais vécu sans musique. J’ai toujours pu écrire des chansons, aussi loin que je me souvienne, dès ma plus tendre enfance, dès toute petite, je pouvais facilement trouver l’inspiration pour écrire une chanson, mais là, ça avait complètement disparu. Parce que j’étais dans l’état d’esprit de « il faut que ce soit pour Within Temptation », donc il fallait que ce soit du chant, des mélodies et de la musique imposants et puissants. Au final, quelque chose de complètement différent est sorti, et alors j’ai réalisé que « d’accord, peut-être est-ce le moment de faire autre chose pendant un petit moment, pour voir ce que je vais faire à l’avenir, » sans savoir si oui ou non j’allais revenir à Within Temptation. Maintenant tout le monde sait que je vais revenir à Within Temptation, mais à cette époque, je ne le savais pas. Je ne savais pas si je voulais continuer, c’est dire à quel point j’étais malheureuse dans ma vie à l’époque. Mais faire une pause m’a vraiment permis de réaliser que j’adore les gars dans le groupe et j’adore ce que je fais, j’adore la musique, j’adore être en tournée également, mais j’ai besoin de trouver le bon équilibre. Tant que je pourrais faire ça, je continuerai avec Within Temptation.

Est-ce effrayant quand l’un de tes outils principaux, ton inspiration, ne fonctionne plus ?

Pour moi, faire de la musique c’est comme manger, dormir, respirer, c’est naturel. Donc c’est relativement essentiel. C’est aussi une manière pour moi d’affronter plein de choses, de m’exprimer. C’est comme un peintre qui ne peut plus peindre. C’est pareil. C’est probablement la chose la plus horrible qui puisse t’arriver !

Dirais-tu que, d’une certaine manière, la musique était la cause et la solution à la crise ?

Ouais, je pense que tu l’as très bien dit. C’est complètement ça. J’ai découvert que quelque chose n’allait pas parce que je ne pouvais plus écrire. Et parce que j’ai recommencé à écrire, mais quelque chose de différent, j’ai trouvé la solution pour me remettre dans Within Temptation.

C’est un album très intime et personnel, évidemment. N’est-ce pas intimidant de s’ouvrir d’une telle façon. Ou est-ce en réalité cathartique de sortir tout ce que tu as sur le cœur et le partager ?

Je dois dire que j’ai douté de vouloir sortir ces chansons. Tout n’est pas autobiographique, il faut que je le précise, mais beaucoup de choses le sont et proviennent de ma propre vie. Certaines chansons me sont très précieuses et je dois dire que celles-ci ont été très difficiles à mettre dans l’album. Encore maintenant, quand je les réécoute, ça renvoie à ma façon de voir certaines choses à certains moments de ma vie, et c’est très déstabilisant. C’était un choix difficile de décider si je voulais les présenter, car auquel cas, il faut aussi en parler, et si j’en parle, ça touche à certaines choses douloureuses dans ma vie, et c’est parfois difficile.

« Certaines chansons me sont très précieuses et je dois dire que celles-ci ont été très difficiles à mettre dans l’album. Encore maintenant, quand je les réécoute, ça renvoie à ma façon de voir certaines choses à certains moments de ma vie, et c’est très déstabilisant. »

As-tu l’intention de chanter ces chansons live ? Ce ne sera pas difficile ?

Ouais, je vais chanter ces chansons live, pas avec Within Temptation, évidemment, mais j’ai un autre groupe formé autour de My Indigo. Il est probable que nous jouions dans le futur. Il n’y a pour l’instant qu’un concert de prévu ici en Hollande, car j’avais un showcase prévu avant, il y a deux semaines, et puis mon père est décédé, donc j’ai dû annuler. Donc le quatre juin, je vais jouer cet album à Amsterdam, et ensuite je verrai après que le nouvel album de Within Temptation soit sorti, je reprendrai Indigo, et aussi sortirai de nouvelles chansons à ce moment-là. Ça viendra entre-deux mais ce sera quelque chose que je veux faire près de chez moi. Mais ouais, bien sûr, certaines de ces chansons sont difficiles à chanter pour moi émotionnellement, mais d’un autre côté, j’adore les chansons, comment elles sonnent, les mélodies et tout, et c’est un reflet du passé. D’une certaine façon, c’est difficile mais je pense que ça s’estompera après les avoir joué quelques fois, ça ira, au final.

Sur la pochette, on te voit dans des habits très simples, ce à quoi on n’est pas forcément habitués par rapport aux costumes sophistiqués que tu portes dans Within Temptation, et tu es en pleine nature avec ton chien. Est-ce que cet album te voit te reconnecter à ta vraie nature et la simplicité ?

Tu sais, je ne me ballade pas avec de grandes robes à la maison [petits rires], mais ceux-ci sont le genre d’habits que je porte l’été, et c’est le style que je porte normalement. Donc ça représente un peu qui je suis quand je suis chez moi. Aussi, cette photo a été prise à dix minutes de marche de chez moi, c’est en pleine forêt. C’est un endroit en Hollande où on trouve des dunes de sable avec des arbres. Et le chien est en fait à mon producteur, car je connais ce chien depuis qu’il était un chiot, il a aussi une sœur, et ce chien sur la photo est mort il y a trois mois, malheureusement ; il était déjà assez vieux pour le type de chien qu’il était, mais sa sœur est toujours en vie. Je connais ces chiens depuis qu’ils sont tout petits, donc quand je les vois – ou les voyais, et je vois toujours sa sœur -, ça me donne un peu l’impression de faire partie d’une meute [rires]. J’ai voulu avoir le chien sur la photo parce que j’ai aussi écrit la chanson avec notre producteur, dont c’est le chien, et j’ai un peu l’impression que c’est aussi mon chien, étant donné que je le connais depuis si longtemps ; je voulais que l’image le représente également, d’une certaine façon. C’était sympa, je trouve.

Est-ce que la nature joue un rôle particulier dans ta vie ?

J’aime la nature. Je trouve que c’est un endroit très important où je peux me relaxer et être moi-même. Je fais toujours de longues marches dans la forêt, je le faisais avec mon père… donc c’est un lieu précieux, oui. C’est un lieu où j’ai souvent envie d’aller.

Le projet, l’album et la toute première chanson s’appellent My Indigo. Qu’entends-tu derrière ce nom ?

La chanson représente la clé de voûte de l’album. Lorsque j’ai écrit cette chanson, je savais que c’était tout ce que je voulais exprimer, et aussi c’est là que tout a commencé. C’est probablement la partie principale de l’histoire que je voulais raconter. J’ai appelé le projet My Indigo au lieu de l’appeler par mon propre nom parce que c’est un chapitre particulier et le faire sous le nom de Sharon Den Adel, ça ne me paraissait pas bien, car j’utilise ça principalement pour faire des featurings. Ceci est mon propre projet et je voulais l’appeler My Indigo parce que souvent, quand je parle de gens ou d’une certaine période de ma vie, je vois toujours une certaine couleur, c’est toujours lié à une couleur, et là c’était vraiment une couleur comme l’indigo. Donc je me suis dit « d’accord, ceci est mon indigo » parce que c’est ce que je ressentais.

Comme c’est ta toute première expérience solo, comment as-tu abordé la réalisation de cet album ?

J’ai écrit la plupart des chansons avec Daniel Gibson, mon producteur qui travaille aussi avec Within Temptation, mais aussi avec d’autres gars comme Will Knox ou Martijn Konijnenburg. C’était une bonne chose de laisser d’autres gens entrer dans mon univers, en dehors de Daniel mais aussi Martijn Spierenburg, le claviériste de Within Temptation avec qui je travaille habituellement. En fait, une partie des musiciens qui ont participé à l’album sont un peu venus par accident. Daniel Gibson avait une session de composition avec eux, et il m’a demandé de les rejoindre, genre : « Ça te dirais de venir et composer de la musique avec ces gars ? » Et j’étais là : « Oh, d’accord. Je suis partante, c’est cool. » Il ne les connaissait pas non plus, donc c’était sympa de travailler avec quelqu’un que je connaissais déjà, Daniel, et à la fois aussi avec des gens nouveaux, et apprendre les uns des autres. Chaque session que je fais avec quelqu’un de nouveau, j’apprends de lui et j’en tire quelque chose de nouveau, et j’espère qu’ils apprennent également de moi, et c’est vraiment sympa. Ma collaboration avec ces gars a été très satisfaisante. Mais globalement, cet album est le résultat de diverses façons de travailler. Par exemple, pour certaines chansons, j’ai fait quelque chose que je n’ai jamais fait avant : j’ai d’abord écrit les paroles et ensuite les mélodies. Alors qu’habituellement, pour ma part, les paroles sont écrites pendant que les chansons se composent ou après, quand tu as une idée du feeling de la chanson. Ici le point de départ était plus le son des mots ainsi que les émotions.

« Je sais que beaucoup de gens ne vont peut-être pas aimer le genre de musique que je fais avec mon album solo mais j’avais l’impression de ne pas la faire pour eux, c’est surtout pour moi, pour ma propre manière thérapeutique d’affronter les choses. »

Mais tu sais, tout ceci m’a un peu pris par surprise parce que je n’avais jamais prévu de sortir un album solo. Après un moment j’ai pensé « d’accord, je vais voir où ce chemin me mène, j’y vais et je verrais bien quel est le résultat, » et au bout du compte je suis tombé amoureuse des chansons. Donc j’aurais très bien pu les mettre sur une étagère et les oublier, puis au final continuer avec Within Temptation, mais j’ai pensé : « Je veux partager ceci. » Je trouve que ces chansons ont une certaine beauté et pureté qui font que j’ai voulu les partager. Je sais que beaucoup de gens ne vont peut-être pas aimer le genre de musique que je fais avec mon album solo mais j’avais l’impression de ne pas la faire pour eux, c’est surtout pour moi, pour ma propre manière thérapeutique d’affronter les choses. Donc je suis très contente d’avoir pu faire ça, et tout le monde dans mon entourage, comme le groupe, Robert, tous, m’ont totalement soutenu là-dedans, et c’était vraiment génial. J’espère simplement que les gens l’aimeront, même s’ils n’ont pas tellement l’habitude de ce genre de musique pop de ma part, mais d’un autre côté, c’est ce que je voulais faire pour le moment. Within Temptation va revenir. Nous allons sortir un nouvel album quelque part cette année. Ce sera totalement différent de ce que je fais maintenant [avec My Indigo] mais aussi des précédents albums de Within Temptation. Ce sera à nouveau heavy, bien sûr, énorme et épique mais différemment.

Avec My Indigo, tu explores complètement ton côté pop. Des éléments de pop se sont insinués dans Within Temptation au fil du temps, vous avez même enregistré un album de reprises de chansons pop, et tu n’as jamais caché puiser certaines de tes inspirations dans la pop. Du coup, est-ce qu’avec cet album tu t’assumes pleinement comme un artiste pop, d’une certaine façon ?

Non, je ne crois pas. Comme je l’ai dit : je ne pouvais tout simplement pas écrire de grandes chansons épiques pleines de puissance, et ces chansons sont plus un regard sur ma propre vie, les erreurs que j’ai commises, mais aussi les choses qui me sont arrivées, celles dont je voulais parler et celles que j’avais besoin d’affronter avant de pouvoir continuer à composer pour Within Temptation. C’est donc un exutoire différent. Le metal et le rock, c’est mon cœur et mon âme, mais d’un autre côté, j’ai toujours dit à tout le monde, dans chaque interview, que j’aime toute sorte de musique. Mais ça reste le metal et le rock que j’aime le plus. Je peux énormément apprécier le classique mais aussi le reggae. J’adore écouter du reggae l’été ! Et cette fois j’avais le sentiment que toute la musique que j’avais en moi n’était pas Within Temptation, donc je me suis dit que j’allais voir ce que j’avais d’autre à explorer. Je me suis retrouvé avec d’autres styles de musique que je m’imaginais faire, et c’était vraiment sympa de voir que je pouvais explorer différents types de musique et de styles. D’une autre côté, ça aurait été vraiment étrange si j’avais sorti un album vraiment épique, qui sonne très proche de Within Temptation mais sans l’avoir composé avec le groupe. Ça aurait été fou, car alors, au final, j’aurais tout aussi bien pu le faire avec Within Temptation [petits rires]. Je n’avais pas besoin de faire un album solo juste pour que je puisse prouver que je suis capable de faire la même chose sous un autre nom, ça aurait été dingue. Je crois que si on fait un truc solo, il faut faire quelque chose de totalement différent.

On peut entendre du violon sur « Black Velvet Sun », des cuivres smooth jazz sur « Crash And Burn » et même des soupçons de reggae ou de musique ethnique dans « Indian Summer », ainsi que des traitements électroniques. Et les chansons ont ce sens de l’accroche des années 80 mais modernisé. Cherchais-tu à combiner divers formats et époques de musique pop ?

Ouais, je le pense. J’ai utilisé du reggae jusqu’à des choses classiques d’auteur-compositeur-interprète, et aussi des teintes de pop années 80 et de musique alternative. On entend toutes ces influences des années 80 comme Fleetwood Mac ou un son à la Kate Bush. Pas que j’ai un chant typique mais c’est plus par rapport aux sons qu’ils employaient dans les années 80, j’ai ramené un peu de ça dans certaines chansons, et je l’ai combiné à des choses actuelles, principalement alternatives. Donc ouais, j’ai effectivement essayé de faire le lien entre le passé et présent combinés dans un album. L’idée était juste d’explorer, s’amuser avec la musique et faire l’album le plus polyvalent que j’ai jamais fait, jusqu’à présent. Et tout ça, ce sont des éléments que je ne peux pas utiliser dans Within Temptation. Je ne crois pas qu’on entendra des trucs jazzy dans Within Temptation [petits rires].

Ce sont des choses que j’ai toujours voulu faire mais n’ai jamais eu l’occasion, car c’est un autre type de musique. Je voulais juste écrire ce que je ressentais et faire de mon mieux avec mes émotions. Je ne crois pas que ce soit de la pure « pop », je pense que c’est plus de la pop alternative, car j’ai une perspective différente sur la pop. Ce qui est bien avec ça est que les paroles sont assez sombres, comme elles le sont aussi toujours un peu dans Within Temptation, mais là la musique est plus légère. Et je pense que parfois l’impact est plus fort ainsi que lorsque tu as des paroles lourdes avec de la musique lourde, car parfois ça ne créé pas une magie. Ici, c’était comme s’il y avait un message caché derrière des chansons très reposantes ; c’était une approche différente de celle que j’ai eue par le passé où que j’aurais avec Within Temptation, en l’occurrence.

« Je ne crois pas que ce soit de la pure ‘pop’, je pense que c’est plus de la pop alternative, car j’ai une perspective différente sur la pop. […] Si tu veux passer à la radio aujourd’hui, il faut que ce soit de la pop très sucrée, comme un bonbon, et je ne sais pas faire ce genre de musique, et je ne veux pas faire ce genre de musique. Je veux quelque chose qui ait quand même une vraie histoire à raconter. »

Donc ce n’est pas de la pop qui passera à la radio. Je crois que mes chansons sont plus difficiles à faire passer à la radio, et d’ailleurs ça n’a jamais été l’intention. Car ce n’est pas le genre de pop à la mode actuellement et, comme je l’ai dit, j’emprunte aux années 80, comme Fleetwood Mac, qui évidemment n’est pas un groupe de pop typique. Et j’ai pris de l’inspiration chez des musiciens alternatifs qui ne seraient pas joués à la radio, s’ils sortaient un album aujourd’hui, à l’instar de Fleetwood Mac et Kate Bush. C’est comme Iron Maiden, c’est un groupe énorme, mais ils ne passent pas à la radio. Donc même pour un grand nom, ce n’est pas facile de passer à la radio. Si tu veux passer à la radio aujourd’hui, il faut que ce soit de la pop très sucrée, comme un bonbon, et je ne sais pas faire ce genre de musique, et je ne veux pas faire ce genre de musique. Je veux quelque chose qui ait quand même une vraie histoire à raconter. Bon, parfois, je peux apprécier ce genre de pop sucrée ; si c’est de qualité, j’aime bien, et parfois même les radios jouent des chansons de qualité, heureusement pour tout le monde, mais il y a quand même pas mal de merde aussi [rires].

Steven Wilson, qui est un musicien de musique progressive et a fait l’année dernière un album très inspiré par la pop, nous a raconté qu’il trouvait bien plus dur de composer une chanson de pop qu’une longue chanson progressive. As-tu le même sentiment si on compare à ce que tu fais dans Within Temptation ?

Ecrire des chansons pop est plus difficile parce que c’est un format différent, une autre façon de composer. Mais je n’ai pas considéré ça, et c’est pourquoi mes chansons ne sont pas de la pop typique, je pense, aussi. Mais c’est sûr que c’est une autre façon d’écrire. Mais ça reste quelque chose qui m’est proche, j’aime composer tout type de chansons. J’ai aussi écrit une chanson avec Armin Van Buuren, le DJ hollandais, et c’est devenu un succès. Je pense qu’à la base, il faut juste que ce soit une bonne chanson. Il faut qu’il y ait de la pureté et, à la fois, il faut que ce soit accrocheur, y compris dans notre style de musique, notre musique est aussi très accrocheuse. Même si nous faisons de la musique heavy, nous avons toujours eu ce côté accrocheur dans notre musique, je trouve.

C’était comment en tant que chanteuse de ne pas avoir à te battre pour te faire une place, pour ainsi dire, à travers un mur de guitare et d’orchestrations ? Est-ce que ça t’a permis d’utiliser et explorer ta voix différemment ?

Ouais, ça m’a effectivement donné de l’espace pour essayer différentes choses, et c’était très sympa. J’ai beaucoup apprécié. Je n’ai jamais été aussi polyvalente que sur cet album, parce que je poulais aller dans les très graves, comme les très aigues, et faire des trucs fous. Mais dans Within Temptation, j’essaye aussi d’explorer autant que possible mais, parfois, c’est un peu plus difficile parce qu’il y a un mur de son. Même si j’ai fait de supers lignes mélodiques, on ne les entend pas toujours aussi bien que quand c’est plus vide, et c’est logique, d’une certaine façon.

Lorsqu’un artiste metal s’aventure dans un domaine plus pop, il se fait automatiquement critiqué par la communauté metal. Comment c’était pour toi ? Est-ce que tes fans ont compris ta démarche ?

Je pense que les gens comprennent l’histoire qu’il y a derrière ça, le fait que j’ai vécu des moments difficiles et que c’était vraiment moche à un moment donné. Si tu fais ça pour une autre raison, commerciale ou autre, ils ont moins de perspectives ou accordent moins de compréhension, mais même là, j’estime que tout le monde a le droit de faire ses propres choix dans la vie, quelle que soit la musique ou le changement qu’on veut faire. C’est peut-être étrange de passer du metal et du rock à ce genre de chose, mais comme je l’ai dit, je n’ai jamais caché mes goûts musicaux, j’ai toujours aimé tout type de musique. J’ai aussi toujours dit que le rock et le metal sont mon cœur et mon âme, tout en appréciant d’autres sortes de musiques. Je pense qu’il serait hypocrite de dire que je ne jouerais rien d’autre que du metal et du rock parce que je fais du metal et du rock. Je puise mon inspiration dans tout un tas de styles de musiques différents. J’estime que c’est comme ça qu’on fait des progrès aussi. Si on reste coincé à n’écouter que des vieux groupes du passé, on ne renouvelle pas son inspiration, il n’y a plus aucun nouvel élément à trouver dans notre musique. Je crois qu’il faut écouter de la musique actuelle et combiner ça avec les choses qu’on aime provenant du passé et à ce qu’on a pu faire jusqu’à présent, et alors on progressera.

Au bout du compte, à quel point My Indigo a été thérapeutique pour toi ? Je veux dire, est-ce que tu te sens mieux maintenant que tu as fait cet album ?

Je me sens vraiment mieux, pour plusieurs raisons. J’ai pris plus de temps pour être à la maison et essayer de trouver un meilleur équilibre, donc ça m’a donné un peu d’espace pour affronter les choses. J’ai toujours du chemin à parcourir, ce n’est pas encore totalement terminé, mais je me sens déjà beaucoup mieux. Je suis mieux qu’il y a trois ans. C’est déjà un grand changement.

« Il serait hypocrite de dire que je ne jouerais rien d’autre que du metal et du rock parce que je fais du metal et du rock. Je puise mon inspiration dans tout un tas de styles de musiques différents. J’estime que c’est comme ça qu’on fait des progrès aussi. »

A la fin de l’année, tu vas partir en tournée avec Within Temptation. Est-ce que cette introspection que tu as traversée a changé la façon dont tu vas approcher les tournées ?

Oui. Je vais maintenant tourner sur un maximum de quatorze jours, pas plus, et ensuite revenir à la maison pendant quatorze jours. Nous allons faire ça à chaque fois : quatorze jours dehors, quatorze jours à la maison. Le truc, c’est que tout le monde aime beaucoup revenir à la maison après quatorze jours parce que c’est suffisamment long pour s’amuser et apprécier la vie en tournée, et c’est très bien ensuite d’avoir quatorze jours pour soi et ne pas voir tout le monde pendant encore quatorze jours [rires]. Pas que nous ne nous apprécions pas mais on a besoin de notre propre espace. Aujourd’hui, tout le monde a des enfants, donc tout le monde a une famille, tout le monde a des parents qui vieillissent, tout le monde a besoin de passer du temps de qualité avec tous les gens qu’ils ont dans leur vie. Donc c’est un meilleur équilibre pour tout le monde. Je vais toujours faire la même quantité de concerts, comme avant, mais je vais morceler un peu plus tout ça. Ça va coûter bien plus d’argent parce qu’il faut rentrer à la maison et ce genre de choses, mais ça n’a pas d’importance. Nous adorons ce que nous faisons et tant que nous pouvons continuer en fonctionnant ainsi, alors nous avons notre solution au problème, d’une certaine façon, et je peux quand même être chez moi et faire les choses que je dois faire et qui sont importantes, et être là pour les anniversaires et ce genre de trucs. Je pense que c’est la meilleure solution. Je suis contente que nous ayons trouvé une autre façon de gérer ça.

Penses-tu que les gens, surtout les fans, ne se rendent parfois pas compte de la difficulté de la vie d’un musicien sur la route ?

Non, je ne pense pas que les gens réalisent. Je crois qu’il faut le faire pour connaitre ce que c’est, d’une certaine façon. C’est aussi la pression d’être constamment sous le feu des projecteurs. J’ai choisi d’être là, ce n’est pas comme si je me plaignais ou quoi. Il y a une certaine fierté à être tout le temps sur scène, à jouer au plus haut niveau. Tu adores ce que tu fais mais à la fois, il faut le faire dans… Evidemment, il y a le genre de soir où tu n’as pas été aussi bon que tu l’aurais voulu, ça peut arriver, mais ça te fait te sentir très mal parce que tu veux tout donner, car tout le monde a payé sa place et tu veux offrir la meilleur prestation possible. C’est toujours ton intention mais parfois tu n’as pas l’impression d’avoir pu te donner à cent pour cent parce que tu ne te sentais pas bien, ou quelque chose s’est passé, etc. C’est quelque chose à laquelle il faut faire face. Aussi, le fait d’être constamment sur la route pendant que des choses se passent à la maison et tu ne peux rien faire, quelqu’un tombe malade et tu voudrais aider et tu ne peux pas être là, c’est dur. Mais Within Temptation, le groupe et l’équipe autour, c’est aussi une famille. Nous connaissons tout le monde depuis tellement longtemps maintenant, et ça aussi je le chéri. Donc c’est une question de trouver l’équilibre entre ces deux vies.

Tu as évoqué plus tôt le prochain album de Within Temptation. Crois-tu que ton expérience avec My Indigo pourrait avoir un impact dessus ?

J’ai beaucoup appris de My Indigo, bien sûr, et j’emporte ça avec moi dans Within Temptation. Pas les trucs pop mais comment écrire différents types de mélodies, ainsi qu’au niveau production ; j’ai beaucoup appris à ce niveau. Donc de ce projet My Indigo j’ai appris des choses pour Within Temptation. C’est plus que nous voulons rester au sommet de notre art en… Un changement peut seulement subvenir quand on s’ouvre à de nouvelles choses. Ce que nous avons toujours fait, c’est écouter tout type de musique et prendre de nouveaux éléments que nous entendons dans la musique qui est vivante dans cette période, et nous prenons ça avec nous pour le nouvel album. Lorsque j’ai écrit « In And Out Of Love » avec Armin Van Buuren, c’était de la trance/dance/musique de DJ, et après ça j’ai écrit « Sinéad ». Donc ce sont des influences que tu emportes avec toi. Et là aussi je vais prendre des influences pour le prochain album, même si je ne pense pas qu’on entendra beaucoup de choses de ce que j’ai fait avec My Indigo sur le prochain album [petits rires], ce sera plus dans la façon de voir la composition.

Tu as dit que ce sera un album heavy : est-ce que ce sera un album heavy comme Hydra l’était ?

Oui et non. Ce sera un mélange de The Unforgiving et Hydra, je pense, d’une certaine façon, et avec quelque chose de nouveau en plus [rires], que nous n’avons jamais fait avant.

Quel est plan de sortie ?

Nous ne savons pas encore parce que nous sommes encore en train d’enregistrer, nous n’avons pas encore de date, ni de nom pour l’album. Nous sommes presque à mi-chemin des enregistrements. C’est tout ce que je peux dire parce que je n’en sais moi-même pas plus ! Je suis encore en train d’écrire les paroles et tout. Les démos sont faites mais maintenant nous sommes en train de l’enregistrer et finaliser la production et ce genre de choses. Ça va prendre un peu de temps, nous voulons faire ça bien et aussi, nous voulons faire quelques vidéos pendant l’été, donc nous verrons jusqu’où nous pourrons aller. Autrement, nous finirons tout après l’été et quelque part cette année il y aura un nouvel album qui sortira.

Interview réalisée par téléphone le 26 avril 2018 par Nicolas Gricourt.
Transcription & traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de My Indigo : www.my-indigo.com.

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  • Les chansons sont splendides les textes très fort en émotions et la musique juste magnifique merci pour cette article et continuer à nous informer merci à vous tous

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  • Verdier Roselyne dit :

    je trouve que de faire ce genre d’interview est surement très difficile moralement et c’est très courageux de la part de Sharon.Je pense que beaucoup de fans vont apprécier et continueront de la soutenir dans son projet de solo et également dans le projet avec Within Temptation . Merci a elle.

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