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My Opinion Sucks   

My Opinion Sucks : Matthieu Kleiber explique comment bien choisir son melon


My Opinion Sucks – 21 septembre 2010 : Le Melon

NDLR : aussi disponible sur youtube

Salut les métalleux aguerris, salut les petits clous de la dernière averse, les headbangers exaltés, salut aux gothiques convulsifs et black métalleux frénétiques, cette nouvelle chronique « My Opinion Sucks » se revendique comme la satire pseudo-humoristique du rock n’roll, une critique modérément drôlatique de l’envers du décor, un pamphlet cynique de l’univers de l’underground métallique… qui n’en doutons pas, vous amènera à sourire avec sadisme… parfois, ou à sautiller d’une rage grotesque et Louisdefunesque devant votre poste… souvent. Car tel est l’office de la contre-culture : emmerder la majorité suffisante au profit d’une minorité accablée. Cette contre-culture à laquelle vous affichez tous votre appartenance par votre présence apparemment volontaire sur ces ondes troubles, mais qu’une partie d’entre vous aimerait livrer à l’immobilisme le plus complet, avec la même dévotion qu’un Pape qui condamnerait l’usage du préservatif, avec la même ardeur qu’un Roi de la Pop qui refuserait de vieillir.

Il y a tant à dire sur le métal! J’en salive! Par quoi commencer? Drogue? Clichés? Labels? Groupies? Festivals d’été? Ingénieurs son? Presse spécialisée? Me voilà comme un gosse à Disneyland, comme Marc Dutroux dans une cour de récréation, comme une adolescente nymphomane dans une cave de banlieue… Eh bien, ce premier épisode de « My Opinion Sucks » abordera le thème du « Melon ». Précisons que cette chronique n’est pas politisée et encore moins extrémiste… je fais évidemment référence au melon bien connu des métalleux, celui qu’on attrape sans bien savoir pourquoi. Ainsi, il est temps de me présenter : je suis Matt Kleiber, créateur devant l’éternel et leader incontesté du groupe de métal français Karelia qui connait un succès universel stupéfiant comme personne ne saurait l’ignorer, qui a livré au monde trois chefs d’œuvre musicaux inattaquables de qualité, qui a su s’ouvrir les portes d’une gloire intemporelle au prix d’un talent qui ne souffre aucune controverse, et qui, très accessoirement, offre au groupe Scorpions le privilège de bien daigner ouvrir chacun de leurs concerts par un show prodigieux dans l’hexagone depuis bientôt trois ans. Voilà. Cette brève démonstration de moi-même pour illustrer le principe du melon….

L’idée du thème d’aujourd’hui m’est arrivée comme une envie de chier, au gré de mes rencontres incongrues avec de nombreuses superstars du garage parental. Voici la dernière: nous sommes dans un bar résolument Rock n’roll comme on n’en fait plus, à Colmar, par un soir d’été 2010 et je sirote au comptoir un cocktail hasardeux nommé «Cocaïne liquide», à défaut d’être solide moi-même. Alors que, ce soir, la vie de la ménagère hors de ces 100 mètres carrés de paradis rock-éthylique, est rythmée par le match de Coupe du Monde de nos myopathes trichromosomiques nationaux, qui ont dû prendre leur branlée habituelle à en juger par l’absence équivoque de klaxons guillerets dans les rues alentour. A côté de moi arrive un jeune homme bien mis, qui m’avoue être fan de la première heure de Karelia, comme tous ces fans de la première heure que j’aurais beaucoup aimé voir à la première heure…. Il me pose des questions de saine curiosité, questions du type «et il est sympa Michel Drucker?» à appliquer aux Scorpions en l’occurrence. Pour insuffler un peu de réciprocité bienveillante à cette discussion de café, je lui demande s’il fait de la musique… réponse positive. «Je fais du death metal, je suis le guitariste de Devil Rollmops» (j’ai oublié le nom du groupe donc partons là-dessus) me dit-il, le torse bombé, le regard fier, tout en pointant d’un doigt orgueilleux l’affiche de papier format A4 noir et blanc scotchée sur un pilier du bar de zinc, annonçant le concert de la fête de la musique dans ce même bistrot… sur laquelle les Devil Rollmops figuraient en ouverture de « Vaginal Purulence » et de « Pain beyond the Rectum », autres illustres inconnus au bataillon local de cette petite ville paisible de 60000 habitants. Habitué depuis des années au spectacle de la parade amoureuse du métalleux mâle, qui aime à exhiber ses plus belles plumes de réussite, je reste campé dans ma saine cordialité débonnaire et j’exprime un étonnement admiratif… mais la phrase choc est à venir: «On a fait une démo qui déchire tout, et on commence à devenir vraiment connus dans les pays de l’Est» ….

Le MELON… dans toute sa splendeur triomphale et masturbatoire. La vanité pure à base de concentré de rien du tout. A ce moment précis, déconnexion totale entre ma pensée et ma posture de façade: Ma posture: «ah ouais vraiment? Félicitations!» accompagné d’un léger sourire complaisant et d’un regard affable que je plante avec opportunisme sur l’étincelant «Devil Rollmops» de l’affiche artisanale, afin d’éviter de croiser son regard flamboyant de réussite fantasmée avec le mien, incrédule et lassé. Ma pensée: espèce de blaireau ultime, infâme connard boursouflé de suffisance. «Connu dans les pays de l’Est». Qui peut prétendre au dixième de ce que tu viens de me baver sans vergogne en pleine face? Tu veux sûrement dire par là que tu as négocié au tavernier d’un gourbi à putes de la banlieue de Varsovie une vodka gratuite contre un concert exceptionnel entre l’entrée et les chiottes devant douze autochtones biturés qui ont mécaniquement secoué la tête au rythme de tes Plic-ploc de double pédale et des Bzz-bzz de détresse incompréhensible de ton Valvestate 100w en sursis, qui semble supplier qu’un technicien Marshall passe par là pour lui régler son gain, ses graves et ses aigus flanqués mécaniquement sur 10 depuis sa sortie du magasin.

Comment? Réaction violente, arrogante? Pour qui je me prends, moi, à cracher avec mépris sur un collègue musicien qui se plaît à croire que son heure de gloire est arrivée… et même si l’idée relève du pur fantasme? Précisément: je ne me prends pas pour grand chose dans le paysage. Mais penchons nous avec une objectivité obligatoire sur le petit monde du métal : la plupart des fans ne peuvent résister à la tentation viscérale de choper une guitare ou un micro dans le coin d’un grenier poussiéreux pour y gueuler, au choix, leur dégoût rageur de l’église, de la politique, des Quick n’Toast, de leurs parents qui craignent… et ca, c’est simplement génial : ça s’appelle de l’art. Tout le monde a le droit d’en faire lui-même.

Dans l’univers du métal français cependant, ca créé un résultat étrange : il se trouve la même quantité de musiciens… que d’auditeurs! On arrive donc mathématiquement à un public espéré de 1 auditeur par musicien. Ainsi, pour schématiser, chaque métalleux français doit être fan de lui-même pour garder 100% de son public. Et, si par hasard, vous bénéficiez en plus du soutien de Tata Simone, de votre pote de CM2, ou encore de votre gonzesse qui vous appuie à mort (que vous choisissiez comme passion le tuning de 306 TurboD ou la Six-cordes… pareil, elle vous aime) et que ce petit monde compatissant profite de votre prestation à la fête de la musique pour vous dire « Dis donc hé, mais c’est sympa ce que tu fais! », il convient juste de se rendre compte que toutes les Tatas Simones, et tous les potes de CM2 ont dit la même chose au même moment à ton voisin de trottoir, et dans toutes les villes de France. Et il n’y a pas de quoi en rougir : c’est grisant, formidable, enivrant que de pouvoir balancer sa propre musique à des inconnus, qu’elle soit bonne ou mauvaise… Il convient juste de savoir que dans le métal (et français tout spécialement) le chemin de la gloire et de la célébrité n’est pas long et parsemé d’embûches… il est simplement inexistant. Qu’on se le dise, le métalleux est rarement récompensé en ego, peu rétribué en oseille… seule compte la passion. Et c’est ce qui fait de nous autres, peuple du rock n’roll, une communauté à part, en marge de l’univers dominant du paraître et bien lointaine des réussites acidulées de grognasses pop-starisées.

Ainsi, le prochain blaireau congénital que je chope en flagrant délit d’auto-flatterie ostensible de diva hollywoodienne, simplement parce qu’il a sa trogne sur un quart de page en papier glacé de Rock Hard Magazine, parce qu’il a fait une première partie d’Opeth, ou parce que sa loge est plus grande que celle du groupe qui joue en premier … je lui fais la gueule à Ribéry, histoire qu’il puisse vraiment se targuer de ressembler à une célébrité.



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  • Léopard Sourd dit :

    Ah mais !!! ça vaut vraiment le coup de réécouter plusieurs fois !!! l’intro de ta chronique est carrément mortel !!
    On voit bien qu’il y a du vécu !! j’adore ta répartie !! tu es excellent !!
    J’en connais quelques uns, de ces spécimens, dans mon entourage !! suffisants, imbus de leur personne !!!
    En attendant, je me suis bien amusée en te réécoutant, Matt, tout comme la première fois, d’ailleurs !!
    Merci, Matt, toi au moins, on sait que jamais tu ne le prendras, le melon !!
    Bisous bisous, je t’adore ; »)

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  • tout simplement jouissif !
    merci !!!
    et…encore, encore 🙂

    [Reply]

    mumu jbg

    merci !!
    c’est tellement pertinent et bien écrit !
    je vais avoir le sourire toute la journée grâce à toi !

  • J’ai aussi apprécié le coté Desprogiens (que l’on avait maleureusement perdu sur RM avec le cracheur de feu), en tout cas la plume et les thèmes feront bien des fans au sein de notre communauté, je le sent!
    Vivement Mardi!

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  • Hello merci beaucoup à tous, mardi dans dix jours émission consacrée au reportage TF1 sur le Hellfest, intitulé « la guerre des mondes » … reportage qui déjà au naturel, valait des points!
    Que le métal s’étale dans vos futals
    Matt

    [Reply]

    Margoth/RM

    … Qui est absolument énorme! Quand Metalo l’a passé au studio, j’étais pétée de rire. Et le pire… Même si j’ai trouvé ça vachement bien foutu comme reportage (en prenant compte que c’est TF1 je parle), je reconnais une once de vrai (et même carrémenent dans le vrai dans le plus aberrant pour nous metalleux). Tu réussis bien ton pari, à savoir dénoncer avec humour et second degré, bravo à toi ^^

  • C’est beau. Je veux la suite!

    PS: j’ai jamais bien compris pourquoi c’était tellement « impossible » pour les frenchies… je sais bien que y’a un millier de raisons, mais merde pourquoi les allemands et les suèdois plutôt que nous? (vous avez 4 heures)

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  • Helas oui, il y en a des tas des mecs qui se forgent un égo surdimentionné uniquement parce que leur groupe a fait 4 concerts pas trop mal avec des tetes d’affiches, et encore parce que c’était leurs copains qui organisaient.

    Bref, la musique c’est pas un concours de qui a la plus grosse bite.

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  • Dimebag Darrell dit :

    Enorme !

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  • Vraiment super sa me rapelle des souvenirs (même si c’est osé de se venter d’avoir fait 3 ans d’accompagnement de retraités) ce genre d’idiot ne conaissant pas la modestie devraient sa calmer.
    merci tout de même bon ce moment de rigolade.

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  • Yeah! 🙂 C’est bien bon tout ça.

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  • Tout simplement génialisime! Merci à toi Matt pour ce petit moment de rire 😀

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  • mais c’est foutrement drole dites moi !

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    Flo

    Je me suis fait la meme reflexion a l’ecoute…

  • Tout simplement génial, merci beaucoup Matthieu pour ce petit moment de bonheur. *o*

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