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Interview   

My Own Private Alaska : la sensibilité et l’engagement


« Donne-moi juste une seule bonne raison de vivre… je t’en donnerai trois pour mourir » écrivait le groupe Life Of Agony dans ‘My Eyes’, un morceau extrait de l’incontournable album-concept qu’est River Runs Red. Un disque plein de brutalité musicale et de finesse dans le message où l’une des thématiques centrales est le suicide.

Savoir écrire sur la mort, le désespoir et la souffrance n’est d’ailleurs pas une chose aisée. En effet, il faut être capable de savoir de quoi on parle et seuls des génies doués d’une imagination sans bornes peuvent parvenir à envisager les émotions réelles qu’une personne en perdition peut ressentir. Et encore, le peuvent-ils vraiment ? Car mis à part l’expérience des situations, concernant les autres aussi bien que soi-même, comment un être humain peut-il tenir un discours juste sur la tristesse, la mélancolie ou la peur sans n’avoir jamais ressenti au plus profond de son être ces mêmes sentiments ?

Des artistes comme Life Of Agony, Type O Negative, Sentenced et bien d’autres parviennent à toucher nos âmes parce que leurs musiques et leurs sensibilités artistiques, en l’occurrence souvent sombres, sont le reflet de ce qui peut se passer dans nos têtes et dans nos cœurs. Dans l’océan musical, ces groupes sont (à l’instar de tous les artistes capables de nous faire vibrer) des étincelles, des rappels à l’ordre, des signaux corporels et psychologiques qui resteront pour beaucoup d’entre nous une bouée de sauvetage, quelque chose qui a du sens et dont on a besoin.

La musique ne se résume pas à quelques notes que l’on entend d’une oreille distraite mais c’est bel et bien un fluide nécessaire qui peut nous sauver au sens figuré comme au sens propre. Elle a cette capacité d’exorciser nos maux et, comme toutes formes d’art, c’est en cela que son message est éminemment positif.

My Own Private Alaska s’engage contre le suicide des jeunes à travers le prisme musical et nous explique pourquoi en répondant à trois questions. Le groupe évoque son engagement et parle de l’importance de la musique en tant que thérapie avec beaucoup de sensibilité. Cet entretien a été réalisé par courriel avec Milka (chant) car MOPA rentre juste d’une tournée en Chine et a d’ailleurs répondu à nos sollicitations depuis son camion qui avançait entre Novossibirsk et Tomsk, soit en pleine Sibérie !

Voici le communiqué initial que nous avions reçu :

« MOPA s’engage dans la prévention du suicide chez les jeunes en collaboration avec l’UNPS (Union Nationale pour la Prévention du Suicide), une façon pour le groupe d’aller au bout de son idée de musique utile et thérapeutique. Intimement et personnellement concernés par le sujet, les membres de MOPA sont selon les professionnels œuvrant dans le médico-social, une preuve par l’exemple.

Les difficultés personnelles ne doivent en jamais entamer des perspectives heureuses. Chaque musique émotionnellement riche peut apporter à autrui un coup de pouce, une aide, une lumière sur sa vie. Les musiciens de MOPA l’ont vécu par le passé en écoutant d’autres artistes. Ils se tournent aujourd’hui vers le futur en tant qu’acteurs de ces vecteurs d’espoir.

L’idée fondatrice du projet est d’utiliser la musique, média populaire et fédérateur chez les jeunes (statistiquement très touchés par le suicide) pour communiquer auprès d’eux. Le but est de montrer qu’on peut rebondir sur les événements les plus difficiles, et transformer le négatif en positif. »

Plusieurs actions vont en conséquence être effectuées par le groupe.

La moitié du nouveau disque de MOPA sera ainsi écrit par des jeunes dans le mal-être à partir des textes envoyés par les auditeurs du combo mais aussi par les utilisateurs des associations membres de l’UNPS (La Porte Ouverte, SOS Amitié…). Le public peut donc adresser au groupe ses textes et témoignages à l’adresse suivante : actionmopa[at]jerkov.net. En outre, des conférences sur le suicide avec les membres de MOPA verront prochainement le jour et une communication dédiée à la prévention du suicide est également prévue via les concerts du groupe. En outre, vous pouvez soutenir l’initiative de MOPA en envoyant vos dons via PayPal à l’adresse susmentionnée.

Tout cela méritait bien une interview du groupe qui s’est exprimé par la voix de son chanteur, Milka.

Radio Metal : MOPA s’engage dans la prévention du suicide chez les jeunes en collaboration avec l’UNPS : pourquoi ce choix ?

Milka (chant) : Nous avons reçu tellement de témoignages sur l’effet que produisait notre musique sur nos auditeurs que nous avons réfléchi là-dessus. MOPA, en fait la musique de MOPA, a sur eux l’effet que pouvait avoir celle de Tool, de Life Of Agony, de Noir Désir, sur nous-mêmes. A savoir une musique qui t’est utile dans ta vie. Pas seulement une musique que tu apprécies, qui te fait bouger, ou que tu trouves juste jolie. Ces musiques ont sur nous l’effet d’accompagnateur de vie, voire de tuteur inconscient. Je me rappelle des textes de Jacques Brel ou de Keith Caputo (ndlr : chanteur de Life Of Agony) qui m’ont foncièrement aidé à sortir de passes difficiles. Le schéma se recrée avec MOPA et nous voulions donner quelque chose de concret à cette réalité. S’engager pour une cause afin de savoir plus que jamais que notre musique n’est pas utile qu’à nous-mêmes.

La musique est souvent considérée comme un exutoire mais pas vraiment comme une réelle thérapie. Penses-tu que la musique puisse contribuer à guérir l’âme ? Et si oui peux-tu développer cette idée ?

Assurément, du coup, la musique est un outil pour guérir l’âme. Elle ne la guérit pas directement. La musique peut donner des voies salvatrices à notre cerveau. Le fait d’exprimer une musique violente n’est en rien contradictoire. Quand on est mal, on cherche à trouver dans l’art d’autres exemples de cette tourmente, comme pour se dire inconsciemment : je ne suis pas tout seul. Quand on est dépressif, on ne va pas chercher à écouter La Compagnie Créole ou Patrick Sébastien. Ça ne nous fait pas rire, ou si peu. L’expression ultime d’une émotion artistique est donc une empreinte à laquelle s’accrocher pour ancrer son mal-être, et je dirais, ne pas le faire déborder sur des versants plus dramatiques.

Le communiqué que nous avons reçu met en avant le fait que MOPA est « intimement et personnellement concernés par le sujet » du suicide. Avez-vous en effet dû affronter cette terrible épreuve personnellement et, que la réponse soit positive ou négative, quel message avez-vous envie de délivrer sur le sujet aux jeunes qui nous lisent ?

Par pudeur, je ne répondrai que sur le message que nous voulons transmettre. La dépression n’est pas une fatalité, on peut sortir des antidépresseurs, et c’est dur à dire, mais il n’est rien dont l’âme humaine ne puisse se relever. Il faut faire confiance à la vie et croire en son destin, même s’il a été noirci voire saccagé. La solution est dans l’ouverture, pas le repli. Si deux personnes écoutent MOPA, elles peuvent en parler ensemble. Elles peuvent d’ailleurs parler de n’importe quel groupe, nous sommes des milliers à devoir générer ce type de solutions, je pense. La solution est dans la main tendue. Celle que l’on va tendre, pour accepter de dire : « ça ne va pas bien, aidez-moi », sans honte, ou celle qu’on va attraper, de celui ou celle qui est mal, ou pire, et pour qui on peut devenir cette aide, cette épaule, cette paire d’oreilles qui va écouter. La solution est dans l’échange, le partage, l’investissement dans un projet, même infime, même insignifiant. Le début de la sortie du tunnel est là.

Interview réalisée par mail la semaine du lundi 26 septembre 2011
MySpace My Own Private Alaska : myspace.com/myownprivatealaska



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  • Pour ma part, j’ai été subjugué par leur prestation live. D’une intensité émotionnelle incroyable. Touchant, simple et magnifique.

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