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Chronique   

My Sleeping Karma – Atma


Pas moins de sept ans ont déferlé entre les doigts du quatuor allemand My Sleeping Karma depuis le précédent album studio, Moksha. Près du tiers de leur déjà longue carrière, menée de front avec un line-up inchangé ; sept années marquées par les événements récents que l’on ne connaît que trop, en plus d’épreuves plus personnelles dont les détails n’appartiennent qu’à eux. Le travail sur Atma a pourtant débuté dès 2017, mais les difficultés étaient telles que les membres ont même, un temps, craint que leur aventure musicale ne s’arrête pour de bon. Cette sortie est pour eux une forme de soulagement, la cristallisation d’une entité dont il n’était pas donné d’avance qu’elle verrait le jour, et peu leur importe, au fond, que le succès soit au rendez-vous ou non : cela ne représentera que du bonus.

Le titre de l’album fait référence au « soi », à l’essence de notre esprit, perçue comme indestructible, éternelle – un concept souvent empaqueté dans le terme « âme ». Peut-être le groupe souhaite-t-il par ce biais célébrer la capacité de résilience dont il a finalement pu faire preuve, mais on peut également y voir une revendication des caractéristiques planantes, presque transcendantales, de leur musique. Les mélodies sont ici généralement classieuses mais aussi un peu menaçantes : tout semble vulnérable et nous renvoie à nos propres faiblesses. Chaque piste est une tapisserie brodée, qui révèle des arabesques de manière presque fractale lorsqu’on y colle l’oreille. Cela peut sembler étrange de parler de souci du détail pour une musique qui s’appuie autant sur des motifs et sur leur répétition (et le fait de les revisiter), et pourtant… Même les parties les plus minimalistes (intro de « Prema ») ont fait l’objet d’une grande attention. Le moindre arpège résonne aux quatre coins de la pièce, sans pour autant que l’on puisse y déceler le moindre trop-plein d’effets, et la production met en évidence le caractère vibratoire des instruments, guidant les ondes jusqu’au plus profond de notre corps. De sobres mais efficaces roulements de batterie jalonnent le tout et rompent la monotonie (« Pralaya »). Sur « Mukti », certains passages revêtent un costume de musique électronique à la Carbon Based Lifeforms, entre les vagues de riffs. Atma peut en définitive tout autant s’apprécier en se laissant flotter qu’en donnant de grands coups de tête comme si l’on avait affaire à quelque chose d’infiniment plus brutal que cet album ne l’est vraiment. Une musique, en somme, à la fois ambiante et entraînante.

My Sleeping Karma nous perd (et c’est ici un compliment) sans que les motifs proposés évoluent outre mesure ; les membres opèrent plutôt des ajouts progressifs de composantes. On peut voir dans ces répétitions et autres retours en arrière une représentation du fait qu’il faut persévérer, s’y reprendre à plusieurs fois, pour triompher d’obstacles – des obstacles qui résident bien souvent en nous-mêmes. Chaque tentative est plus assurée, plus incisive que la précédente. Les guitares se muent en outils propres à disséquer l’esprit des artistes comme celui de leur public. Nous avons ici, peut-être même plus que par le passé, un cousin éloigné de Monkey3 avec davantage de mystique. My Sleeping Karma revendique ainsi un caractère hypnotique plutôt que de tout miser sur le psychédélisme.

Les images qui viennent en tête tendent à échapper aux dimensions physiques : plus que des paysages, on perçoit des décors peints au moyen de lumière et d’énergie. Un peu comme ces civilisations qui, dans certaines œuvres de science-fiction, quittent le plan matériel au crépuscule de leur longue évolution pour atteindre un état supérieur, par « sublimation », trouvant refuge dans les replis de dimensions invisibles aux implications inextricables. À ce titre, les claviers font parfois très « Rencontres du troisième type » (« Ananda »)… Atma se passe cependant de psalmodies ésotériques telles que Moksha ou Satya nous donnaient à entendre. On peut bien entendu toujours jouer à chercher en ces airs des influences orientales et autres images exotiques, mais rien ne nous y oblige ; ces aspects ne représentent nullement la clef de voûte de l’album.

Atma reprend suffisamment l’existant pour appâter son auditoire, et y applique quelques particularités stylistiques (avec une passion flagrante, quoique moins de fougue que sur Moksha) pour en faire quelque chose de, sinon complètement nouveau, au moins intéressant. Il est cependant indéniable que les contraintes ont rendu cet album un peu plus rigide – ou disons plutôt « sage » – que ses prédécesseurs, bien qu’il cherche, et réussit dans une certaine mesure, à ratisser large. Même si, aux yeux du groupe, Atma est son œuvre la plus sombre à ce jour, inspirée et marquée par « la mort, la peur et la maladie », elle délivre une quantité non négligeable de beauté et d’espoir. Espérons maintenant que cette sortie entérinera en cette formation la stabilité qu’elle a bien failli perdre lors de cette longue gestation.

Clip vidéo de la chanson « Mukti » :

Clip vidéo de la chanson « Prema » :

Album Atma, sortie le 22 juillet 2022 via Napalm Records. Disponible à l’achat ici



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