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Live Report   

My Sleeping Karma et Colour Haze ont fait planer Paris


Quoi de mieux pour terminer un week-end en douceur que de s’offrir un petit voyage dans les cimes grâce à deux trips aériens et hallucinatoires en plein quartier de Pigalle ? Et de quoi planer, il y en avait, ce dimanche soir, au Divan Du Monde.

On ne parle évidemment pas d’une quelconque substance illicite, mais de deux groupes aux vertus encore plus euphoriques et psychotropes que n’importe quelle dérivé lysergique. My Sleeping Karma et Colour Haze, deux visions différentes et complémentaires du psychédélisme musical, ou comment faire perdurer cet esprit hippie apparu dans les années 70, qu’on eut crû bien révolu, sauf pour une poignée de nostalgiques et qui, force est de constater, revient en force dans divers segments musicaux en vogue en 2013.

Le succès actuel du stoner permet à toute une nouvelle génération de s’intéresser à ses deux groupes d’Outre-Rhin. Si My Sleeping Karma, par des procédés tels que des projections vidéos ou l’utilisation de nappes électroniques s’inscrit dans une vision résolument moderne du stoner psychédélique aux relents orientaux, Colour Haze, lui, joue un revival scénique minimaliste des 70’s et s’applique à faire revivre une vibration musicale à travers des compositions progressives, capables de vous renvoyer tout droit à Woodstock.

Artistes : Colour HazeMy Sleeping Karma
Date : 29 septembre 2013
Salle : Divan du Monde
Ville : Paris

Le public parisien est bel et bien présent pour s’envoyer en l’air avec les Allemands ce dimanche soir, car le Divan Du Monde affiche presque complet. My Sleeping Karma, que l’on avait déjà eu l’occasion de voir cette année connaître un succès conséquent auprès du public français dans la Valley du Hellfest, a cette fois-ci sorti de quoi plonger encore plus l’audience dans son univers : trois écrans géants ornent ainsi le joli cadre du Divan Du Monde et diffusent des images évoquant tour à tour la religion hindoue, la nature ou des motifs abstraits. Ouvrez vos shakras, les Allemands ouvrent les débats avec « Pachyclada » extrait de leur dernier album Soma, sorti en 2012, qui constituera près de la moitié de leur setlist (trois titres sur sept) et qui ravit d’entrée les spectateurs. Eh oui, on constate très vite que beaucoup sont venus avant tout pour My Sleeping Karma et montrent un enthousiasme débordant à leur égard. La foule est vite hypnotisée par les notes aux sonorités orientales de l’imposant guitariste Seppi, que l’on croirait plutôt sorti d’un groupe de hardcore new-yorkais ou de la fête de la bière à Munich, avec son imposante carrure et ses tatouages.

Mais Seppi a un toucher sur sa guitare incroyablement délicat, fait décoller tout en douceur avec ses simples mélodies répétées quasi à l’infini, et qui montent peu à peu en y incorporant à chaque fois un élément nouveau pour atteindre des sphères saturées en pleine extase émotionnelle. Impossible dans ce voyage de ne pas penser à Tool, dans la manière qu’on les Allemands à faire monter cette vibration, la faire passer par divers états pour la rendre toujours plus présente, de quelques notes de guitares au départ à une explosion rythmique et mélodique du quatuor. Dès les premières notes du tonique « Ephedra » ou de l’introduction de l’intense « Ahimsa », extrait de Satya de 2008, le public parisien est transporté, acclame sans retenue à chaque break, et ne veut surtout pas que la magie s’arrête aussi tôt. Il en redemande donc encore et encore, mais Matte le bassiste, dans un français approximatif mais plein de conviction, s’excuse de ne pas prolonger plus longtemps l’extase, car après tout il y a Colour Haze ensuite, ce que beaucoup semblent avoir oublié ! C’est donc après l’un des morceaux les plus riches de Tri (2010), « Tamas », et un dernier extrait de Soma, l’ultime « Psylocibe » que s’arrête ce voyage d’une incroyable intensité rock, la bande originale psychédélique d’un formidable voyage intérieur.

Setlist de My Sleeping Karma :

Pachyclada
23 Enigma
Ephedra
Glow 11
Ahimsa
Tamas
Psylocybe

Comment Colour Haze va-t-il réussir à capter de nouveau l’attention d’un public parti si haut ? D’autant plus que le set de la seconde bande germanique de la soirée démarre avec quelques ennuis techniques, le guitariste Stefan Koglek n’hésitant pas à faire ses réglages en début de show, changeant de tête d’ampli en en branchant lui-même une nouvelle…

Changement total d’ambiance, le choc est un peu rude après le propos plutôt moderne et dynamique des My Sleeping Karma. Là, c’est bien une immersion totale dans un monde d’il y a quarante ans environ que l’on propose au public parisien. Et un plongeon qui va se faire par l’intermédiaire d’un titre de près de vingt minutes d’entrée ! Bienvenue dans le monde de Colour Haze où l’on prend (beaucoup) le temps d’aller là où on veut emmener l’auditeur, dans un psychédélisme ultra progressif pour le coup. Ce « She Said » introducteur est donc privé de la partie de piano qui est présente sur l’album, ce qui est dommageable pour le titre, et donc également de la guitare au début, puisque Koglek est parti régler sa tête d’ampli. Mais en même temps, sur un titre de vingt minutes, il aurait peut-être même eu le temps de passer au petit coin… On s’égare, mais l’idée est là : commencer un concert avec un titre aussi pachydermique n’est peut-être pas le plus évident. Mais passons à la suite, car on a droit à un « Moon » extrait de l’excellent opus All de 2008, qui a lui un potentiel Rock efficace évident et qui permet au public de vraiment rentrer dans le concert, avec la belle voix aiguë de Stefan Koglek sur ce titre énergique et rentre-dedans.

On continue sur l’album All, avec le plus progressif « Lights » qui met du temps à démarrer, mais le public parisien accorde finalement sans trop de problème ce temps aux Colour Haze. Et il ne tient pas non plus rigueur aux Allemands de ce manque de charisme incroyable sur scène. Il faut voir une fois Philip Rasthofer, excellent bassiste par ailleurs, pour comprendre aisément cette constatation : totalement figé, le regard perdu, la bouche semi-ouverte, et un look improbable de comptable bavarois dans l’Allemagne d’Après-Guerre… Ce n’est pas Stefan Koglek, perdu derrière ses longs cheveux longs bouclés qui va créer cette communion visuelle avec le public. Tout passe donc par la musique. Et là, effectivement, il y a beaucoup de choses. Des envolées rock progressif à n’en plus finir, des roulements de batterie extatiques dignes d’un set de Joe Cocker à Woodstock, et un jeu de guitare qui évoque clairement Jimi Hendrix ou le Clapton des années Flower Power. Les Colour Haze sont d’incroyables nostalgiques d’une époque à laquelle ils ne sont vraisemblablement pas nés, sûrement follement frustrés de ne pas avoir connu l’énergie de cette ère.

Le Revival est intense. Qu’il ouvre ou qu’il ferme les yeux, le public parisien y est dans cette ambiance vaporeuse et fleurie, aidée par quelques relents d’une fumée un peu étrange qui émane de part et d’autre de ce Divan du Monde aux allures de décorum hippie. « Transformation », un autre titre d’un quart d’heure, est l’un des autres vecteurs de ce voyage spatio-temporel, qui usera par ailleurs définitivement les membres du public venus chercher plus d’efficacité et de concision et peut-être pas ces très longs titres qui tournent parfois un peu à la démonstration. Les autres, en revanche, sont conquis et n’en finissent plus de planer. Après un retour vers de plus anciens morceaux (« Love » et le groovy « Tempel »), le groupe reviendra sous les hourras pour un « Peace, Brothers & Sisters » démentiel qui s’éternisera jusqu’au bout de la nuit. Plus de deux heures de show plus tard, l’impression d’avoir complètement changé d’époque et d’état d’esprit submerge une majorité du public.

Le psychédélisme des années 2010, dont on tient deux incarnations différentes avec My Sleeping Karma et Colour Haze a finalement pleinement sa raison d’être aujourd’hui : dans une époque technologique sur-vitaminée et sur-stressée, les conditions sont finalement ressemblantes à celles qui ont fait émerger le psychédélisme des années 70, une réaction à ces Trente Glorieuses dont la jeunesse de l’époque ne voulait pas, et qui préférait s’évader sur des tapis persans dans la fumée hallucinatoire et les guitares distordues. L’esprit hippie en 2013 n’est pas mort, loin de là. Il a même copieusement régné grâce à ces deux formations allemandes en ce doux automne parisien.

Setlist de Colour Haze :

She Said
Moon
Lights
Aquamaria
chanson inédite
Transformation
Slowdown
Love
Tempel

Rappel:

Peace, Brothers & Sisters!



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