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Chronique   

My Sleeping Karma – Moksha


My Sleeping Karma - MokshaLes premières notes aériennes de « Prithvi », titre d’ouverture du cinquième album de My Sleeping Karma Moksha, forment un accessit à la conscience pour enclencher un processus bien connu de celle-ci, et qui va consister en un voyage mental aux confins de la relaxation et du bien-être. Oui, My Sleeping Karma devrait être remboursé par la sécurité sociale ! A la fois éminent membre d’un mouvement psychédélique sans âge mais également auteur de prestations live franchement rock, le quatuor d’Aschaffenbourg en Allemagne a fait le pari depuis 2006 d’un univers uniquement instrumental qui fait décoller au septième ciel sans l’aide d’aucun subterfuge artificiel, à travers des compositions transcendantales guidées par l’imposante basse enveloppante de Matte.

L’une des particularités de l’écriture de My Sleeping Karma est leur capacité à produire des thèmes ou mélodies, aisément repérables et mémorisables souvent distillées par quelques notes de guitare éthérées, et de proposer des variations autour d’eux par des subtilités d’arrangements ou des progressions. C’était le cas sur les excellents Tri (2010) ou Soma (2012), et la règle n’a pas changé pour Moksha. Tout en restant dans le même registre, le quatuor réussit le pari difficile de ne pas tourner en rond en gravitant autour de nouvelles pépites mélodiques, six au total, ponctuées de cinq interludes piochant dans la musique et la culture Hindoues, le monde auquel se réfère continuellement le groupe dans les titres de morceaux, d’albums mais également son approche picturale des pochettes d’albums et de la scénographie.

My Sleeping Karma fait à nouveau preuve d’un psychédélisme planant mais entraînant, une caractéristique unique de ce groupe, qui se qualifie lui-même de formation de groove rock. Et effectivement, Moksha groove toujours, à chacune de ses entournures et de façon légère et subtile, au détour d’une basse toujours aussi efficace, mais également d’arrangements détonants, plus lourds que précédemment, et ce dès « Prithvi » qui explose plus rapidement qu’à l’accoutumée, ou « Vishu » qui voit émerger une double pédale plutôt insolite. Ces fans absolus de Tool, dont on découvre encore un hommage circonstancié lors du deuxième interlude par un passage au Tabla évoquant directement la bande de Maynard, ont, au fil de leur carrière, pris la dimension astrale des Américains, la couplant avec de nombreuses inspirations de musiques indiennes pour établir leurs thèmes musicaux, ce qui créé cet univers assez unique sur la scène rock européenne.

Plus on avance dans la découverte de Moksha, plus le sentiment se confirme : les Allemands ont passé la surmultipliée dans l’intensité. « Akasha », par exemple, est constamment au bord de la brèche, à deux doigts d’un avènement explosif qui pointe le bout de son nez à plusieurs reprises avant d’arriver bel et bien et confirmer le potentiel live épatant de l’album. Autre fait d’armes notable : une présence imposante du clavier, qui accompagnait déjà intensément l’envolée magistrale de « Prithvi » et mène l’entrée de l’éponyme et très progressif « Moksha » qui atteindra des sphères de « violence » métallique jamais atteintes dans cette lourdeur chez My Sleeping Karma, et qui verront même un violon accompagner l’assaut final. On pense évidemment au « Pachyclada » de Soma ou au « Tamas » de Tri, parmi les titres les plus intenses du catalogue des Allemands, et on comprend facilement pourquoi le groupe reçoit une large affection de la part du public metal/stoner, étant régulièrement programmé dans les festivals metal, tels que le Hellfest, le SummerBreeze ou le Motocultor.

Moksha, qui dans l’hindouisme signifie la libération totale de l’âme individuelle, continue idéalement l’œuvre émotionnelle et atmosphérique que les Allemands ont débuté il y a près de dix ans. Un sentiment de plénitude est continuellement véhiculé par une douceur générale des sonorités, mais rythmé par des interludes, à la fois enchanteurs et mystérieux, ainsi que des éclosions de puissance jouissifs (« Jalam ») qui font passer l’écoute à une vitesse incroyable, comme une brèche dans l’espace-temps. Avec Moksha, My Sleeping Karma enfonce le clou d’une version moderne d’un psychédélisme permettant d’atteindre l’évasion mentale par la féerie des arrangements et le magnétisme des sons. Le décollage est garanti sans risques, la consommation conseillée sans modération.

Ecouter « Moksha » et regarder le clip de « Prithvi » :

Album Moksha, sortie le 1er juin 2015 chez Napalm Records.



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