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Chronique   

Myrath – Legacy


Myrath - LegacyMyrath a subi un lifting. C’est en tout cas ce que leur dernier album éponyme, Legacy (« héritage » en Français, « myrath » en tunisien), semble dévoiler cinq ans après Tales Of The Sands (2011) ; un hiatus dû au décès d’un des parents d’un membre du groupe, qui fut très impliqué dans la vie de ce dernier et à qui cet album est dédié. Le groupe franco-tunisien s’est forgé une réputation solide dans le domaine du metal progressif en tournant notamment avec Dream Theater, pour ne citer qu’eux. Tales Of The Sands (2011) proposait une musique alliant technicité et influences orientales intégrées avec brio et équilibre au sein de morceaux relativement complexes. Legacy ne détruit pas tout, au contraire, il utilise différemment les acquis du groupe et cherche l’accessibilité : Myrath n’a pas peur de l’étiquette « mainstream », à n’en pas douter.

Les habitués ont pu s’en rendre compte sur le clip de « Believer », Myrath se veut plus accrocheur et développe des compositions beaucoup plus simples à appréhender, parfois davantage proche d’un titre « pop » que progressif au sens traditionnel du terme. L’impression ne dure pas seulement le temps d’une chanson : l’ensemble de Legacy est plus direct. D’aucuns diraient que Myrath cherche à se vendre, ce qui n’est pas entièrement faux et surtout, ce qui n’est absolument pas blâmable car si Myrath se simplifie sur certains aspects, il ne se travestit pas. Co-composé avec Kevin Codfert (Adagio), Myrath ne cède pas à la facilité. La participation de l’orchestre symphonique de Tunis en témoigne, tant l’intégration des parties orchestrales est méticuleuse et participe à la fois à appuyer l’influence du folklore tunisien et élever la musique de Myrath, comme sur « Nobody’s Lives ». Le chant oriental de Zaher Zorgati soutenu par les violons donne toute son ampleur à la mélodie qui aboutit sur une rythmique metal plus traditionnelle et un solo d’un Malek Ben Arbia bien inspiré. En cela réside la recette de ce Legacy : une alchimie entre éléments du metal occidental et mélodies orientales sur fond d’une composition en apparence simple. La profondeur des titres réside dans les arrangements, à l’instar, outres des cordes quasi omniprésentes, des percussions discrètes, de l’intro et outro au clavier de « Duat », le piano et les chœurs délicats de « Through Your Eyes » ou du slapping de basse sur « Get Your Freedom Back ». Certains titres obéissent davantage aux canons de la musique occidentale et se rapprochent des opus précédents : le riffage groovy à la Symphony X sur « The Needle », et son introduction orchestrale martiale, ne dépaysera pas les amateurs de musique foncièrement metal.

Là où le bât blesse, c’est lorsque les arrangements orientalisants n’ont pas toute la sobriété qu’on pouvait leur reconnaître sur Tales Of The Sands. L’introduction de « Through Your Eyes », si elle peut paraître un tantinet épique aux yeux de certains, n’en est pas moins… pompeuse. Idem pour les progressions mélodiques des violons et autres chœurs emphatiques de « Duat » qui bien que classieux donnent l’impression de prendre le pas sur le reste des instruments. Le chant de Zaher Zorgati – techniquement impressionnant ceci-dit – accuse parfois le « surjeu ». Au final, ce Legacy plus riche et travaillé paraît paradoxalement moins « fin » que les efforts précédents du groupe, en témoigne également quelques sonorités électroniques modernes stéréotypées qui ponctuent ici et là, de façon superflue, certaines chansons (« Get Your Freedom Back »).

Il ne faut pas s’y méprendre : si Legacy marque une franche évolution dans la discographie du groupe, qui correspond à leur volonté à la fois d’appuyer leurs origines tunisiennes qui font leur singularité et de toucher une audience plus large, la qualité est toujours belle et bien au rendez-vous. A ce titre, Myrath – comme l’évoque Kévin Codfert (entretien à venir) – se rapproche de la démarche et la musique de Kamelot aujourd’hui (la similarité est évidente avec le refrain de « Get Your Freedom Back », par exemple), groupe qui n’a d’ailleurs lui-même jamais caché son goût pour les teintes orientales et les orchestrations. Legacy est diablement accrocheur – les refrains de « Believer », « Get Your Freedom Back » ou « Through Your Eyes » resteront longtemps en tête après écoute – et personne ne pourra le contester. C’est simplement que si l’on s’amuse au sempiternel jeu des classifications, Myrath délaisse un peu plus l’aspect progressif de sa musique. Certains y verront un choix litigieux et discutable. Le reste appréciera et en viendra même à chercher ces petit excès de grandiloquence, justement.

Le clip de la chanson « Believer » :

Album Legacy, sortie le 19 février 2016 chez Verycords



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