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Interview   

Myrath : un nouveau souffle


Legacy, le quatrième album de Myrath, avait été à la fois une épreuve, une renaissance et un pari. Une épreuve parce qu’il a été conçu dans le deuil, notamment après la perte d’Ahmed Ben Arbia, père du guitariste Malek et manageur/producteur du groupe. Une renaissance parce que Myrath a su trouver la force de continuer, notamment grâce à l’aide de Kévin Codfert agissant en qualité de compositeur, directeur artistique, producteur et surtout ami. Un pari parce que Legacy marquait un tournant musical, consistant à canaliser voire contenir les hardeurs progressives des musiciens de Myrath afin de rendre leur musique plus accessible et d’en développer la spécificité, à savoir ce métissage entre le metal et la richesse de la culture tunisienne. Pari réussi, semble-t-il, à en juger l’accueil plus que positif qui a été réservé à Legacy et le parcours ascendant de Myrath depuis 2016.

Trois ans plus tard, c’est un groupe galvanisé par ce début de succès, et plus que jamais entouré d’une équipe, ou plutôt d’une famille, qui croit en lui, qui sort Shehili. Le défi : confirmer l’élan de Myrath. Le chanteur Zaher Zorgati a pris le temps pour longuement échanger avec nous, afin de comprendre quelle a été leur démarche, entre passion et compromis. Et comme nous l’avions sous la main, nous n’avons pas résisté à l’envie d’aborder de nombreux autres sujets, de leur rôle d’ambassadeurs de leur culture dans le monde aux émissions de télé-crochet La Nouvelle Star et The Voice (Zaher a participé à la version libanaise du premier et s’interroge quant au second), en passant par sa participation au dernier album d’Ayreon ou le parallèle entre la vision métissée de la musique de Myrath et celle d’un artiste tel qu’Ibrahim Maalouf…

« Ce n’est pas du Babymetal, ça ne sort pas de l’usine, genre : tu fais ça, ça, ça, et ça te sort un produit. C’est un groupe qui a presque quinze ans, nous n’oublions jamais d’où nous venons, que ça a commencé dans un garage pourri à Tunis. »

Radio Metal : Il semblerait que Legacy ait été un tournant pour Myrath : d’abord musical, en ayant lâché en grande partie le côté progressif pour aller vers une musique certes chiadée mais plus simple, directe et très accrocheuse. Démarche qui a porté ses fruits, puisque le groupe a vraiment fait un bond en avant en termes de popularité. Du coup, lorsque était venu le temps de réaliser un successeur, n’était-ce pas tentant de reproduire la formule à l’identique ? Avec quel état d’esprit avez-vous abordé Shehili ?

Zaher Zorgati (chant) : Très bonne question. De toutes les interviews que j’ai faites, je n’ai pas eu cette question, donc je bogue un peu ! [Rires] Au début, avec Legacy, nous nous attendions à ce que ça plaise à certains et pas à d’autres. Donc ça, c’est normal, parce que nous avons fait trois albums avec un aspect progressif, et surtout Tales Of The Sands, où nous avions vraiment la formule magique : les riffs heavy, simples, plus le côté progressif. Mais nous étions casés en tant que groupe de metal oriental progressif. Après, Kévin Codfert a dit : « Allez les gars, si on veut vraiment décoller, progresser, il faut arrêter d’avoir cette étiquette de groupe progressif, parce que tous les groupes progressifs sur la scène metal aujourd’hui ne bougent pas, ils stagnent dans leur notoriété ou dans leur classement. » Il nous a dit : « Vous avez un potentiel, vous avez un atout, et l’atout, c’est votre musique, votre fraîcheur, votre originalité. Pourquoi ne le mettre que dans le style progressif ? On va essayer un truc plus fou, on va dépasser les limites de ce qu’on a prévu pour le grotupe. » Nous étions prêts, nous sommes partis dans le délire de Legacy, moins progressif, plus simple, plus de mélodies. Certains ont aimé, certains n’ont pas aimé, et je respecte totalement, parce que parfois, on est tellement fan d’un truc, on se croirait écouter un groupe progressif, et à l’album suivant, ce n’est plus un groupe progressif. C’est un peu décevant, je comprends, mais de notre côté, il faut aussi faire part de notre musique à d’autres fans que les fans de progressif, à la masse, à des fans de metal simple, qui n’est pas trop mathématique, progressif ou psychédélique, les fans simples de rock, de heavy metal. Nous avons donc fait Legacy.

Et après Legacy, nous avons eu beaucoup de critiques positives, et ils nous ont dit : « On a du mal à imaginer un truc meilleur que Legacy. » Et là, c’était un fardeau énorme. Nous nous sommes encore plus compliqué la vie. C’est pour ça que ça a pris encore beaucoup de temps, je crois deux ans et demi ou trois ans. Et c’est comme à chaque fois. La formule de Myrath, c’est toujours de prendre le temps, pas beaucoup car nous ne sommes pas en vacances, mais prendre son temps et composer d’une manière très transparente et honnête. Ce n’est pas du Babymetal, ça ne sort pas de l’usine, genre : tu fais ça, ça, ça, et ça te sort un produit. C’est un groupe qui a presque quinze ans, nous n’oublions jamais d’où nous venons, que ça a commencé dans un garage pourri à Tunis. Et ça a toujours été comme ça : nous avons des idées, nous composons, ensuite nous mettons tout sur un plat, puis monsieur Kévin Codfert vient et nous oriente. Quand nous composons, nous avons toujours notre mot à dire, mais c’est Kévin le maillon final de la chaîne, c’est notre thermomètre, c’est lui le juge qui va dire : « Ça c’est de la merde, ça c’est bien, ça on peut développer, ça c’est magnifique, on garde, ça on oublie, on met à la poubelle. » C’est pour ça que je te dis que c’est fait de façon honnête. Rien n’est calculé.

Même la major Edel/earMusic nous a dit de ne pas nous précipiter, même pour le prochain album, après Shehili. Ils nous ont dit qu’ils envisageaient de nous signer pour trois autres albums, donc en tout quatre albums. Mais ils nous ont dit de prendre notre de temps, de faire ce que nous avions à faire, comme d’habitude. Donc pas de pression de la part de la maison de disques, parce que les mecs qui travaillent là-bas, comme Max le big boss de la société, c’est vrai que c’est un businessman, c’est un requin, ça se voit quand tu parles avec lui, mais franchement, c’est un putain de musicien, il comprend la musique, c’est un fan. Dès que je suis entré, il m’a fait écouter Alice Cooper, Deep Purple, des trucs très anciens… Il m’a montré la différence entre CD et vinyle, il a mis le vinyle pour nous faire écouter la chaleur du truc… Mais ça se voit que le mec est fan, il n’est pas seulement businessman. Donc j’étais entre de bonnes mains, je l’ai senti, avec Edel/earMusic, ils nous ont donné carte blanche pour faire ce que nous voulions. D’ailleurs, lui a reçu l’album prêt, mixé, masterisé et tout. Et le gars te dit : « Franchement, on peut faire mieux pour la batterie. » Du coup, qu’est-ce qu’on fait : on va réenregistrer. Le mec a casqué, et nous avons réenregistré à Hambourg dans un studio mythique, le Chameleon Studio, où Al Di Meola, Gamma Ray, Alice Cooper, Deep Purple, Scorpions ont enregistré. Donc le mec est à fond. C’est pour ça que je suis confiant vis-à-vis de la maison de disques. Et concernant Shehili, donc, pour revenir à ta question, nous avons fait la même chose que pour Legacy, et ça a marché, apparemment ! [Rires]

Quand tu dis que le boss du label estimait que vous pouviez faire mieux pour la batterie, c’était en termes de son ou de jeu ?

C’était en termes de son. Pour le jeu, franchement, moi je suis tunisien, mais j’ai tellement de potes, d’amis, de la famille ici en France que je me sens un peu franco-tunisien, et avec Morgan dans le groupe, nous devons être fiers en tant que Tunisiens et en tant que Français, d’avoir une bête à la batterie. C’est incroyable ! Ce n’est pas parce qu[’il est dans mon groupe que je dis ça], qu’il aille se faire foutre Morgan [petits rires], mais franchement, en œil extérieur, le metal français doit être fier d’avoir un batteur comme Morgan. Donc au niveau du jeu, il n’y a pas photo. Mais concernant le son, Max a senti que c’était trop à la Rammstein. Il n’était pas assez organique, même si nous avons enregistré en France. Ce n’était pas très pro, à cause des moyens financiers. Mais quand nous avons signé l’album, le mec a dit : « Moi, je mets le paquet pour améliorer le produit, car c’est un chef-d’œuvre. » Bon, c’est son point de vue. Pour moi, ce n’est pas un chef-d’œuvre, c’est un album que j’aime bien, c’est l’album le plus mature en termes de musicalité. Je l’aime bien, c’est un très bon album. Mais au niveau du son de la batterie, Max a mis le paquet en disant qu’il fallait réenregistrer la batterie dans un studio professionnel, avec des micros de pointe, etc. Et après, le résultat, c’est que tu as une batterie avec un son très organique, très vif, très puissant. Alors qu’avant, nous avions fait avec les moyens du bord, et même si c’était une batterie acoustique, nous avions mis des triggers, donc il n’y avait pas d’âme.

« Il y a toujours ce connard de Kévin qui nous freine, c’est lui, ce n’est pas nous. Pour tous les fans de progressif de Myrath, je l’avoue, c’est Kévin la bête noire ! [Rires] Non, je rigole. Je le dis sur un ton humoristique, mais franchement, si tu nous laissais faire un album, nous ferions un album à la Dream Theater, mais version Myrath. »

On reparlera un peu plus de la batterie tout à l’heure… La période de conception de Legacy avait été difficile, puisque le père de Malek, qui a été une personne très importante pour tout le groupe, est décédé ; à un moment donné vous étiez abattus et avez perdu l’inspiration, et Legacy est finalement une sorte d’hommage…

Exactement, car c’est lui qui avait choisi le nom Myrath, qui signifie « héritage », donc « legacy » en anglais. Nous l’avons fait en son hommage. Déjà, avant de réaliser Legacy, c’est pour ça que nous avons mis beaucoup de temps, c’est à cause du décès d’Ahmed, et nous ne savions pas quoi faire. Et heureusement que Kévin était là, il a été le sauveur. Nous avions confiance en lui, et il avait confiance en nous. Parce que Ahmed, le père de Malek, c’était lui notre manager/coproducteur, c’était lui qui finançait tout. Après son décès, nous nous sommes dit : « On est foutus, le groupe est foutu, chacun va vivre sa vie… » Moi, je le savais que ça allait continuer, car quand tu vois Kévin prendre l’avion pour assister aux funérailles du père de Malek, franchement, j’avais les larmes aux yeux rien que de voir cette scène-là. Parce qu’une autre personne ne l’aurait pas fait. Ça aurait été : « Je suis votre producteur, j’enregistre les albums, je me fais payer, mais votre manager est décédé, il n’y a plus d’argent, je passe à autre chose. » Là, le mec est venu, il a assisté aux funérailles, et j’ai su qu’il allait nous rappeler pour nous dire : « Magnez vos fesses, faites quelque chose, je suis avec vous. » Et il l’a fait. Il nous a appelés pour nous dire de ne pas nous décourager, qu’il était avec nous à fond, sans argent, sans rien, et que nous irions très loin ensemble. Donc c’était un moment crucial pour nous. C’était un tournant dans l’histoire de Myrath.

Et en parallèle, Aymen Jaoudi, le parolier du groupe, avait lui-même perdu son père. Du coup, j’imagine que la conception de Shehili était moins lourde en comparaison, d’autant que vous surfiez sur l’enthousiasme du public envers Legacy. Est-ce que ça vous a énergisés ?

Musicalement, oui. C’est certain, parce que déjà, nous avions eu un impact positif après Legacy, et nous nous étions dit : « Putain, les mecs, ça se relance ! On est encore là, on est encore vivants. » Et on sait très bien que de nos jours, si tu as une maison de disques derrière toi, comme Amaranthe, Beast In Black… Ce sont des groupes qui ont derrière eux des machines, de la thune, de la promo. Nous, nous n’avions rien du tout. Mais nous avons quand même joué au Hellfest, au Loud Park au Japon, au Download Madrid, nous avons fait la première partie d’Epica sur une tournée, nous avons fait co-tête d’affiche avec nos frères d’Orphaned Land au Japon… Donc tout ça, sans argent, sans financement, sans promotion, sans plan de marketing, sans vraie maison de disque – nous avions Verycords, mais en comparant avec Edel aujourd’hui… Ça, c’est du vrai travail. Il y a un plan marketing, il y a neuf personnes qui ne travaillent rien que pour la com et le marketing, c’est un truc de ouf ! Donc nous nous sommes dit que ça se relançait, que nous étions encore vivants, même si nous n’étions pas comme les autres groupes tels qu’Amaranthe, Beast In Black, ce genre de groupes qui ont une machine derrière eux, ça marchait quand même. Nous croisions les doigts, nous travaillions dur, nous avons tellement sacrifié de choses et nous sommes mis dans tellement de situations merdiques que nous n’allions pas lâcher maintenant. Et c’est ce que nous avons fait.

Shehili est la suite logique de Legacy. Cependant, on sent dans certaines chansons de l’album comme une envie, presque instinctive je dirais, de revenir à quelque chose de plus progressif, dans des structures et des plans – je pense à « You’ve Lost Yourself » ou « Darkness Rise » –, mais sans jamais aller jusqu’au bout pour ne pas sacrifier l’accroche et la concision. Vous avez tous, dans le groupe, un gros bagage technique : est-ce que vous avez parfois du mal à vous refréner, à vous contenir ?

Tu as parfaitement résumé le truc. Il y a toujours ce connard de Kévin qui nous freine, c’est lui, ce n’est pas nous. Pour tous les fans de progressif de Myrath, je l’avoue, c’est Kévin la bête noire ! [Rires] Non, je rigole. Je le dis sur un ton humoristique, mais franchement, si tu nous laissais faire un album, nous ferions un album à la Dream Theater, mais version Myrath. Mais Kévin, et Mehdi El Jaï et Romain de Verycords et Veryshow, plus Edel, quand tu as une armada derrière toi qui te dit : « On sait ce qu’on fait, faites-nous confiance comme on vous fait confiance musicalement. Nous, on sait ce qui marche et qui ne marche pas… » Ce n’est pas une question de célébrité, je te jure, nous nous en battons les couilles. Moi, je travaille en Tunisie, chacun a son truc à part la musique, nous savons très bien que nous ne gagnons pas grand-chose avec Myrath, mais nous faisons toujours ça avec passion et amour. Mais eux veulent que nous dépassions ce stade-là. C’est vrai que nous allons toujours faire un truc avec passion, avec amour, c’est comme la cuisine, ça se fait avec amour, mais eux voient en nous un grand potentiel et ils disent : « Arrêtez vos conneries, vous pouvez exploiter vos idées et votre musique fraîche dans un style qui sera accessible à tout le monde, même aux mamies. »

C’est pour ça qu’ils ont inventé un nouveau style, qui s’appelle le « blazing desert metal ». Je sais que ça fait un peu pompeux mais c’est eux, la maison de disques, qui ont choisi le nom du style [rires], et je crois que c’est un très bon choix, parce que ça représente bien ce que nous faisons. C’est vrai qu’en Tunisie, il n’y a pas que du désert, mais quand tu écoutes la musique de Myrath, tu te projettes directement dans Les Mille Et Une Nuits, ou bien le jeu Prince Of Persia, dans un univers chaud. Et apparemment, il n’y a que nous qui fassions du blazing desert metal. C’est vrai que nous jouons du metal oriental, tout comme Orphaned Land et d’autres groupes, comme Melechesh, mais ça ne ressemble pas à Myrath. Si tu écoutes Melechesh, Orphaned Land ou Desert, par exemple, les trois se ressemblent énormément, mais Myrath c’est complètement différent. Ce n’est pas parce que je veux me venter, c’est la vérité. Il y a un autre son, une autre conception, une autre vision de l’écriture, il y a des gammes qu’on ne trouve pas au Moyen-Orient, et qu’on ne trouve qu’en Afrique du Nord. En Tunisie, on trouve toutes les gammes du Moyen-Orient, plus les gammes berbères, plus les gammes andalouses, plus la musique chaâbi… La musique tunisienne a l’atout d’être une musique multiculturelle. C’est extrêmement varié. Donc ils nous ont dit que nous ne faisions plus du metal tunisien ou du metal oriental : nous faisons du Myrath, c’est du blazing desert metal, et ça restera toujours du blazing desert metal.

« Nous n’allons pas chercher des génies qui écoutent du metal, mais plutôt un mec qui sort du lycée, de l’université, du boulot, qui est stressé, et qui veut entendre un truc frais. »

Ça fonctionne commercialement parlant. Déjà, en Allemagne, quand j’ai fait les interviews avec la presse allemande, tout le monde, avant même que je prononce « blazing desert metal », était là à me demander : « C’est quoi le blazing desert metal ? C’est quoi ce genre de metal, nouveau, frais, bombastique ?» Et j’ai dit : « Bah… C’est du blazing desert metal, voilà ! » [Rires]. C’est eux, ce n’est pas nous qui avons nommé le truc ! Mais c’est bien pour la propagande. Moi, je m’en bats les couilles, même si tu me dis que je joue du metal folklore, du metal berbère, du metal amazigh, je m’en fous du nom. Nous jouons du metal Myrath. Mais bon, si c’est du blazing desert metal…

Ce n’est pas un peu frustrant, quand vous avez certaines envies, que Kévin soit derrière vous à vous « brider » ?

Oui, c’est frustrant. Il n’y a pas que Kévin, il y a aussi la maison de disques, car ils savent que nous avons un énorme potentiel mais ils ne veulent pas que nous l’enterrions avec du progressif. Ils savent très bien que le progressif n’est pas commercial – quand je dis « commercial », ce n’est pas péjoratif –, ce n’est pas pour tout le monde, donc ils nous guident et nous orientent vers un style plus simple et ouvert. Mais oui, c’est un peu frustrant, car nous, à la base, nous étions un groupe de progressif, nous faisions des reprises de Dream Theater et Symphony X, et là nous nous retrouvons à faire des chansons comme « Believer » et « Dance », à quatre accords, mais c’est pas mal et au moins, derrière, il y a une structure et un gros travail d’arrangement ; ce n’est pas simplement quatre accords. Je n’ai pas cette habitude de « gonfler » notre travail, donc s’il y a des trucs qui ne me plaisent pas ou qui ne sont pas faits comme je l’aurais voulu, je le dis. Et s’il y a des trucs qui sont très bien, je le dis aussi. Mais je crois que l’album aura sa chance parmi les sorties des grands groupes, comme Dream Theater, Kamelot, Avantasia…

Ne pourraient-ils pas vous laisser au moins une chanson, sur un album, où vous vous lâcheriez pour faire ce que vous voulez, où vous auriez carte blanche ?

Oui, peut-être bien. Il n’y a aucun problème. S’il y a une chanson pour se lâcher, nous nous lâcherons ! Ne t’inquiète pas, ils ne sont pas aussi rigides avec nous. Nous faisons ce que nous voulons, en fait, mais eux préfèrent toujours nous donner leur avis et dire : « On aimerait bien partir dans cette orientation. » Et je comprends leur point de vue. Et je crois que le compromis avec Shehili est, au moins partiellement, réussi.

Les influences orientales sont toujours évidemment très présentes, peut-être même encore un peu plus développées, avec la participation de la section de cordes de l’Orchestre National Tunisien, la recherche d’instruments traditionnels et un invité au chant. Peux-tu nous parler de ce travail ?

En fait, c’est presque le même travail. Je ne vais pas te dire que nous avons fait un truc super génial, que nous avons augmenté le nombre d’instrumentistes, ça ne serait pas vrai. Nous avons fait toujours la même recette, sauf que ce sont d’autres idées, élaborées autrement, de façon à ce que ce soit plus catchy, plus accrocheur, plus simple pour le metalleux normal. Nous n’allons pas chercher des génies qui écoutent du metal, mais plutôt un mec qui sort du lycée, de l’université, du boulot, qui est stressé, et qui veut entendre un truc frais. Ce n’est pas calculé. Donc nous avons contacté nos potes en Tunisie, toute une section de violons, des altos, etc., et du rababa, qui est un instrument égyptien, qui s’approche beaucoup de la sonorité du violon. C’est entre le violon et le erhu, qui est chinois, avec seulement deux cordes. C’est pour ça que tu sens un peu la chaleur sur les passages avec les violons tunisiens-orientaux, c’est le son du rababa qui donne cette chaleur. Plus les darboukas, qui sont des percussions maghrébines, orientales, que tu peux même trouver en France, et les bendirs, qui sont un genre de percussions cent pour cent tunisiennes. Il y avait aussi la clarinette orientale avec des gammes orientales, qu’on ne peut pas avoir avec une clarinette classique.

Nous avons fait un duo avec Lofti Bouchnak, qui est un peu le Frank Sinatra des Arabes, un Tunisien qui est une superstar dans le monde arabe, en Égypte, dans les pays du Golfe, au Moyen-Orient et au Maghreb. C’est un mec plein de talent. C’est vrai qu’il n’est pas jeune, mais il a une carrière derrière lui, il a un grand nom. J’aurais pu par exemple faire un duo avec un autre chanteur de metal en Europe, mais un de mes rêves musicaux était de faire un duo avec cet artiste-là. Le rêve s’est exaucé et là, je viens de parler à des connaissances en Tunisie pour faire une très grosse vidéo professionnelle pour la chanson « Mersal ». Le mersal, c’est le message que porte le messager [rires] ; c’est un peu compliqué, ce n’est pas un simple message. C’est le message que porte le messager, le pigeon. Et Shehili, le nom de l’album, c’est le sirocco, c’est le vent chaud qui vient du désert, du Sud, c’est un nom berbère, en fait.

Tu parlais de ce duo avec Lofti Bouchnak : ça m’a fait penser à Moonspell, qui sur leur dernier album avaient fait appel à un chanteur de fado, Paulo Bragança

Ah, j’adore le fado ! Nous avions une danseuse portugaise, Mara Priscila, qui m’a fait découvrir le fado. On verra, peut-être bien qu’un jour je chanterai du fado sur du Myrath [petits rires]. Mais, en effet, ça rappelle un peu Moonspell avec le chanteur de fado. Je ne sais pas si les gens vont aimer, mais comme je t’ai dit, c’était tellement spontané, nous ne calculons jamais. Tout vient du cœur, comme ça, spontanément, et pour moi c’est une des meilleures chansons de l’album, ça représente beaucoup pour moi.

« Myrath, ce n’est pas un groupe, c’est une famille. Quiconque veut aider et rentrer dans la famille est le bienvenu, à tout moment, si c’est dans le marketing, côté paroles, côté composition… Nous sommes ouverts à tout le monde. »

Vous avez aussi enregistré une reprise : « Lili Touil » des Frères Megri. Qu’est-ce que cette chanson représente pour vous ?

« Lili Touil », c’est une chanson berbère, amazigh très connue. Ça a été un carton dans tout le Maghreb dans les années 80. Donc les mecs de Veryshows-Verycords, Mehdi El Jaï, Romain et Kévin ont contacté la maison de disques, ont contacté le mec, ont racheté les droits, afin de réaliser « Lili Touil ». Au début, je n’étais moi-même pas très convaincu du résultat, et je leur ai dit : « Jusqu’à maintenant, je sens que cette chanson est magnifique, mais ce n’est pas ma préférée. » Mais il se trouve que c’est la préférée de Romain, de Kévin, de Mehdi et du boss d’Edel, et je sais pas ce qui se passe chez ces mecs ! Ne me dis pas que c’est ta préférée… [Rires] Apparemment, même Morgan dit que c’est sa meilleure chanson sur l’album. Il y a une énergie dedans, et c’est vrai, parce que c’est nous qui la lui avons donnée. Mais peut-être que j’ai tellement écouté la version originale que je m’en suis lassé [rires].

Shehili voit le retour du groove tribal qui avait marqué Tales Of The Sands et qui s’était un peu perdu sur Legacy… En même temps, Legacy était le premier album de Morgan Berthet avec Myrath, donc il y a peut-être un rapport. C’est un élément que vous avez délibérément cherché à retrouver et que vous avez travaillé avec Morgan pour l’implémenter dans son jeu sur Shehili ?

Sincèrement, pour moi, je ne sais pas pour les autres, mais je crois que Shehili est le premier album de Morgan. Avec Legacy, Morgan a juste reçu les notes et les a exécutées, car c’est Kévin qui a noté la batterie, et Morgan l’a exécutée avec son flow. Mais là, c’est Morgan, comme tous les autres, qui a participé à l’écriture des chansons. Morgan a participé, a donné ses avis, nous nous sommes disputés sur plein de trucs… Et tu sens que sur cet album, à part le son de la batterie qui déchire par rapport à nos albums précédents… je sens que ce son-là est bien plus organique, tu sens la batterie, tu sens qu’il y a un batteur en live derrière. Ben c’est Morgan ! Ce n’est pas différent que dans le son, mais aussi dans la manière de jouer. Tu sens que le mec est plus libre, il fait ce qu’il veut sans en mettre trop, mais à la classe française ! [Rires] Comme un parfum français !

Sur la première chanson « Born To Survive », on t’entend faire du chant scat, qui rappelle beaucoup ce que peut parfois faire Jonathan Davis de Korn. Comment en es-tu venu à t’essayer à ce type de chant percussif/tribal ?

Ça, comme tout à l’heure, c’est le connard de Kévin [rires]. C’est Kévin le Master of Puppets ! En fait, ce que nous avons fait, c’est que nous avons enregistré, nous avons rassemblé nos idées, et après, tu as Kévin derrière qui faisait des expériences, et qui nous disait : « Qu’est-ce que vous en dites de ça, ça et ça ? », et nous, nous lui disions par exemple que nous préférions garder tel truc tel quel. Et, par exemple, nous avons été en Tunisie, dans une chambre d’hôtel à huit ou neuf personnes, en train de manger des pizzas, en train de fumer, avec nos instruments, l’ordinateur, etc., c’était le bordel, et sur certaines chansons, nous lui disions : « Ok, ce que t’as fait, ce que t’as proposé, c’est bien, tu as notre bénédiction. » Et, en effet, je fais ces bruitages à la Korn sur cette chanson. Parfois, il y a beaucoup de groupes qui ne veulent pas s’identifier à d’autres groupes, c’est un problème d’ego. Moi, je suis musicien, je suis un chanteur, un artiste, mais je suis aussi un fan. Et j’étais aussi fan de Korn. Et j’ai dit à Kévin : « Pourquoi on ne ferait pas un truc à la Korn ? », pour faire un clin d’œil à Korn, ce n’est pas pour imiter Korn. C’est parce que dans mon adolescence, j’étais fan de Korn, c’est tout. Où est le mal ? Je lui ai donc proposé, il m’a dit : « C’est une très bonne idée, vas-y, on le fait ! »

Ça apporte aussi de la nouveauté au disque…

Je te jure, je ne pensais même pas à la nouveauté, je me régalais juste, nous nous sommes tous régalés sur ce que nous avons fait. Nous ne pensions même pas au fait d’ajouter un truc nouveau, un truc à la Korn, ou quoi, tout ce que nous faisions était très spontané, c’est tout.

Pas moins de trois producteurs différents ont participé à cet album. Qui étaient-ils et quel a été leur rôle respectif ?

Au début, il y a Kévin qui a écrit l’album avec nous. Il a presque écrit la moitié de Shehili. Donc la contribution de la production musicale était très importante de la part de Kévin. Ensuite, il y a Jens Bogren, qui est l’un des meilleurs producteurs dans le monde du metal : Kévin a pris le projet pour aller en Suède pour mixer et faire le pré-mastering chez Jens Bogren. Jens Bogren est inconsciemment rentré dans le processus de la production musicale, car il a tellement aimé les morceaux que parfois il disait à Kévin : « Pourquoi on ne ferait pas ça ? On change celle-là, on met plus de ça. » Ensuite, comme je te disais, nous avons fait écouter l’album a Max, qui a dit que l’album déchire, mais il n’aimait pas les batteries, et il a proposé de faire une vraie prise de batterie pro. Nous avons donc réenregistré la batterie de Morgan avec le producteur, ingénieur du son, mixeur et auteur-compositeur Eike Freese ; c’est quelqu’un qui a collaboré avec Alice Cooper, Deep Purple, Gamma Ray, etc. Le mec est très aimable, très professionnel, très carré, et à la fois très souple. J’ai d’ailleurs été le voir à Hambourg dernièrement pour enregistrer la version japonaise de « Monster In My Closet », et il m’a mis très à l’aise. Quand il a réenregistré les batteries, il découvrait tout juste les morceaux de Myrath, et il m’a dit : « Ça fait très longtemps que je n’ai pas écouté un truc metal rafraîchissant et nouveau, tellement on écoute toujours des choses qui se ressemblent, que ce soit le style, le mode d’écriture, etc. Là, on a un truc hors du commun. » Ça nous a flattés et ça nous a donné la motivation et de la confiance pour faire d’autres albums, et d’autres choses meilleures encore. Donc là encore, il est inconsciemment rentré dans le processus de la production, avec toujours l’assistance de Kévin Codfert. Il y avait donc trois producteurs, avec trois mentalités différentes, trois orientations différentes, mais avec une seule vision.

« [Le sirocco] représente la fraîcheur que nous avons dans notre musique. C’est vrai que c’est un vent chaud, mais il apporte une certaine fraîcheur, métaphoriquement, à la monotonie qui existe dans le monde du metal. »

Par le passé, vous avez travaillé avec des paroliers, que ce soit Aymen Jaoudi ou Perrine Pérez Fuentes qui lui a prêté main-forte sur Legacy. Est-ce toujours le cas ? N’as-tu pas envie de prendre la plume, en tant que chanteur ?

C’est toujours le cas, on ne change pas une équipe qui gagne ! Myrath, ce n’est pas un groupe, c’est une famille. Quiconque veut aider et rentrer dans la famille est le bienvenu, à tout moment, si c’est dans le marketing, côté paroles, côté composition… Nous sommes ouverts à tout le monde. C’est vraiment un esprit de famille, et pas de groupe où il n’y a qu’une personne qui décide, une personne qui fait tout, qui compose, etc. Nous nous en battons les couilles des royalties, de savoir qui a fait quoi, etc. Aujourd’hui, tous les groupes se battent pour les droits d’auteur, savoir qui a écrit le plus de chansons, etc. Nous, c’est le dernier de nos soucis. Ce que nous voulons, c’est réaliser des albums et les jouer en live, basta. Faire écouter du Myrath au maximum de monde sur terre. En fait, c’est vrai qu’eux écrivent, mais il y a toujours une assistance de ma part. Parfois je modifie des phrases, je donne des idées, je donne des mots même, c’est tout un processus. Ce n’est pas quelqu’un qui écrit les paroles et après me dit : « Tu vas chanter ça et tu fermes ta gueule. » Ça ne se passe pas comme ça. Je collabore avec eux, mais ce n’est pas important pour moi de mettre mon nom sur les paroles. C’est là où la magie opère, tu as deux ou trois avis pour les paroles, la conception, la vision des paroles, et c’est beau, il n’y a pas qu’une seule vision. J’aime bien le partage, donc ça me va comme ça.

Shehili est donc le nom d’un vent saharien violent, très sec et très chaud, qu’on appelle en France le sirocco et qui souffle sur l’Afrique du Nord. Que symbolise ce vent pour vous ?

C’est un vent chaud, c’est tout [rires]. Le mec qui s’en bat les couilles ! Non, je rigole. Ça représente quelque chose. Ça représente la fraîcheur que nous avons dans notre musique. C’est vrai que c’est un vent chaud, mais il apporte une certaine fraîcheur, métaphoriquement, à la monotonie qui existe dans le monde du metal. Je te le dis sans me vanter ou quoi, mais je crois que Myrath a apporté quelque chose au monde du metal, au rock, à ce que tu veux, quelque chose de frais, de nouveau, mais je sais que, malheureusement, il n’y a pas beaucoup de gens ouverts d’esprit et qui acceptent ça. Je sais qu’il y a des fans qui sont accro die hard à Metallica, Dream Theater, genre : « J’écoute tel groupe, je m’en bats les couilles de tous les autres groupes. » Mais je sais aussi qu’il y a des gens très ouverts d’esprit qui ont aussi besoin de ça, et ce que nous avons fait, c’est essentiellement pour ces gens-là, ces fans qui sont ouverts d’esprit et qui ont besoin d’un truc nouveau. Ils en ont marre d’écouter la même chose, la même cassette qui se répète, la même monotonie, les mêmes techniques, les mêmes solos, les mêmes riffs… Donc je crois que Myrath est l’un des groupes – et non pas le groupe – qui sont là pour satisfaire ces clients [rires].

Tu trouves le metal monotone en ce moment ?

Oui. Franchement, Nicolas, ce n’est pas monotone ça ? Quand tu vas à Wacken ou n’importe quel festival, tu vas écouter la même cassette qui se répète. Tu vas écouter du Sabaton, du Kiss… C’est le même truc. Avec chaque album, ils font la même sauce, et ça ne change pas. C’est trop monotone, ça fait chier. Enfin, moi, ça me fait chier, en tant que fan. Franchement, je suis fan de Dream Theater, par exemple, même s’ils font une merde, j’aime bien. Mais j’ai quelques reproches à leur faire, parce qu’il y a toujours ce côté Dream Theater qui se répète, il y a toujours ces mêmes plans, ces mêmes riffs, ces mêmes sonorités, et tout. J’aimerais bien les aider. C’est un peu prétentieux, mais j’aimerais bien un jour rencontrer les mecs de Dream Theater et leur proposer mon expérience [petits rires]. Metallica aussi, j’aimerais bien les aider un jour, apporter une nouvelle idée fraîche, un nouveau truc. Fais-nous rêver, fais-nous danser ! Mais, malheureusement, ce n’est pas le cas. C’est toujours une industrie. C’est comme à McDonald’s. Tu as l’impression d’écouter des groupes McDonald’s/Burger King. Je ne dis pas que ce sont de mauvais groupes, au contraire. Je parle de la sonorité, je parle du son. Ce sont des putains de légendes, mais là je parle de son. On en a marre ! Je parle en tant que fan, pas en tant qu’artiste. Où est l’innovation ? Où est le truc qui fait trembler le cœur ? Là, on ne l’a plus. Je ne dis pas que Myrath fait trembler les cœurs des fans, ou que nous faisons un truc « waouh ! », extraordinaire, mais nous avons apporté quelque chose d’un peu différent. Nous ne sommes pas les meilleurs, mais je suis convaincu que Myrath, avec le blazing desert metal, ce nouveau style, va conquérir des cœurs et des cervelles.

J’ai l’impression que c’est en bonne voie…

Je l’espère de tout cœur ! Il faut rester humble, les pieds sur Terre. Il ne faut pas trop se la péter. Il y avait d’autres groupes, qui ont signé sur un label, sur une major, qui ont casqué de l’argent, etc. et qui n’ont fait que dalle. Max, le patron d’Edel, m’a dit : « Ce n’est que votre premier album, pas votre cinquième. Ne rêvez pas trop, travaillez, bossez, je sais que vous avez les pieds sur Terre, donc bossez et ramenez-nous de l’argent ! » [Rires]

« C’est un peu prétentieux, mais j’aimerais bien un jour rencontrer les mecs de Dream Theater et leur proposer mon expérience [petits rires]. Metallica aussi, j’aimerais bien les aider un jour, apporter une nouvelle idée fraîche, un nouveau truc. Fais-nous rêver, fais-nous danser ! Mais, malheureusement, ce n’est pas le cas. »

Le clip de votre premier single, « Dance », poursuit l’histoire débutée sur « Believer », et il se trouve qu’à l’écoute on entend une vraie parenté, musicalement, entre les deux chansons, elles ont les mêmes caractéristiques, des mélodies dans le même esprit, etc. Est-ce qu’elle a été pensée dès sa conception avec cette idée de suite en tête, de faire un « Believer bis » ?

Tu as raison, elles ont les mêmes caractéristiques, c’est le même trip. Au début, quand nous avons produit l’album, ce n’est pas que « Dance » était commerciale… C’est vrai que dans l’album, il y a beaucoup de chansons différentes, et chaque chanson a ses caractéristiques, son univers, elles ne se ressemblent pas. Tu peux trouver des chansons plus complexes que d’autres, plus techniques que d’autres, et parfois des chansons très simples, comme « Dance » ou « No Holding Back », mais qui ont un truc très original et authentique dedans, même si ce n’est pas technique, même si c’est simple, à l’image de « Believer ». Je n’ai pas aimé, personnellement, le fait de reproduire la même recette que pour « Believer » pour un single. Pour moi, il ne fallait pas le faire pour un single. C’était un choix de la maison de disques, du producteur, Kévin, de Verycords et Veryshows. Ils ont aimé la chanson, ils ont trouvé que ça représentait l’image de Myrath. En fin de compte, elle est pas mal, mais commerciale. J’emploie toujours la gastronomie dans mes exemples : c’est comme si tu avais deux chaînes de fast-food commerciales, McDonald’s et Five Guys. D’un côté, McDonald’s est très connu, très commercial, mais il n’y a pas de goût, tu ne sens pas la viande, tu ne sens pas le vrai hamburger authentique. Alors que de l’autre côté, tu as par exemple Five Guys, qui sont une chaîne internationale de hamburgers, mais au moins, tu as du jus dedans, tu peux sentir la viande. C’est la même chose avec Myrath : « Believer », « Dance » et « No Holding Back », la trilogie, c’est commercial, mais il y a un truc dedans qui est consistant. Ce n’est pas le genre de single commercial pour se foutre de la gueule du monde ou des fans. Nous avons fait deux chansons commerciales sur le nouvel album – je trouve que ces trois chansons sont très commerciales – mais il y a du consistant dedans.

Le clip de la chanson « No Holding Back » sert de conclusion à la trilogie initiée sur « Believer » et poursuivie sur « Dance ». Mais est-ce vraiment la fin ?

Disons que c’est la fin de la technique 3D, peut-être bien. C’est la fin, mais il y a une continuité de la fin en elle-même, qui est une vidéo du DVD que nous avons fait l’été dernier, le 19 juillet, au théâtre romain de Carthage. Nous allons mettre l’intro du DVD du concert de Carthage ; donc la fin du clip, c’est le début du DVD. Mais je ne sais pas encore, car Verycords, avec Medhi El Jaï et Romain, ont tellement raffolé de l’idée de l’histoire fictive, du monde parallèle avec les avatars, etc., qu’ils comptent encore en faire d’autres. Alors que pour ma part, j’en ai marre, j’aimerais bien passer à autre chose ! [Rires]

C’est vrai que souvent lorsque les maisons de disques ont trouvé un truc qui marche bien, elles ont tendance à vouloir répéter !

Exactement ! J’ai dit aux mecs de Veryshows-Veryscords que s’ils voulaient vraiment refaire un truc comme ça, dans la même ambiance, mais une autre histoire, avec la 3D, il fallait faire un truc bien meilleur. Pas bien meilleur d’un poil, mais dix fois, vingt fois meilleur que ça, au niveau de la technique, de la 3D, du green screen, etc. Donc il faut passer à l’étape supérieure, qui demande énormément d’argent. Pour l’instant, si on veut faire un autre clip, il faut passer à autre chose, aérer un peu le côté 3D, etc., et revenir plus tard sur une 3D plus professionnelle.

Les clips sont ouvertement inspirés de l’univers de Prince Of Persia. On aurait imaginé que cette franchise de jeux vidéo serait décriée parce qu’elle véhiculerait une image « cliché » de l’Orient, mais du coup, qu’est-ce qu’elle représente pour vous ?

Franchement, Nicolas, je te dis la vérité, il n’y a aucun problème pour nous. Même pas en tant que groupe, en tant que société tunisienne, les gens du Moyen-Orient, les Arabes, ce que tu veux, même s’il y a cette image, ce cliché, c’est de l’histoire ancienne. Ça a toujours été le cas, ça ne nuit pas à notre image, ni à la musique que nous faisons. Puisque c’est beau et que ça vend, c’est bien pour tout le monde, je crois. Même si c’est cliché, il faut bien le faire. On peut avoir des trucs clichés, mais on peut ridiculiser les clichés ou bien les mettre en valeur.

C’est un jeu vidéo auquel tu as joué ?

Bien sûr ! J’ai terminé tous les stages ! [Rires] Je suis fan de jeux vidéo, et de cinéma surtout.

On retrouve justement dans ces clips une dimension cinématographique qui est développée musicalement dans le dernier morceau « Shehili »… Est-ce que vous avez des ambitions dans ce domaine, ne serait-ce que musicalement parlant ?

Oui. Encore une fois, nous faisons un truc avec de l’amour, avec de la vraie inspiration, ce n’est pas calculé, ce n’est pas fabriqué, ce n’est pas sorti de l’usine, c’est un truc qui vient vraiment du cœur. Et donc, nous, en tant que fans de musique, fans de jeux vidéo, fans de cinéma, nous tentons aussi de faire de la musique qui pourrait servir à une bande-son de film ou de jeu vidéo. Ou si, par exemple, on nous dit qu’on a besoin de Myrath pour faire une bande-son pour tel jeu vidéo ou tel film, d’action ou dramatique, il n’y a aucun problème. C’est l’un des trucs que je veux faire aussi depuis longtemps.

Au final, derrière l’aspect fantastique, qu’est-ce que vous avez voulu raconter avec cette trilogie ?

En fait, c’est une métaphore. « Believier », c’est « believe and carry on », il faut croire en ses rêves, en soi-même, et aller au-delà de nos rêves. Pour « Dance », c’est vrai que nous avons parlé du danseur de ballet syrien, même le journal The Guardian a parlé de lui, je crois. C’est un hommage pour ce mec, mais aussi pour tout le monde, même pour le mec qui se réveille le matin pour aller au travail, pour nourrir ses enfants, combattre le stress de la vie, les obstacles de la vie, etc. mais intégré dans une mise en scène. C’est aussi une métaphore du mot « combattre », de se relever et combattre la haine dans ce monde, de se révolter contre le mal. C’est danser pour la joie de vivre, pour la liberté, contre la haine et contre la guerre. Ce n’est pas qu’une simple histoire d’un danseur. C’est toute une idéologie, si on peut dire.

« ‘Believer’, ‘Dance’ et ‘No Holding Back’, la trilogie, c’est commercial, mais il y a un truc dedans qui est consistant. Ce n’est pas le genre de single commercial pour se foutre de la gueule du monde ou des fans. »

Ce danseur de ballet syrien a reçu des menaces de mort de l’Etat Islamique. En tant que Tunisiens, on peut dire que, d’une certaine manière, vous êtes culturellement et géographiquement à mi-chemin entre la France et un pays comme la Syrie. Est-ce que vous avez parfois l’impression d’être pris en étau par les drames perpétrés par ces fanatiques ?

Franchement, nous ressentons la même chose que tout le monde. Je crois qu’il y a même des gens aux Etats-Unis ou au Japon qui sont au courant de ces atrocités et qui ont vraiment du mal à gober et accepter cette réalité, tout comme maintenant avec ce terroriste en Nouvelle-Zélande qui a tué cinquante personnes dans deux mosquées. Ce n’est pas une question de religion ; le terrorisme n’a pas de religion. Ce sont des gens mentalement malades. Donc ça nous affecte comme ça peut affecter un Français, un Américain ou quelqu’un qui vit en Inde. Et nous aussi, nous avons été confronté au terroriste en Tunisie juste après la révolution, il y avait énormément de problèmes. La Tunisie avait été classée zone rouge partout dans les organisations touristiques. Nous avions des choses très graves, des attentats à la bombe, des attentats avec des armes à feu ou des armes blanches. Nous en avons vu de toutes les couleurs. Je sais que la musique ne peut pas changer le monde mais je suis certain que la musique peut changer les mentalités, qu’elle peut changer les personnes. Et les personnes peuvent changer la société et vice versa. C’est un effet boule de neige.

Malek nous disait en 2016 : “On nous regarde souvent d’un œil différent à cause de nos passeports. Si on doit passer des douanes ou d’un pays à un autre, c’est vrai qu’ils nous regardent différemment parce qu’on a un passeport vert. Ils voient qu’on est tunisiens, donc ils vont nous contrôler un peu plus que les autres, ils vont regarder nos passeports un peu plus que les autres. C’est quelque chose qu’on vit souvent.” Est-ce que de par votre carrière qui vous amène à vous exposer vous et votre culture à travers le monde, vous avez l’impression de jouer un rôle d’ambassadeur de votre culture et de faire changer les regards sur celle-ci ?

Tu as parfaitement raison. Tu as dit ce qu’il fallait dire. Nous sommes presque les ambassadeurs de notre tradition, de notre pays, et pour tout un continent, car nous sommes des Africains. A la base, nous sommes des Berbères, des Amazigh, mais nous sommes quand même dans un continent qui s’appelle l’Afrique. Nous représentons la musique tunisienne, nord-africaine et orientale. C’est ce que nous faisons, nous n’allons pas le cacher. C’est vrai que le mot « oriental » est un peu mal vu aux Etats-Unis. Pour les gens normaux, pas pour les fans de metal… Enfin, ce n’est pas qu’il y a des cons et des génies, mais je trouve que les gens qui écoutent du metal sont plus cultivés, plus ouverts que la masse qui écoute Ariana Grande ou Rihanna. Donc je ne parlais pas des fans de metal aux Etats-Unis, car nous y avons été très, très bien accueillis ; nous avons fait deux fois le Prog Power là-bas, une fois nous avons été invités, et la seconde, c’était en co-tête d’affiche avec le projet de Mike Portnoy. Même les fans qui ne nous connaissaient pas ont adoré le show ; après il y avait presque une heure et demie de session d’autographes : nous signions des cartes, des albums… nous signions même les seins des femmes ! [Rires] Je te jure ! Donc, pour les fans de metal, il n’y a aucun problème, mais je parle du mainstream, quand tu dis « il y a un groupe de metal oriental », rien que le mot « oriental », ça fait peur. C’est pour ça que nous avons opté pour un genre de metal, le blazing desert metal, où on ne trouve pas le mot « oriental » [petits rires].

Malek était aussi très pessimiste sur la scène musicale en Tunisie, il nous disait qu’« ils sont en train de tuer la musique, et surtout le metal, là-bas ». Mais avec la reconnaissance que vous êtes en train d’acquérir à l’international, ça ne fait pas un peu bouger les choses ?

Je crois qu’à notre stade, pour l’instant, nous ne sommes pas assez importants pour pouvoir faire bouger les choses. Peut-être que quand nous aurons sorti cet album plus deux autres, nous aurons vraiment la notoriété et nous seront un grand nom dans l’industrie, dans le monde du metal, pour pouvoir vraiment changer les choses en Tunisie et même au Moyen-Orient. Aujourd’hui, nous sommes considérés comme un groupe de metal qui essaye de survivre dans la scène internationale. Nous sommes les ambassadeurs de la Tunisie, ils sont fiers de nous, sauf que malheureusement, il y a des gens dans les médias, surtout à la télé, qui sont en train de diaboliser le metal et le rock ici en Tunisie. La plupart des genres de musique qui passent à la télé, c’est du rap, du chaâbi et de la pop tunisienne, c’est-à-dire que de la merde commerciale. Par exemple, il y a un mec qui s’appelle Sami El-Fehri qui est, disons, le king du média en Tunisie. Il y a sa chaîne à lui, ses programmes, etc. Il achète des concepts français, comme Touche Pas A Mon Poste, et il les fait sur sa chaîne. Il connaît très bien Myrath, mais il ne nous a jamais invités, alors que nous sommes les seuls en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, en tant que Tunisiens, Arabes… Enfin, moi je me considère en tant que Tunisien berbère, mais il y a beaucoup d’Arabes qui s’identifient en Myrath, et ça nous fait plaisir. Nous sommes les seuls à avoir atteint ce niveau, mais malheureusement, nous sommes mis de côté par les médias tunisiens.

Et justement, dans ce contexte, comment avez-vous fait pour vous intéresser au metal et au rock ?

Au début, nous avons été élevés aux chansons tunisiennes, arabes, du Moyen-Orient, égyptiennes, etc. Nous écoutions ce qui passait à la radio à l’époque. Après, c’est aussi une question d’éducation, je suis issu d’une famille d’artistes. Mon grand-père était metteur en scène au théâtre. Mon père, en dehors de son boulot d’hôtelier, était aussi acteur au théâtre. Ma mère aussi faisait du théâtre et chantait. J’ai donc été élevé dans un milieu d’artistes, donc automatiquement, j’écoutais de l’occidental, de l’oriental, du tunisien, de l’espagnol, etc. Mon oreille s’est un peu habituée à tout genre de musique. Ensuite, à l’âge de treize ans, mon cousin qui vit en Allemagne venait souvent l’été avec la famille pour visiter la Tunisie, ici à Sousse, et il ramenait avec lui des CD de Nirvana, Metallica, Hammerfall, etc. J’ai commencé à écouter avec lui. C’était lui le premier intermédiaire entre moi et le metal. Ensuite, ça a évolué, avec Black Sabbath, Pantera et beaucoup de groupe, y compris des groupes plus commerciaux comme Korn, Limp Bizkit, etc., le début de ces groupes, c’était l’époque. Mais, essentiellement, j’écoutais beaucoup de Pantera, Death, Megadeth, Symphony X et Dream Theater, Black Sabbath bien sûr, Rainbow dont je suis fan… D’ailleurs, le meilleur chanteur, pour moi, ça reste Ronnie James Dio. C’est donc une question d’éducation et d’environnement. Et il s’est passé la même chose pour les autres membres. On peut dire que nous sommes très chanceux d’avoir des familles qui ont été ouvertes à d’autres musiques et d’autres cultures.

« C’est vrai que le mot ‘oriental’ est un peu mal vu aux Etats-Unis. […] Je parle du mainstream, quand tu dis ‘il y a un groupe de metal oriental’, rien que le mot ‘oriental’, ça fait peur. C’est pour ça que nous avons opté pour un genre de metal, le blazing desert metal, où on ne trouve pas le mot ‘oriental’ [petits rires]. »

Les gens vous ont naturellement beaucoup comparés à Orphaned Land, mais dans ce mélange de musique occidentale et orientale, notamment avec un sens de l’accroche, je pense à un autre artiste qui a aujourd’hui beaucoup de succès en France, dans un autre domaine : le trompettiste Ibrahim Maalouf, avec sa fusion de jazz, de pop, de rock et de sa culture libanaise. Et d’ailleurs, comme lui, vous avez fait la première partie de Robert Plant… Du coup, la question qu’on vous a surement souvent posée pour Orphaned Land, je vais te la poser par rapport à lui : est-ce que vous vous sentez proches de sa vision métissée de la musique ?

On peut dire ça, oui ! Nous nous ressemblons beaucoup. Je le sens plus proche de nous qu’Orphaned Land, par exemple, dans son écriture des chansons, dans sa fusion entre l’oriental et l’occidental. Ce n’est pas le même style, mais je crois que nous avons la même vision. Orphaned Land, c’est beau à écouter, mais parfois je sens que c’est un peu monotone, c’est comme du déjà-entendu. Avec Myrath, nous essayons toujours d’évoluer et d’inventer des choses, qui bien sûr viennent du cœur, de l’inspiration… Un journaliste américain nous a dit : « Qu’est-ce qui vous inspire ? » Je lui ai répondu : « On n’a pas besoin d’aller chercher de l’inspiration, car l’inspiration est partout autour de nous dans ce monde bizarre. » Comme je disais, Orphaned Land a son propre son, et pareil pour Myrath, on ne peut pas comparer, ça n’a rien à voir, même niveau production, et je sens qu’ils se penchent beaucoup sur le côté politique, religion, etc., ce qui n’est pas notre cas. Ça n’empêche qu’Orphaned Land est un des groupes qui nous ont influencés et que j’écoute encore, j’aime bien leur musique et j’aime bien les mecs d’Orphaned Land, nous sommes potes – d’ailleurs, je viens juste de féliciter Kobi [Farhi] car il vient d’avoir une fille. Nous avons dernièrement fait une tournée ensemble au Japon, en co-tête d’affiche. Mais pour revenir à ta question, j’écoute beaucoup d’autres artistes qui ne sont pas des groupes de metal, comme Ryūichi Sakamoto qui a fait la bande-son du Dernier Empereur, j’écoute aussi beaucoup de bandes-son de films manga ou de film, comme celles d’Hans Zimmer, etc. et j’écoute aussi Ibrahim Maalouf et des artistes comme Anouar Brahem, un Tunisien qui joue du oud et qui a un peu la même orientation qu’Ibrahim Maalouf. Et Ibrahim Maalouf se rapproche beaucoup de la vision de Myrath parce que tu sens que ce n’est pas monotone, c’est riche en sensations, en sentiments, etc. C’est magnifique ce qu’il fait, j’adore !

Ibrahim Maalouf est quelqu’un qui est très porté sur les collaborations : est-ce qu’on pourrait imaginer un jour une collaboration entre lui et Myrath ?

Franchement, ça serait un grand honneur ! J’aimerais bien ! Pourquoi pas, tout est possible maintenant.

En parlant de collaboration, en 2017, tu es apparu sur une chanson de l’album The Source d’Ayreon. Peux-tu nous raconter ton expérience ?

Avec Arjen [Lucassen], nous nous sommes vus à l’Epic Metal Fest, en Hollande. Nous avions été invités par Epica, c’est leur propre festival ; c’était vraiment génial. Arjen était venu pour rencontrer Epica et ses potes, y compris Myrath. Il est donc venu dans la loge pour nous saluer et il m’a dit : « Zaher, franchement, j’aime bien ce que vous faites, j’aime bien ton chant, ton timbre, et j’aimerais bien qu’on fasse une collaboration ensemble, te donner un rôle pour mon prochain album. » C’est parti comme ça. Mais malheureusement, à cause de contraintes de temps, de logistique, de visa, etc., je n’ai pas pu avoir tout un rôle. J’ai juste enregistré un petit passage de chant religieux. Je lui ai envoyé ça et il m’a dit : « Franchement, la prochaine fois, il faut que je te donne un vrai rôle sur tout l’album. » Donc j’espère qu’il va me rappeler, que je serai dans son prochain album et que j’aurai un meilleur rôle. Après la sortie de l’album de Myrath, je crois que beaucoup de bonnes choses vont arriver.

En 2010, tu as participé à la Star Academy Liban. Aujourd’hui, en France, le télé-crochet qui cartonne, c’est The Voice, auquel de temps en temps des metalleux s’essayent – on a encore récemment vu un candidat tahitien reprendre « Enter Sandman » de Metallica. Compte tenu de ta proximité avec la France, tu n’as jamais été tenté de candidater ?

Avant oui, j’ai été tenté. J’ai été contacté par quelqu’un ayant une certaine influence pour me faire participer à The Voice Liban, mais franchement, j’hésite. Entre la sortie de l’album, le fait que le groupe est en train de grandir et se développer à grande vitesse, et l’impact que ça peut avoir… Si je vais faire The Voice au Liban, par exemple, je sais que ce n’est pas comme en France, ce n’est pas vu par des Occidentaux, c’est vu seulement au Moyen-Orient, par des Arabes, etc. Et puis j’ai peur de l’image que ça peut véhiculer : « Le chanteur de Myrath est parti faire The Voice… », ça ferait un peu du professionnalisme à l’amateurisme. J’aimerais bien, mais j’ai peur de l’impact négatif sur la scène metal. Ça peut nuire un peu à l’image. Et à The Voice France, chanter de l’anglais, et en plus si c’est du metal ou du rock, c’est un peu chaud… Ils aimeraient plus écouter du Florent Pagny, du Pascal Obispo ou du Patrick Bruel que du rock ou du metal.

Que retiens-tu aujourd’hui de ton expérience à la Star Academy Liban ?

Je suis resté deux mois, je trouve que c’était une bonne expérience. Il y a du mauvais et du bon qui m’est arrivé. Le mauvais, ce sont les magouilles, les trucages et les micmacs en coulisse, pour les sondages, etc. Et tout ce qui est fake, jouer la comédie, etc. je déteste ça. Il y avait même un des jurés qui est venu, il m’a dit : « Zaher, je sais que tu es un artiste et que tu aimes bien la musique, mais tu sais très bien que tu es dans un programme de show, et à part le chant et le côté artistique, ce qui compte le plus, c’est le show, les histoires d’amour, etc. » Il m’a demandé : « Il n’y a aucune fille qui t’a plu ? » Je lui ai répondu : « Mais je ne suis pas venu pour flirter avec les filles ! » Il m’a dit : « Oui, mais ça marche comme ça. Sinon tu vas te faire éjecter la semaine prochaine. » Je lui ai dit : « Je ne vais flirter avec aucune fille mais je vais essayer d’être plus sociable. » D’habitude, je suis très sociable, mais apparemment, ça ne leur suffisait pas. Donc, je suis resté deux mois, j’ai fait des rencontres avec des gens magnifiques, des gens talentueux aussi, mais voilà. Je n’ai pas gagné grand-chose, en fin de compte. C’était juste l’expérience en elle-même, et c’est tout.

Interview réalisée par téléphone les 13 et 17 mars 2019 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Robin Collas & Nicolas Gricourt.
Photos : Nidhal Marzouk.

Site officiel de Myrath : www.myrath.com

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