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Chronique   

Napalm Death – Apex Predator – Easy Meat


Si pour le fan de metal, l’agressivité de sa musique préférée va de soi, si pour une partie d’entre eux grunts, blast beats et riffs acérés envoyés à la mitraillette dans les tympans sont même indispensables, reléguant le reste dans les bacs « hard rock », pour tout autre auditorat, le metal extrême, avec ses sonorités tout à fait inouïes dans leur champ auditif quotidien, est sans doute rangé dans une frange tellement lointaine qu’il se retrouverait aisément dans le voisinage des musiques expérimentales. Et, en effet, chaque groupe pionnier dans son genre a certainement été un expérimentateur, un soldat de l’avant-garde suivi, sitôt le terrain tâté, par le gros des troupes. Et ce n’est pas parce que Napalm Death a forgé le grindcore au début des années 80 qu’il en est resté là : il s’est maintenu lui-même et le style qu’il a engendré dans ce proche voisinage du registre expérimental. Et Utilarian, quinzième opus de la bande, avait encore prouvé cela il y a trois ans, se rapprochant au moins le temps d’un morceau (« Everyday Pox ») du free-jazz avec l’aide du saxophoniste John Zorn.

En ce début d’année 2015, Napalm Death revient avec ce nouvel album, Apex Predator – Easy Meat, pour réitérer l’expérience. Mais pas à l’identique car il n’est pas question pour le groupe de faire deux fois le même album, même après plus de trente ans d’existence, bien que la base conserve les mêmes éléments : cette brutalité compacte, inextricable, telle la constriction mortelle du serpent développée sur plusieurs dizaines de minutes, par de multiples pressions convulsives successives. En cela, ce nouvel album de Napalm Death est déjà assurément une véritable expérience sensitive pour l’auditeur.

Mais il faut d’abord pénétrer dans ce temple-abattoir du Prédateur Suprême pour mieux communier avec lui. Après un démarrage solennel, cérémoniel sur le morceau d’ouverture éponyme tribal-industriel et dérangeant, on s’avance au milieu d’un culte souterrain d’un dieu python venu d’un âge barbare. Rite initiatique afin d’atteindre la transe qui mène à la désinhibition nécessaire pour laisser sa mue, sa pelisse d’homme civilisé derrière soi pour mieux sentir pendant les trente-cinq prochaines minutes sa nuque se délier jusqu’à atteindre une souplesse serpentine et laisser son cerveau reptilien, le pur instinct, prendre les commandes. Car, si Napalm Death est connu pour ses thèmes engagés, il n’est point de pensée qui saura se former longuement en écoutant cet album, le corps seul agit. Les blasts de batterie ne cessent de produire d’irrépressibles tremblements dans les gambettes (« Metaphorically Screw You », « Stunt Your Growth ») et les éternelles racines punk-hardcore du groupe – mais avec cette vitesse d’exécution et une agressivité décuplée – donnent toujours l’impression que tout est dit en moins d’une minute alors qu’on n’en est parfois qu’au tiers de la course sauvage de tel ou tel morceau.

Mais par-delà des compositions en apparence « droit au but » percent certaines subtilités à pêcher dans la masse, que ce soit ces rythmes saccadés apportant un groove enivrant ou ce « Hierarchies » avec ce jeu de cymbale, ses chœurs mélodiques, son solo thrash, le tout sur fond de percussions gargantuesques. Enfin, il y a ces moments où ils lèvent la pédale jusqu’au bord du doom, comme sur un « Dear Slum Landlord » ou la dernière minute d’un « Beyond The Pale », mais c’est toujours pour maintenir son public sous la pesanteur tyrannosauresque de leur fureur. Et quand tout prend fin dans un « Adversarial / Copulating Snake », pas question de ralentir avant la seconde moitié du titre pour fermer à lourds coups d’attendrisseur à viande cette parenthèse de près de quarante minutes de brutalité (presque) ininterrompue. Durée parfaite pour un dosage parfait. Expérience réussie. Il n’en fallait ni plus ni moins pour avaler ce boulet de chair à canon sans étouffer sur la fin.

Ci-dessous les titres ‘How The Years Condemn » et « Cesspits » :

Album Apex Predator – Easy Meat, sortie le 27 janvier 2015 chez Century Media Records.



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  • Napalm death est un groupe assez spécial à vrai dire. Comme pour AC/DC et beaucoup d’autres groupes, on écoute un titre inconnu auparavant et on se dit de suite « tiens, c’est du Napalm… ».
    Mais à la différence d’Ac/DC, on n’a pas l’impression d’avoir écouté ça avant.
    Chaque nouvel album est différent de ses prédécesseurs, rafraîchissant constamment leur style. Et comme à chaque écoute d’un nouvel album de Napalm, on se dit que c’est le meilleur, mais il n’est en rien meilleur que les précédents, ni moins bon, c’est juste excellent à chaque coup. Pas un album n’est à jeter, pas un mérite plus l’écoute qu’un autre.
    À l’écoute de celui-ci, même réaction, on reste au plus proche de ce que doit être un album de metal. Mes cervicales endolories en redemande, je vais me faire un petit « The code is red… long live live the code » tiens.

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  • Napalm death est un groupe assez spécial à vrai dire. Comme pour AC/DC et beaucoup d’autres groupes, on écoute un titre inconnu auparavant et on se dit de suite « tiens, c’est du Napalm… ».
    Mais à la différence d’Ac/DC, on n’a pas l’impression d’avoir écouté ça avant.
    Chaque nouvel album est différent de ses prédécesseurs, rafraîchissant constamment leur style. Et comme à chaque écoute d’un nouvel album de Napalm, on se dit que c’est le meilleur, mais il n’est en rien meilleur que les précédents, ni moins bon, c’est juste excellent à chaque coup. Pas un album n’est à jeter, pas un mérite plus l’écoute qu’un autre.
    À l’écoute de celui-ci, même réaction, on reste au plus proche de ce que doit être un album de metal. Mes cervicales endolories en redemande, je vais me faire un petit « The code is red… logiciel live the code » tiens.

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  • Game-system dit :

    Les années passent et ce groupe est toujours aussi brutale, impressionnant.

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  • Enfin une vraie musique!!!!

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