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Chronique   

Napalm Death – Throes Of Joy In The Jaws Of Defeatism


Cela fait plus de trente ans que Napalm Death continue d’entretenir sa réputation, surnommé les « rois du grind » à tort ou à raison. De quoi attester de l’importance cruciale de Napalm Death au sein de la scène extrême, introduit au monde entier par Scum en 1987. Depuis Napalm Death a enchaîné les albums avec une posture politique parfaitement affirmée et une volonté constante d’expérimenter de nouveaux éléments et d’éviter de sombrer dans une brutalité monolithique. Le groupe s’est accordé cinq années de pseudo-répit dans sa discographie depuis Apex Predator – Easy Meat (2015), concentré sur les tournées plutôt que sur l’enregistrement d’un nouvel opus. Throes Of Joy In The Jaws Of Defeatism est né d’une multitude de micro-sessions d’enregistrement organisées depuis 2017. Un rythme loin de la course effrénée qui gouverne habituellement la réalisation d’albums studio. Napalm Death a le statut qui lui permet de prendre son temps. Difficile de le blâmer : Throes Of Joy In The Jaws Of Defeatism correspond parfaitement à l’ADN de Napalm Death : une violence à plusieurs degrés et un soupçon d’élégance, le tout au service d’une réflexion sur le traitement d’autrui, notre perception de l’étranger et nos réactions à son existence et son influence supposée.

Throes Of Joy In The Jaws Of Defeatism est à nouveau le fruit d’une collaboration avec le producteur Russ Russell, conscient de la nécessité de faire évoluer ses techniques en phase avec la volonté d’innovation de Napalm Death. Shane Embury a composé l’intégralité des compositions. Mitch Harris – en retrait du groupe depuis fin 2014 – a seulement participé à quelques prises de guitare, tout comme le guitariste live John Cooke. « Fuck The Factoid » entre immédiatement dans le vif du sujet : Napalm Death honore son essence grind et délivre une brutalité tout juste nuancée par les dissonances de guitare, seul havre mélodique au milieu d’une déferlante de haine qui aboutit à un final quasi mathcore. Mark « Barney » Greenway a toujours cette puissance et cette hargne bestiales qui le caractérisent. Throes Of Joy se présente en écorchant. Très vite, Napalm Death présente les autres facettes de son jeu. « Backlash Just Because » nous gratifie d’un riff marquant par son sens du groove, presque une respiration bienvenue qui contraste avec ce goût pour la vitesse. Les Anglais s’efforcent de faire coexister des articulations rythmiques chiadées et des plages plus décérébrées dans un déferlement généreux de riffs. Comme à l’accoutumée, Napalm Death parvient ainsi à créer une dynamique omniprésente sans exténuer. « Contagion » s’éloigne ainsi du grind typique pour adopter une formule plus proche du death ou d’un thrash à la Testament époque The Gathering (1999). Les mouvements mélodiques qui accompagnent un effet de voix cryptique et grandiloquent sur ce « contagion » scandé illustrent cette science du détail prônée par Napalm Death.

Napalm Death perdure parce qu’il varie, credo auquel obéit sagement Throes Of Joy. « Joie De Ne Pas Vivre », hommage au groupe suisse The Young Gods, se présente comme un titre usant du vocabulaire de l’indus, utilisant une approche bruitiste, malsaine voire démente (la prestation de Barney est proprement terrifiante), centrée autour de la basse comme unique colonne vertébrale. « Amoral » reprend quant à lui le lexique aisément reconnaissable de Killing Joke avec une rythmique sautillante et un jeu de guitare proche du style fluide et mélodique de Kévin « Geordie » Walker. Cette philosophie plus rock s’accorde parfaitement avec le timbre éraillé de Barney. Un registre qu’on retrouve également à travers la rythmique binaire inflexible d’« Invigorating Clutch » qui s’élance après une longue introduction ambiante. Napalm Death se transforme à nouveau en laborantin des sonorités sur « A Bellyful Of Salt And Spleen », succession de vociférations et de chant presque cultuel, d’accents de basse martelées, de batterie tribale massive et de bruits de machines infernales en arrière-plan. Une simple mélodie aérienne à peine discernable vient guider l’auditeur au milieu d’une cacophonie organisée. C’est là le plus grand talent de Napalm Death : distiller juste ce qu’il faut d’éléments pour conserver l’attention de l’auditeur. Pour ce faire, le groupe use de changements de registre abrupts, à l’instar de « Zero Gravitas Chamber » qui passe d’un genre de punk-metal au grind en quelques secondes, ou a recours à des arrangements infimes : les dissonances brèves au milieu des multiples changements de rythme d’« Acting In Gouged Faith » empêchent l’indigestion.

Throes Of Joy In The Jaws Of Defeatism présente un Napalm Death plus encore axé sur la diversité de ses influences que sur les efforts précédents. Comme s’il poussait encore un peu sa démarche habituelle. Le seizième effort du groupe joue le rôle de rappel : le groupe existera tant qu’il saura maintenir son excitation pour la musique, ce qui passe par un désir constant d’essayer. Napalm Death prouve que vétéran n’a jamais été synonyme de dépassé.

Clip vidéo de la chanson « Amoral » :

Lyric vidéo de la chanson « Backlash Just Because » :

Album Throes Of Joy In The Jaws Of Defeatism, sortie le 18 septembre 2020 via Century Media Records. Disponible à l’achat ici



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