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Live Report   

Ne Obliviscaris : Tempête progressive sur la France


Après trois albums, un passage au Hellfest et au Motocultor en 2015, ainsi qu’une tournée avec Cradle Of Filth en 2015 et Enslaved à l’automne 2016, Ne Obliviscaris est enfin la tête d’affiche d’une tournée européenne. Avec pas moins de cinq dates, la France est particulièrement gâtée par cette grande tournée qui est une première pour les Australiens. En plus d’une reconnaissance amplement méritée pour le groupe qui va défendre Urn, son dernier album en date, l’affiche a de quoi faire saliver les amateurs de metal extrême aux tendances progressives avec deux noms du death technico-mélodique : le poids lourd d’Allegaeon et les très prometteurs Virvum.

Des concerts qui peuvent prouver aux sceptiques, s’il en reste encore, que lier la férocité noire aux mélodies aériennes n’a rien d’impossible. Depuis le mois de mars, le Vieux Continent en est convaincu, et c’est bien l’Hexagone qui aura le privilège d’être le point de chute de cette vaste tournée. Nous étions donc sur place pour les deux derniers concerts de la tournée, au Gibus à Paris le 1er Mai et à l’Autre Canal de Nancy le lendemain. Ces deux dates qui ont marqué le clap de fin de cette aventure, et particulièrement la dernière, présenteront quelques éléments scéniques parfois… atypiques.

Artistes : Ne Obliviscaris – Allegaeon – Virvum
Dates : 1er & 2 mai 2018
Salles : Gibus & L’Autre Canal
Villes : Paris [75] & Nancy [54]

Virvum

Avec seulement un album au compteur, la formation suisse Virvum vient présenter au public français qui le connait encore que trop peu Illuminance, son album paru en 2016 chez Season Of Mist. Devant un public encore peu nombreux et éparse à Nancy, le groupe semble tout de même bien désireux d’en découdre pour cette dernière prestation qui est une formidable opportunité pour mieux se faire connaître. Mais surtout pour rameuter de nouveaux fidèles, car force est de constater que les Suisses délivrent une performance plus que convaincante. Si leur death metal est complexe, il n’en reste pas moins efficace avec des riffs acérés qui tirent sur la colonne vertébrale pour forcer au headbang. La prestation est parfaitement carrée et irréprochable, et même le chanteur ne s’est pas laissé perturber par les membres d’Allegaeon venus avec deux pancartes en carton, mettant en avant un pénis géant dessiné et l’inscription « Nic (ndlr : le guitariste) is whack », délicatement déposées sur la scène.

Cette première boutade (ou crasse, au choix) sera la première d’une longue série à Nancy… Revenons à la musique, car résumer Virvum à un death qui tabasse serait une faute. En effet ils disséminent avec parcimonie dans leurs compositions des passages musicaux plus légers, voir quasi-atmosphériques, et qui prennent tout leur sens en live. Ces instants planants auront d’ailleurs un effet des plus notables sur l’audience, un repos des cervicales qui ne sera pas démérité pour quelques headbangueurs conquis devant la scène de l’Autre Canal. Avec un son globalement bon, nul ne doute qu’un effet coup d’éclat a retenti pour les amateurs de death metal plus riche et subtile qu’il n’y parait… Groupe à suivre par la suite, donc.

Setlist :

Illuminance
Ad Rigorem
Tentacles Of The Sun
I: A New Journey Awaits
II: A Final Warning Shine: Ascension And Trespassing

Allegaeon

Contrairement à leur prédécesseurs, Allegaeon a une notoriété plus acquise dans la scène death technique. Après une série de derniers réglages niveau son, et notamment le réglage des samples avec l’utilisation du refrain d’un chanteur russe un peu spécial devenu célèbre en tant que meme sur internet, les Américains peuvent fouler les planches. Et si nous avions affirmé au moment de la sortie de Proponent For Sentience qu’on devrait compter sur Allegaeon à l’avenir, leur prestation vient surligner en rouge notre propos. Une majeure partie de leur set sera consacrée à cet album, sans délaisser le passé avec un titre chacun pour Fragments Of Form And Function et Elements Of The Infinite, et même le futur avec le nouveau morceau « Extremophiles ». Une fois encore le public est attentif et assez rapidement captivé par Allegaeon, de manière plus ou moins démonstrative avec quelques mouvements de cheveux pour une partie d’entre eyx. A nouveau, la scène de L’Autre Canal sera le théâtre de quelques blagues entre les groupes. Ainsi le chanteur se verra offrir en plein milieu d’un morceau un verre de vin par un homme du staff de Ne Obliviscaris en slip.

Un autre débarquera avec un matelas et une couverture et se couchera sur « Gray Matter Mechanics – Apassionata Ex Machinea » pour rattraper son sommeil (une tournée de cette ampleur, ça use), le chanteur n’hésitant pas à venir à lui hurler ses lyrics dans les oreilles. Mais rien ne déstabilisera les musiciens, pas même la bouteille d’alcool que le batteur Brandon Park et l’un des guitaristes sera contraint de boire… Si on s’amuse à voir les musiciens se charrier dans ces tentatives factices de saccages scénique, c’est surtout la complicité franche qui semble exister entre Ne Obliviscaris et Allegaeon qui fait plaisir à voir. Ainsi les spectateurs accrochent à cette prestation sans couac… enfin presque, puisque l’une des guitares lâchera pendant le dernier morceau « Accelerated Evolution » à Nancy, et le problème arrivera à se régler non sans quelques déboires techniques… Même si le morceau perd un peu de sa saveur et faiblit plus globalement la prestation, Allegaeon aura l’ovation qu’il mérite. Espérons que les Américains repassent prochainement par chez nous, le groupe venant pour la première fois en France à l’occasion de cette tournée.

Setlist :

Proponent For Sentience III – The Extermination
Gray Matter Mechanics – Apassionata Ex Machinea
Extremophiles
From Nothing
1. 618
Accelerated Evolution

Ne Obliviscaris

C’est incontestablement un grand moment pour les fans français de Ne Obliviscaris qui sont de plus en plus nombreux. Si les Australiens sont venus plusieurs fois en France, c’est bien la première fois qu’ils bénéficient d’un set qui dépasse les 90 minutes. Ce n’est pas négligeable pour un groupe de metal progressif puisque dire que les morceaux sont longs est un doux euphémisme. Et cette fan-base est bien réelle quand on voit les t-shirts et sweats à l’effigie du groupe. Néanmoins, le concert à Nancy est loin d’afficher complet, ce qui est bien dommage. Le back drop géant à l’effigie de Urn est installé, les deux groupes précédents ont bien chauffé la salle, et tout semble en place quelques minutes avant le début du concert, Ne Obliviscaris peut démarrer.

Lorsque nous avions évoqué Urn nous avons souligné que ce troisième disque semblait suivre une certaine continuité et était à entendre avant tout comme un nouveau chapitre succédant à Citadel. L’ouverture avec le sample de « Devour Me, Colossus (Part II): Contor » qui concluait Citadel et s’enchaînant directement avec « Libera (Part I) – Saturnine Spheres » affirme cette logique. Sans surprise c’est le premier titre du nouveau disque qui aura la tâche d’introduire le concert, et c’est une évidence car le morceau installe d’emblée l’atmosphère de Ne Obliviscaris tant par son côté grandiose qu’émotionnel. Si cette pièce est puissante en studio, elle souffrira d’un son mal desservi sur scène à Nancy perdant un peu de panache.

Ne Obliviscaris

La qualité du son sera d’ailleurs le véritable point noir sur les deux dernières dates de cette tournée. Si celui-ci n’en est pas non plus au point d’être inaudible, il n’est pas optimal pour un groupe qui est pourtant particulièrement exigeant sur ce point en studio, notamment au Gibus de Paris où les seuls instruments audibles seront le violon et la batterie. Ayant pu voir le groupe à d’autres occasions, nous serions tentés de rejeter la faute sur la fatigue due à cette fin de tournée… L’épuisement est d’ailleurs assez visible chez les musiciens quand on y prête attention, non pas sur le plan technique mais sur l’aspect physique. Cela n’empêchera néanmoins pas les artistes de se livrer jusqu’au bout et sans coquille, et ils sont de fait tout à fait excusés comme en témoigne la ferveur du public pour le groupe. Côté setlist, les fans de la première heure seront ravis avec « And Plague Flowers The Kaleidoscope », l’une des pièces maîtresses de Portal Of I qui viendra en deuxième position de set. Les quelques fredonnements des parties de violon introduisant le morceau par une partie du public montrent que ce morceau est un véritable hymne dans la discographie des Australiens.

Cependant, il s’agira du seul titre du premier album quelque peu délaissé au profit du dernier qui lui sera quasiment joué dans son intégralité. D’un tube à un autre c’est donc « Intra Venus » qui suivra. Le charismatique et toujours souriant Tim Charles, violoniste et vocaliste sur le chant clair, évoquera en introduction le plaisir qu’ils ont eu à jouer avec Virvum et le déplaisir à jouer avec Allegaeon (qui n’ont pas manqués d’être taquins, mais nous y reviendrons plus tard) avec qui ils ont partagé les scènes européennes et nord-américaines fin 2017. Pour marquer le coup, le chanteur d’Allegaeon Riley McShane viendra chanter aux côtés de Xeynor sur le refrain d’Intra Venus, et si de prime abord on aurait pu penser que par la différence des chants le morceau soit un peu dénaturé, c’est finalement tout le contraire qui se produit avec une alchimie qui fonctionne totalement. Suite à ce moment de partage Riley fera une franche accolade à Tim, et une plus timide à Xeynor mais ce dernier ne semble pas être l’homme le plus tactile et câlin du monde, confirmant l’amitié naissante entre les deux groupes que nous avions soulignés précédemment.

Ne Obliviscaris

La prestation se poursuit avec la titanesque « Painters Of The Tempest (Part II): Triptych Lux » de Citadel se décomposant en trois mouvements et qui sera donc interprété intégralement là où elle se trouvait sectionnée sur des précédentes dates. L’ambivalence de Ne Obliviscaris entre l’obscurité et la lumière, ici parfaitement représentée sur la pièce maitresse de Citadel, est aussi mise en exergue par les protagonistes sur scène. Difficile de trouver pareil contraste avec Tim extrêmement communicatif et lumineux par sa présence et son dynamisme scénique, et son exact opposé incarné par Xeynor très introverti, sérieux et intrinsèquement sombre. En exécutant son growl puissant derrière ses longs cheveux noirs et lisses, le chanteur a de quoi impressionner et jette à lui seul une noirceur que l’on devine franchement honnête. Les autres musiciens eux sont plus expressifs, et semblent avoir gagnés en confiance et en liberté au fur et à mesure des années. Même la nouvelle recrue à la basse Martino Garattoni semble à son aise, et ce dernier ne manquera pas de faire des prouesses techniques à la basse, démontrant sa légitimité en tant que successeur de Cygnus. Mais à côté de cela Xeynor reste d’un froid implacable qu’il ne semble pas surjouer.

C’est d’ailleurs la force de Ne Obliviscaris et de cet artiste complet, puisqu’il dessine également les artworks du groupe, il dépose et transmet ses blessures les plus profondément enfouies… et ça fonctionne au vu de l’aura qu’il dégage à lui seul. Mais d’un pôle à l’autre il n’y a qu’un pas, en illustre l’enchaînement avec « Eyrie » qui est sans doute le morceau le plus calme et éthéré des Australiens. Cette balade à la fois belle et émotionnelle titillera la corde sensible de plusieurs spectateurs qui sembleront la découvrir en live; on remarquera même quelques personnes du public sortir une petite larmichette. Ne Obliviscaris continue de promener ses spectateurs en concluant avec le titre éponyme du dernier album et en jouant les deux parties qui la compose, terminant le set avant le rappel par l’agressive seconde partie « As Embers Dance in Our Eyes »… Xeynor, qui a fait des allers-retours en coulisses pendant les moments où il n’intervenait pas, ne chantera d’ailleurs pas sur le dernier refrain à Nancy. N’était-il plus en capacité physique ou était-ce un effet désiré ? Difficile de trancher avec certitude, mais au vu de l’attitude du chanteur pendant la dernière date, nous pencherions pour la première option… Quoi qu’il en soit il sera bien de retour pour le rappel, et c’est « Devour Me, Colossus (Part I): Blackholes » qui se charge de conclure la soirée sur les deux concerts.

Ne Obliviscaris

Comme souligné à plusieurs reprises, la date de Nancy était particulière puisqu’il s’agissait de la dernière, et si Virvum et Allegaeon ont eu le droit à quelques « perturbations » volontairement causées, Ne Obliviscaris en fera aussi les frais… Le public assistera donc à des scènes complètement insolites. Si la magnifique « And Plague Flowers The Kaleidoscope » peut inspirer pour beaucoup l’émotion ou l’introspection, pour les Américains d’Allegaeon la piste leur a plutôt inspiré un bière-pong. Oui, nous parlons bien du jeu que l’on peut faire avec ses amis dans les soirées arrosées dans l’unique but de gaspiller de la bière pour se « cuire la tronche » un peu plus. Les musiciens se sont installés au milieu du morceau près de la batterie pour jouer et boire des bières cul-secs. « Painters Of The Tempest (Part II): Triptych Lux » ne sera pas non plus épargnée de l’intervention des Américains qui viendront faire un pique-nique à base de fruits, et les Australiens viendront s’installer avec eux tout en continuant à jouer, avant que certains fruits ne finissent dans le public, évidemment.

Les guitaristes et le bassiste de Ne Oblivicaris ne manqueront pas à leur tour de faire les idiots, en s’accroupissant et se relevant de manière bien ridicule (mais synchronisée) sur Urn, et revenant sur scène après le rappel avec ce qui semble être des masques de David Hasselhoff (?), parce que c’est la dernière et que tout le monde se lâche, décompresse et déconne. Tout le monde ? Pas vraiment. Le très sérieux Xeynor ne semble pas vraiment apprécier les interventions de ses collègues américains, esquissant un micro sourire qui semblait forcé lors de la première intervention. Il est d’ailleurs le seul à s’être franchement détaché de ces scènes absurdes en se contentant de les ignorer un maximum (même lorsqu’il est filmé de très près en plein headbang par un membre d’Allegaeon).

Ne Obliviscaris

Mais en réalité on ne peut réellement deviner la réaction de Xeynor si ce n’est par le jugement de son regard de glace et son refus de se plier à ce jeu-là… Côté public, si une partie semblait amusée par ce qu’il se passait sur scène, une autre semblait être moins réceptive à cet humour. On peut également le comprendre puisque cela vient faire une rupture avec l’effet scénique voulu par le groupe. Mais reconsidérons la chose : c’est avant tout un spectacle musical, est-ce que tout est à prendre absolument au sérieux ? Chacun aura sa réponse dans cet éternel débat…

Le line-up de ces soirées proposaient trois groupes qui semblent tous destinés à évoluer et à grandir dans leurs scènes respectives. Même s’il y a un effet indésirable de fatigue de fin de tournée qui s’est fait ressentir sur le son et sur la prestance scénique, sans parler évidemment des farces sur la date de Nancy, la magie a réussi à prendre. Le choix de la setlist pouvait aussi être discutable en ce qui concerne Ne Obliviscaris qui a opté pour les musiques les plus récentes. Mais finalement il y a bien une question qui réside dans la tête des fans et des nouveaux adeptes du (et des) groupe(s)… A quand la prochaine fois ?

Setlist :

Devour Me, Colossus, (Part II): Contortions
Libera (Part I): Saturnine Spheres
And Plague Flowers The Kaleidoscope
Intra Venus
Painters Of The Tempest (Part II): Triptych Lux
Eyrie
Urn (Part I): And Within The Void We Are Breathless
Urn (PartI II): As Embers Dance In Our Eyes
Devour Me, Colossus (Part I): Blackholes

Report : Jean-Florian Garel
Photos : Matthis Van der meulen



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  • « et une plus timide à Xeynor mais ce dernier ne semble pas être l’homme le plus tactile et câlin du monde »

    J’ai éclaté de rire : c’est très joliment dit 😀 Il est glacial, le monsieur.

    Et en fait, c’est ça qui fait que ça marche : le contraste entre lui et Tim donne une personnalité terrible au groupe.

    J’étais à leur concert à Nantes, juste avant celui du Gibus il me semble. J’y suis allé surtout pour prendre des photos, connaissant le groupe d’assez loin : j’avais écouté leurs albums en bossant, sans faire trop attention, et n’avais retenu un peu précisément qu’une ou deux choses. (Dont l’intro de « And plague flowers… », magnifique.) J’étais surtout accroché par leur idée de se faire salarier par les fans, idée que je trouve magnifique et que je suis depuis le début (sans pouvoir participer pour le moment parce que j’ai vraiment pas une thune).

    J’ai pris une énorme claque, sans doute la plus grosse de ma vie en concert. Un groupe ultra carré, terriblement pro mais néanmoins très vivant, chacun laissant transparaitre sa personnalité sans retenue et sans que ça nuise au sérieux du concert. Les deux guitaristes s’amusent manifestement beaucoup, l’un d’eux (pas Ben, l’autre) s’amusant effectivement parfois à danser bizarrement. Les deux chanteurs évidemment attirent toute l’attention, et je le redis mais le contraste entre eux deux m’a fasciné tout le long. Étrange bonhomme que ce Xen, et étrange collaboration entre lui et Tim, si différents alors qu’une telle collaboration pendant si longtemps ne peut que tenir sur une vraie amitié. Intriguant.

    Et le concert est un peu pareil, avec des alternances de moments sombres et violents et d’autres aériens et joyeux, le tout étant néanmoins parfaitement cohérent sur la longueur (et servi, à Nantes, par un son franchement très propre).

    Vraiment, j’en suis sorti le souffle coupé, conscient d’avoir vécu un moment qui ne pouvait que marquer un cap dans ma vie de musicien/mélomane.

    (Et pour apporter ma pierre au débat, je dois dire que je n’aurais pas vraiment apprécié les interventions humoristiques pendant le concert…)

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