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Chronique   

Ne Obliviscaris – Urn


Un seul album a suffi pour que le nom de Ne Obliviscaris raisonne au-delà des frontières du cinquième continent. Si Portal Of I sorti en 2012 surprenait par son alliance osée entre la férocité du metal extrême et la beauté sensible de la musique classique et du jazz, l’album dépeignait également comme nul autre une mélancolie profonde. Cela leur vaudra d’être rapidement repéré par un public qui s’amassera en très peu de temps pour soutenir le projet des Australiens, et même financièrement, grâce à une campagne Patreon couronnée de succès. Ils signeront avec le label Season Of Mist pour sortir un deuxième album, Citadel, en 2014, leur permettant de pousser plus loin ce versant progressif en y incluant d’autres styles musicaux, comme le flamenco qu’ils associeront à une musique plus agressive encore. Les musiciens reviennent cette année avec Urn, un troisième album qui confirmera si leur son atypique a le même charme qu’à leurs premières heures.

On le sait désormais, l’art de Ne Obliviscaris réside dans sa capacité à fusionner subtilement poigne et délicatesse, confondre le jour et la nuit, naviguer entre la vie et la mort… L’ouverture de l’album démontre qu’Urn ne déroge pas à cette règle, se montrant plus comme une suite cohérente et logique des précédents travaux que l’introduction d’une nouvelle œuvre. Le disque est d’ailleurs composé, comme son prédécesseur, en plusieurs « grands mouvements ». C’est donc en douceur, par quelques notes légères de guitare, basse et pizzicato de violon, que démarre « Saturnine Spheres », toujours dans le but de mieux s’élancer dans une musique corrosive, avec en premier lieu le chant clair et convenu de Tim Charles. C’est ensuite à Xeynor de poser son impressionnant chant extrême, dans cet esprit de dualité qui donne sens à l’œuvre du combo. L’auditeur retrouve également le jeu de basse volubile, fondamental dans la composition des Australiens, dans une veine proche de Cynic. Pas étonnant que le groupe ait fait appel à l’ex-bassiste live de Cynic, justement, Robin Zielhorst, suite au départ de Brendan « Cygnus » Brown en début d’année, offrant une approche remarquablement similaire à ce dernier aux compositions. Fidèles à leur formule, un passage flamenco mélancolique en milieu de morceau emmène l’auditeur dans une sorte de danse funeste, mise en exergue par la tristesse du violon. Mais Ne Obliviscaris montre qu’il a plus d’une corde à son arc et les premières surprises se font entendre sur une conclusion toute en puissance avec des chœurs lointains pour un rendu des plus épiques et grandioses.

L’approche progressive des Australiens veut incontestablement jouer sur les émotions. Pour cela ils gratifient l’auditeur de passages acoustiques instrumentaux (« Libera (Part II) – Ascent Of Burning Moths »), rappelant évidemment un Opeth en milieu de carrière, mais on y retrouve également un état d’esprit mélancolique proche de A L’Âme Enflammée, L’Âme Constellée… de Gris, en particulier sur le trio violon, guitare acoustique et violoncelle. Seulement les musiciens ne se contentent pas d’évoluer dans l’obscurité… Ainsi, la très aérienne « Eyrie » racontant le mythe de Laurelei pose d’abord une ambiance proche du féerique, étayé par un chant clair doux et chaleureux. Toujours en maniant l’art du calme avant la tempête, avec cette pièce de près de douze minutes, les Australiens parviennent à conter musicalement une histoire, avec ses bouleversements, ses phases d’intensités, une fluidité harmonieuse, ainsi qu’une beauté exquise.

Le morceau éponyme se décompose en deux parties et se veut bien plus ténébreux, en écho à l’atmosphère de Portal Of I. Le blast-beat sur « Urn (Part I) – And Within The Void We Are Breathless », les variations de growl de Xeynor et le jeu de guitare frénétique pour un ensemble black/death projette l’auditeur dans les abysses où Tim Charles aura pour rôle de souligner le tragique des mélodies de cordes. La furieuse « Urn (Part II) – As Embers Dance In Our Eyes » et ses contours death mélodique s’achève avec un puissant chant d’outre-tombe dans une sinistre apothéose.

Avec Urn, Ne Obliviscaris poursuit son ascension dans la scène extrême et conserve ce qui constitue son essence. En ça on pourrait craindre le manque de surprise. Mais si son univers sombre reste sensiblement le même, le combo parvient à conter des histoires nouvelles que l’auditeur découvre et redécouvre au fil des écoutes. Une magnificence noire qui ne manquera pas de bouleverser nombre de ceux qui choisiront de la contempler.

Chanson « Urn (Part II) – As Embers Dance in Our Eyes » en écoute :

Chanson « Urn (Part I) – And Within The Void We Are Breathless » en écoute :

Clip vidéo de la chanson « Intra Venus » :

Album Urn, sortie le 27 octobre 2017 via Season Of Mist. Disponible à l’achat ici



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