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Chronique   

Nickelback – Get Rollin’


Nickelback revient pour une dixième offrande, cinq ans après Feed The Machine (2017). Ceux qui en sont restés au succès planétaire d’« How You Remind Me » et aux mèches blondes de Chad Kroeger pourraient avoir une fausse idée de ce qu’est réellement le groupe canadien. « Pourraient », car en réalité… Nickelback est trop friand de sa formule pour marquer des évolutions trop importantes. Les Canadiens sont devenus l’un des mastodontes du rock d’aujourd’hui, un rejeton post-grunge qui a su tirer son épingle du lot et vendre des millions d’albums. Désormais, Nickelback a le luxe de prendre son temps et de ne pas s’imposer de délais trop restrictifs. Get Rollin’ s’est réalisé tranquillement, avec simplement le souci de « muscler » les débats. Cependant, Nickelback reste l’un des derniers distributeurs PEZ du rock en activité.

Sans conteste, Nickelback a durci le ton. Le premier roulement du tube « San Quentin » qui introduit Get Rollin’ ne tarde pas à donner raison au groupe. Les guitares sont plus lourdes et agressives et les beats plombés. Nickelback pratique une sorte de heavy rock entraînant où tout est martelé, Chad Kroeger se plaît même à érailler sa voix plus qu’à l’accoutumée. Les guitares n’hésitent pas à en revenir aux formules du rock d’antan avec quelques leads bien sentis : Get Rollin’ présente d’abord Nickelback comme un groupe de Rock US loin des effusions sentimentales. « Skinny Little Missy » entérine ce constat, en alourdissant davantage le propos et en flirtant légèrement avec les terres du party-rock. Nickelback apprécie les lentes progressions qui font la part belle au groove, qui donnent autant envie de se déhancher maladroitement dans un jean trop étroit que de chauffer la nuque. Il y a presque une approche grossière tant les ficelles sont balancées au visage et tant le surjeu n’est pas loin – c’est peut-être ce qui fait finalement le charme de Nickelback justement. « High Time » est d’ailleurs une petite surprise, sorte de mélange étrange entre country-rock et élans funk. Un titre feel-good qui permet à Chad Kroeger de multiplier les gimmicks. Personne ne peut reprocher à Nickelback de très vite occuper l’espace mental de l’auditeur : « High Time » est aussi intrigant que facile à siffloter. Le paroxysme de la formule Get Rollin’ est atteint avec « Vegas Bomb » qui vient faire de l’œil à Black Label Society et d’autres zélotes du culte du riff massif et bien articulé. Sur certains aspects du titre, Nickelback n’est pas très loin du sludge néo-orléanais. Il s’en tient à distance avec cette dose de sensualité omniprésente.

Nickelback donne cependant l’impression d’avoir coupé la poire en deux. Si les prémices glucosées interviennent dès les guitares acoustiques de « Those Days », le groupe donne l’impression d’aborder une deuxième partie de l’album avec « Tidal Wave ». Comme si les biceps n’avaient plus d’importance, seulement les tatouages. Nickelback laisse s’exprimer quelques arpèges de guitare et une basse rondelette pour permettre à la reverb’ du chant de Chad de se placer sur un piédestal. « Tidal Wave » renoue avec les grandes élancées langoureuses dont le groupe a le secret. Les progressions téléphonées de « Does Heaven Even Know You’re Missing » auraient pu figurer au générique de la série Smallville. Difficile de blâmer Nickelback ceci dit : les clichés fonctionnent et le groupe est un orfèvre en la matière. Secrètement, les ballades de Nickelback sont peut-être même la raison principale qui motive son écoute… « Steel Still Rusts » reste dans le même registre en levant le pied sur le larmoyant : les rythmiques sont plus appuyées et la distorsion revient par petites touches affirmées. « Horizon » et « Standing In The Dark » confirment que Nickelback a abandonné toute idée de montrer les crocs pour les dernières minutes de son opus : une sorte de garantie FM en pilote automatique – comme si le groupe en avait le besoin. Les élans pop-rock de la conclusion « Just One More » ont le mérite de présenter un nouveau vocable qui tranche avec les artifices déployés auparavant. On reste dans l’émotion « surproduite » avec de meilleurs atours.

Get Rollin’ est un album à deux vitesses : un Nickelback sportif et un Nickelback séducteur. Rien qui ne détonne vraiment avec sa discographie. L’immense succès du groupe légitime complètement cette approche. Pour être franc, la magie Nickelback prend réellement lorsqu’elle correspond aux clichés. Nickelback écrit un rock pour regard dans le vague et pseudo-réflexions existentielles le visage collé à une vitre. Get Rollin’ peut faire autant d’abdos qu’il veut, on finira par lever les briquets.

Clip vidéo de la chanson « Those Days » :

Lyric vidéo de la chanson « San Quentin » :

Album Get Rollin’, sortie le 18 novembre 2022 via BMG. Disponible à l’achat ici

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