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Interview   

Nightmare pour l’éternité


Coup dur pour Nightmare quand Maggy Luyten a décidé de quitter le groupe l’an dernier après un seul album. Elle qui, en succédant à Jo Amore quatre ans plus tôt, avait offert une identité nouvelle au groupe grenoblois et un regain d’énergie. Loin de se laisser abattre, Nightmare a compté une fois de plus sur sa capacité à rebondir, assumant le tournant opéré en 2015 en reprenant une voix féminine, celle de la Grenobloise Madie. Même si elle est encore peu connue, à part auprès de ceux qui ont pu la voir se produire avec Smoky Eye puis Faith In Agony, avec qui elle reste active, et même si le heavy metal n’était pas sa culture avant qu’elle rejoigne le groupe, parions qu’elle va vite retenir l’attention du public.

Car, si l’enregistrement en plein confinement a été une véritable épreuve, il est indéniable que Nightmare signe avec Aeternam un de ses meilleurs albums, trouvant un équilibre entre arrangements orchestraux et guitares puissantes, refrains accrocheurs et tonalités sombres, ou regard tourné vers l’avenir et hommage aux années 80. Nous nous sommes longuement entretenus avec Yves Campion, bassiste et dernier membre historique de Nightmare, et Madie, à la fois pour faire les présentations et nous parler d’un album qui risque bien de faire date dans l’histoire du groupe.

« Les derniers albums juste avant le départ de Jo et David, nous sentions que nous tournions en rond. Nous sentions que quelque chose était cassé et peut-être que les morceaux se ressemblaient trop. Nous étions contents de ces albums, mais nous ne sautions pas au plafond. […] Maintenant avec Madie, nous sommes sur autre chose. »

Radio Metal : L’arrivée de Maggy Luyten a été un jalon important dans l’histoire de Nightmare et vous étiez très enthousiastes à l’époque de l’avoir dans vos rangs. Son départ après à peine quatre ans et un seul album a donc été un peu surprenant : pour quelles raisons cette collaboration s’est-elle arrêtée ?

Yves Campion (basse) : Elle avait des raisons personnelles. Elle dit qu’elle n’avait pas de raison musicale, mais vu les projets qu’elle a aujourd’hui qui sont totalement à l’opposé de ce que fait Nightmare, peut-être que c’est ça aussi. Aujourd’hui, elle est dans un nouveau groupe avec de supers musiciens (The Prize avec les musiciens de Mörglbl – Christophe Godin, Ivan Rougny et Aurel Ouzoulias, NDLR), et c’est un style totalement opposé de ce que nous faisons. Le style de Nightmare n’était peut-être pas sa tasse de thé à cent pour cent – il faudrait lui poser directement la question. Elle n’est pas repartie chez Symphony X ou un groupe de heavy metal mélodique dans le même style. Elle avait aussi essayé de nous tirer dans l’acoustique, c’était sympa de le faire de temps en temps comme ça. Transformer Nightmare en groupe acoustique, ça n’aurait pas été possible, mais je pense que si nous lui avions dit oui, elle serait partie là-dedans ! [Rires] Elle a fait beaucoup de choses acoustiques après, donc c’était peut-être son truc aussi. Mais en arrivant dans Nightmare, elle savait où elle mettait les pieds : nous n’avions jamais été un groupe acoustique avant. En fait, je ne sais pas si elle avait déterminé réellement ce qu’elle voulait musicalement. Je pense qu’elle avait d’autres aspirations et qu’elle ne voyait pas un groupe de cette façon-là. Après, ce n’est pas évident avec ce groupe, car ça fait des années qu’il est sur la route, nous avons changé de line-up plusieurs fois, nous avons un mode de fonctionnement qui n’est peut-être pas forcément le meilleur, mais sur les étapes que nous avons passées et le CV que nous avons, on ne peut pas dire que nous n’ayons rien fait et que nous n’ayons pas d’horizons sympathiques et de belles choses à vivre. Je trouve qu’elle a pris une décision hâtive. Je comprends difficilement son choix mais je le respecte complètement. Après, je ne vais pas dire « tant mieux » et « bon vent », parce que ce serait méchant, mais vu ce que nous sommes en train de vivre avec Madie…

On peut remarquer qu’à peu près tous les projets dans lesquels elle s’est impliquée, elle n’a pas été au-delà d’un seul album… Tu penses que c’est une chanteuse qui se cherche ?

Voilà. Je ne suis pas là pour dire ce qu’elle n’a pas fait de bien ou ce qu’elle a fait de bien dans sa carrière. C’est une super chanteuse, il n’y a rien à dire là-dessus. Mais c’est vrai qu’avec le niveau qu’elle a, elle aurait pu être chanteuse de Nightwish ! Après, quand on regarde sa carrière, elle a souvent changé de direction. Et je pense que Nightmare est le groupe avec lequel elle a fait le plus de grosses choses, à part Ayreon. On ne peut pas dire que nous ne lui ayons rien apporté.

Inversement, quel regard portes-tu aujourd’hui sur ce qu’elle a apporté à Nightmare ?

Déjà une nouvelle identité qui a permis aujourd’hui de continuer avec une super chanteuse. Quand les deux frères sont partis, le fait d’avoir changé pour une chanteuse, stratégiquement parlant, c’était un bon choix, et c’est un bon choix d’être resté sur une chanteuse aujourd’hui, ce qui a permis de rencontrer Madie. Toute expérience a du bon. Ça permet d’apprendre, d’aller de l’avant, de faire mieux et d’avoir de bons résultats après. C’est ce que nous avons aujourd’hui : de super bons résultats. Nous savons que nous n’avons pas fait de mauvais choix.

Tu connais Madie depuis quelques années. De plus, elle habite et travaille à Grenoble, qui est le berceau du groupe. Lorsque Maggy a quitté le groupe, est-ce que ton premier réflexe a été de penser à Madie ?

Je vais rapidement raconter l’histoire : j’ai rencontré Madie au 69 – même si c’était à cent mètres d’un club échangiste, ça n’en était pas un [rires]. C’était un bar/bouchon lyonnais qui faisait jouer des groupes et qui nous manque aujourd’hui, parce qu’il faisait jouer beaucoup de groupes locaux et c’était un super endroit où on aimait bien se retrouver le samedi soir quand il y avait des groupes qui jouaient. A cette époque, Madie chantait dans un groupe qui s’appelait Smoky Eye, qui était un peu plus hard rock. J’avais complètement flashé ce jour-là, je me suis demandé d’où elle sortait. J’étais séduit par le chant et surtout par la prestation scénique. Quelques années après, nous l’avons fait rejouer avec son nouveau groupe Faith In Agony en première partie d’Ultra Vomit dans une plus grande salle. Là aussi elle avait tout pété, elle était montée en puissance, et puis je savais qu’elle était de Grenoble. J’avais mis de gros coups de Stabilo sur son nom, et forcément, quand Maggy est partie, je n’avais pas perdu le papier avec son nom ! [Rires] C’est un choix que je ne regrette absolument pas aujourd’hui.

Madie (chant) : Pour ma part, je suis plus qu’honoré d’intégrer la grande histoire de Nightmare. Je remercie évidemment les deux premiers chanteurs, mes prédécesseurs qui ont fait naître et perdurer cette histoire dont je fais partie aujourd’hui et dont je suis très fière.

Quand vous étiez passés de Jo Amore à Maggy, ce n’était pas un changement anodin, puisque vous passiez d’un homme à une femme. Vous avez choisi de poursuivre avec une femme : c’était une question d’assumer le choix fait en 2015 ?

Yves : C’était un choix d’identité. A partir du moment où tu changes pour une femme, tu changes d’identité et tu continues dans une certaine stratégie. J’aspirais à avoir une chanteuse qui a des « couilles », car Maggy chantait avec des « couilles », mais Madie aussi. En même temps, c’est quelqu’un qui amène quelque chose de différent et peut-être plus de mélodie, permettant d’aller peut-être vers des morceaux un peu plus catchy. Madie a un potentiel vocal important, qui est vraiment super, et qui demande à être encore plus exploité. Elle l’a prouvé sur l’album : elle a relevé le challenge, alors qu’elle aurait très bien pu péter un câble. Ce n’était pas facile parce que nous avons enregistré en plein confinement. Mais aujourd’hui, quand on regarde les commentaires de partout dans le monde sur les clips sur YouTube ou ceux qui ont posté des vidéos de reviews aux Etats-Unis, en Allemagne… Je ne suis pas sûr que nous ayons eu autant de retours sur Dead Sun ; nous avons eu de bons retours, mais pas autant. Donc nous sommes super contents.

« C’était un combat de boxe ! Ce n’était pas un combat de boxe entre nous mais avec les éléments, le fait qu’il fallait relever un challenge, et le but c’était de le gagner. »

Madie, quel était ton rapport à Nightmare auparavant ? Que connaissais-tu du groupe ?

Madie : Déjà, pour moi, Nightmare c’était avant tout Yves Campion qui est quand même une figure du metal grenoblois depuis presque quarante ans, donc je le connaissais de nom, je le connaissais en tant que chef de Metallian que je lisais quand j’étais ado, etc. Ensuite, en commençant à faire de la musique avec mes premiers projets, j’ai compris que c’était aussi Metallian Production avec qui il organisait des dates. Nous nous étions peut-être croisés une ou deux fois, je sais que je l’ai vouvoyé pendant très longtemps [rires]. Pour moi, Nightmare était une entité grenobloise – et mondiale aussi, bien sûr – mais je n’écoute pas beaucoup de heavy metal, donc j’avoue que je n’ai pas forcément suivi leur carrière dans les détails – je le ferai dès que j’aurai un petit peu de temps, parce que ça m’intéresse aussi énormément ! Je n’aurais jamais pensé avoir cette demande un jour d’Yves et Niels [Quiais] d’intégrer ce groupe.

Faith In Agony, ton autre projet n’est pas tout à fait dans le même registre que Nightmare, c’est clairement plus grungy/années 90. Il n’y a pas un choc des cultures entre vous par moments ?

Non, je ne parlerais pas forcément de choc des cultures. Je parlerais de coopération et d’adaptation. Et de coordination, avec les échanges que nous faisons avec les guitaristes, le batteur et évidemment Yves pour les mélodies et la basse. Je pense que nous venons tous dans Nightmare d’univers complètement différents. Je pense à Franck [Milleliri] qui écoute énormément de metal extrême, notre batteur est beaucoup plus actuel dans sa manière de fonctionner, Yves est le représentant du heavy des années 80, Matt [Asselberghs] est très US et dans les années 90 comme moi. Je pense que ça nous rassemble et ça permet des touches très fortes en termes d’identité.

Yves : Ce n’est pas évident après douze albums, mais c’est aussi un peu, je pense, ce qui a conduit à un clash avant sur les albums The Aftermath ou Insurrection, qui se ressemblent pas mal. The Burden Of God avait plus d’orchestrations et était peut-être plus mélodique, mais les derniers albums juste avant le départ de Jo et David, nous sentions que nous tournions en rond. Nous sentions que quelque chose était cassé et peut-être que les morceaux se ressemblaient trop. Nous étions contents de ces albums, mais nous ne sautions pas au plafond. Avec le tournant qui a été fait avec l’arrivée de Maggy qui a changé l’identité avec Dead Sun et maintenant avec Madie, nous sommes sur autre chose. Il ne faut pas oublier que les guitaristes ne sont pas là depuis trois mois dans le groupe, Matt et Franck ont fait un paquet d’albums avec Nightmare. Donc je pense que ce sont les nouvelles personnes qui font l’identité du groupe et que ça matche ou pas, et là ça matche. Nous aurions pu nous gaufrer, nous avons enregistré dans des conditions difficiles, nous nous sommes fait un peu mal, mais à la sortie, les compos sont là. Je pense que l’expérience des guitaristes a aussi fait qu’ils avaient beaucoup de choses à exprimer, des douleurs personnelles, etc. et ils ont ressorti tout ça dans l’album, ce qui a fait un album ultra puissant, je trouve. Madie est arrivé avec une autre voix et elle a su se baigner dedans, alors qu’elle aurait très bien pu être à côté de la plaque. Elle a été très forte là-dessus. J’étais vraiment impressionné en studio, car j’étais aux premières loges sur le chant. C’était physique, et nous sommes allés chercher des choses… C’était un combat de boxe ! Ce n’était pas un combat de boxe entre nous mais avec les éléments, le fait qu’il fallait relever un challenge, et le but c’était de le gagner. Elle a été royale là-dessus.

A l’arrivée de Madie, des morceaux avaient déjà été esquissés. Comment ça a évolué ensuite ? Comment elle et sa voix ont impacté la direction musicale des morceaux ?

Rien n’était bridé. Nous avions des titres qui avaient été maquettés aussi avec la voix de Maggy qui avait fait quelques titres, pas tous, que Madie s’est appropriés. Elle a fait des démos, elle a donné des idées. Elle a aussi donné l’idée globale, conceptuelle, de l’album sur la possession. Elle s’est impliquée dedans, nous ne lui avons pas dit : « Tu vas chanter ci, le thème c’est ça, tu fermes ta bouche. »

Madie : C’est clair que ça n’aurait pas pu fonctionner [rires].

Yves : Elle a vraiment amené quelque chose. C’est une alchimie qui a fonctionné, qui fait que nous avançons et que nous avons pu faire cet album.

Tu as déclaré à plusieurs reprises que c’était la première fois que tu n’avais pas été bridé. Qu’est-ce qui faisait que tu étais bridé avant ?

Ça fait des années que je suis à fond sur les mélodies de chant et j’ai appris avec des producteurs qui étaient des mélodistes absolus, comme Terje Refsnes, au studio Fredman avec Fredrik Nordström, avec Patrick Liotard, etc. J’ai toujours été passionné par ça. Je n’ai jamais chanté mais je me suis toujours amusé à travailler sur des mélodies en suivant leurs conseils pour pouvoir faire de bons morceaux. J’amenais mes idées, ça passait ou ça ne passait pas, mais ce qui est vraiment intéressant, c’est que Madie est arrivée avec une sensibilité différente. Elle a mis des idées à elle, mais elle a écouté, elle a essayé des choses, etc. Avant j’avais plus de difficultés parfois pour faire passer des idées, en disant : « Ça serait peut-être mieux de faire ça. » On me disait : « Non, non. » Puis finalement, avec Franck, nous réécoutions de vieilles démos et nous nous disions : « Merde, on aurait dû faire ça sur ce refrain… » Ce n’est pas pour dire qu’il faut absolument imposer la totalité de ce qu’on a dans le ventre, mais Madie a été très coopérative là-dessus, il y a une affinité qui s’est créée entre nous, et elle a mis plein de choses à elle. Dans un morceau comme « Crystal Lake », elle est allée chercher des choses qu’elle avait dans Faith In Agony, c’est un morceau qui est peut-être moins heavy metal standardisé. Elle a amené ce qu’elle avait dans sa voix. On peut donner des idées de mélodie, mais quand ce n’est pas toi qui chantes… Tout dépend du rendu, et le rendu c’est la chanteuse qui va le faire. Elle a été très forte pour ça et c’est pour cette raison que nous avons ce résultat. C’est pour ça que je dis que je n’ai pas été bridé, contrairement à avant où j’avais parfois le sentiment que nous aurions pu faire tel morceau autrement. Là, je pense que nous avons été en alchimie totale.

« Des fois, par le passé, nous nous retrouvions avec des morceaux sur lesquels les guitaristes pensaient plus guitare, en disant : ‘T’as vu, le riff là il tue vraiment !’ ‘Bah oui, ton riff il tue, par contre il est inchantable’ [rires]. Et ça, je pense que nous l’avons gommé depuis un petit moment. »

C’est dans ta personnalité, Madie, justement d’être relativement ouverte aux propositions artistiques ou c’est plutôt le fait que tu étais nouvelle dans le groupe, donc que tu ne voulais pas non plus trop t’imposer tout de suite ?

Madie : C’est une problématique que je gère plutôt comme une liberté : je suis curieuse d’un petit peu de tout musicalement. J’écoute de tout : du metal, du rap, du rock, du reggae, de la musique irlandaise, de l’opéra, etc. Je n’arrive pas à me cantonner à un style musical en particulier, tout m’intéresse, et j’aimerais pouvoir tout chanter. C’est vrai que j’ai toujours joui d’une parfaite liberté dans Faith In Agony où je compose mes textes et mes propres lignes de chant, et où nous sommes très libres dans nos compositions. Avec Nightmare, il a fallu que j’apprenne ce nouveau style que je ne maîtrisais pas et que je n’avais jamais chanté. J’ai fait confiance à Yves. Oui, parfois j’avais d’autres interprétations, parce que d’autres influences. Je n’ai jamais fait de musique codifiée, je suis autodidacte, je n’ai pas de formation académique ou autre. J’ai certainement plein de défauts liés à ça qui seront bientôt corrigés, mais cette liberté, il a fallu la canaliser un petit peu au départ, et oui, je constate que les lignes mélodiques de Yves étaient des lignes de tueur.

Yves : Tu en as fait aussi pas mal !

Madie : Oui, bien sûr, car je n’aurais pas pu être dans un projet où je ne pouvais pas exprimer une certaine forme de liberté !

Justement, penses-tu que le fait que ce n’était pas un style de musique dont tu étais familière t’a permis d’apporter une forme de fraicheur à Nightmare, grâce à ton regard neuf ?

Oui, pourquoi pas.

Yves : Carrément !

Madie : En tout cas, un éclaircissement, peut-être, sur le style, et donner l’envie au groupe de dire : « Et si on essayait quelque chose d’un petit peu différent encore ? » Et je les remercie de me suivre là-dedans aussi et d’être intéressés d’aller au-delà de ces codes. Je pense que nous avons pondu un album très divers où on retrouve plein de choses issues de toutes nos influences. Nous avons vraiment tous coopéré sur cet album.

Yves, tu parlais des conditions difficiles : quel a été l’impact de la crise sanitaire et du confinement sur la conception de l’album ? Comment avez-vous vécu ça dans ce contexte ?

Yves : Nous avons eu la chance d’avoir un producteur local, à Grenoble, Eliott Tordo de Suntzu Records, qui commence à faire son petit bonhomme de chemin, qui a un grand talent et qui est aussi très fort sur le chant et les orchestrations – il a participé à la composition des orchestrations de l’album et nous nous sommes très bien entendus sur cette partie-là, nous étions en phase. Surtout, il connaissait bien Madie parce qu’il avait enregistré Faith In Agony. Nous étions en plein dans le confinement, c’était le moment où il fallait une feuille pour sortir, et nous sortions pour aller au studio, des fois en oubliant la feuille… [Rires]

Madie : Avec les cagoules et les capuches ! [Rires]

Yves : C’était une chance, car je ne me rappelle pas avoir enregistré le chant à Grenoble auparavant, ou peut-être en 1985 ! Nous avons été soit à Marseille au Sound Suite Studio, soit en Suède, soit en Allemagne, soit chez Patrick Liotard à Montpelier, mais nous n’avons jamais enregistré le chant à Grenoble. C’est quand même paradoxal et c’est un symbole qui est fort, parce que nous arrivons avec cet album-là que nous avons enregistré à Grenoble et pour moi, avec le recul, c’est peut-être un de nos meilleurs albums depuis le début. Mais il est clair que nous aurions pu avoir des problèmes de délais importants si nous n’avions pas eu accès à ce studio à Grenoble. Après, nous avons mixé avec Simone Mularoni de Domination Studio en Italie, qui a fait un super travail. Lui a peaufiné, il a mis les tuiles et le coup de peinture final, mais le travail de base a été fait à Grenoble.

Est-ce que le côté angoissant de cette période a joué d’une manière ou d’une autre sur la musique ?

Madie : Je ne pense pas. Ça nous a permis de nous focaliser sur le projet de manière ultra rapide et efficace. Ca a permis une adaptation que peu de groupes, je pense, ont eu l’occasion de vivre. C’était positif aussi de devoir rendre un produit correct en peu de temps, sans en avoir le choix. C’est quand même plus confortable de prendre le temps, on est bien d’accord, mais cet album vient aussi de cette performance, parce que je pense que c’est une performance pour tous les musiciens de ce groupe.

Yves : Et puis aussi bien Matt que Franck avaient sûrement des choses à dire à ce moment-là lié à leur vie privée, sachant qu’en plus nous étions tous dans une situation compliquée, donc peut-être que ça se ressent dans les compos. L’album, même s’il est mélodique, il est quand même très dark. Nous avons des ambiances particulières, comme dans « Anneliese », c’est plus que dark. Et si on regarde le sujet, on a un morceau comme « Under The Ice », qui parle de The Thing de John Carpenter, et Matt a vraiment réussi avec le riff à rentrer complètement dans l’esprit du texte ; quand on écoute le refrain, on sait qu’on parle de ça. Peut-être que la période a fait que…

Une chose qu’on remarque d’emblée dans cet album c’est sa dimension orchestrale plus prononcée…

Déjà la voix de Madie – son spectre, sa hauteur, les harmonies, sa manière de gérer le chant – permettait d’avoir des refrains un peu plus hauts. Sur « Divine Nemesis », par exemple, si on décortique de A à Z la performance vocale depuis le début du couplet jusqu’à la fin, on peut voir qu’elle ne reste pas du tout sur la même tonalité. Le but était de la faire briller là où elle brille, et elle a très bien réussi. Surtout, Eliott Tordo, en mettant les orchestrations derrière, en travaillant les harmonies, il a vraiment mis les couches de peinture qu’il fallait, sans rentrer dans du symphonique – nous ne faisons pas non plus du Rhapsody. L’idée était d’avoir quelques couches un peu plus dans l’esprit de ce que nous avions fait sur The Burden Of God ou Cosmovision, mais Cosmovision c’était beaucoup plus symphonique. C’est un album qui, peut-être, se rapproche un petit peu – même s’il en est loin – de The Burden Of God où il y avait plus d’orchestrations.

« C’est clair que nous avons changé d’identité, mais nous ne renions pas ce que nous avons fait avant. S’il n’y avait pas eu ce que nous avons fait avant, nous ne serions pas là aujourd’hui. […] C’est justement quand on change d’identité qu’il faut se rappeler d’où on vient. »

Madie : Au-delà de ça, je pense que ça sert aussi le concept de l’album. Nous parlons quand même de films épiques que tout le monde connaît, a vus ou a revus, ou dont il a peur. Je pense que ces orchestrations un peu épiques servent le concept et le projet de cet album. Eliott est un musicien extrêmement complet et aussi très pédagogue dans sa manière de transmettre les choses. Je le remercie d’avoir su me guider et traduire en langage commun un langage académique très complexe qui m’est complètement étranger et il a compris le petit coup de polish qu’il fallait mettre pour faire briller cet album au travers des orchestrations. Nous avons vraiment travaillé en complémentarité.

Finalement, l’aspect orchestra n’atténue pas du tout le l’aspect power metal qui reste dominant, vous avez trouvé un juste milieu. Le risque avec les orchestrations est-il de vouloir trop en faire et donc de sacrifier le reste ?

Yves : C’est vrai que quand nous réécoutions avec le recul, à chaque fois que nous avions des arrangements, Matt était moyennement content et disait : « Ca noie un peu les guitares. » Les guitaristes ont tendance à dire qu’on ne les entend pas trop, que les guitares sont un peu plus noyées dans le mix. Alors que là, quand on réécoute l’album avec le recul, on n’a pas ce sentiment, on entend vraiment les guitares. Simone nous a fait un super son de guitare. C’est peut-être un des albums où les guitares sont les plus tranchantes, les plus power metal, et même temps, paradoxalement, c’est un album qui est plus mélodique que certains que nous avons faits avant. Si tu écoutes les albums d’avant, il y a beaucoup d’albums où les guitares sont assez noyées dans le mix quand il y a des arrangements, des infrabasses ou des choses comme ça, alors que là c’est un album avec le meilleur son de guitare que nous ayons eu depuis très longtemps.

Une autre caractéristique de l’album – et vous l’avez brièvement mentionné – est son sens de l’accroche accru, les refrains de titres comme « Lights On » et « Aeternam » en sont de bons exemples. C’est un aspect que vous avez délibérément voulu renforcer ?

Les compos ont fait que, pour avoir un bon refrain, il faut de bons accords derrière. Il faut aussi la voix de Madie qui va chercher les notes. C’est l’alchimie globale, avec la patte que chacun a amenée qui a permis ça. Des fois on peut arriver avec des morceaux – ça m’est déjà arrivé – où on se colle à des lignes de chant et on n’y arrive pas, le refrain n’est pas catchy, on se demande ce qu’il faut faire, s’il faut changer un accord… Là, je pense que les guitaristes ont pensé moins guitare, ils ont plus pensé chanson. C’est quelque chose que nous avons gagné au fil du temps. Des fois, par le passé, nous nous retrouvions avec des morceaux sur lesquels les guitaristes pensaient plus guitare, en disant : « T’as vu, le riff là il tue vraiment ! » « Bah oui, ton riff il tue, par contre il est inchantable » [rires]. Et ça, je pense que nous l’avons gommé depuis un petit moment. Et puis Madie est arrivée avec une sensibilité complètement différente et elle sait très bien chanter mélodiquement, donc elle a aussi amené ça.

Madie : Je pense que c’est un album qui, d’abord, est équilibré. On parle de refrain catchy et je pense que « catchy » est un adjectif extrêmement positif. C’est une musique qui va faire plaisir à celui qui l’écoute et la volonté de transmettre ce plaisir est commun dans ce projet. C’est ce qu’on demande à la musique, d’être agréable et de faire plaisir.

Yves : Oui, et puis il y a un producteur, Terje Refsnes du Sound Suite Studio – il produisait Tristania, mais maintenant il est âgé donc il a arrêté de faire de la prod –, qui me disait : « Si tu tiens un super refrain ou un super pont, il faut que tu puisses chanter le morceau dans ta douche trois semaines après sans l’avoir réécouté. Si je te dis de chanter le refrain et que tu le chantes, tu as gagné. » Si je te dis de chanter « Highway To Hell » d’AC/DC ou « Rock Me Like A Hurricane » de Scorpions ou « Still Loving You », tu vas tout de suite le chanter, parce que tu le connais. C’est pareil pour tes compos : si tu n’es pas capable de chanter un refrain que tu as fait dans ton groupe, ça veut dire qu’il n’est pas bon. Je me disais qu’il n’était pas con, il faudrait vraiment faire ce test-là à chaque fois !

D’un autre côté, il y a une montée vers l’extrême vers la fin, avec « Under The Ice », « Black September » et « Anneliese ». Est-ce pour annoncer une possible évolution future ou bien c’est lié à une certaine « narration » qui évolue vers la fin de l’album ?

C’est plus un choix textuel. Nous n’avons pas forcément pensé en faisant la tracklist que tel ou tel morceau allait annoncer ce que nous allions faire après. C’est juste que la tracklist a été faite comme ça. Nous n’avons pas fait ça volontairement.

Madie : C’est justement ça que je trouve intéressant : sur ces trois derniers morceaux, on ressent peut-être un peu plus ces codes heavy un petit peu plus brutaux, mais on ne parle pas d’un changement radical par rapport au reste de l’album mais vraiment d’adaptation mutuelle. Nous avons pris du plaisir à tout faire, les uns et les autres.

Yves : Après, c’est vrai que le morceau « Anneliese » qui termine l’album est particulier par rapport au thème, il y a trois personnages, avec ce côté extrême, mais il reste quand même mélodique – Madie chante mélodique, mais avec une mélodie un peu dark, parce qu’elle est envoûtée par le diable. Je dirais même qu’il a un petit côté doom, à la Candlemass, comme aussi un peu « Under The Ice ».

Il y a une vraie richesse vocale sur ces morceaux, avec plusieurs voix masculines : qui les chante ?

Il y a Caleb Bingham, un guitariste américain, ex-Five Finger Death Punch, qui est un super pote – il avait remplacé Franck parce qu’il n’avait pas pu faire le premier concert avec Madie au Panic Fest – et un super producteur. Il chante aussi pas mal en voix death et il a travaillé sur les textes – il les a corrigés et nous a donné des idées dessus. Nous nous sommes dit que s’il fallait faire des voix death, autant faire appel à lui car il sait très bien les faire. Il y a Mick [Rignanese], ex-chanteur de No Return et chanteur de Destinity, qui fait des voix sur « Anneliese », et Matt qui chante aussi sur ce morceau. Au départ, ça devait être Niklas [Kvarforth] de Shining, mais on connaît l’oiseau, il nous a un petit peu foiré le truc [rires], du coup nous avons pris Mick et nous sommes super contents de ce qu’il a fait, super boulot, ultra pro. Sans regret. Il y a aussi Emmanuelson [Fabrice Cassaro], chanteur de Rising Steel, qui fait des backing ; pour renforcer à des endroits sur certains morceaux, nous avions certaines idées de faire ce qu’on appelle des « gang vocals » où on met un peu de volume, et je chante aussi un peu avec lui. Nous avons essayé d’enrober tout ce que nous pouvions enrober pour vraiment tout tirer vers le haut.

« On est un peu nostalgiques parfois de cette période, mais il faut savoir aussi s’adapter à son temps et pas non plus pleurer sur la passé. C’était autre chose, mais il y avait des valeurs qu’on a perdues aujourd’hui, je trouve. On a trop de choses facilement. »

Quand vous allez jouer ces morceaux sur scène, comment ça va se passer ?

Madie : Nous ne savons pas, nous ne pouvons pas y aller pour l’instant ! [Rires]

Yves : Ça aurait été génial de jouer tout de suite derrière, mais ceci dit, nous aurons moins de pression parce que nous aurons plus de temps pour préparer correctement le live. Le but c’est de jouer en live ce que nous faisons sur album. Nous n’avons jamais fait semblant. Forcément, quand il y a un peu plus d’orchestrations, tu n’arrives pas avec un orchestre derrière, donc tu es bien obligé de mettre un peu de samples, mais le but reste d’avoir un rendu live réel.

Madie : Ceci dit, ça serait sympa de faire un Symphony & Nightmare !

Yves : En effet, ce serait sympa si nous avions un jour l’opportunité d’avoir un orchestre des pays de l’Est, comme l’ont fait Rage ou U.D.O. Ce serait fantastique. Ce ne serait pas une idée à jeter à la poubelle ! Mais actuellement, nous sommes comme tous les groupes de la planète : nous sommes comme des lions en cage, nous sommes impatients.

Il y a un thème général sur la possession et la décompensation vers la folie dans cet album. Est-ce que c’est inspiré par une part de vécu ou bien c’est plus l’imaginaire autour de ça, notamment dans le cinéma, qui vous fascine ?

Madie : Déjà, pour revenir à la genèse de ce concept : j’intègre Nightmare, j’ai envie de marquer quelque chose de nouveau, le groupe aussi, nous sommes d’accord sur le principe. Mon idée première a été de rendre hommage à la longue carrière de Nightmare et de rendre hommage du coup aux années 80 dont le groupe est issu. Et puis je me suis dit que vu le nom du groupe – cauchemar –, ça allait de soi de lier le nom à cette grande culture des films d’horreur des années 80 qui est absolument richissime, de pouvoir rendre hommage à ces deux cultures dont je suis aussi issue, avec lesquelles j’ai grandi. Après, je pense que tous les personnages dont nous parlons dans cet album ont ce côté pathologique, psychotique, de décompensation vers la folie, du passage à l’acte, nous abordons aussi la solitude, la possession, etc. dans le cauchemar justement.

Qu’est-ce qui t’a amenée à cet angle très psychologique ?

C’est un sujet qui me passionne parce que je pense qu’il y a aussi un intérêt à avoir pour une autre forme de réalité. Il y a par exemple une série qui est absolument superbe qui s’appelle Mindhunter, sur les premières cellules de profilers du FBI. C’est une curiosité qui n’appartient pas au sens commun, mais qui reste humaine, et quelque chose qui nous concerne.

Est-ce que tu vois dans ces histoires des parallèles avec la réalité et avec ce qu’on peut vivre aujourd’hui ?

Le monde part en couille, clairement ! Donc oui ! Hélas, on va vers nos limites, dans tous les domaines. On va explorer de nouvelles choses aussi, mais on va vers nos limites. C’est une partie de l’humain que l’on cache et qui est bel et bien là.

Yves : Nous avons un morceau qui s’appelle « Downfall Of A Tyrant », je pense que les chutes de tyran en ce momen,t il y en a un paquet !

Madie : Et des « black september » aussi… Mais c’est sans partir dans un engagement quelconque. Nous ne faisons que de la musique. Nous ne faisons que vous transmettre des choses par des notes et des émotions. Loin de nous l’idée d’être engagés ou autres dans nos textes.

Yves : Mais je vous conseille de bien lire les textes en écoutant la musique, parce que c’est intéressant.

L’album comprend donc énormément de références à la culture des années 80, la décennie durant laquelle le groupe est né. Est-ce important pour Nightmare de ne pas oublier d’où il vient ?

C’est cool de la part de Madie et ce n’est pas bête du tout, quarante ans après, de refaire une allusion aux années 80. Après, dans tout ce que nous faisons, nous ne pouvons pas cracher sur le passé.

Madie : Et puis il ne faut pas oublier d’où on vient. C’est important de garder ça en tête, parce que sinon on refait les mêmes erreurs tout le temps. Aujourd’hui, Nigthmare est un groupe qui veut aller loin, qui a évolué, qui s’est adapté, qui a réfléchi…

Yves : C’est un groupe qui a évolué avec son temps, avec de nouvelles personnes, donc avec de nouvelles identités… C’est clair que nous avons changé d’identité, mais nous ne renions pas ce que nous avons fait avant. S’il n’y avait pas eu ce que nous avons fait avant, nous ne serions pas là aujourd’hui.

Madie : C’est justement quand on change d’identité qu’il faut se rappeler d’où on vient. Ce sont des vases communicants.

Quel regard portez-vous, avec le recul, sur cette décennie des années 80, sur le plan de la culture et plus précisément du milieu de la musique ?

Yves : Ce n’était pas du tout la même époque. Déjà, il n’y avait pas Facebook et tous les réseaux sociaux. Quand on allait voir un concert, il fallait se bouger, il n’y avait pas de streaming, etc. Quand on attendait un album, c’était des fois un vinyle et il fallait faire la queue dans les magasins, tu n’avais pas l’album en deux clicks. Les gens bougeaient, sortaient, allaient aux concerts… C’était une autre période. Aujourd’hui, ça a apporté du bien d’avoir des réseaux sociaux, parce que c’est plus facile de se faire connaître. A l’époque, c’était compliqué si tu n’étais pas signé sur une maison de disques. Pour être connu à l’étranger, il fallait jouer, il fallait sortir des albums signés par des labels. Pour arriver à être en studio, ce n’était pas comme aujourd’hui : aujourd’hui, c’est plus facile d’avoir un Cubase et quelqu’un qui a une bonne carte son est capable d’enregistrer un album. A l’époque, il n’y avait pas ça. D’un autre côté, on a perdu certaines valeurs aujourd’hui qu’on avait dans les années 80. Je me rappelle qu’on faisait des concerts sans faire tout ce tapage de promo. On mettait dix affichettes A4 ou A3 pourries, en photocopie, et on avait mille cinq cents personnes au concert. C’était incroyable. Je me rappelle des gros groupes qui jouaient à Grenoble, le lendemain ils jouaient à Lyon, et il y avait du monde aux deux concerts ! Aujourd’hui, Lyon et Grenoble sont en concurrence, et puis c’est à cent bornes, les gens de Lyon ne vont pas venir à Grenoble. A l’époque j’ai vu des concerts mémorables, comme AC/DC avec Judas Priest en première partie ! Ce n’étaient pas les mêmes groupes. Je pense qu’on a un peu perdu. Après, c’est facile pour moi de dire ça et peut-être que quelqu’un qui est né après n’a pas la même perception. On est un peu nostalgiques parfois de cette période, mais il faut savoir aussi s’adapter à son temps et pas non plus pleurer sur la passé. C’était autre chose, mais il y avait des valeurs qu’on a perdues aujourd’hui, je trouve. On a trop de choses facilement.

« C’est sûr que le jour où [mon corps] me dit ‘va te faire foutre’, je ne raisonnerais pas en disant que je suis là depuis le début, je ne suis plus capable de tenir le truc, donc nous arrêtons tout. Ce serait complètement égoïste et stupide. Je ferais ce que je suis capable de faire, c’est-à-dire un peu de management, et je mettrais un bassiste plus jeune, et je garderais un œil dessus. Je ne leur couperais pas du tout un élan si le groupe cartonne. »

Et plus particulièrement, quel est ton regard sur l’entité qu’était Nightmare à l’époque et vos choix de carrière à ce moment-là ?

Déjà, ce n’était pas les mêmes personnes et la première entité de Nightmare ce n’était même pas un groupe de metal, c’était du punk. Nous faisions des reprises des Sex Pistols et ce genre de groupe, donc c’est assez incroyable comment ça a évolué. A cette époque, j’avais dix-sept ans. Nous nous faisions sortir par les flics parce que nous jouions dans des garages de cités [rires]. De toute façon, il faut démarrer par quelque chose. Au fur et à mesure que nous avancions, nous avons eu la chance de signer avec Ebony Records, d’avoir fait la première partie de Def Leppard, de nous être fait un peu connaître. Nous avons fait partie de cette vague un peu culte – qui revient aujourd’hui – de hard rock français, même si nous n’étions pas les plus connus ou les plus gros, avec Blasphème, Sortilège, H-Bomb, etc. C’est une vague que les gens aujourd’hui, dans tous les pays, vénèrent encore – peut-être pas forcément nous, mais quand on voit Sortilège qui revient ou même des groupes comme Vulcain… Après, nous avons complètement évolué vers autre chose, mais nous pouvons être fiers d’avoir fait partie de cette scène.

L’album s’intitule Aeternam. Faut-il y voir une envie pour Nightmare de laisser sa trace dans l’histoire, pour l’éternité ?

Madie : Je ne pense pas que ce soit une question de laisser une trace, mais plutôt de marquer une continuité et peut-être une renaissance.

Yves : Et puis le titre de l’album représente vraiment le concept général de l’ensemble des morceaux. Et si on regarde la pochette un peu cabalistique et un petit peu ésotérique, nous n’avons jamais fait des covers comme ça. Il y a une évolution, on pourrait même dire qu’il y a une couleur à la Behemoth, même si nous ne sommes pas du tout dans le même style. Il y a quelque chose de profond, et ça colle par rapport au titre. Avec une telle pochette, on ne peut pas appeler l’album Twilight Of The Sky [rires].

Yves, tu es le dernier rescapé du premier line-up de Nightmare. Imaginons si un jour tu prends ta retraire, penses-tu que le groupe pourrait continuer ad vitam aeternam avec quelqu’un d’autre ou bien penses-tu qu’il s’arrêtera à ce moment-là ?

J’ai toujours dit que c’était mon corps qui me portait [rires]. C’est sûr que le jour où il me dit « va te faire foutre », je ne raisonnerais pas en disant que je suis là depuis le début, je ne suis plus capable de tenir le truc, donc nous arrêtons tout. Ce serait complètement égoïste et stupide. Je ferais ce que je suis capable de faire, c’est-à-dire un peu de management, et je mettrais un bassiste plus jeune, et je garderais un œil dessus. Je ne leur couperais pas du tout un élan si le groupe cartonne. Si dans cinq ans il devient énorme et si mon corps ne me porte plus ou que j’ai choppé une saloperie, je serai toujours à fond pour qu’ils continuent. Rassurez-vous, pour l’instant je n’en suis pas là, mais à partir du moment où il y a une vraie alchimie et où l’équipe fonctionne, je ne serai pas égoïste à dire que je suis le représentant du début et que ça ne m’intéresse plus, allez vous faire foutre, etc. Sûrement pas !

Donc Nightmare pourrait devenir éternel…

Madie : Avec plaisir !

Yves : Tous les groupes se disent ça. On ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve, mais tu ne fais pas un groupe pour splitter dans deux mois. Ce n’est pas le but. Bien sûr, tous les groupes ont leurs bas, leurs aléas, leurs changements de personnels, etc. mais je pense que cet album marque quelque chose de fort et ce titre, Aeternam, est quelque chose de fort aussi par rapport à ça. Après on verra, si je ne chope pas le Covd-19 [rires]. Le seul truc qui me bride, c’est que nous sommes vraiment comme des lions en cage, parce que ce que nous avons fait sur cet album, nous avons envie de le vivre en live. Nous avons cette rage, à nous demander quand nous allons jouer. C’est frustrant, mais j’espère que ça se règlera rapidement.

Je parlais de ça parce que j’avais en tête l’exemple de Rickey Medlocke qui avait recomposé tout un line-up pour Blackfoot, sans lui, avec dans l’idée que le groupe perdure éternellement, sans jamais s’arrêter…

Tout à fait. Il y a un groupe que je kiffe par rapport à ça, qui est excellent, c’est Riot. Mark Reale était vraiment l’identité, le personnage principal du groupe, il est décédé mais ils ont su perdurer en changeant complètement de line-up. C’était aussi un groupe du début des années 80 qui existe encore aujourd’hui, qui tourne, qui vit, qui sort des albums, etc. C’est super. Le jour où je suis mort, s’ils continuent, je serai content. De là-haut, je leur dirai : « Super, les mecs, vous avez du potentiel, allez-y, foncez, cassez tout ! »

Vous avez déclaré que « le onzième album studio marquera définitivement une nouvelle ère pour Nightmare. » Est-ce que vous voyez Aeternam comme achevant une transition qui avait débuté avec Dead Sun ?

Oui, quelque part, mais nous ne calculons rien. L’important est qu’il y ait une alchimie totale entre les musiciens, et à mesure que cette alchimie se renforce avec le temps, nous devenons solides. Et puis tant que nous avons des choses à dire, je pense que nous pourrons faire de belles choses, mais nous n’allons pas calculer qu’il faut que nous fassions un album comme ci ou comme ça. Ce qui est super intéressant, c’est que nous avons été dans une composition très difficile, tout a été fait à grande vitesse avec le confinement, etc. et quand nous nous sommes revus, nous nous sommes même dit que nous pourrions composer un prochain album en étant tous ensemble, au vert, dans un super endroit. Ça serait super.

Yves, tu avais participé à Archon Angel avec l’ex-Savatage Zak Stevens : peux-tu nous en dire deux mots ?

C’est mon ami Aldo Lonobile qui m’a proposé cette place avec un des chanteurs que j’ai toujours vénéré et qui a fait mon album de chevet. Nous avons fait un super truc, avec notre premier concert ensemble au 70000 Tons Of Metal. Maintenant, avec tout ce qui s’est passé, nous n’avons pas vraiment pu jouer, mais ça reste une super expérience, avec de super musiciens et des gens super cool. Ça me fait très plaisir de travailler avec eux, parce que j’apprends beaucoup, Mais je n’ai pas la même approche, je ne mets pas le nez dans les compositions. Je joue, point barre, avec des potes. Nightmare, c’est une partie de ma vie, donc ça n’a rien à voir, mais l’opportunité était top, et comme on ne vit qu’une fois, même si je suis déjà très occupé, je me suis dit que si je refusais un truc comme ça, j’allais peut-être le regretter toute ma vie et que je verrais bien ce qu’il se passerait. Mais j’avoue que si Archon Angel avait tourné et qu’il n’y avait pas eu de Covid-19, avec Nightmare en studio, j’aurais eu quelques soucis de planning ; j’ai peut-être eu les yeux plus gros que le ventre ! Le Covid-19 m’a un peu aidé, quelque part [rires]. J’en suis content parce que, au moins, ça m’a permis d’être vraiment à fond dans Nightmare qui est quand même mon groupe principal.

Dernière chose, justement, dans le contexte du Covid-19, comment se porte Metallian ?

Nous continuons à paraître, comme tous les autres. Nous sommes toujours là. Nous sommes comme tout le monde, nous nous battons pour essayer de sortir la tête de l’eau et quand le Covid-19 se sera barré, nous reprendrons les activités, surtout sur les concerts. Car je n’ai pas que Metallian Magazine, j’ai aussi la prod et ça c’est beaucoup plus impacté. Les kiosques sont ouverts, donc on peut sortir le magazine, alors que les concerts, on ne peut pas les faire. Les boîtes de prod sont beaucoup plus impactées que la presse, même si la presse, ce n’est pas gagné non plus.

Interview réalisée par téléphone le 21 septembre 2020 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Nightmare : nightmare.band

Acheter l’album Aeternam.



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