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Interview   

Nightwish : le soleil brille dans la taverne


Tuomas Holopainen ne chôme pas : le nouvel album d’Auri est dans la boîte, celui du groupe de black metal Darkwoods My Betrothed, réactivé après plus de vingt ans d’absence, le sera bientôt, et le successeur de Human. :||: Nature. de Nightwish est déjà lancé et programmé. Et puis il s’est aussi résolu, après avoir longtemps hésité, à proposer avec le célèbre groupe de metal symphonique deux live-streams les 28 et 30 mai prochains. Plus que des concerts, il s’agit avant tout de soirées à passer aux côtés de Nightwish au sein d’une taverne virtuelle. Une nouvelle fois, les Finlandais tentent de se démarquer en attendant un retour à la normale, comme Tuomas nous l’explique dans l’entretien ci-après.

Ces événements « an evening with Nightwish in a Virtual World » seront aussi l’occasion de présenter le nouveau bassiste du groupe, successeur de Marko Hietala. Les fans peuvent se réjouir car si « le soleil brille à nouveau », ce départ a bien failli signer l’arrêt de Nightwish, las des changements de line-up, d’autant plus que celui-ci a eu l’effet d’un véritable coup de massue.

« Je trouve positif qu’aujourd’hui, après tous ces concerts virtuels qui ont été organisés, ça n’ait pas eu un énorme succès où que ce soit, car ça signifie que les gens veulent encore assister à de véritables concerts. Ça me rend très optimiste. »

Radio Metal : La dernière fois que tu as parlé à Radio Metal, c’était à Helsinki avec ma collègue Tiphaine en septembre dernier. Comment ça a été pour toi depuis ?

Tuomas Holopainen (claviers) : Ça a été très inspirant ! Nous avons fait beaucoup de musique. Nous avons terminé l’album d’Auri en octobre dernier. L’idée initiale était de faire le prochain album d’Auri en 2021, donc ça aurait été à la fin de cette année, mais ensuite il y a eu le confinement et nous avons immédiatement fait du brainstorming : « Et si on profitait du temps que nous avons à notre disposition pour aller en studio cet automne ? » et l’album était prêt vers novembre ou décembre, et maintenant il est prévu qu’il sorte le 3 septembre, avec un premier single qui sortira à la mi-juin. Ensuite, nous avons un autre projet, un vieux groupe de black metal dans lequel j’ai joué au milieu des années 90, qui s’appelle Darkwoods My Betrothed. Nous avons fait chacun de ces deux albums durant ces derniers mois. Donc ça m’a bien occupé l’esprit. Puis, bien sûr, nous avons organisé plein de choses pour l’avenir de Nightwish, en particulier pour les concerts virtuels à la fin du mois. Donc malgré toutes les bizarreries qui se passent dans le monde, personnellement, je n’ai pas encore eu le temps de m’ennuyer une seule journée.

Ces concerts « an evening with Nightwish in a Virtual World » auront lieu dans une taverne virtuelle baptisée « The Isldanders Arms », évidemment en référence à la chanson « The Islander », mais as-tu l’impression qu’on est tous des insulaires en ce moment ?

[Rires] C’est une bonne remarque ! Ça ne m’avait pas traversé l’esprit. C’est bien d’avoir ce truc qu’on appelle la technologie moderne et ces petits appareils qui permettent de communiquer avec des gens en temps réel, comme toi et moi le faisons en ce moment. Ça maintient beaucoup plus la cohésion du monde malgré l’étrange période. Skype, et tous ces meetings sur Zoom qu’on fait, ça facilite grandement les choses et ça a réduit le sentiment de solitude durant le confinement. Donc ça n’a pas été si pénible que ça pour moi personnellement.

Les concerts de Nightwish sont des super productions. Evidemment, voir un concert sur un écran, c’est très différent. A quel point votre approche de la scène et du spectacle sera différente d’un concert traditionnel ?

D’abord, ce sera très différent en termes de dynamique, car il n’y aura aucun public. Les seules personnes qui vont se voir sont les six membres du groupe sur scène, plus l’équipe qui gère les caméras, mais c’est à peu près tout. De même, nous n’aurons aucun décor sur scène. Nous allons jouer uniquement devant un fond vert. En conséquence, le cadre sera très spartiate. Je ne sais pas trop comment nous allons nous sentir car nous n‘avons pas encore commencé les répétitions pour le concert, ça va arriver au milieu de la semaine prochaine, mais le groupe est vraiment euphorique actuellement. C’est vraiment l’éclate de pouvoir rejouer ensemble, après tous ces mois. De même, les visuels que j’ai pu voir jusqu’à présent pour la taverne, l’extérieur et l’intérieur, sont absolument renversants. Tous les éléments sont là. Maintenant, il ne reste plus qu’à les assembler de façon à ce que le groupe se fonde dans la taverne et qu’on puisse offrir une belle expérience virtuelle pour les gens ou pour nous-mêmes, mais c’est sûr que ça va être bizarre et qu’il va falloir un temps d’adaptation.

Comment vous préparez-vous à un tel concert, techniquement parlant et en tant que groupe ?

Pour se préparer, tout d’abord, il faut apprendre la setlist, d’abord seul et ensuite avec le groupe. Pour l’instant, nous n’avons fait qu’une seule répétition de groupe sur cinq jours. Donc le plus important, c’est que nous sachions ce que nous allons faire sur scène sur le plan musical. Ensuite, nous avons supervisé la construction de la taverne, ce qu’on va y voir, comment le décor va changer en fonction des chansons. Il y aura différentes références aux chansons. Il y aura parfois des changements de météo à l’extérieur, donc ce sera une grande expérience virtuelle. Le grand défi, je pense, ce sera que ça durera environ cent minutes. C’est un temps très long à passer dans un environnement unique sans aucun public. Donc la question est : comment fait-on pour que ça reste intéressant tout au long du concert ? On n’a pas envie de tout dévoiler dès le début et il faut faire très attention aux plans, aux angles de caméra, tout ça, pour entretenir l’intérêt des gens sur les plans visuels et auditifs. De nombreux concerts virtuels que j’ai vus jusqu’à présent étaient très intrigants au début, ça fait tout de suite de l’effet, genre : « Comment ils ont fait ça ? C’est génial ! » Mais après quinze minutes, ça se répète, on voit toujours le même décor. Evidemment, la musique change et ça compense, mais ça devient un peu ennuyeux et on n’a pas le coup de fouet physique du groupe, naturellement, car on n’est pas là. Donc ça sera un vrai défi. Il va falloir attendre pour voir comment ça va se passer.

An Evening with Nightwish In a Virtual World 2021

« Les changements de line-up sont les vampires ultimes qui aspirent toute notre énergie, c’est vraiment démoralisant et c’est dur de s’en relever. Qu’un personnage aussi important que Marko s’en aille, ça donnait l’impression que c’était la fin du groupe. »

Evidemment, vous ne pourrez pas avoir cet échange d’énergie qu’on a lors d’un vrai concert. D’un autre côté, si on compare à il y a vingt ans, Nightwish a l’habitude de jouer sur d’énormes scènes : quel niveau d’échange d’énergie y a-t-il lors d’un vrai concert de Nightwish ? La taille de la salle n’est-elle pas parfois un obstacle à ça ?

Oui, ça compte beaucoup. Ce n’est pas uniquement l’échange entre le groupe et le public, c’est aussi l’échange entre les membres du groupe sur scène. C’est très important et c’est de là que nous tirons une grande partie de notre énergie. C’est quelque chose sur lequel nous devrons nous reposer à cent pour cent sur ces concerts virtuels à venir, le fait d’aspirer l’énergie des autres membres du groupe. Je considère aussi le fait que nous puissions jouer dans des salles très différentes comme une richesse pour Nightwish. Quand nous allons en Australie ou en Amérique du Nord, les salles sont plus petites, il y a même des clubs de moins de mille spectateurs et ce genre d’endroit offre un vrai sentiment d’intimité. J’adore quand les gens sont proches et que c’est vraiment old school. Mais ensuite, en Europe et sur les festivals, nous jouons devant cinquante mille personnes, c’est une tout autre dynamique et c’est tout aussi merveilleux. Nous gagnons sur les deux tableaux. J’aime le fait que ça varie et que nous puissions faire l’expérience du spectre complet. C’est comme le fait d’avoir les quatre saisons en Finlande. On n’a pas envie que l’été ou l’hiver durent éternellement. Le fait que ça change par cycles est la meilleure option.

Même si les live-streams ont été largement démocratisés maintenant, on voit encore beaucoup de groupes refuser d’en faire parce que ce n’est pas du live pour eux. As-tu toi-même hésité ?

Absolument. J’ai très longtemps été contre l’idée de faire un concert virtuel, et je comprends toujours totalement les groupes et les artistes qui ne veulent pas en faire, car pour créer une expérience live, il faut être présent. Mais ce que nous faisons avec cette soirée virtuelle avec Nightwish, c’est une approche un peu différente. C’est fait de telle manière que nous avons créé cet espace fantastique, cette taverne steampunk où nous invitons les gens à nous rejoindre pour un moment musical. Donc l’idée ce n’est pas tant de faire un concert virtuel à l’attention du monde entier, mais simplement de jouer les uns pour les autres. Je vois ça comme une répétition générale pour un concert ou une session de jam dans une taverne médiévale, et nous invitons les gens à se joindre à nous et à écouter ce que nous avons à dire. Il n’y aura donc pas de communication avec les gens, du style : « Salut le monde, bienvenue au concert virtuel, tapez des mains et tout ça. » Ce n’est pas pour rien que ça s’appelle « an evening with Nightwish in a virtual world » au lieu de « a virtual Nigthwish concert ». L’atmosphère sera spéciale et c’est pourquoi nous avons décidé de le faire.

On vit une époque où les groupes ne peuvent pas compter sur les ventes d’albums pour vivre, donc les tournées sont cruciales, ce qui rend cette pandémie particulièrement difficile pour les groupes de petite et moyenne taille. Mais qu’en est-il de Nightwish ? Comment vont les finances pour un groupe de votre niveau ?

Nous nous portons encore bien, car nous avons vingt-quatre ans de tournées derrière nous et de grosses économies grâce à ça. Nous pouvons tenir sans aucun concert pendant un ou deux ans, mais c’est très difficile pour les gens qui sont proches de nous, comme l’équipe technique, le management et le reste du personnel. Nous avons essayé de les aider du mieux que nous pouvons durant cette période difficile. Ça a été un tel cauchemar pour de nombreuses personnes que je connais dans ce business que ça fend vraiment le cœur. On a envie d’aider du mieux qu’on peut et c’est ce que nous avons fait, mais un individu ne peut pas tout non plus. C’est là où il faut vraiment que les gouvernements aident.

J’imagine que pour un groupe, un concert en live-stream coûte moins cher qu’une tournée complète, et il n’y a pas de limites de capacité. D’un autre côté, je doute que ça puisse remplacer financièrement ce que vous gagnez sur une tournée. Du coup, dans quelle mesure les live-streams peuvent rattraper le manque de tournées ?

Tout dépend du nombre de places qui seront vendues. Pour être honnête, je n’ai pas de chiffres. Je ne sais pas combien de places seront vendues pour ces concerts virtuels. Mais les frais sont étonnamment importants. Créer le monde virtuel coûte extrêmement cher. Je ne vais pas entrer dans les détails, gardons le mystère, mais imaginez un chiffre astronomique. Rien que pour rentrer dans nos frais, il faut vendre pas mal de places. Je trouve aussi positif qu’aujourd’hui, après tous ces concerts virtuels qui ont été organisés, ça n’ait pas eu un énorme succès où que ce soit, car ça signifie que les gens veulent encore assister à de véritables concerts. Ça me rend très optimiste.

« L’industrie, l’argent, les contrats, tout ça, c’est un dragon géant à sept têtes et je n’ai pas du tout envie de m’y frotter. […] J’apprécie trop le processus de création des chansons et des albums pour m’en soucier. »

Quel genre de marque la période actuelle avec le virus laissera sur le monde du divertissement, d’après toi ?

Ça reste à voir. Personne ne le sait exactement, sauf que ça laissera clairement une marque. Je viens de voir un sondage au Canada, qui disait que même quand les choses reviendront à la normale, à peu près trente-sept pour cent du pays n’assistera plus jamais à des événements rassemblant énormément de monde. J’ai trouvé ce chiffre étonnamment élevé. C’est-à-dire qu’un tiers des Canadiens disent que même après que nous nous soyons débarrassé du virus, ils n’iront plus jamais voir de gros concerts. Si c’est un indice sur ce qui nous attend, on a de quoi s’inquiéter, mais comme je l’ai dit, personne n’est sûr de rien. La grande majorité des gens veulent encore voir des concerts et viendront aux concerts lorsque le monde retrouvera la raison. Encore une fois, je suis optimiste sur l’avenir.

J’imagine qu’un des problèmes, c’est aussi que lorsque tout va rouvrir, tous les groupes voudront tourner au même moment…

C’est une très bonne remarque. Il va se passer tellement de choses simultanément partout dans le monde quand le monde va rouvrir que ça va être le chaos pendant quelques années, c’est certain.

Penses-tu que la situation actuelle pourrait pousser les artistes à être moins dépendants des concerts ou à revoir leur manière d’aborder leur travail ?

Les artistes et les groupes aujourd’hui vivent des concerts. Je ne crois pas que ça changera un jour. Comme je l’ai dit, on a maintenant essayé ces concerts virtuels pendant un an sans grand succès. Donc je pense que le futur restera assez old school sur le plan des tournées.

Penses-tu que les live-streams continueront après le Covid-19 ?

Je ne sais pas. J’ai mes doutes, simplement parce que j’ai parlé à mes collègues qui ont fait ces concerts virtuels, aucun d’entre eux n’a vraiment apprécié ça. Je n’ai pas entendu une seule personne dire que faire un live-stream virtuel était la meilleure chose que leur groupe ait jamais faite et que c’était merveilleux. Je n’ai entendu personne dire ça. De même, je n’ai entendu personne dire : « Avez-vous vu leur live-stream ? C’était fantastique ! C’était le meilleur concert que j’ai jamais vu ! » On ne voit pas ça. C’est un truc à faire temporairement avant que le monde revienne à la normale.

En janvier, les fans de Nightwish ont été surpris et tristes d’apprendre le départ de Marko Hietala. Mais toi, l’as-tu vu venir ?

Marko a été très transparent sur ses difficultés lors des années passées. Il en était question partout dans son livre, son autobiographie, et il en a parlé ouvertement en interview. C’est pourquoi je peux dire haut et fort qu’il a lutté mentalement avec sa dépression pendant très longtemps. Malgré tout, ceci étant dit, son annonce nous a pris par surprise. Nous savions qu’il traversait une période sombre, mais nous étions quand même choqués. Je me souviens en décembre dernier, il y a environ cinq mois quand nous avons reçu son annonce, pendant quelques jours j’étais sûr que c’était la fin du groupe. Je me souviens avoir appelé Emppu [Vuorinen], notre guitariste, en lui demandant : « Qu’en penses-tu ? » Il était là : « Je crois que je ne vais pas pouvoir supporter un énième départ du groupe. » Les changements de line-up sont les vampires ultimes qui aspirent toute notre énergie, c’est vraiment démoralisant et c’est dur de s’en relever. Qu’un personnage aussi important que Marko s’en aille, ça donnait l’impression que c’était, peut-être pas la fin du monde, mais la fin du groupe. Mais après quelques jours, ayant tout réexaminé, discuté avec le management et réalisé que nous avions vécu une sacrée aventure durant vingt-quatre ans avec ce groupe, nous étions là : « Est-ce qu’on veut y mettre un terme, comme un éclair dans un ciel bleu ? » Ça ne semblait pas être la bonne chose à faire. Le plus important était de réaliser que la musique était toujours là. Quand je pense à Nightwish, ma composition, et le groupe qui joue ces chansons, notre unité, il reste encore tant à faire, honnêtement. Cette réalisation m’a fait comprendre que nous devions tenter le coup au moins une fois de plus.

Tu dois ressentir une certaine lassitude avec les changements de line-up…

Je me souviens quand c’est arrivé, je crois que ma première réaction était de commencer à rire de manière hystérique, genre : « Ce n’est pas possible que ça arrive de nouveau à ce groupe. Je n’y crois pas. » Après ça, il a fallu que je me pose pour réfléchir. Ça a été très dur pendant quelques jours, je dois être honnête, mais maintenant que c’est fait, cinq mois plus tard, le soleil brille à nouveau. Nous avons un nouveau line-up, le monde est en train de s’ouvrir, enfin de nouveaux concerts [sont en train d’être programmés] et nous avons aussi réservé le studio pour le prochain Nightwish. L’album numéro dix de Nightwish est prévu pour l’été 2023. C’est aussi quelque chose vers lequel se tourner.

« J’en ai tellement ras le bol des mots coronavirus, Covid-19 et pandémie que je n’ai pas envie de les utiliser dans notre art [rires]. J’ai juste envie d’oublier ça ! »

Marko était désabusé par l’industrie musicale, disant notamment : « Nous sommes la république bananière de l’industrie musicale. » Es-tu en phase avec son analyse ?

J’essaye le plus possible de me tenir à l’écart de l’industrie musicale. Traite-moi de naïf, je m’en fiche, car cette approche est la seule solution pour que je puisse garder l’esprit clair pour la composition et être inspiré. L’industrie, l’argent, les contrats, tout ça, c’est un dragon géant à sept têtes et je n’ai pas du tout envie de m’y frotter. C’est la raison pour laquelle nous avons embauché en tant que manageurs les personnes les plus dignes de confiance qui soient afin qu’elles s’occupent de tout ça et essayent de m’épargner et d’épargner certains autres membres du groupe autant que possible. De même, nous avons désormais un statut qui nous permet de dire certaines choses et d’établir un standard, pour ainsi dire, donc ça facilite les choses, c’est certain. Je n’ai pas d’opinion arrêtée là-dessus. Je comprends ce que Marko veut dire et ce qui se passe, et je suis d’accord avec une grande partie de ce qu’il dit, mais personnellement, j’apprécie trop le processus de création des chansons et des albums pour m’en soucier.

Je ne vais pas te demander qui est le nouveau bassiste car vous allez bientôt le révéler, mais y a-t-il eu beaucoup de candidats ?

Il se trouve que oui ! Pas que nous ayons activement cherché, mais nous avons eu de nombreuses candidatures.

Comme la taverne virtuelle s’appelle « The Islanders Arms », allez-vous jouer la chanson « The Isldander » ? Car Marko avait un peu le rôle principal dans cette chanson…

Non, nous n’allons pas la jouer. Avant le départ de Marko, la chanson « The Islander » faisait partie de la setlist, car c’est le genre de morceau qui colle parfaitement au décor de cette taverne, mais nous avons dû la supprimer, car elle est trop propre à Marko. Il a composé la musique de cette chanson, c’est un peu sa chanson, donc nous n’allons plus jamais y toucher. Il y a une chanson dans le nouvel album qui s’appelle « Endlessness » qui est aussi très liée à Marko et que nous n’allons plus jamais jouer. Ensuite, il y a quelques chansons sur de plus vieux albums qui, à mon avis, ne peuvent pas être jouées sans Marko – peut-être ai-je tort – mais je pense que nous réussirons à jouer la grande majorité des chansons sans lui.

Tu as mentionné au début de l’interview ton vieux groupe de black metal, Darkwoods My Betrothed, avec lequel tu as joué avant de fonder Nightwish, et qui va sortir un tout nouvel album. Comment s’est arrivé ?

D’abord, je veux insister sur le fait que ce n’est pas mon groupe. Je n’étais qu’un musicien de session sur ces trois premiers albums sortis dans les années 90. Ce n’est pas moi qui ai imaginé ce groupe, mais j’en suis désormais un membre à plein temps. J’ai joué les claviers, j’ai arrangé mes parties, et je suis très impliqué dans le groupe. Vingt-trois ans se sont écoulés depuis l’album précédent et à cause du Covid-19, nous nous sommes dit que maintenant tout le monde avait du temps et les moyens de faire enfin un album de reformation. Nous avons décidé en juillet dernier de faire des chansons, d’enregistrer l’album et de faire en sorte qu’il soit prêt pour le mois de mai. Actuellement, il est dans la toute dernière phase du processus de mixage et il va sortir début novembre cette année. On peut tout de suite reconnaître que c’est Darkwoods My Betrothed, mais évidemment, la production est de bien meilleure qualité cette fois parce que nous avons passé beaucoup de temps en studio. La composition a été l’œuvre des trois membres originaux du groupe – le chanteur, le bassiste et le guitariste. C’est un album conceptuel sur la grande guerre du nord en Finlande au début du dix-huitième siècle. Tous les textes sont basés sur un livre qui s’appelle Murhanenkeli de l’historien finnois Teemu Keskisarja. C’est donc un concept complet sur des évènements historiques horribles.

Quelle a été ta propre histoire avec le black metal ?

Quand j’étais au lycée, à seize ou dix-sept ans, j’étais à fond dedans. Des groupes comme Emperor et Enslaved m’ont énormément marqué. Je n’écoute presque plus aucun type de musique aujourd’hui, mais j’ai toujours aimé la pureté et le côté primitif de ce genre musical. C’est la raison pour laquelle j’aime prendre part à Darkwoods My Betrothed. C’est de l’authentique black metal.

Tu as évoqué le prochain album de Nightwish : as-tu la moindre vision ou idée sur la direction où tu veux l’emmener, après deux albums qui ont quand même pas mal repoussé les limites pour Nightwish ?

Il ne faut pas délibérément essayer de toujours inventer quelque chose de complètement nouveau. Je crois fermement au fait de laisser l’esprit faire et les choses venir comme elles viennent. C’est aussi l’approche pour le prochain album. J’ai bricolé quelques idées ces dernières semaines. Il y a les bases de quatre nouvelles chansons actuellement. Ce qui est bien, c’est qu’il reste encore deux ans avant que nous entrions en studio, donc nous pouvons prendre notre temps et vraiment développer toutes les idées au maximum. Donc c’en est encore aux toutes premières étapes. Je n’ai aucune idée si ce sera un album conceptuel ou des chansons indépendantes, ou de la forme que ça prendra. L’aventure ne fait que débuter, ce qui est merveilleux. Mais le fait est que c’est lancé et nous nous sentons tous très inspirés, donc j’ai hâte.

Penses-tu que la période inédite que nous vivons pourrait avoir un impact sur ce prochain album, conceptuellement ou thématiquement ?

Je ne crois pas. Je ne peux pas être sûr car il reste encore énormément à faire sur le prochain album. Peut-être à un niveau subconscient, mais j’en ai tellement ras le bol des mots coronavirus, Covid-19 et pandémie que je n’ai pas envie de les utiliser dans notre art [rires]. J’ai juste envie d’oublier ça !

Interview réalisée par téléphone le 11 mai 2021 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Sylvain Leobon.

Site officiel de Nightwish : nightwish.com.

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  • J’ai été déçue par l’album Human :II: Nature et c’est sur que Marko va me manquer pour ma part, mais si ça se trouve, le fait de changer de line-up va permettre de mettre du renouveau dans les compositions. J’attends l’été 2023 avec grande curiosité. ^^

    [Reply]

    Tiens, là je lis ton commentaire, et tout à l’heure en voiture, je suis tombé sur « Elvenpath » en lecture aléatoire.
    C’est dingue qu’aucune chanson des 2 derniers albums n’arrive ne serait-ce qu’à la cheville de ce morceau.

    Nightwish, « c’était mieux avant », y’a pas à dire…

    Tiphaine

    @TofVW : alors là, j’aimerais vraiment qu’on puisse se croiser pour en discuter autour d’un verre, parce que je ne comprends pas comment on peut envisager de comparer « Elvenpath » à « The Greatest Show on Earth ». Mais ce n’est que mon avis ! 😉

    @Tiphaine: les ambitions ne sont pas les mêmes, « Elvenpath » est rentre-dedans, tandis que « The Greatest Show On Earth » est un titre à ambiance et à tiroir.
    Cela dit, pour ce dernier, toute la partie centrale déboîte, c’est sûr, mais le début et la fin sont chiants comme la pluie (bon, c’est mon avis bien sûr, d’autres se sentent « transportés », mais pas moi; un peu comme « Empire Of The Clouds » de la Vierge de Fer).

    Quant au dernier album en date, seuls les 2 premiers morceaux méritent d’y revenir (et encore, ça ne casse pas 3 briques sur la tête d’un canard), et le 2nd disque est encore plus soporifique que le début ou la fin de « The Greatest Show On Earth » (et ce n’est pas faute d’apprécier un peu de Musique Classique de temps en temps, ni de m’être forcé à écouter l’album plusieurs fois).

    Je ne sais pas ce qui cloche, je pensais que c’était à cause de l’absence de Tarja, mais non, puisqu’Imaginaerum se dispute la 1ère place dans mon cœur face à Once. Mais depuis l’arrivée de Floor, je m’ennuie (au point de penser à revendre ma place suite à l’annonce du départ de Marko).

    Tiphaine

    OK, merci d’avoir pris la peine de répondre en détails. Je suis tellement à contre-courant de toi concernant le dernier album que je vais avoir du mal à verbaliser des arguments, parce que je pense que c’est vraiment une affaire de « les goûts et les couleurs ». Pour moi, comme je le disais dans mon track-by-track d’il y a un an, le 2e disque est c’est un poème symphonique d’un niveau absolument dingue, et les lignes vocales de certaines chansons du 1er disque comme « Shoemaker » et « Pan » sont exceptionnelles. Il n’y a qu’un morceau que je trouve chiant musicalement, c’est « Procession », et à mon avis cette chanson est sauvée par les paroles, qui comptent parmi les plus belles que Tuomas ait jamais écrites.

    A mes oreilles, Angels Fall First dans son ensemble est un dessin d’enfant dont on sent le potentiel mais qui va devoir crayonner encore un peu avant d’exprimer son plein talent. Human. :II: Nature., c’est l’œuvre que tu exposes au musée. Mais c’est vraiment une affaire de goût personnel, je pense.

    Ah oui, on avait déjà eu une conversation à l’époque de la sortie de l’album, je m’en souviens maintenant… Mais en y repensant, même après plusieurs écoute, je n’ai noté aucune fulgurance vocale, ou en tout cas rien de suffisamment « puissant » pour me faire hérisser les poils.
    Comme tu dis, c’est une histoire de ressenti, les goûts et les couleurs.

    Ce qui me manque chez Nightwish, c’est le côté rentre-dedans, comme sur « Elvenpath », « Planet Hell », « Slaying The Dreamer », etc..
    Alors oui, maintenant on a des choses travaillées, des ambiances, mais ça ne me touche plus. « Ghost Love Score » était épique car il prenait place dans un album contenant « Romanticide », « Wish I Had An Angel » et « Dead Gardens ».
    Mais quand tous les titres d’un album se veulent épiques, au final aucun ne se démarque (et encore, là j’essaye de trouver des excuses, parce qu’aucun morceau de Human :||: Nature n’atteint le niveau d’émotion de « Ghost Love Score »).

    Bref, c’est difficile à expliquer, tout ça! 😄

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