ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Metalanalyse   

Nile : un long fleuve peut-être pas si tranquille


Mine de rien, Nile avance sans vraiment sourciller malgré les changements de line-up. Tout ce que certains auront eu à reprocher au groupe au cours de sa carrière, ce sont quelques albums un peu en-deçà ou une légère mise en retrait des influences égyptiennes, une composante pourtant toujours très attendue de la part du groupe. Cette relative constance, on la doit à un homme en particulier : Karl Sanders. Véritable passionné de l’Égypte antique, il a fait de Nile l’un des groupes de brutal death metal les plus respectés et originaux, mêlant la brutalité du genre aux instruments et harmonies égyptiennes. A ce titre, For Those Whom The Gods Detest, sorti en 2009, avait été unanimement salué par la critique et les fans. Un pavé imposant s’était ajouté à la pyramide de cette montée au sommet.

Il est toujours difficile d’enchaîner après une œuvre aussi aboutie, rapidement érigée en référence. Nile avait déjà dû faire face à cette situation après l’énorme In Their Darkened Shrines qui a marqué les esprits. A l’époque, Nile avait choisi d’éviter la redite en proposant une orientation légèrement différente, plus directe, rendant les influences égyptiennes plus anecdotiques via Annihilation Of The Wicked et Ithyphallic. Deux albums qui, malheureusement, ont fait des déçus, jugeant que Nile avait perdu une partie de son caractère en œuvrant trop, aux yeux de ceux qui avaient été charmé par l’album de 2002, dans un brutal death classique.

At The Gates Of Sethu est le nouveau bébé de la bande à Sanders. Autant le dire tout de suite, Nile joue une fois de plus la carte de la différence avec sa précédente œuvre. At The Gates Of Sethu est toujours très largement empreint d’ambiances, d’instrumentations et d’harmonies inspirées par l’Égypte ancienne. Pourtant il se démarque clairement de Those Whom The Gods Detests par certaines caractéristiques qui n’ont, semble-t-il, rien d’anodin. Karl Sanders lui-même dans notre récent entretien, donne le sentiment que l’album à été particulièrement réfléchi dans son approche.

Essentiellement, trois caractéristiques donnent une identité à part entière à cet album. La première est la production très brute, différente de ce à quoi Nile nous avait habitués jusqu’à présent. Une orientation prise largement à l’initiative du producteur Neil Kernon, producteur de longue date de Nile qui, visiblement, a cherché à tester une autre manière d’aborder le son du groupe. « Neil a investi beaucoup de temps et de travail là-dedans. Avec Neil, nous nous sommes embarqués pour un voyage de découverte » nous avouait Sanders, avant de préciser : « Il nous a dit que ce qu’il voulait faire avec cet album, c’était capturer les émotions brutes, le feu qu’il perçoit quand il vient nous voir jouer en salle de répétition. Il voulait capturer et présenter cela. Il voulait une production invisible, qui capturerait simplement la musique et la présenterait telle quelle, avec les sensations brutes. » En contre partie, le son est moins lourd et moins massif. Ce qui constitue une vraie mise à nue, avec une musique qui ne peut se réfugier derrière la production pour flatter l’oreille. Preuve d’une certaine assurance de la part de l’auteur quant au contenu de ce At The Gates Of Sethu.

La seconde chose qui frappe, il suffit de regarder les durées de chaque titre pour le remarquer, c’est la concision. Les titres sont globalement courts. Pas de morceau fleuve qui s’impose comme pièce maîtresse de l’album, si ce n’est « The Chaining Of Iniquitous » qui ne s’étend « que » sur sept minutes au compteur. Sanders lui-même confirme cette volonté de réduire les temps, motivé par les expériences et critiques passées : « Nous voulions écrire des titres plus courts et plus carrés, en répétant peut-être moins les différentes parties. […] L’une des critiques que j’ai entendues à propos des derniers albums – et à laquelle il y a un fond de vérité – c’est que les chansons devenaient trop longues pour certains auditeurs. » Étonnamment, l’album n’en perd pas pour autant sa dimension épique. Fait remarquable qui dénote non seulement une volonté d’éliminer le gras mais qui, également, prouve qu’une dimension épique n’est pas synonyme de longueur. Une démarche assurément symbole de maîtrise et qui confirme la maturité artistique de Nile.

En contre-partie de cette concision, la musique de Nile est ici présentée plus dense que jamais. La batterie, notamment, se fait véritablement frénétique, conférant un vrai sentiment d’urgence à la plupart des titres. Mais, à l’écoute de At The Gates Of Sethu, le plus surprenant reste le travail vocal, relégué au même niveau d’importance que le reste des instruments. Véritablement mises en avant sur cet opus, les voix se font étonnement variées : parfois profondes, parfois effrayantes, parfois sournoises, parfois démentes, parfois incantatoires, etc. S’en dégage ainsi un sentiment de folie inédit chez Nile.

Plus concis, moins lourd, plus de folie, voilà de quoi découvrir le groupe sous un angle nouveau sans pour autant changer de paysage. Le résultat ne plaira pas forcément à tous, notamment ceux qui ne retrouveront pas exactement toutes les caractéristiques qu’ils attendent de la part de Nile. Pour autant, on ne peut qu’encourager ce dernier à chercher de nouvelles approches à leur concept. Un vent de fraicheur souffle ainsi sur le Nil…

At The Gates Of Sethu : sortie le 29 juin 2012 via Nuclear Blast.



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Slipknot @ Lyon
    Slider
  • 1/3