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Chronique   

Nile – Vile Nilotic Rites


Karl Sanders, qui a l’habitude de composer l’essentiel des morceaux de Nile depuis Amongst The Catacombs Of Nephren-Ka (1998), considère que rester ancré dans le passé revient à signer son arrêt de mort et privilégie une vision darwiniste de son groupe : « Seuls les plus forts évoluent et survivent. » Il fait évidemment référence aux derniers changements de line-up, Dallas Toler-Wade en particulier étant parti après avoir officié vingt ans dans le groupe. La mutation de Nile implique donc l’arrivée de deux nouveaux membres depuis 2015 : le bassiste-chanteur Brad Parris et le guitariste-chanteur Brian Kingsland intégré deux ans plus tard. L’évolution s’incarne aussi dans le processus de composition : Vile Nilotic Rites, dixième opus des Américains, est le résultat d’un véritable effort collectif où tous les membres se sont impliqués dans l’écriture, rappelant à Karl Sanders le mode de conception du tout premier album du combo. Ceci n’a fait que souligner les qualités premières de Nile : une technicité extrême au service d’une déflagration permanente.

Vile Nilotic Rites est né, comme toujours, de l’intérêt de Sanders pour l’histoire égyptienne, mésopotamienne et levantine, et instaure une continuité évidente avec l’univers de Nile. Karl Sanders va parfois puiser dans d’autres périodes de l’histoire, à l’instar d’« Oxford Handbook Of Genocidal Warfare » inspiré du visionnage d’un documentaire nazi, réapproprié par une corrélation avec le roi assyrien Sargon II. Outre une démarche académique en amont de l’écriture, Vile Nilotic Rites a bénéficié d’une attention chirurgicale dans sa production, réalisée dans deux studios différents : le Serpent Headed Studios de Karl Sanders pour l’essentiel tandis que la batterie de Georges Kollias a été enregistrée à Athènes. Nile a pris le temps de travailler chaque note, chaque percussion, en redoublant d’exigence. « Long Shadows Of Dread » ne s’accorde que quelques secondes d’une introduction lugubre avant d’affirmer le dessein de Nile : ne laisser aucun répit. Le titre renvoie aux premières heures du groupe, lorgnant vers un death old-school, lourd, ultra-technique, qui permet à George Kollias et aux solistes de s’épanouir. Les trois minutes d’« Oxford Handbook Of Genocidal Warfare » en arrivent presque à une forme de second degré (ce que le groupe prétend avoir concernant certains textes) : la composition est une démonstration de vitesse, de précision et de dynamique, jusqu’à devenir éreintante. La philosophie-rouleau compresseur à l’ancienne de Nile se retrouve sur l’effréné « Snake Pit Mating Frenzy », tout en étant dépassée grâce à des notes orientales et un growl expressif. La production, suffisamment précise pour laisser de l’espace à tous les instruments (même la basse), sans pour autant sacrifier la puissance, participe grandement à ce cachet old-school ; Nile semble ainsi avoir trouvé une forme de compromis sonore entre les productions de ses deux derniers efforts, At the Gate Of Sethu (2012) et What Should Not Be Unearthed (2015). Certes, le tout sonne très acéré, mais a de quoi rebuter si la plateforme d’écoute laisse à désirer.

Vile Nilotic Rites contient quelques compositions particulièrement ambitieuses, à l’image de « Seven Horns Of War » et sa dimension cinématographique. Le titre est introduit par des cuivres et percussions martiales que n’aurait pas reniés Septicflesh. Le riffing s’évertue à respecter l’atmosphère de la composition avec pléthore de breaks appuyés qui évoquent indéniablement une marche guerrière. Un pont fait de chœurs, de notes ponctuelles de piano et d’un jeu d’acteur grandiloquent introduit une mélodie de cuivres qui reprend le thème de l’Isengard dans le Seigneur Des Anneaux. Le massif « That Which Is Forbidden » bénéficie d’arrangements malsains, d’un riffing plombé et de chœurs qui entretiennent la cohérence d’un univers occulte et ancien. « The Imperishable Stars Are Sickened », entre riffing brutal, mélodies orientales traditionnelles et une variété d’expressions vocales, se fait le meilleur témoin du soin apporté par Nile à ses compositions, si denses soient-elles. Le groupe s’offre par ailleurs un interlude, « Thus Sayeth The Parasites Of The Mind ». Immersif, ce dernier profite de vocalises féminines parmi la multitude d’instruments traditionnels, et est idéalement enchaîné à « Where Is The Wrathful Sky », lui-même affublé d’une introduction tribale à la batterie et d’un solo acoustique sur un lit de percussions. Nul doute, Nile a le sens et la maîtrise de l’arrangement.

Vile Nilotic Rites « épuise » l’auditeur par sa violence, mais le retient en ancrant cette dernière dans un univers soigné. La technique, l’intensité : tout prend des proportions gigantesques et nécessite un véritable effort de concentration par endroits pour appréhender l’opulence de ce que propose Nile. Derrière le cachet « death à l’ancienne » se cachent de nombreux éléments parfaitement réfléchis, polis jusque dans les moindres détails. Vile Nilotic Rites ne dépaysera évidemment pas les habitués, mais il est l’œuvre d’un Nile plus puissant, épique et grandiloquent que jamais, à condition que l’on soit prêt à s’y confronter.

Lyric vidéo de la chanson « Vile Nilotic Rites » :

Clip vidéo de la chanson « Long Shadows Oof Dread » :

Album Vile Nilotic Rites, sortie le 1er novembre 2019 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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