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Live Report   

NINE INCH NAILS A LA ROCKHAL DE ESCH-SUR-ALZETTE


Artiste : Nine Inch Nails
Lieu : Esch-Sur-Alzette (Luxembourg)
Salle : Rockhal
Date : 09-07-2009
Public : 3 700 personnes

Le parking est bien plus rempli qu’à l’accoutumée ce soir. Le système de prépaiement qui existe va enfin servir à quelque chose… En traversant la friche industrielle de Belval et ce qu’il reste de l’ancienne aciérie, on ne peut pas s’empêcher de sourire et de se dire que oui, un concert d’indus à la Rockhal dans un cadre pareil, c’est classe. Et ce n’est pas n’importe quoi, en plus : Nine Inch Nails. Le groupe qui aura été le plus actif ces vingt dernières années en termes de créativité, et de développement du metal-indus. Entamé depuis le début de l’année, le Wave Goodbye Tour de NIN fait étape à Esch/Alzette ce soir… et cette « tournée d’adieu » (les guillemets reflètent le doute qui plane sur la validité de cet adieu) promet un spectacle fort et intense.


NIN is Trent Reznor !

La grande salle de la Rockhal se remplit rapidement. La valse des roadies commence sur scène. Magistraux, les claviers, séquenceurs et autres matériels électroniques sont minutieusement installés. Les micros se règlent. Les pédales attendent d’être foulées. Les enceintes commencent à bourdonner. De sa console, installé au fond de la salle, l’opérateur light règle les stroboscopes et l’impressionnant plafond de spots qui surplombe la scène, alignés en perspective. La machine à fumée tourne plein gaz, et en l’espace de cinq minutes, la salle est plongée dans un brouillard artificiel à couper au couteau. Silence, obscurité.

Fondu en ouverture avec « Pinion ». Ces riffs inoubliables sont l’intro par excellence. Soudain, le doute assaille un grand nombre de fans. Un concert de NIN ne saurait commencer par autre chose que « Sin » ou « Terrible Lie »… traditionnel mais un peu sans surprise. Est-ce que ce sera le cas aujourd’hui ? Les quatre cavaliers de l’apocalypse metallique font leur entrée, les uns après les autres, et s’équipent. Trent Reznor, frontman impeccable et impénétrable, Robin Finck, son compagnon d’armes depuis longtemps, Ilan Rubin, tout jeune derrière sa batterie et sa coupe de cheveux à la Danny Lilker, et Justin Meldal-Johnsen, bassiste de renommée internationale. Et c’est « Wish » qui ouvre le bal ! Héhé. Quoi de mieux qu’un bon vieux titre de Broken ? Et même deux titres de Broken car c’est « Last » qui suivra ! Le public, dès le début du show, est survolté. Il faut dire que nos hôtes mettent le paquet, et qu’ils sont déjà trempés…


Nine Inch Nails live : une expérience.

Tout le monde est donc bien chaud pour rentrer dans le concert. A tous ceux qui pensent que, parce qu’il a été distribué gratuitement sur le net, The Slip est un matériel bas de gamme, voire insipide : passez votre chemin ! « Discipline » est réussi. Ce morceau est bien plus dansant et doux que les titres d’ouverture et remporte un franc succès, tant il est vrai qu’il fait partie des chansons de The Slip qui ont une envergure impensable en live. Guitares aériennes, rythmique sympa et un phrasé de Trent savoureux. Non, rien à redire ! Ceci dit, c’est le calme avant la tempête…

L’enchaînement qui va suivre va semer la folie à travers toute la Rockhal. Les murs vont vibrer, à presque s’en écrouler, de supporter « March Of The Pigs », « Piggy » et « Reptile » d’une seule traite ! Quelle violence ! Quelle émotion ! Quel sentiment de plénitude… Jamais les compositions de Downward Spiral n’ont paru aussi claires, aussi évidentes. Cet album, pourtant le plus personnel et le plus construit, a toujours semblé rageur et confus. Là, tout prend son sens… « Oh my beautiful liar… » baigné d’une lumière verte diffuse. Quel pied !

Trent, fidèle à ses habitudes, communique peu avec le public. Robin Finck, quant à lui, compose de manière sautillante et assez violente. « Burn », single tiré de la B.O. de Natural Born Killers (Tueurs Nés, d’Oliver Stone), continue le set de manière naturelle. C’est définitivement une set-list délectable qu’on nous sert ce soir. « Gave Up » enfoncera le clou ; la tension monte d’un cran. L’alternance de morceaux calmes et sans concession, le choix des chansons…c’est du beau travail. Trent quitte alors sa guitare et va retrouver un autre de ses instruments fétiches : le synthétiseur. « La Mer », partition exceptionnelle de The Fragile, lance un charme sur le public, et il s’en faudra de peu pour qu’il ne nous tire pas des larmes avec un « Something I Can Never Have » PAR-FAIT. On ne peut pas dire autre chose. Une heure déjà ; le public est conquis. Encore !!!

« Non-Entity », le morceau qui nous permettra de sécher nos presque-larmes, est un titre de l’excellent sampler NIN/JA paru en début d’année, qui fait découvrir de nouvelles compostions des groupes ayant participé à la tournée du même nom : Nine Inch Nails, Jane’s Addiction et Street Sweeper Social Club. Si vous ne l’avez pas écouté, jetez vous dessus ici. Puis, moment rare : guitare et piano, seuls. « Gone, Still », est un morceau instrumental d’une beauté incroyable. Vous pouvez l’entendre si vous avez épluché l’unique live officiel du groupe, And All That Could Have Been. Inattendue, la non moins magnifique « The Downward Spiral » nous emmène dans un maelstrom de sentiments exacerbés. Frisson dans toute la salle.

Le florilège d’émotions auquel nous avons eu droit jusqu’à maintenant est très représentatif de l’ensemble de l’?uvre de NIN. Complexe, riche, à fleur de peau. Une sensibilité qui à ce jour, reste rarement égalée par un artiste ou un groupe de metal, fut-il industriel ou non. Notre cher Doc’, je le vois déjà, pointe de son doigt vengeur Ministry, Tool ou Prong. Non, Doc’, pas cette fois. Pas NIN. C’est autre chose. La vie d’un homme, avec ses hauts, ses bas, ses joies et ses moments de détresse. La vie de Trent, pour ainsi dire. Sa musique, c’est sa vie.


Un très grand concert.

Illustrant le propos ci-dessus, « Mr. Self-Destruct » fait une entrée fracassante sur scène ! Le célèbre morceau d’ouverture de Downward Spiral ouvre la porte de la deuxième partie du show de manière magistrale, et là, attention ! C’est du sérieux, du lourd. Nous ne le savons pas encore, mais au bout d’une heure et demie d’un show frôlant déjà la perfection, le meilleur reste à venir : 45 minutes de tubes ! Oui, des Tubes !

« 1,000,000 » débute cette série d’or avec sa rythmique à faire danser les morts. « Echoplex » convaincra définitivement les sceptiques : oui, The Slip est un album majeur, qui plus est taillé pour le Live. « Survivalism », en digne single de Year Zero, et « The Good Soldier », concluent parfaitement cette séquence très rythmée. Il fait chaud, la tension du public est à son paroxysme. « The Day The World Went Away » fait entrer tout le monde en transe, avec cinq bonnes minutes de « Nananaaaaa, Nananaaaaaaaaaaa ». Totalement surréaliste…


Superbe jeu de lumières.

Vous pensiez que c’était fini, gens de la Rockhal ? Tremblez ! Les plus jeunes du public ne réagiront pas aussi vite que les plus « anciens », mais là on touche au divin. Inoubliable, incroyable, on manque d’adjectifs tant ce morceau est beau, sublime, presque parfait. Souvenez-vous : 1994, un film, emblème d’une génération, transcende une histoire et un croisement de destins tragiques. The Crow, d’Alex Proyas, et son héros, Eric Draven / Brandon Lee, à jamais immortalisés par une bande son d’anthologie. « Dead Souls » est à l’origine une chanson du groupe Culte anglais Joy Division, et cette reprise de NIN est définitivement l’une des plus belles cover de ces quinze dernières années. Incomparable. L’hystérie va crescendo dans la Rockhal. Un peu de subversion ? Oui, s’il vous plaît, mettez-là ici, à côté de l’humour noir. « The Hand That Feeds » recueillera l’ensemble des suffrages ; jeunes et moins jeunes danseront tous ensemble ce soir sur ce titre qui porte à lui seul l’album With Teeth.

Exténués, transpirants, achevez-nous, Messieurs ! Notre prière sera exaucée et le délire s’installe près des barrières où l’on ne compte plus les pogos et crowdsurfers : « Head Like A Hole » marque de son sceau un show placé sous le signe de l’exceptionnel. Le calme revient. Souffles rauques. On manque d’oxygène et de place ici. Les musiciens quittent la scène. Seul, Trent et sa guitare. Robin Finck reste dans l’ombre au synthé. Un unique spot éclaire l’homme de la soirée, qui a bien dû perdre trois litres de sueur. Le moment que tous attendent. « I… Hurt myself today… To see if I still feel… ». Les larmes sont enfin là. Près de la moitié de la salle reprend avec Trent ce titre merveilleux : « Hurt » (repris en 2003 par Johnny Cash). La totale : frissons, briquets… tout le monde filme, ferme les yeux ou chante. Une vraie communion pour un hymne intemporel.

Timide merci de Trent, puis les lumières se rallument. Et là personne en bouge. Pétrifiés d’admiration et secoués par ce qui vient de se passer. Ce qui vient de se passer ? Deux heures quinze de ce genre de concerts qui marquent à vie. Un moment sans nom, inoubliable. Au delà de la raison, et hors du temps. Des morceaux sciemment choisis, s’imbriquant parfaitement les uns aux autres. Bien sûr, il semble que ce soit une tournée d’adieux… On ne reverrait pas de sitôt NIN ? Impossible à croire, tant l’aura de ce groupe est monstrueuse et étendue. Au chapitre des desiderata, eh oui, il manque cruellement « Sin », « Terrible Lie », « Happiness In Slavery », l’énorme et symbolique « Closer », « The Wretched » ou encore « No, You Don’t »… Mais on aime à se dire que NIN voulait ce concert différent, unique et superbe. Comme évoqué précédemment, son ?uvre est tellement riche et dense, qu’après vingt ans d’existence et d’innovation, on peut se permettre de donner au gens de l’unique, et pas forcément ce qu’ils attendent.


Merci messieurs !

Merci pour ce concert qui aura fait tant d’heureux. C’est rare de donner autant de bonheur d’un coup. Et donc, pas « adieu », mais « au revoir » ; car on refuse tous d’y croire…

Just like we imagined.

Set-list :

Pinion
Wish
Last
Discipline
March Of The Pigs
Piggy
Reptile
Burn
Gave Up
La Mer
Something I Can Never Have
Non-Entity
Gone, Still
The Downward Spiral
Mr. Self-Destruct
1,000,000
Echoplex
Survivalism
The Good Soldier
The Day The World Went Away
Dead Souls (Joy Division cover)
The Hand That Feeds
Head Like A Hole
Hurt



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