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Nouvelles Du Front   

Nine Inch Nails : Trent Reznor maintient la tension


Trent Reznor avait posé la condition essentielle d’un retour de Nine Inch Nails, avant de se lancer dans l’aventure du dernier opus Hesitation Marks : l’entité revivrait si elle avait encore quelque chose à dire en 2013 et si elle pouvait toujours apporter quelque chose de nouveau. Une fois l’album sorti, et la tournée Tension lancée, tout le monde, y compris lui, se voit rassuré. Reznor a fait revivre le monstre Nine Inch Nails paré d’attraits non seulement modernes, mais également remplis d’un propos musical nouveau, surprenant, voire désarçonnant mais dans la continuité absolue de cette carrière si remplie qu’est la sienne. Alors ces derniers temps, le sieur Reznor met tout sur la table : un live d’une heure et demie en intégralité à Los Angeles ? Filmé en multi-caméras, il met 80 minutes du concert sur le site officiel du groupe. On se pose des questions sur l’arsenal technologique utilisé lors de sa nouvelle tournée ? Il met un documentaire d’un quart d’heure sur les dessous de la préparation de cette tournée. Encore des questions ? Pas de problème, le bonhomme prend une heure pendant les répétitions, se pointe sur Reddit, et répond aux préoccupations de ses fans.

Il est bien loin, l’homme torturé qui paraissait tant inaccessible, quand il était englué dans ses problèmes personnels et dans sa recherche d’une créativité qui le fuyait. Aujourd’hui Reznor agit sans complexe au su et au vu de tout le monde. Et remémore à la face du monde, à travers cette grande tournée mondiale, qui passera par la France le 29 mai prochain au Zénith parisien, que Nine Inch Nails est un géant du rock du XXe, mais aussi du XXIe siècle.

Comme il le rappelle dans ce très instructif documentaire sur les coulisses du lancement de la nouvelle tournée Tension, s’il est toujours là aujourd’hui, c’est qu’il a réussi à se maintenir à la fois hors des modes, mais également un cran au dessus dans les technologies et l’innovation musicale. Lorsqu’il présente ces vingt journées pendant lesquelles on découvre un chef de chantier, un manager, un frontman ou plus largement un chef d’entreprise, on se rend compte de l’ampleur de la machine Nine Inch Nails qu’il a remis en route. Et du nombre de personnes impliquées dans un tel projet. Reznor se met quelque part au dessus de la mêlée quand il présente ce projet et ses rouages : trois écrans géants LED transparent et semi-transparents aux propriétés 3D, des panneaux d’éclairages révolutionnaires pour un total dément d’une soixantaine de tonnes de matériel…

Il faut avoir les reins solides et une sacré crédibilité pour promener un tel projet à travers le monde. Mais Trent, le perfectionniste acharné qui n’a pas hésité à se séparer récemment de musiciens pourtant prestigieux avant de se lancer de nouveau dans cette grande aventure de tournée parce qu’il pensait que ça n’allait pas être viable sur le long terme, est un être que l’on comprend mieux quand on voit l’étendue du projet. C’était donc un projet de cette envergure qu’il voulait lancer ; et effectivement il requiert une implication totale de chaque instant pour tous les participants, de la production à l’aspect purement musical.

Il ne cache aujourd’hui même plus du tout cet aspect de sa personnalité, qui lui a valu une réputation terrible dans le passé, d’un homme perfectionniste mais plutôt désagréable et dur envers les autres : « Dans les deux heures qui viennent : je vais être d’une humeur terrible. » déclare-t-il presque en se marrant dans le documentaire. Car il se sait dans le vrai d’un projet exceptionnel pour cette entité qu’il a créé de toute pièce et auquel il tient plus que tout. Et dans ce projet, il est accompagné d’un homme à la créativité et aux compétences multiples : son directeur artistique qui l’accompagne aussi sur son projet de streaming musical Beats Music, Rob Sheridan. Impliqué dans toutes les étapes du volet production de la tournée de Nine Inch Nails, Rob filme les scènes qui seront diffusées sur les écrans mais met également en place les détails grandeur nature dans la salle et chapeaute l’ensemble : « Le groupe présente sa musique d’une façon totalement totalement étrange et nouvelle. » se réjouit le jeune directeur artistique, qui est aussi à l’origine du renouveau de Nine Inch Nails. « La pire chose est quand la tournée d’un groupe n’est plus qu’un acte nostalgique. » – voilà comment il voit les choses, et il est sur ce point en totale connivence avec Reznor qui voulait un changement drastique de point de vue par rapport au Wave Goodbye Tour qui avait lui une forte connotation nostalgique, car on pensait, Reznor compris, à cette époque, que ce serait la dernière tournée de Nine Inch Nails.

Mais Rob Sheridan ne cache pas que l’enjeu est grand : « C’est un grand défi pour tout le monde de repenser et refaçonner tout comme nous le faisons. » Car il ne faudrait pas perdre non plus les fans de longue haleine du groupe. Une préoccupation qu’a eu Reznor à un moment mais qui à l’approche de la tournée n’est presque plus là, comme il l’explique : « La peur que j’ai eu que cela ne ressemble pas assez à du Nine Inch Nails s’est vraiment dissipée. » Et pour cause : une grande place est accordée dans le nouveau set à des morceaux passés, comme l’album The Fragile, son préféré actuellement, qui connaît une seconde jeunesse, notamment grâce à l’arrivée d’un nouveau bassiste de tournée à la carrière incroyable auprès des plus grands, Pino Palladino, et de deux choristes pour animer ces morceaux d’une manière nouvelle : « Avec ce nouveau line-up composé notamment de Pino et des deux choristes, j’ai commencé à retravailler des morceaux plus anciens pendant les répétitions, et The Fragile est devenu le terrain le plus fertile pour cela, pour diverses raisons. » Ceux qui seront un peu déçus de la tournure très électronique du dernier album pourront toujours se réjouir de ces nouveaux arrangements des pépites anciennes.

Car au-delà d’un show qui contient des technologies dernier cri, Reznor veut absolument recentrer les débats sur la musique et le groupe, et que cette technologie serve les morceaux : « Je ne veux pas surjouer la partie production du spectacle. […] Je veux être sûr que cela se recentre sur un groupe qui joue de bonnes chansons pour contrarier cet aspect. » Créer une proximité avec le public est également quelque chose que recherche Reznor ; un grand show technologique, déshumanisé et taillé pour les stades ne l’intéresse pas. On l’a d’ailleurs constaté lors du dernier passage du groupe en France, au Rock en Seine : Reznor était très impliqué physiquement et émotionnellement dans les chansons, avec une version finale de « Hurt » qui fait encore trembler les fans français… Les deux choristes, Lisa Fischer et Sharlotte Gibson sont donc aussi là dans ce sens : pour rappeler que le show de Nine Inch Nails est avant tout musical et que les chansons du groupe ont un incroyable potentiel dynamique aux multiples lectures possibles en live. Et c’est bien comme cela que l’entend l’ami Trent : « Il y a une très grande partie du show qui est très avant-gardiste, et il ne s’agit pas de dire : Regardez les nouvelles technologies que nous avons et les nouveaux effets 3D ! Nous avons certainement montré nos muscles dans ce domaine. Mais il s’agit beaucoup plus de musique et de connexion avec le public. »

« Nous sommes actuellement en train de répéter une nouvelle incarnation du groupe pour l’avenir. »

Et cette dynamique des chansons se retrouve aussi dans le show de cette tournée, qui se veut évolutive, comme le rappelle Rob Sheridan : « Le résultat est une tournée dynamique qui va continuer à changer et évoluer. » Pour que l’ennui ou la routine de tournée ne s’installe pas, Trent Reznor a eu des idées et un avis complet sur la question : « Quand nous sommes dans un cycle de tournée, cela dure d’habitude au moins un an, et il peut perdre de son charme après une durée X de temps. Ce que je veux faire avec ce cycle, c’est que chaque partie de la tournée ait sa propre identité. Le show pour les festivals de cet été était très différent de la tournée Tension que nous venons de finir. Nous sommes actuellement en train de répéter une nouvelle incarnation du groupe pour l’avenir. Cela garde un côté « frais » de la perspective des musiciens, mais garde aussi les choses intéressantes pour les fans dans une époque ou tous les concerts finissent sur Youtube. » Et c’est aussi comme cela qu’il justifie la mise en ligne et la commercialisation précoce d’un DVD/Blu-Ray d’un concert qu’ils viennent juste de faire : « La setlist et la mise en scène des concerts qui viennent seront très différentes de ce nous venons juste de faire. C’est en partie l’idée qui est derrière la sortie de la captation du concert maintenant. C’était une vue très spécifique de Nine Inch Nails à l’automne 2013, que je voulais que le monde entier puisse voir (comme vous pouvez voir la captation de la version festival sur Youtube, qui était une chose encore à part). »

Pas de doute, Trent a tout prévu ou presque. Voir Nine Inch Nails plusieurs fois sur cette tournée ne voudra pas dire voir plusieurs fois le même concert. Reznor a réglé son compte à la crise de l’industrie musicale : il choisit sa propre voie, fait du marketing à sa sauce, sort des lives, des morceaux, qui sont gratuits quand ça lui chante. Mais ne lésine pas sur la qualité de l’offre des concerts. Et va en même temps sortir sa propre offre de streaming, Beats Music, sur laquelle il travaille depuis deux ans avec le même Rob Sheridan, afin d’offrir aux utilisateurs un grand choix de musique à des tarifs très accessibles et assurer de meilleurs revenus aux artistes. Trent Reznor est toujours un avant-gardiste ; mais aujourd’hui couplé à son expérience, cela lui permet de régner sereinement sur un empire musical dont la représentation live met tout le monde d’accord.



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