ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Chronique   

No One Is Innocent – Ennemis


D’une certaine manière – et il ne s’en est jamais caché – No One Is Innocent est un rejeton de Rage Against The Machine. Pas seulement pour les prémices de la formation qui coïncident avec le succès fulgurant du groupe culte au début des années 90. C’est surtout cette hargne qui nourrit la musique de No One qui les assimile à ceux qui combattent par la musique pour quelque chose qui la dépasse. Ennemis n’est autre que leur dixième opus qui couronne presque trente ans de carrière, trois décennies de colère à peine maîtrisée pour répondre aux impératifs de format d’un rock acerbe et méchamment groovy. Ennemis reprend là où Frankenstein (2018) nous avait laissés et confirme ce que le groupe dégageait au Hellfest 2019 : l’assurance du besoin de lutter avec panache.

Charles de Schutter a assisté Popy, Tramber, Gaël, Shanka et Kemar pour réaliser l’opus (de retour après avoir assuré le mixage et le mastering lors de l’épisode Drugstore, 2011). No One Is Innocent s’est toujours démarqué par des productions qui doivent davantage au heavy-rock made in USA qu’au punk poisseux. Il y a un certain culte du riffing que « Dobermann » ne tarde pas à présenter : Shanka et Popy ont le sens de la lourdeur et de la souplesse et relient ces deux notions a priori aux antipodes. Ce qu’Ennemis réalise peut-être encore mieux que ses prédécesseurs est cette « simulation » de groupe live. Les musiciens dégagent une impression d’union constante tout au long de l’album et la production ne se perd pas en artifices – ce malgré le travail évident du son et le retour, sous une forme plus moderne et mieux intégrée, de sonorités électro. En somme, l’essentiel prime. No One Is Innocent parvient à varier les registres : le riffing mécanique de « Dobermann » précède une approche plus enlevée sur « La Caste » qui se permet d’attaquer l’absence de rotation politique pertinente, ces « consanguins en uniforme »… Prendre des gants et refuser de les mettre. « Nous sommes », et son refrain qui devrait faire un malheur en live (« nous sommes des centaines et des milliers ! »), prend des allures de rock fédérateur en utilisant certaines ficelles du punk version mid-tempo. Preuve d’une musique combattante par le lexique : l’interlude instrumental « Armistice » fait d’une guitare folk, de ponctuations de piano et de nappes de cordes. Une sorte de blues cinématographique, havre de paix dans la déferlante verbale offensive d’Ennemis. Tout y passe : l’emprise des réseaux sociaux, les forces de l’ordre et la culture de l’information à vocation commerciale (« Les Hyènes De L’info »). No One Is Innocent s’inspire évidemment d’un contexte qui dépasse certaines dystopies sous certains aspects. De quoi évoquer de nouveau la figure de Big Brother via « We Are Big Brother » et notre propre responsabilité : « j’ai fait de toi mon collabo ».

Résumer Ennemis à une simple prolongation d’un discours rebelle aux relents rock reviendrait cependant à se fourvoyer. Ennemis réussit à emprunter plusieurs visages. Il fait se côtoyer la fibre indus de « Bulldozer » et ses arrangements machinistes qui laissent place à un refrain pop rock très « catchy » avec le riffing sautillant de « Polit Blizkrieg » et le rentre-dedans d’« Humiliation » – qui évoque peut-être le plus cette parenté avec Rage Against The Machine, à l’instar de « Desperado » sur Frankenstein, le solo déjanté en plus. No One Is Innocent se laisse de surcroît aller à des cheminements davantage progressifs avec « Forces Du Désordre » et son préambule de percussions. Le groupe ne se cache jamais derrière ses paroles et leur résonance. Le discours ne vide pas la musique de sa substance, ce qui est loin d’être une prouesse évidente ; qu’on adhère ou pas aux paroles engagées de Kemar, la conviction qu’il déploie à les scander suffit à nous emporter. La conclusion « Aux Armes Aux Décibels » est tout autant un appel au défoulement qu’au combat conscient. Une sorte de transe furieuse qui joue sur la frustration accumulée pour nous faire exploser.

Ennemis rebutera ceux qui ont du mal à associer musique et militantisme. Dans ce cas précis, écouter No One Is Innocent est une idée saugrenue. Ce serait pourtant se priver d’un savoir-faire rock qui va bien au-delà de sa fonction de support. No One Is Innocent a le sens des accroches et sait se taire pour laisser la guitare parler. Comme si l’acte d’éloquence n’impliquait pas uniquement le frontman et son discours mais aussi la réaction de son public à sa musique. No One Is Innocent veut impliquer tout le monde face aux « Ennemis » sans leur dire quoi faire ni leur tenir la main. Ceux qui rejettent le discours peuvent adhérer à la musique et vice versa. C’est peut-être en cela que réside la réussite principale d’Ennemis : réaliser à son échelle ce qu’il voudrait pour la société entière.

Chanson « Forces Du Désordre » :

Album Ennemis, sortie le 1er octobre 2021 via Verycords. Disponible à l’achat ici



Laisser un commentaire

  • Question : Pourquoi ne pas proposer un lien direct vers la maison de disque Verycords plutôt qu’un lien vers Amazon ? Un choix que je ne cautionne pas du tout et que je ne vais pas suivre bien évidemment. Sinon, super premier single de No One !

    [Reply]

    vives

    bonne question, que je me suis très souvent posé…tout sauf amazon.

  • Arrow
    Arrow
    The Old Dead Tree @ Savigny-Le-Temple
    Slider
  • 1/3