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Révélation High Hopes   

Nord : Révélation High Hopes


L’astérisme le plus brillant, celui de la Grande Ourse, fait partie d’une constellation permettant de trouver l’étoile polaire, soit le nord, de façon précise. Justement, le groupe Nord a toutes les qualités pour devenir le point de repère de nombreux auditeurs à partir d’aujourd’hui. Cette formation parisienne, formée en 2012 sous la bannière Light Deflection, optera pour un changement d’orientation musicale à l’occasion de ce changement de nom. Avec The Only Way To Reach The Surface, Nord propose une musique barrée, imprévisible et particulièrement riche. Ce disque partage aussi bien des plages progressives que de gros riffs sauvages qui déchirent.

La musique de Nord est jusqu’au-boutiste, généreuse et jouissive.

En fait, le registre dans lequel évolue Nord est bien souvent qualifié de savant mélange de post-pop et de metal progressif. Un an et demi après avoir sorti And Now There’s Only A River Left Behind, auquel plusieurs pistes du dernier disque font référence, il est aisé de constater que le quatuor ne s’est pas braqué sur une seule influence. Le groupe, comme il l’évoque ci-dessous dans notre échange, a accepté de se laisser guider par la musicalité de ses compositions. Ainsi, l’auditeur sera amené à découvrir une voix vocodée/samplée sur le premier morceau « Love » qui surprend par sa douceur. S’ensuivra un « Violent Shapes » d’une violence inouïe et qui rebat les cartes de la diversité ! Le chant de Florent, qui manie aussi bien les registres pop ou screamé, donne une dimension très intéressante à l’ensemble de cet album. Les progrès effectués depuis leur premier EP Monsters, en 2015, sont indéniables.

La basse, mise en avant, apporte par le jeu de Romain une atmosphère très mélancolique. Preuve en est le titre « Anger Management », qui, marié avec le synthé joué par Manu, amène une ambiance à la limite de l’angoisse. Violoncelle, violon, trompette et samples : ce mélange pourrait de base choquer mais il est ici agencé avec brio. Cet album peut être écouté en boucle sans ressentir ni fatigue auditive, ni lassitude vis-à-vis de l’univers du quatuor. Nord est une main de fer dans un gant de velours, en étant capable d’amener des accords subtils, légers, avant de subitement balancer un son virulent à en faire pâlir plus d’un.

Il ne s’agit pas ici d’un concept-album, bien que des liens existent entre les deux disques, mais d’une continuité. Le groupe propose un disque qui revêt une dimension littéraire. En effet, chaque piste ressemble à un chapitre d’un livre dont le dernier porte d’ailleurs le nom de l’album. Autre détail soulignant la minutie du groupe : les quatre premières phrases de la première chanson de ce recueil seront également les quatre dernières de l’album. Comme un bon livre, il est plaisant de s’y plonger et d’y perdre toute notion du temps. Cependant, la richesse musicale de The Only Way To Reach The Surface est telle qu’il serait préférable d’avoir une oreille avertie afin d’en comprendre tous les tenants et les aboutissants, la diversité étant de mise.

Car ce qui reste frappant, au-delà de la violence avec laquelle Thibault frappe sur ses fûts, est la technique et la maîtrise dont fait preuve le combo. A croire que ces derniers ont voulu créer un genre d’ascenseur émotionnel entre le nord et le sud, la surface et les abysses, l’enfer et le paradis. En l’occurrence, c’est une franche réussite, et il suffit par exemple d’écouter les transitions effectuées entre « Violent Shapes » et « Circular Haze » pour s’en rendre compte. Neuf morceaux, neuf aventures dans lesquelles l’esprit sera pris dans une avalanche de notes, d’émotions, de ressentis ou encore de réflexions. Le tout se terminera avec un ultime morceau d’une quinzaine de minutes, permettant à chacun de remonter (ou pas) de cette immersion proposée par cet excellent disque.

Mais à présent, laissons les membres de Nord se présenter :

« On s’appelle Nord. Nous sommes basés à Paris mais sommes presque tous originaires des Hauts-de-France. Il y a Thibault, Romain, Manu et moi-même Florent qui composons le quatuor. Nous sommes de grands fans de Mastodon, The Mars Volta, Deftones ou encore The Dillinger Escape Plan. Nos influences proviennent de là, mais aussi de groupes bien éloignés du metal comme Bon Iver ou Electric Light Orchestra. Pour cet album, nous nous sommes promis de ne nous fixer aucune limite. C’est-à-dire de laisser parler le « lâcher-prise ». On joue ce que l’on veut, ce qui nous défoule. L’album parle énormément d’amour, de sexe, de burn-out. Bref, les maux de la société actuelle sont la source d’inspiration principale pour l’écriture de ce disque. Le plus dur, à vrai dire, était de se retrouver… physiquement ! Nous avions booké le studio six mois à l’avance, et avec seulement un quart des morceaux de The Only Way To Reach The Surface écrits. Les projets de Florent (bassiste dans Nesseria) et Thibault (batteur dans Monolithe) ont été assez chronophages. Avec Manu habitant à Lille, nous avons dû nous réorganiser et travailler à distance. Mais même cela n’était pas évident, on a dû découvrir au moins les trois quarts de ses parties guitares en studio, et vu les riffs qu’il nous a sortis… chapeau bas !

Le plus important est de garder une cohérence au milieu de cet ensemble, et cela n’a pas été une chose aisée non plus. Heureusement, nous avons l’habitude de jouer ensemble et écrire des transitions tirées par les cheveux est « presque » devenu une passion ! [Rires] En revanche, pour les paroles elles fonctionnent comme une histoire, à partir du moment où l’on a le début et la fin, les chapitres défilent sans problème ! En ce qui concerne, le style de notre musique, c’est assez simple au final. On joue de base avec très peu de gain sur nos guitares, et quand nous écrivons les morceaux, cela n’est qu’une histoire d’intensité. On joue avec autant de violence les parties jazzy que les parties plus metal. L’exemple parfait est The Dillinger Escape Plan. Car ces mecs font du gros mathcore hyper-sale alors que leurs accords les plus redondants sont… des accords de jazz !

Après, c’est sûr que cela demande quelques répètes pour écrire des transitions en accord avec ces intensités ! C’est Nord ! Nous n’avons jamais eu peur des arrangements en studio, c’est une idée assez générale dans le groupe, et pour le live, on réécrit les parties pour ne pas perdre en émotion ou en musicalité. L’exemple même est celui de la trompette. Déjà dans notre premier EP il s’agit d’une sorte de signature. C’est aussi inspiré des groupes de post-rock comme Wang Wen, qui vont placer des cuivres dans leurs morceaux pour apporter de la nuance. Tu vois la phrase « Le mieux est l’ennemi du bien » ? Pour moi, c’est de la connerie. Maintenant il ne nous manque plus qu’une chose : tous vous retrouver et faire de nombreux, très nombreux concerts ! »

Line-up :

Florent Gerbault : chant, guitare
Manuel Dufour : guitare, synthé
Romain Duquesne : basse, samples
Thibault Faucher : batterie, percussions

Album en intégralité :

Clip de la chanson « The Unstoppable » :

Vous pouvez suivre le groupe sur Facebook, YouTube et Bandcamp.



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