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Interview   

Northward : Floor Jansen et le rock


En 2017 Nightwish avait pris une pause bien méritée, pendant laquelle le leader Tuomas Holopainen s’est offert quelques vacances avec son projet Auri, lui permettant de retrouver l’inspiration, tarie après vingt années intenses et tumultueuses. Si la chanteuse Floor Jansen, de son côté, était encore trop fraîche dans le groupe pour ressentir une quelconque lassitude, elle en a tout même profité pour déterrer un projet vieux de dix ans qui n’avait jamais pu, jusqu’à présent, voir le jour.

Né d’un All Star Jam lors du Progpower USA Festival de 2007, Northward voit Floor Jansen s’associer à Jørn Viggo Lofstad, guitariste du groupe de metal prog Pagan’s Mind et ancien collaborateur de Jørn Lande, afin d’assouvir sa soif de hard rock, loin des élans grandiloquents et épiques d’After Forever et désormais Nightwish. Dans l’entretien qui suit, Floor nous explique la genèse du projet et sa reprise dix ans plus tard, ainsi que son rapport au rock.

« Je dirais que le type de chant qu’on trouve dans le rock me plaît plus que dans la plupart du metal, en fait. […] Dans le metal, c’est soit des hommes qui crient aigu, soit des growls, et les femmes restent attachées aux envolées lyriques que j’appréciais il y a vingt ans mais dont je me passerais un peu désormais [petits rires]. »

Radio Metal : Les origines de Northward remontent au All Star Jam du Progpower USA Festival en 2007, c’est là que Jørn Viggo Lofstad et toi vous êtes retrouvés sur scène pour faire quelques reprises, alors que vous ne vous connaissiez pas avant. Peux-tu nous parler de cette expérience et comment ça a permis de créer une alchimie entre vous deux ?

Floor Jansen (chant) : A l’époque, j’allais faire une année de pause par rapport à After Forever, qui était mon groupe à ce moment-là, en 2008, donc je voulais employer ce temps à davantage expérimenter avec une autre forme de musique, en l’occurrence le rock. Donc, ayant ceci en tête, je me suis rendue aux USA pour jouer au Progpower USA Festival et on m’a proposé de participer au All Star Jam, ce que j’ai fait. Je ne connaissais pas Pagan’s Mind, je ne savais pas grand-chose, si ce n’est que j’allais faire quelques reprises. Pendant que nous répétions, puis plus tard pendant le concert, j’ai réalisé que Jørn Viggo était un guitariste très talentueux et polyvalent. Il a joué deux ou trois chansons qui étaient de vraies chansons de rock et je pouvais voir qu’il avait de l’expérience là-dedans. Donc après le concert, je lui ai demandé : « Hey, tu connais bien le rock ? » Et c’était le cas. Il a joué avec Jørn Lande et a écrit de la musique pour lui, et donc je lui ai demandé si ça l’intéressait de composer de la musique avec moi, et il a accepté ! L’alchimie sur scène était bonne, mais nous ne savions pas si ça allait être bon si nous compositions ensemble. Nous avons donc planifié notre première rencontre pour voir si ça marcherait, et ça a marché ! On ne peut pas vraiment expliquer pourquoi quelque chose fonctionne avec quelqu’un ou pas. Parfois ça marche, parfois pas. Pour nous, ça a tout de suite accroché et nous avons continué à partir de là.

Vous avez composé l’équivalent d’un album complet ensemble en 2008. Que peux-tu nous dire sur ces sessions ?

Elles ont eu lieu principalement en Norvège parce que Jørn Viggo avait, et a toujours, un boulot à temps plein, pas en tant que musicien, et à un poste assez exigeant, alors que moi j’étais libre. J’ai donc pris l’avion pour me rendre en Norvège une fois par mois, afin de composer notre musique sur la base des idées que nous avions rassemblées pendant plusieurs semaines. Par exemple, pendant une session nous finissions une chanson ou travaillions sur la suivante et trouvions de nouvelles idées. Nous pouvions aussi nous envoyer des idées via internet et ensuite nous poser ensemble pour travailler dessus. Généralement, quand il partait au travail, si c’était un jour de la semaine, je passais la journée à peaufiner une ligne de chant et j’écrivais les paroles, et puis nous enregistrions ça et travaillions sur la chanson le soir. Voilà un peu comment nous avons réuni toute la musique et constitué le puzzle – car c’est ce qu’est un album – ensemble, en nous inspirant de tout un tas de groupes que nous écoutions pendant les sessions. Si j’étais chez moi, Jørn Viggo m’envoyait toute une liste de groupes à découvrir, car il avait des connaissances sur le rock plus vastes que moi, donc c’était très sympa et très intéressant de composer de la musique dans un tout autre style.

Comment avez-vous surmonté le fait que vous ne connaissiez pratiquement rien l’un sur l’autre, si ce n’est votre amour pour le rock épuré ?

Ouais mais quand on ne se connaît pas, on apprend à se connaître. En fait, est-il vraiment nécessaire de se connaître avant de pouvoir faire quoi que ce soit avec quelqu’un ? Ça pourrait arriver dans n’importe quel contexte de travail, n’est-ce pas ? Parfois on vous met ensemble et il faut finir le boulot, peu importe le travail que vous faites. Evidemment, pendant que nous travaillions, il aurait pu s’avérer que ça ne fonctionnait pas [rires]. Mais ça a fonctionné ! Nous ne sommes pas du tout semblables, nous sommes même des personnes très différentes, mais en effet, nous partageons cet amour pour la musique. Nous sommes tous les deux très dévoués, très perfectionnistes. Donc ça a très bien marché pour nous. Je pense que c’est toujours palpitant quand on se lance dans quelque chose de nouveau, et pour moi, c’était aussi excitant d’explorer l’inconnu dans un nouveau style de musique.

L’album sort dix ans après ces sessions initiales. Pourquoi avoir attendu si longtemps ? Car After Forever s’est séparé en 2009 et tu as rejoint Nightwish en 2012, du coup ce n’était pas un petit peu plus calme durant ces trois années de transition ?

Non parce que j’ai commencé un groupe qui s’appelle ReVamp et j’ai enregistré deux albums, et j’ai été victime d’un burn out d’un an et demi [petits rires]. Il n’y avait tout simplement pas le temps. Pas un seul instant. Et ce n’est pas comme « hey, sortons un album, j’ai un mois ! » Il faut un peu plus de temps que ça. Donc il n’y a pas eu de possibilité de nous y mettre avant maintenant.

En 2017, Nightwish a fait une pause, et tout comme Tuomas Holopainen avec son projet Auri, tu en as profité pour travailler avec Jørn Viggo sur Northward. Dirais-tu que c’était important à ce stade pour tout le monde dans le groupe de faire cette pause ?

Oui et non. Je veux dire que tout le monde n’est pas dans Nightwish depuis le même temps. Pour certains, ça faisait vingt ans qu’ils étaient dans le groupe sans une seule vraie pause, autre que quelques mois ici et là. Donc oui, en ce sens c’était important. Pas parce que nous en avions marre des uns et des autres ou à cause de la musique, mais parfois, prendre un peu de distance permet de renouveler l’énergie, et c’est vraiment ce qui s’est passé.

Est-ce que toutes les chansons de ce premier album de Northward proviennent de ces sessions d’écriture en 2008 ?

Ouais, nous avons tout écrit en 2008, et nous avons même commencé à enregistrer la batterie début 2009. Nous avons pu utiliser pour l’album la batterie que nous avions enregistrée à l’époque. Nous avions fini. Ce qui ne veut pas dire que nous n’avons rien changé. Je veux dire que dix ans après, le plus important pour nous était d’abord d’écouter la musique, évidemment, pour voir si c’était toujours au goût du jour, si ça nous paraissait bien, si c’était suffisamment bon maintenant que nos carrières et nos vies avaient évolué. Si ça n’avait pas été le cas, nous n’aurions pas utilisé ces chansons. Ce n’était pas, genre : « Oh ouais, on a encore ça, donc autant le sortir. » Ça n’aurait pas semblé bien du tout. Surtout à ce stade de ma carrière, je ne sortirais rien dont je ne suis pas à cent pour cent confiante. Mais quand c’était le cas, nous avons peaufiné, changé, ajouté ou retiré des choses. Il y a même des paroles totalement nouvelles sur une chanson, qui est la dernière de l’album, la onzième, la chanson éponyme, « Northward ». Il y a une chanson sur laquelle nous avons réécrit la mélodie vocale du refrain, c’était « I Need ». Mais en dehors de ça, ce n’était que de petits ajouts et changements, rien de significatif, et la majorité de ce que nous avions, nous pouvions littéralement l’utiliser tel quel pour l’album.

« Si tu regardes le peu de chant lyrique que j’ai fait durant les dix dernières années, à mes yeux, c’est assez surprenant que les gens trouvent encore ça surprenant quand je ne chante pas de façon lyrique […]. C’est juste une couleur très particulière qui brille uniquement quand on ne l’utilise pas trop souvent. »

Que ce soit avec After Forever ou avec Nightwish, tu t’es surtout fait connaître pour ce genre de musique orchestrale grandiloquente. Mais là, avec Northward, on découvre une nouvelle facette de ta patte artistique et de tes affinités. Peux-tu nous parler un peu de ton amour pour ce genre de hard rock ?

Ça a attisé ma curiosité ! Et ça m’a donné envie de développer ce type d’agression et couleur dans ma voix, en voyant ça principalement avec un regard de vocaliste plus qu’autre chose. Juste j’écoutais un petit peu ici et là. Ce n’était pas, genre : « Oh, je n’écoute que du hard rock et maintenant j’ai envie de faire un album comme ça. » J’étais curieuse d’entendre comment ma voix sonnerait dans ce style de musique. En fait, c’était super bien que dix ans se soient écoulés, car à l’époque c’était un peu plus expérimental ; je commençais à peine à tâter cette musique. Alors que dix ans plus tard, je suis bien plus affirmée dans mon style, et je ressens que ça fait vraiment partie de moi. Du coup, l’enregistrement du chant pour cet album s’est fait très rapidement et de manière très fluide. C’était comme si tout mon système était déjà programmé [petits rires], je savais déjà ce que j’avais à faire, or je suis certaine que ce n’était pas le cas il y a dix ans. Donc c’est très sympa de remarquer ça.

Et quand ton amour pour ce type de musique a commencé ?

Durant mon enfance, déjà. On écoutait du rock et du hard rock à la maison ; pas vraiment du heavy, mais plus du rock, peut-être. Ça a toujours été là, en même temps que le metal, pour moi. J’ai toujours écouté différents styles de musique. Je trouve que le rock possède plein de très bons chanteurs. Je me focalise pas mal sur le chant quand j’écoute de la musique. Je dirais que le type de chant qu’on trouve dans le rock me plaît plus que dans la plupart du metal, en fait.

Quelles sont tes références dans le hard rock et le classic rock ?

Ça peut paraître drôle mais je ne suis pas familière avec le classic rock ; c’est là que Jørn Viggo m’a un peu aidée à trouver les bons groupes [petits rires]. Mais j’ai écouté Skunk Anansie. Skin a certainement été mon influence principale dans ce style. Mais aussi Jørn Lande, qui est aussi un de mes chanteurs préférés ; c’est un homme mais son interprétation est vraiment cool. Et j’ai découvert bien plus tard quelles étaient ses influences. Alter Bridge, pareil, super chanteur ! Foo Fighters, moins attrayant vocalement pour moi mais l’ensemble est super, un merveilleux sens de la composition, un groupe extra. Ceux-ci étaient mes groupes références et le sont toujours. Enfin, Skunk Anansie n’est plus actif. Mais aujourd’hui il y a un groupe qui s’appelle Halestorm qui m’a vraiment fait dire « yeah ! » Toutes leurs musiques ne me plaisent pas autant, mais la voix de Lzzy Hale est complètement dingue, c’est vraiment très cool. J’aime les voix qui délivrent une puissance brute. Dans le metal, c’est soit des hommes qui crient aigu, soit des growls, et les femmes restent attachées aux envolées lyriques que j’appréciais il y a vingt ans mais dont je me passerais un peu désormais [petits rires]. Il n’y a donc pas tant de vocalistes que j’apprécie vraiment, même s’ils sont très bons ; l’un n’empêche évidemment pas l’autre, c’est une question de goûts [petits rires]. Voilà donc les groupes auxquels je me suis attachée au fil des années.

Tu as dit que Skunk Anansie n’était plus actif, mais en fait le groupe l’est toujours !

Je veux dire qu’ils ne sont plus autant actifs. Ils n’ont presque pas eu d’activité pendant de nombreuses années et maintenant ils reviennent plus ou moins, mais ils ne sont pas aussi gros qu’ils l’ont été avec Stoosh, n’est-ce pas ? Et pour ce qui est de jouer, ils n’ont rien fait depuis des années. Skin a fait des projets parallèles… Et les nouvelles chansons, personnellement, je n’en ai pas retiré le même feeling [petits rires]. Mais oui, bien sûr, ils existent encore.

J’entends un peu de Heart, le groupe des sœurs Wilson, dans la chanson d’ouverture de l’album, « While Love Died »…

Oui, absolument, c’est aussi un de mes groupes préférés ! Enfin, pour moi, cette chanson renverrait plutôt aux Foo Fighters, mais si tu entends du Heart, c’est que c’est dedans. Je veux dire que tout ce que nous écoutons est probablement là-dedans.

Penses-tu que cette influence hard rock s’est davantage frayé un chemin dans ta musique orchestral et ton approche vocale dans After Forever et Nightwish que les gens ne réalisent ?

Je le pense, oui. Donc je suis très contente que cette facette devienne plus évidente et prédominante, parce qu’effectivement, c’est quelque chose que j’utilisais déjà. Pas beaucoup encore dans After Forever. C’est venu vraiment à la fin, principalement en live. C’est aussi un peu comme ça que j’ai commencé. J’appréciais beaucoup cette facette de ma voix mais je n’arrivais jamais à la faire ressortir en studio, et ça me rendait curieuse. J’ai commencé à l’utiliser avec Northward mais personne n’avait entendu ce projet jusqu’à présent, évidemment, et quand j’ai commencé ReVamp, j’ai vraiment voulu continuer à expérimenter avec ma façon de chanter. « Je suis capable de faire ça mais est-ce que je peux apprendre à chanter de façon brute ? Est-ce que je peux faire des growls ? » Et je l’ai amenée plus loin dans les extrêmes et dans un style plus metal, mais il y avait aussi ce côté un peu rock. Et même dans Nightwish, quand la chanson permet d’apporter cette couleur, je le fais. Mais je suis sûr que c’est la dernière chose pour laquelle les gens me connaissent, par rapport au reste [petits rires]. En fait, si tu regardes le peu de chant lyrique que j’ai fait durant les dix dernières années, à mes yeux, c’est assez surprenant que les gens trouvent encore ça surprenant quand je ne chante pas de façon lyrique – même si j’ai chanté de façon lyrique, bien sûr, et que j’ai été formée dans ce domaine. Dès que j’ai commencé à chanter dans Nightwish, la façon lyrique de chanter ces vieilles chansons de l’époque Tarja avait presque complètement disparu. Je le fais plus qu’Anette ne le faisait parce qu’elle ne le faisait jamais, mais je ne sors presque jamais cette voix. Et même dans After Forever, ce n’était pas la voix que j’utilisais le plus. C’est donc très drôle de voir sur quoi les gens se focalisent parfois. Ça a toujours été une couleur parmi d’autres dans ma palette, et au fil des années il y en avait de moins en moins. Certainement que durant ces dix dernières années c’était loin en arrière-plan par rapport au reste [petits rires]. Et dans Nightwish, ce n’est pas quelque chose que nous n’utilisons pas parce que nous n’aimons pas. C’est juste une couleur très particulière qui brille uniquement quand on ne l’utilise pas trop souvent.

La musique sur laquelle tu chantes dans Northward est bien plus épurée, si on compare à After Forever ou Nightwish, et tu as déclaré que vous vouliez « explorer ce son rock basique, avec batterie, basse, guitare et chant. Pas de grosses couches de clavier, de chœurs, etc. » Ne t’es-tu pas sentie à nu par-dessus ce son rock basique ou, au contraire, t’es-tu sentie libérée d’une sorte de poids ?

En fait, aucun des deux, je pense. Je ne réfléchis pas en ces termes quand je me mets sur une chanson, parce que généralement, la chanson parle d’elle-même, elle dit ce dont elle a besoin. Très souvent quand on enregistre un album, on ne le fait pas avec tout dedans, on chante sur une version très épurée de la chanson, car on n’a pas toujours besoin qu’il y ait tout, ou même dans la plupart des cas, ce n’est même pas encore enregistré [petits rires]. Donc, en ce sens, je n’ai pas ressenti de grosse différence. Donc ouais, c’est assez naturel, la chanson va me dicter ce que je vais faire. Je ne me sens pas à nu ou libérée, car je peux vraiment apprécier chanter par-dessus un énorme arrangement grandiloquent, chose que je fais plus souvent en live qu’en studio.

« J’aime beaucoup le rythme de vie nordique, la nature, la tranquillité, le silence qui est très addictif. Surtout quand on vient d’un petit pays avec dix-sept millions d’habitants, il n’y a rien de mieux que ce genre de silence [rires]. »

Est-ce que le fait de chanter sur ce type de musique t’a permis d’être moins contrôlée et plus instinctive ? C’est un peu le sentiment que peut donner une chanson comme « Big Boy »…

Ok, c’est sympa d’entendre ça, mais pas vraiment car ça voudrait presque dire que je me sens contrôlée ou moins libre quand je chante d’autres choses, et ce n’est vraiment pas le cas [petits rires]. C’était vraiment super de chanter ça ; comme je l’ai dit plus tôt, mon corps sait déjà quoi faire, ce qui peut aussi s’expliquer par le fait que ça a été composé il y a longtemps, la musique m’est familière. Le processus de composition il y a dix ans était très expérimental, je me demandais : « Est-ce que je peux faire en sorte que ça soit bien ? » C’est pourquoi j’étais contente d’enregistrer l’album dix ans plus tard, parce que ce feeling était davantage ancré dans mon système. En ce sens, ça m’a aidée à évoluer et grandir. A la fois, c’était étrange de revenir sur des chansons que j’avais chantées il y a si longtemps. Donc je pouvais les répéter un petit peu à la maison, mais le fait de vraiment les faire en studio, ça procure toujours un sentiment différent. Mais j’avais encore un très jeune bébé, donc en ce sens c’était bien plus éprouvant, si on compare ça à différents types d’enregistrements avec d’autres groupes. Le fait de passer de la maternité au rock’n’roll, changer mon centre d’attention du bébé à la musique, s’il y avait un réel défi, c’était celui-ci [rires].

Est-ce qu’avoir un enfant t’a changée en tant qu’artiste ?

Non, mais ça te change en tant que personne. Tu deviens un peu une autre personne, et ça affecte l’artiste et tout ce que tu es, mais je ne dirais pas que je suis devenue une autre artiste à cause de ça directement. Tu es toujours davantage concentrée sur autre chose. D’abord, cent pour cent de ta concentration est sur ce que tu fais, mais ensuite, quand tu deviens parent, il y a toujours une partie de toi qui est avec ton enfant, toujours.

Est-ce que ce type de musique plus directe t’a fait changer ton approche des paroles, en étant aussi peut-être plus directe à ce niveau ?

Ouais, c’est assurément vrai. C’est comme avec le chant : pour les paroles, c’est la musique qui parle. J’écris toujours les paroles quand j’ai les lignes mélodiques. Je ne commence pas avec les paroles ; je sais que Tuomas le fait, en l’occurrence, ou fait les choses dans un autre ordre. Pour ma part, je veux le bon sujet pour la bonne musique. J’ai donc généralement plusieurs sujets à propos desquels j’aimerais écrire, et dès qu’il y a une chanson qui colle à l’atmosphère, alors j’y vais et je fais coïncider les mots sur les lignes vocales. Et effectivement, la plupart des paroles sont assez directes. Certaines chansons sont un petit peu plus poétiques, presque parce que ça convient mieux à la chanson, car j’ai vraiment le sentiment que la musique dans cet album est assez variée, donc ce n’est pas seulement du rock direct. Il y a une ballade avec juste de la guitare acoustique et du chant qui est un peu plus poétique. « Northward », qui est une longue chanson, et la dernière chanson de l’album, une vraie conclusion à l’ensemble, est également moins directe qu’une chanson comme « Big Boy » ou « I Need ». Il faut donc juste que ça colle à la chanson. Et les sujets dépendent des chansons, ils sont tous différents. Certaines chansons sont un peu plus personnelles, comme « Paragon » et « While Love Died », et d’autres sont plus comme une histoire, comme « Big Boy ».

Jørn Viggo vient de Norvège, mais toi tu viens à l’origine d’un peu plus au sud, des Pays-Bas. Du coup, pourquoi cette idée du nom du groupe qui signifie « aller vers le nord » ?

Nous voulions qu’il contienne le mot « nord », car ça renvoie à où ça a été fait et d’où, au moins, Jørn Viggo vient. Il vient de Norvège, j’ai été au nord pour aller le voir. Mais ensuite, plus tard, j’ai été au nord pour rejoindre un groupe finlandais, et maintenant je vis en Suède. J’ai donc littéralement été vers le nord [petits rires]. Donc dans tout notre cheminement de pensée, c’est devenu quelque chose que nous trouvions être une touche sympa, car toutes les chansons sont différentes, les paroles sont différentes, il n’y a pas de thème principal, à cet égard, pas même dans la musique. On ne peut pas dire que c’est du classic rock typique ou tel type de rock, même ça est un mélange, donc comment on appelle ça ? [Rires] Peut-être qu’il faut que ça raconte quelque chose sur nous. Et même nous sommes différents et venons de pays différents. C’était donc ce qui convenait le mieux à l’ensemble et sonnait bien. En tout cas c’est ce que nous avons pensé [rires].

Est-ce que le nord t’inspire ?

Je ne sais pas si ça m’inspire, car je n’ai pas tellement écrit de musique durant ces dix dernières années, mais j’aime vraiment être ici. J’ai déménagé en Finlande avant de venir ici en Suède. C’est en vivant en Suède que j’ai rencontré mon mari. Donc, pour nous, il fallait choisir entre les Pays-Bas et la Suède, et pour moi, à l’époque, mon choix se portait déjà sur la Suède, parce que j’aime beaucoup le rythme de vie nordique, la nature, la tranquillité, le silence qui est très addictif. Surtout quand on vient d’un petit pays avec dix-sept millions d’habitants, il n’y a rien de mieux que ce genre de silence [rires]. J’aime beaucoup la nature ici, ça permet de recharger les batteries. En ce sens, quand je recommencerais à composer, ça devrait m’inspirer.

Tu fais un duo avec ta sœur Irene sur une chanson. Ce n’est pas tout à fait la première fois que vous le faites, vu que vous avez collaboré dans Ayreon et Star One. En dehors d’être sœurs, peux-tu nous parler du lien musical qui vous unit ?

En fait, c’est le premier album où nous chantons ensemble. Nous avons seulement fait des enregistrements live ensemble. C’est donc pour cette raison que nous voulions faire un enregistrement studio, car ça n’avait pas encore été fait, et au fil des années, beaucoup de gens nous ont demandé de le faire, donc c’était dans ma liste de choses à faire. Quand cette chanson a vu le jour, j’ai réalisé qu’elle serait parfaite pour ma sœur. Je pense que nos voix s’associent joliment, c’est super de faire quelque chose avec sa propre sœur.

Entre ta sœur et toi, tu es celle qui au final a la carrière la plus prestigieuse. Comment expliquer qu’elle n’ait pas eu le même parcours que toi, malgré le fait qu’elle soit une chanteuse très talentueuse ?

Ouais, c’est clair qu’elle l’est ! Mais elle n’est pas devenue musicienne à plein temps. Elle a choisi d’étudier autre chose et travailler dans un autre domaine. Elle n’a presque pas fait de musique. Elle n’a pas été dans des groupes. C’est donc pour ça.

A quel futur peut-on s’attendre pour Northward ?

Nous sortons enfin, après dix ans, cet album. Je vais être occupée avec Nightwish à partir de maintenant et durant les prochaines années. Donc on verra ce qui se passera ensuite. Nous n’avons pas vraiment de plans pour une suite ou une tournée. Mais ne jamais dire jamais !

Interview réalisée par téléphone le 24 août 2018 par Nicolas Gricourt.
Transcription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Marko Simonen.

Site officiel de Northward : www.northward.rocks

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